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LA CAMARGUE 1 M. M. LoYEH lui

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LA CAMARGUE 1 M. M. LoYEH lui
•Baisse• salée, au sud du
LA
'"·flect. t;. Na11d•1t.
Vaccarès.
CAMARGUE
par M. M. LoYEH
\ïl'c-Présidcnt de
1
rarement
est
111n1�1E
J sihlr
au
spectacle
la
Société
insen
­
lui
que
d'un
puiser
le u r
A
de
contact,
saines
il
émotions
énergit•s nou\'elles, il
en
vient
des
et
rn p po rte une
manteau
Ce
pays,
gulaire,
montagne,
de
de
la
plupart,
qui réserve tant
de surprises au t ourist e
la
nH'r. la
et
,
à l'artiste
comme à l'homme de science, c'est
moisson de sou ,·rnirs qu il évoquera
'1ais si la
inconnu
cette terre unique
hingll'mps après son retour au foyer.
'
d'améthyste
rubis.
ofl"rc11l les grands phénomènes de la
nature.
d'Acclimatatio11.
Camargue,
de
c'est
72.000
cette
île
he:::tares,
trian­
que le
la
Rhône étreint dans ses bras, avant
f\lrèl sont proc ht s cl si le urs beautés
de confondre ses eaux avec celles de
sont aee1·ssihles aux moins fortunés,
la Méditerranée.
'
il 1·n l'SI aulrC'rrlt'nl dt• la steppe et du
d1:·sal.
,·isions
que réalisent
seule-
la Méditerranée sur près de 30 kilo­
1111·nl lt·s pri,·ikgiés de la fortune.
( >r. il est. tout prè s de nous, une
r\'ginn ignorée. non loin des grand e s
,-illes.
eciln�·éc
san s cesse
par
Le trianglr camargu ais a sa pointe
tournée vers A rles et sa base borde
des
mètres
;
l'île
mesure
dans
sa
plus
grande long u C u r N.-S. environ 35 ki­
'
lomèt res.
Le
sol,
bas
et
plat,
est
oü la mer, le
cou ver t d'étangs aux eaux saumàtres.
la
aux noms so n o res, tels que: le Mala­
111:1gie du ciel ,-ient a u ré o ler d'azur
groy, I' Impérial, le Fangassier et le
milliers dl'
désrrl.
la
n l y a geu rs,
steppe
,-oisinent,
k miroir d argen t des grands
'
oü
lacs,
lt.· dl·sert dt· sable brille de mille
rt'llets cristallins. oit la st e p pe Yer­
dn\·:rnle sr pare. dès le p rint em p s,
ni1
\'accarès, le plus vaste de tous, sorte
de mer intérieur\' de
7.000 hectares
de superficie. Ces étangs et les îlots
qu'ils
entourent
s'éploient
du
Sud
LA CAMARGUE
au Nord, sur les deux tiers du delta.
175
sous ses yeux ; à perte de vue les
Le reste est une vaste steppe qui n'est
eaux aux reflets d'argent frissonnent
cultivée que sur urt quart de la su­
sous un ciel de cobalt ; à l'horizon
perficie totale et seulement dans la
s'estompe une ligne d'un vert sombre
qui indique les îlots de
partie nord de l'île.
Le voyageur, venu d'Arles, fran­
chit le Rhône ·sur le pont de Trin­
quetaille et
mais
pénètre
celle-ci,
telle
en
Camargue,
une
beauté
La Camargue.
fa-
peut-être
aura-t-il la
vibrer sous le grand soleil de Pro­
vence l'éclair rose d'une envolée de
flamants.
Un coin du Bois des Rièges.
-
rouche, ne se révélera à ses yeux dans
Mornès et
joie de voir
Si,
poursuivant
Collect.
sa
C. !\audot.
route,
il
se
lui
dirige vers les Saintes ou les Salins,
avoif fait subir l'épreuve d'un voyage
il côtoiera les étangs inférieurs jus­
d'une dizaine de kilomètres au milieu
qu'au cordon littoral, dunes de sable
des vignes et des prés.
qui séparent ceux-ci de la Méditer­
sa
lumineuse
nudité,
qu'après
S'il suit la route qui, d'Arles, mène
soit
aux
Saintes-Maries,
Salins-de-Giraud,
qu'il
soit
aux
s'arrête
à
ranée. Les bords de cette vaste nappe
d'eau,
peu
profonde,
Romieu où. au Nid <l'Amour et qu'il
sol,
regarde! La Camargue des guardians,
argilo-sablonneuses
des taureaux
débris de coquillages
sauvages
et
des
fla­
mants roses est devant lui.
Le grand étang du Vaccarès miroite
forment une
plaine immense, sans ondulation ; le
fait
uniformément
d'alluvions
mêlées
à
des
marins, brille
de mille feux dus à la présence des
cristaux de sel déposés sur sa surface.
1 ïti
LA TEHBE ET L\ VIE
Ces solitudes, oit 11e se fait entendre
que
la
,·oix des bêtes sauvages ou
n·l l1· d1·s taureaux d cht•\·aux :\demi
où la
sa
nature donne
prestigieuse
le spectacle de
palet.te
nu
Yoyageur
ébloui.
dollll' tiqués, 11'11nt pour seule parure
Et
quand,
le
soleil
disparu,
la n·r.Iure des e11gar1t:s (Salicornia
hrrb11cl'll 1..) l'l les !leurs des saladellcs
(Sfofitr li11w11i11r11 L.), humbles plan­
sur les eaux, le ciel s'embrase.
lt·s. 111:1111.c:rn tissé de ver t et de mauYc,
jct.t(•nt
jd1· par la 11aturl' sur la nudité de la
ardentes qui peu
q111·
crépuscule s'étend
sur les
L'or, le cui\TC, le rubis, l'améthyste
I' Pspace leurs notes
dans
:\ peu s'adoucissent,
Collect. t.'. :.\"audot.
Le Salin-de-Badon (Camargue); habilatiom cl laboraloircs.
t ::1111a r.�u1·. Aussi loin que
la
vue
puissl'
k
fleurs et
disparaissent enfin, pour faire place
�·dl'11dn» les saladclks ondulent so us
aux
il- so11f111· du vent; le soleil fait ,·ibrer
terranéen que viennent,
Il- roloris de leurs
bler rappel des taureaux couchés dans
p:111icules
p:1rent des nuancrs les plus
;dlant
111:1un·
du
dair.
�11rct':dc11t
d1·11re
pourpre
et
tou s
en une
dans
le
foncé
ces
et les
du ciel médi­
seuls, trou­
di,·erses,
les enganes, ou le froissement de
jusqu'au
d'u n oiseau marin sur les eaux endor­
tons
mies.
harmonieuse
cadre
nuits lumineuses
gran<liose
se
ca­
de
de
l'aile
Cette terre des poètes, cette patrie
1\lireille, ce coin de France à
Ces! u ne ùsion de couleurs inknsl',
l'aspect si grandiose et si troublant,
st
clifTérent de toutes
les autres
11i1 le l'iel. l'eau et les fleurs se eon­
règions de notre pays, cette solitude
r,,rlfknt nwjestueust•mt·nt, sans hl'urt,
hautaine
1·1iorizo11 lointain.
possède
un
privilège qui,
LA
si ses beautés
CA�IAHGUE
lï7
ne
jus tifia ie n t déjà
l'enthousiasme des
artis tes
et
cl e s
poètes, imposerait
sa visite à tous les
França is qu i ai­
men t leur p a y s.
Cette t e r r e Yi­
brante de lumière
est le pays cl' élec­
tion d'une f a u n e
sauvage
que
l'on
ne peut plus trou­
ver réunie que lù.
�ul pays d'Europe
ne pe u t briguer
avec elle la gloire
:\!amis du Salin-de-Badon. - ün couple cle •cols Yerts
'·
de retenir sur ses
étangs, sur ses îlots, sur ses plages
cygnes, les oies, les
sablonneuses ou sous l'abri des en­
ges,
plus
ganes
vert
et
et
des
saladelles,
une
telle
canards saun1-
particulièrement
les
sifieu rs,
les
le
col­
sarcelles
diversité de gibier dont les oiseaux
d'hiver
forment le contingent le plus impor­
sâtre ou siffieur huppé, les foulques,
tant. C'est là le paradis des palmi­
les cormorans, les nombreuses espèces
pèdes et
de goélands, de mouettes, de sternes .
des
échassiers.
Depuis
le
et
d'été,
la
brante
rous­
pingouin des mers arctiques jusqu'au
Les échassiers sont représentés par le
flamant africain, tous les migrateurs
flamant
s'y
l'ibis,
rencontrent,
car
la
Camargue
rose,
l'avocette,
les barges,
l'échasse,
les chevaliers,
les
est leur lieu d'élection, de repos, après
bécasseaux, les maubèches. De nom­
les longues fatigues du voyage d'aller
breux hérons : héron cendré, héron
et de retour selon qu'ils ont traversé
pourpré, aigrette garzette, bihoreau.
la Méditerranée ou
butor,
que,
venus
du
'.'forci, ils ont descendu le couloir de
la
vallée
du
Rhône;
c'est
sur
les
crabier,
blongios.
Les
van­
neaux, les pluviers, les poules ù'eau.
le râle d'eau,
la marouette, le r:lll'
étangs camarguais, dans les roseaux,
haillon,
sous
et
l'ordre des oiseaux de proie, la husl'
d'enganes qu'ils réparent leurs forces
vulgaire, le busard harpaye, les perc­
épuisées par les fatigues
noptères, les aigles criards et jean-lc­
les
touffes
de
saladelles
d'un long
le râle
poussin,
voyage ; beaucoup y séjournent et y
blanc, des faucons, des
font leurs
chevêches,
nids.
On peut juger de la diversité
des
chyotes,
des
grands
etc.
milans, Ùl'S
effrayes,
et
Dans
des
moyens
bra­
ducs.
espèces qui vi,·ent ou séjournent en
En fin, presque tous les oiseaux ter­
Camargue par cette énumérati on qui
restres
montre, malgré sa
mésange rémiz, le rollier et le g uêpier
sécheresse,
qu els
trésors renferme ce coin perdu de la
Provence :
Parmi les espèces aquatiques: les
de
France
sans
oublier
la
d'Afrique.
Cette liste, qui est loin d'être close,
des visiteurs ailés de
la
Camargue
17R
L.\ TERRE ET LA VIE
est déjii imposante et il ne s agi t pas,
milliers d'ailes blanches ferait songer
pour beaucoup d'espèces, de quelques
à la chu te des flocons de neige sur les
individus isolés, mais de masses telles
campagnes au cours de nos hivers du
Nord, si la vue du ciel, éperdument
'
qu ':'i
certains
moments
Ln Camargue.
le
-
vol
1 ·n pird
de
etc
Statice /inwnium (Saladel/o).
i· .. 11.-«1. 1·• -""""°'·
LA
1 ï!)
L\:\1AR<_;t;E
bleu, ne venait rappeler le Yi si leur à
castor, traqué de partout, a trouvé,
la réalité.
en Camargue,
Les mammifères y sont également
nombreux.
Sans
parler
des
lapins,
renards et sangliers fort nombreux,
la Camargue
possède
encore,
dans
certaines îles du Vieux Hhùne, quel-
Un nid de Flamant dans l'étang
du
quelques
points soli­
taires oü il se dissimule, et c'est un
fait qui mérite d'être signalé.
Est-il besoin de rappeler ici que
la
Camargue
chevaux
possède
une
et ·de taureaux
race
de
élevés en
Fangassier (f.amarguc).
qucs représentants d'une espèce de­
liberté qui servent, depuis un temps
,·enue fort rare en France et mème
immémorial, aux courses si réputées
ou bièvre.
de la ProYence et du Languedoc, et
Cc gros rongeur, exterminé partout
que les gens de ce pays, la "nacioun
en
Amérique
: le castor
à cause de sa fourrure, vivait
sur
beaucoup
auxquels il
a
de
nos
légué
cours
son
jadis
d'eau
nom
:
la
g ardiane
n,
joignent ù
l'ardeur de
leur sang latin l'imagination poétique
de leurs lointains ancêtres sarrasins,
Bièvre, le Beuvron, la Beuvronne, etc.
que leur langue sonore,
Il en existait encore, au temps de
Charlemagne, une colonie établie sur
lïlot du Passeur-aux-Bœufs,
à la
tumes
pittoresques,
longue
tradition, en font les repré­
de
la
Cité.
cou­
d"une
sentants des anciens troubadours et
Depuis
les plus Yibrants d'entre les félibres ;
cettr lointaine époque, le hièYre ou
qu ïls puisent dans cette Yie de soli-
pointe
and
leurs
issues
180
LA TEHHE ET LA VIE
En Camargm•. - Tnurcaux de course.
1
�·pc
<Il'
etH·\·a1
<le
l.amarguC'.
tude, au milieu de s vastes espaces, une
noblesse d'a llure et maintes qu alités
physiques
et
morales
qui
les
181
CAMARGUE
LA
fon t
distinguer du reste d e s Fra n ç a is ?
C'est aussi le paradis du naturaliste
et de l' ar tiste qui peu vcn t, g r à ce à la
Ré ser v e zoologi que et bota niqu e que
la Société N ation ale d'Acclimatation
de Fra n ce y a cr éée avec le géné-
ver au pays s o n caractère d'origina­
lité, Ce sa nctuaire de la nature laiss e
c ependa n t la possibilité
aux initiés
d'ob s er ver sur pla ce les choses pré­
c ieuses qu'elle protège. Trois mas y
so n t a mén a gés oü cher che u rs, savants
et
p euv ent s'i nstaller,
artistes
tains
d'y
un
trouver
gîte
nable et des pièces pour
.-\u lHemÎL'r plan: Salicornes: Salicornia m111-ros/a!'/1!fa (Enga110).
A l'arrière plan: Fourrés de Tanwrisc ya/lica (Gachollo).
ap pui de
la Société Al ais ,
Froges et Camargue, é tudier à loisir
la biologie de ce t te faunl' l't de cette
reux
flore si variées. Sur une
étendue de
18.000 hectares, un Sl'rvice
de
sur­
\· eillance en assu rc la "mise en r éserve
intégrale », l e règl e m e nt de l a Réserve
interdisant de rien s uppri m er comme
de ri en introduire,
laissant
plan tes
et animaux évoluer libr e me n t ,
sui­
\·ant les lois na tur el ies, s'accroître en
un juste é qui libre biologique et conscr-
Cl'r­
convl'­
travailler.
i;.,//e··t.
1·•
-"""""'·
Centre d'étude d d'observation. la
Réserve
est
pourvue
d'observateurs qu i ,
rend
compte
de
d'un
groupe
périodiquement.
ses
travaux ,
pass a ges de mi gra ti a n s ,
d es
d es
ra rett:·s
relevées , des évolutions llorales ai n si
que
de
tous
les
faits
ta nt à la b iolo gi e
des
pla n t es
qui
y
se
rappor­
des a nimaux ou
vivent.
Et
ces
travaux s ' a ugm ente n t chaque an née
des relations publiées par les voya­
geurs qui ont séjourné quelq u e t emps
182
en
LA TERRE ET LA VIE
ce
point choisi de la Camargue.
Et l'on dit que toutes ces beautés,
toutes ces richesses artistiques· et
scientifiques.
que
notre ,-ieille
France
ce
pur
est
joyau de
menacé de
pour
leur
faire
gagner les. hectares
d'un sol imprégné de sel à tel point
que les puits forés à plus de trente
mètres de profondeur,
de
trouver
de
l'eau
dans l'espoir
potable,
n'ont
disparaitre. que le vignoble a besoin
fourni qu'un
de terres nouvelles et veut planter
ses 1·eps dans les sables salés et les
propre
da 11gs
salad elles
promoteurs de ce fantastique gaspil­
mau\"Cs, les aigrettes blanches et les
lage de nos deniers publics, que le sol
flamants
des étangs est au-dessous du niveau
asséchés
roses,
!
les
Les
taureaux
sau­
à
liquide
saumâtre,
im­
toute consomma Lion.
N'est-il pas permis de rappeler aux
,·ages et leurs guardians ,-ont céder
de la mer, que les in filtrations, sans
la place aux viticulteurs et aux plan­
parler des tempêtes, auront tôt fait
teurs de riz
rnilliuns
vont
!
Des
millions et des
de remplir ce tonneau des Danaïdes
ètre
dépensés
à rebo11rs qu'est le Vaccarès?
abaisser le plan d'eau du
pour
Vaccarès
Sous le ciel de
écrin merveilleux
et dessaler les sables camarguais.
Cc n'est pas au rédacteur de cette
France
il est un
qui renferme
des
trésors incomparables, de purs joyaux
note :l discuter le bien-fondé des ré­
que
cla11rntions des Yiticulteurs du delta,
envient
les
nations
;
au
lieu
européennes
de
le
nous
conserver
ni celles des propriétaires rh·erains
pieusement,
des étangs qui verront, sans déplaisir,
la proie des modernes Vandales qui
dépenser les millions des contribuables
rêvent de s'en emparer ?
,.,,//,.,,. , ..
Fn Can1.irgue.
-
.ft'llllc
1•
le
y,.,,,,,.,
guardi:111
.,_
Iaissera-t-on
devenir
Fly UP