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Aide à la reconnaissance et à l’évaluation de l’état de conservation

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Aide à la reconnaissance et à l’évaluation de l’état de conservation
Aide à la reconnaissance et à l’évaluation
de l’état de conservation
de l’habitat d’intérêt communautaire
des prairies maigres de fauche de basse altitude
(code Natura 2000 : 6510)
en région Pays-de-la-Loire
Pascal Lacroix – Franck Hardy – Jean Le Bail
Hermann Guitton – Guillaume Thomassin
OBJECTIFS
En 2006, le Conservatoire botanique national de Brest (CBN) a conduit, à la demande de la Direction régionale de l’environnement des Pays-de-la-Loire, une étude sur l’amélioration de la définition de l’habitat d’intérêt communautaire « prairies maigres de fauche de basse altitude
(Alopecurus pratensis, Sanguisorba officinalis) » (code Natura 2000 : 6510) à l’échelle de la région.
Tandis que les Cahiers d’habitats agropastoraux (Foucault in Bensettiti et al., 2005) rattachent
précisément 22 associations végétales à cet habitat cité à la directive européenne 92/43/CEE du
21 mai 1992, concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore
sauvages, dite Directive Habitats-Faune-Flore, il y est en même temps fait état de lacunes dans
la connaissance de la répartition de ces syntaxons, en particulier en Pays-de-la-Loire. Plus globalement, et contrairement aux prairies hygrophiles et mésohygrophiles qui sont mieux connues, les
prairies mésophiles souffrent encore à l’échelle nationale, et notamment en Pays-de-la-Loire, d’un
déficit de description : cette réalité contraste avec la précision typologique des Cahiers d’habitats. Parallèlement, on observe l’habitat « prairies maigres de fauche » dans les cartographies
d’habitats réalisées en Pays-de-la-Loire dans le cadre de certains documents d’objectifs Natura
2000, ce qui pourrait, à la lumière des constats précédents, poser question sur le bien-fondé
systématique des diagnostics.
De plus, les Cahiers d’habitats signalent le cas des prairies entretenues de manière mixte par
fauche et pâturage (situation très courante dans les systèmes prairiaux des Pays-de-la-Loire),
dont les variations peuvent conduire à des situations délicates à interpréter, avec des intermédiaires sur le plan floristique entre les vraies prairies de fauche et les prairies pâturées (ces
dernières ne relevant pas de la Directive Habitats-Faune-Flore).
Les objectifs de l’étude dont les résultats sont présentés ici visaient donc à :
— faire le point sur la présence éventuelle des associations phytosociologiques citées par
les Cahiers d’habitats à l’intérieur des limites de la région Pays-de-la-Loire,
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— essayer de fournir un cadre d’interprétation plus général de l’habitat 6510, permettant de
contourner ce constat d’un déficit de description des communautés végétales de prairies mésophiles et de reconnaître plus facilement l’habitat d’intérêt communautaire,
— fournir des éléments pour l’évaluation de son état de conservation,
— donner un avis sur la validité de la prise en compte actuelle de l’habitat à l’intérieur du
réseau Natura 2000 en Pays-de-la-Loire.
MATÉRIEL ET MÉTHODE
En préalable, une analyse des documents de référence pour la définition de l’habitat des
« prairies maigres de fauche » que sont le Manuel d’interprétation des habitats de l’Union européenne (Romão, 1997), d’une part, et les Cahiers d’habitats agropastoraux rédigés pour la France
(Foucault in Bensettiti et al., 2005), d’autre part, a été effectuée. Par ailleurs, des recherches
bibliographiques ont été réalisées sur l’organisation systémique des prairies mésophiles (Foucault,
1986, 1989a, 1989b), ainsi que sur les associations végétales mentionnées par les Cahiers d’habitats dans le but d’en faire une description plus détaillée, notamment sur le plan phytosociologique. Ainsi, les travaux de Baranger (1978), Foucault (1986, 1989a et 1989b), Frileux et al.
(1989), Grévilliot (1996), Labadille (2000) ont été consultés, de même que des ouvrages plus
généraux sur le synsystème phytosociologique en France (Julve, 1993 ; Bardat et al., 2004).
Une campagne de relevés phytosociologiques a été effectuée dans les cinq départements des
Pays-de-la-Loire, à l’intérieur de prairies mésophiles. Ceux-ci ont été principalement réalisés dans
des prairies fauchées, mais des prairies en exploitation mixte (fauche avec pâturage de regain),
bien représentées dans certains sites comme la vallée de la Loire, voire uniquement pâturées,
ont également fait l’objet d’investigations afin d’évaluer l’effet de ces pratiques agricoles sur leur
composition floristique. De même, dans un certain nombre de cas, des relevés ont été effectués
dans des prairies mésohygrophiles au contact inférieur des prairies mésophiles ou dans des
pelouses sèches situées à leur contact supérieur.
Le plan d’échantillonnage a été orienté de façon à prendre en compte la diversité écologique de
la région des Pays-de-la-Loire, notamment sur le plan géologique. Les prospections ont aussi été
dirigées vers des grands sites naturels de la région déjà partiellement connus sur le plan phytosociologique et intégrés au réseau Natura 2000, tels que la vallée de la Loire (Loire-Atlantique
et Maine-et-Loire), le marais breton-vendéen dont l’île de Noirmoutier (Vendée), le marais poitevin
(Vendée), la vallée de l’Erve (Mayenne), les vallées de la Sarthe et du Loir (Sarthe).
Au total, ce sont 100 relevés phytosociologiques qui ont été réalisés en mai et juin 2006, selon
la méthode sigmatiste par Franck Hardy, Jean Le Bail, Hermann Guitton, Pascal Lacroix et
Guillaume Thomassin (CBN de Brest), dont 36 en Maine-et-Loire, 25 en Vendée, 20 en LoireAtlantique, 12 en Sarthe et 7 en Mayenne.
RÉSULTATS DE L’ANALYSE BIBLIOGRAPHIQUE
Spontanément, si l’on cherche à donner une définition à la fois écologique, floristique et structurelle d’une « prairie maigre », ces termes évoquent une prairie oligotrophe à mésotrophe,
mésophile à mésoxérophile, intermédiaire entre des pelouses et des prairies, riche floristiquement du fait de cette combinaison, et à faible densité de végétation. D’un point de vue phytosociologique, il s’agirait de communautés végétales situées à la charnière entre la classe des
Arrhenatheretea elatioris Br.-Bl. 1949 nom. nud. et un certain nombre de classes de végétations
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Session 3 - La phytosociologie, un outil incontournable pour les gestionnaires des milieux naturels
de pelouses (Nardetea strictae Rivas Goday in Rivas Goday et Rivas-Martínez 1963 et Festuco
valesiacae-Brometea erecti Br.-Bl. Et Tüxen ex Br.-Bl. 1949, notamment).
Cette définition “intuitive” n’est pas très éloignée de celle qui est fournie par le Manuel d’interprétation des habitats de l’Union européenne (Romão, 1997) qui vient expliciter l’annexe 1 de la
directive Habitats-Faune-Flore. Les « prairies maigres de fauche de basse altitude (Alopecurus
pratensis, Sanguisorba officinalis) » (code Corine Biotope : 38.2) y sont décrites comme des
prairies de fauche oligotrophes à mésotrophes, riches d’un point de vue floristique, appartenant
aux alliances du Brachypodio pinnati-Centaureion nemoralis Br.-Bl. 1967 (= Lino biennis-Gaudinion fragilis (Br.-Bl. 1967) Foucault 1989) et de l’Arrhenatherion Koch 1926, entretenues par des
pratiques agricoles extensives. Cependant, la définition de l’habitat d’intérêt communautaire va
au-delà de la notion de « prairie maigre » au sens strict et intègre, aux côtés de prairies oligotrophes à mésotrophes, des prairies mésophiles eutrophisées, pauvres floristiquement, hautes et
à biomasse élevée, qui sont à considérer comme un état de dégradation de l’habitat présentant
des potentialités de restauration.
Tel qu’il est présenté dans les fiches rédigées par Foucault dans les Cahiers d’habitats agropastoraux français (Bensettiti et al., 2005), l’habitat générique 6510 semble bien recouvrir l’ensemble des associations aujourd’hui décrites au sein des alliances du Brachypodio-Centaureion
(atlantique) et de l’Arrhenatherion (continental). Bien que cela ne soit pas écrit explicitement
dans les Cahiers d’habitats, il convient donc d’interpréter le rattachement à l’habitat d’intérêt
communautaire à l’échelle de ces deux alliances, et de prendre en compte, non seulement les
22 associations végétales qui y sont citées, mais aussi les autres groupements végétaux non décrits
à l’intérieur de l’ordre des Arrhenatheretalia elatioris Tüxen 1931 qui comprend les communautés
fauchées des Arrhenatheretea elatioris.
Dès lors, la reconnaissance des espèces indiquées par Foucault (1989a) comme caractéristiques
des Arrhenatheretalia elatioris devient le principal critère diagnostique des « prairies maigres de
fauche » sur le plan phytosociologique. Ce lot d’espèces végétales sensibles au piétinement et
aux coupes fréquentes (Bromus hordeaceus subsp. hordeaceus, Trisetum flavescens, Lathyrus
pratensis, Arrhenatherum elatius, Rhinanthus minor, Daucus carota, Heracleum sphondylium,
Galium mollugo, Vicia sativa, Conopodium majus, Crepis capillaris et Vicia hirsuta) manque dans
les prairies pâturées relevant des Trifolio repentis-Phleetalia pratensis Passarge 1969 (ordre au
sein duquel se trouve l’alliance du Cynosurion cristati Tüxen 1947). Le fait que ces espèces
puissent se maintenir dans certains régimes d’exploitation mixtes ou de sous-pâturage montre,
par ailleurs, que la nature de l’usage agricole ne constitue pas un critère suffisant pour la reconnaissance de l’habitat 6510.
Par conséquent, on voit que la définition de l’habitat d’intérêt communautaire des « prairies
maigres de fauche » dépasse la notion de prairie maigre au sens strict et intègre, aux côtés de
prairies oligotrophes à mésotrophes, des prairies mésophiles eutrophisées, pauvres floristiquement, hautes et à biomasse élevée.
Foucault (1989a, 1989b) a montré qu’à l’intérieur des trois grands systèmes de prairies mésophiles qu’il distingue principalement par la nature du substrat géologique que sont le système
acide atlantique, le système calcicole subatlantique et le système subatlantique intermédiaire, les
prairies mésophiles s’inscrivent dans un schéma dynamique qui suit un gradient trophique croissant de fertilisation agricole. Ainsi, en situation de fertilisation faible à moyenne, les prairies
“semi-améliorées” mésotrophes dérivent-elles d’une pelouse oligotrophe initiale, puis évoluent
vers des prairies “améliorées” eutrophes, en cas de fertilisation plus poussée. Cette “amélioration”, qui est à entendre sur un plan agricole comme une augmentation de la production herbagère, se traduit dans les cortèges floristiques par la disparition progressive des espèces
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oligotrophiles et l’apparition d’espèces eutrophiles. En situation trophique intermédiaire, les
associations végétales de prairies “semi-améliorées” sont caractérisées par la coexistence de
deux ensembles sociologiques, l’un d’espèces oligotrophiles, l’autre d’espèces prairiales mésotrophiles (Foucault, 1989a). La variabilité des communautés du Brachypodio-Centaureion et de
l’Arrhenatherion repose donc largement sur la nature des espèces oligotrophiles relictuelles des
pelouses initiales et sur leur proportion en comparaison du cortège des espèces mésotrophiles
qui forme le fond floristique prairial.
Cependant, il faut signaler que le facteur d’humidité constitue un autre critère de différenciation
des prairies mésophiles pour Foucault (1989a) qui reconnaît, à l’intérieur des deux alliances
phytosociologiques, deux groupes d’associations. Le premier groupe d’associations mésohygrophiles se trouve au contact topographique supérieur des prairies du Bromion racemosi Tüxen in
Tüxen et Preising 1951 nom. nud. différencié par des espèces de celui-ci ou plus généralement
des systèmes hygrophiles (Bromus racemosus, Lychnis flos-cuculi, Oenanthe pimpinelloides,
Rumex crispus pour le Brachypodio-Centaureion ; Colchicum automnale, Peucedanum carvifolia,
Sanguisorba officinalis, Cardamine pratensis, Lychnis flos-cuculi, Alopecurus pratensis pour l’Arrhenatherion). Un second groupe d’associations mésophiles à mésoxérophiles occupe des niveaux
topographiques plus élevés et dérive de pelouses oligotrophes par fertilisation.
RÉSULTATS DE L’ÉTUDE PHYTOSOCIOLOGIQUE
DES PRAIRIES EN PAYS-DE-LA-LOIRE
Sur les bases des conclusions qui viennent d’être tirées de l’analyse bibliographique, l’interprétation des 100 relevés phytosociologiques réalisés dans la région des Pays-de-la-Loire (voir
tableau A, consultable en ligne sur le site de la Revue) a permis d’en rattacher 90 à l’habitat
des « prairies maigres de fauche » (code Natura 2000 : 6510). Parmi les 10 relevés exclus de
l’habitat d’intérêt communautaire, 4 relevés relèvent en effet de prairies mésohygrophiles des
Agrostietea stoloniferae Müller et Görs 1969 et 6 appartiennent à des prairies pâturées du Cynosurion cristati Tüxen 1947.
Au regard de la
confirme ici que
rentrent dans la
certaines prairies
diversité des usages agricoles des prairies qui ont été échantillonnées, on
les prairies mésophiles à exploitation mixte (fauche avec pâturage de regain)
définition des prairies de fauche au sens phytosociologique, de même que
faiblement pâturées.
Trois associations végétales citées dans les Cahiers d’habitats ont été reconnues à l’intérieur des
limites de la région des Pays-de-la-Loire :
— le Galio veri-Trifolietum repentis Sougnez 1957 (habitat élémentaire 6510-6 « prairies
fauchées collinéennes à submontagnardes, mésophiles, mésotrophiques et basophiles »),
— le Luzulo campestris-Brometum mollis Foucault 1989 (habitat élémentaire 6510-3 « prairies
fauchées mésophiles à mésoxérophiles thermo-atlantiques »),
— l’Heracleo sphondylii-Brometum mollis Foucault 1989 (habitat élémentaire 6510-7 « prairies
fauchées collinéennes à submontagnardes, eutrophiques »).
En revanche, l’Oenantho pimpinelloidis-Trisetetum flavescentis de J. Terrisse, signalé par les
Cahiers d’habitats en Vendée et en Charente sur les « polders dérivés d’anciens schorres colmatés
dont il occupe les points hauts (ou « bossis ») » (habitat élémentaire 6510-1 « prairies fauchées
thermo-atlantiques mésohygrophiles du sud-ouest »), a été recherché sans résultat dans le marais
breton-vendéen et le Marais poitevin. Par ailleurs, il faut rappeler que ce groupement n’a pas fait
l’objet de diagnose publiée, tout comme le Malvo moschatae-Brometum mollis Baranger 1978, ou
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« prairie mésophile mésotrophique calcicole à mauve musquée et brome mou » (6510-3), selon
les Cahiers d’habitats.
Il apparaît que la grande majorité des autres relevés (55 au total – voir tableau A), tout en se
rattachant au Brachypodio-Centaureion par la présence des espèces caractéristiques ou différentielles de cette alliance (Gaudinia fragilis, Vulpia bromoides, Linum bienne, Oenanthe pimpinelloidis, Crepis vesicaria subsp. hanseleri, Centaurea gr. nigra et Malva moschata), se rapporte à
des types de végétation originaux qui n’ont pas encore été décrits dans la littérature. Ce résultat
confirme les importantes lacunes soulignées par Foucault (1989b) qui écrit que « cette alliance
reste encore très mal connue ». Dans de nombreux cas, les prairies non décrites rencontrées
dérivent d’autres pelouses oligotrophes que celles qui sont à l’origine des associations de
prairies mésophiles déjà décrites [Galio saxatilis-Festucetum rubrae Oberdorfer 1957 pour le
système acide atlantique, Succiso pratensis-Brachypodietum pinnati (Géhu 1959) Géhu, GéhuFranck et Scoppola ex 1984 em. Boullet 1986 pour le système calcicole subatlantique, Orchido
morio-Saxifragetum granulatae (Allorge et Gaume 1931) Foucault 1989, pour le système intermédiaire]. Le tableau A distingue, en l’état de l’interprétation des relevés déjà rassemblés, 7 types
de prairies différentes dont un type correspond à une association végétale en cours de description (colonne X : prairie mésotrophe, mésophile à mésohygrophile du Carici divisae-Trisetetum
flavescentis Hardy, à paraître), et 6 autres dont l’étude devra être approfondie à l’avenir :
— colonne IV : prairie oligo-mésotrophe dérivant d’une pelouse des Koelerio glaucae-Corynephoretea canescentis Klika in Klika et V. Novák 1941,
— colonne V : prairie oligo-mésotrophe dérivant du Vulpio bromoides-Trifolietum subterranei
Wattez, Géhu et de Foucault 1977 (pelouse des Helianthemetea guttati (Br.-Bl. ex Rivas Goday
1958) Rivas Goday et Rivas-Martínez 1963),
— colonne VI : prairie mésotrophe dérivant d’une pelouse-prairie des Agropyretea pungentis
Géhu 1968,
— colonne VIII : prairie mésotrophe dérivant du Vulpio bromoides-Trifolietum subterranei,
— colonne IX : prairie mésotrophe dérivant d’une pelouse des Festuco valesiacae-Brometea
erecti Br.-Bl. Et Tüxen ex Br.-Bl. 1949,
— colonne XI : prairies mésotrophes à eutrophes.
L’ensemble de ces groupements non décrits du Brachypodio-Centaureion appartient, au même
titre que les associations citées dans les Cahiers d’habitats, à l’habitat d’intérêt communautaire
des « prairies maigres de fauche ». L’étude a ainsi permis de confirmer l’habitat dans 7 sites du
réseau écologique Natura 2000 en Pays-de-la-Loire où il était signalé et de le reconnaître dans
4 sites supplémentaires. Potentiellement, celui-ci est certainement présent dans une majorité des
sites d’intérêt communautaire de la région et des compléments importants seront donc à
apporter, dans les années qui viennent, aux documents d’objectifs et aux cartographies d’habitats qui les accompagnent. L’objectif de gestion des habitats d’intérêt communautaire dans un
bon état de conservation fixé par la directive Habitats-Faune-Flore réclame, non seulement d’approfondir la typologie phytosociologique de ces prairies mésophiles, mais aussi d’en évaluer
l’état de conservation.
ÉVALUATION DE L’ÉTAT DE CONSERVATION
Si l’ensemble des prairies du Brachypodio-Centaureion sont à intégrer, suivant notre analyse, à
l’habitat d’intérêt communautaire des « prairies maigres de fauche », toutes ne se trouvent pas
dans un état de conservation équivalent. Ainsi, les prairies eutrophes sont elles bien identifiées
par le Manuel d’interprétation des habitats de l’Union européenne comme par les Cahiers
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d’habitats, comme un état de dégradation des « prairies maigres de fauche ». Nous proposons,
par conséquent, d’évaluer l’état de conservation de ces prairies en fonction de leur niveau
trophique, dépendant largement de l’intensité de la fertilisation, responsable :
— d’une diminution de la diversité phytocœnotique des communautés végétales lorsque la
fertilisation augmente (exemple de la convergence de l’ensemble des prairies des trois systèmes
prairiaux mésophiles (acide atlantique, subatlantique calcicole, intermédiaire) vers une unique
association de prairie eutrophe de l’Heracleo sphondylii-Brometum mollis Foucault (1986) 1989),
— d’une diminution de la richesse spécifique dans les prairies (forte concurrence exercée par
un certain nombre de Poacées très compétitives).
Le labour d’une pelouse mésoxérophile peut constituer un autre facteur d’évolution trophique
vers la prairie par suite d’un approfondissement du sol, comme cela a été observé sur les
schistes de la région d’Ancenis, où des prairies mésophiles à mésoxérophiles occupent désormais
la place d’anciennes pelouses labourées dans les années 1980. Paradoxalement, ces prairies
répondent bien aujourd’hui à la définition de l’habitat « prairies maigres de fauche ».
De la même manière, le pâturage peut conduire à des phénomènes d’eutrophisation des prairies
par les déjections animales (en particulier, en cas d’affouragement). Cependant, indépendamment
des questions d’eutrophisation, la présence du bétail est un facteur qui influe sur le rattachement à l’habitat 6510 puisque la disparition de la dizaine d’espèces végétales sensibles au piétinement et aux coupes fréquentes (caractéristiques de l’ordre des Arrhenatheralia elatioris) a pour
Tableau I
Évaluation de l’état de conservation des prairies mésophiles de fauche
en fonction de leur niveau trophique révélé par leur composition floristique
Qualification
du niveau
trophique
de la prairie
Définition floristique
Prairie
oligo-mésotrophe
Disparition de nombreuses espèces oligotrophiles très sensibles
à la fertilisation, mais maintien de certaines espèces oligotrophiles
assez sensibles à la fertilisation : Brachypodium pinnatum,
Koeleria pyramidata, Linum catharticum, Carlina vulgaris,
Carex flacca, Hieracium pilosella, Campanula rotundifolia,
Sanguisorba minor, Saxifraga granulata, Orchis morio,
Polygala vulgaris, Primula vulgaris, Centaurea scabiosa,
Succisa pratensis, Potentilla erecta, Danthonia decumbens,
Carex pilulifera, Galium saxatile
Prairie mésotrophe
Disparition des espèces oligotrophiles assez sensibles
à la fertilisation ; ne subsiste que les espèces oligotrophiles
les plus tolérantes à la fertilisation : Festuca rubra,
Lotus corniculatus, Luzula campestris, Galium verum,
Ranunculus bulbosus, Agrostis capillaris, Agrimonia eupatoria,
Leontodon hispidus
Prairie mésotrophe
à eutrophe
Disparition (ou quasi-disparition) de toutes
les espèces oligotrophiles, même les plus tolérantes
à la fertilisation
Prairie eutrophe
Disparition (ou quasi-disparition) de toutes les espèces
oligotrophiles, même les plus tolérantes à la fertilisation
et apparition d’espèces eutrophiles : Heracleum sphondylium,
Cirsium arvense, Anthriscus sylvestris, Rumex crispus,
Phleum pratense, Alopecurus pratensis, Agrostis stolonifera,
Rumex obtusifolius, Urtica dioica
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État
de conservation
Bon
Moyen
Mauvais à moyen
Mauvais
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Session 3 - La phytosociologie, un outil incontournable pour les gestionnaires des milieux naturels
conséquence de faire basculer les prairies dans un autre ordre phytosociologique qui ne fait pas
partie de l’habitat d’intérêt communautaire (définition principalement négative des Trifolio
repentis-Phleetalia pratensis). Pour autant, il ne faudrait pas présenter le pâturage comme un
facteur de dégradation en général des prairies, puisqu’il existe des prairies pâturées oligo-mésotrophes homologues des prairies de fauche oligo-mésotrophes, seulement différenciées par l’absence des espèces caractéristiques des Arrhenatheretalia elatioris. Par ailleurs, beaucoup de
prairies ligériennes sont exploitées en fauche avec pâturage de regain qui contribue probablement, à condition que la fauche ne soit pas trop précoce, à augmenter leur richesse spécifique
(création d’ouvertures dans le tapis végétal favorables aux espèces annuelles). Il n’en est pas de
même avec le pâturage précoce ou « déprimage » qui a lieu au printemps et qui en abaisse au
contraire la richesse spécifique.
Parmi les espèces oligotrophiles, différents groupes d’espèces peuvent être mis en évidence à
partir des synthèses effectuées par Foucault (1989a) se caractérisant par des degrés de sensibilité plus ou moins importante à la fertilisation. En combinant ces groupes d’espèces oligotrophiles (ou plus ou moins oligotrophiles) avec les espèces eutrophiles qui caractérisent les prairies
les plus fertilisées, il est possible de qualifier le niveau trophique des prairies et d’en déduire
un état de conservation (voir tableau I, p.392).
Selon nous, il convient également d’appréhender la gestion de l’habitat 6510 en liaison avec les
pelouses initiales qui présentent un intérêt patrimonial fort qui n’est pas reconnu systématiquement par la directive Habitats-Faune-Flore. La fertilisation “raisonnée” de ces pelouses, pour les
faire évoluer des stades oligo-mésotrophes de l’habitat « prairies maigres de fauche » d’intérêt
communautaire, constituerait évidemment un contresens complet d’un point de vue de la conservation des habitats.
PROPOSITION DE CRITÈRES POUR UNE CLÉ DE CARACTÉRISATION DE L’HABITAT
Les résultats à la fois de l’analyse bibliographique et de l’étude phytosociologique conduite sur
le terrain par le Conservatoire botanique national de Brest permettent d’envisager la proposition
d’une clé de caractérisation de l’habitat d’intérêt communautaire des « prairies maigres de fauche
de basse altitude (Alopecurus pratensis, Sanguisorba officinalis) » (code Natura 2000 : 6510) à
l’échelle de la région, fournissant un outil d’aide à la reconnaissance de l’habitat et à l’évaluation de son état de conservation. Cette clé, qui n’est pas fournie dans le cadre de cet article,
répond plus précisément aux objectifs suivants :
— reconnaître l’habitat 6510 en Pays-de-la-Loire par distinction des autres types de prairies
ou avec les pelouses avec lesquelles il pourrait être confondu,
— identifier s’il s’agit d’une prairie déjà décrite sur le plan phytosociologique ou d’un groupement original,
— évaluer, dans tous les cas, son état de conservation.
Elle repose sur le principe d’une approche fondée sur la composition floristique de la prairie
(examen d’un relevé phytosociologique) et ne tient pas compte de l’usage (pâturage ou fauche)
qui se révèle être un critère diagnostique insuffisant. La clé de caractérisation peut être décomposée en cinq grandes étapes :
• vérification qu’il s’agit bien d’une prairie au sens strict, appartenant aux classes phytosociologiques des Arrhenatheretea elatioris Br.-Bl. 1949 nom. nud. ou des Agrostietea stoloniferae Müller
et Görs 1969 (naguère, rassemblées dans une seule classe qui, depuis, a été séparée en deux) :
la distinction est faite d’avec les pelouses (classes des Festuco valesiacae-Brometea erecti Br.-Bl.
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et Tüxen ex Br.-Bl. 1949, Nardetea strictae Rivas Goday in Rivas Goday et Rivas-Martínez 1963,
Koelerio glaucae-Corynephoretea canescentis Klika in Klika et V. Novák 1941, Sedo albi-Scleranthetea biennis Br.-Bl. 1955, Trifolio medii-Geranietea sanguinei Müller 1962, Agropyretea pungentis
Géhu 1968 ou Helianthemetea guttati (Br.-Bl. ex Rivas Goday 1958) Rivas Goday et Rivas-Martínez
1963, voire des Melampyro pratensis-Holcetea mollis Passarge 1994 ou des Stellarietea mediae
Tüxen, Lohmeyer et Preising ex von Rochow 1951) et d’avec les bas-marais (classe des Molinio
caeruleae-Juncetea acutiflori Br.-Bl. 1950), sur le critère de la balance floristique (comparaison du
nombre et de l’abondance-dominance des espèces relevant des classes en balance) ;
• distinction des prairies mésophiles (à mésohygrophiles) des Arrhenatheretea par rapport aux
prairies hygrophiles à mésohygrophiles des Agrostietea, en fonction toujours de la balance floristique ;
• distinction des prairies mésophiles de fauche d’un point de vue phytosociologique, c’est-à-dire
appartenant à l’ordre des Arrhenatheretalia d’avec les prairies pâturées (Trifolio-Phleetalia),
d’après la présence d’un cortège significatif d’espèces appartenant au lot de plantes sensibles au
piétinement et aux coupes fréquentes ; à partir de cette étape, les prairies relèvent a priori de
l’habitat des « prairies maigres de fauche » (sauf s’il s’agit d’une friche nitrophile, voir ci-après) ;
• séparation des prairies en 4 niveaux trophiques (prairies oligo-mésotrophes, prairies mésotrophes, prairies mésotrophes à eutrophes, prairies eutrophes) sur la base de la présence ou de
l’absence des groupes d’espèces oligotrophiles et eutrophiles décrites dans le tableau I (p. 392),
auxquels peuvent être associés les 4 états de conservation déduits dans le même tableau (dans
le cas des prairies eutrophes, il est vérifié qu’il ne s’agit pas d’une friche nitrophile de l’Heracleo sphondylii-Rumicetum obtusifolii Foucault 1984, qui découle d’une eutrophisation poussée
au-delà de l’Heracleo-Brometum) ;
• rattachement éventuel de la prairie examinée à des associations déjà décrites (par comparaison
avec les combinaisons d’espèces caractéristiques de celles-ci) ou bien conclusion qu’il s’agit d’un
groupement original non encore décrit.
CONCLUSIONS
Au contraire de la définition intuitive qui peut être donnée d’une prairie maigre, et d’après l’interprétation que nous faisons du Manuel d’interprétation des habitats de l’Union européenne
(Romão, 1997) et des Cahiers d’habitats agropastoraux rédigés pour la France (Foucault in Bensettiti et al., 2005), l’habitat d’intérêt communautaire des « prairies maigres de fauche de basse
altitude (Alopecurus pratensis, Sanguisorba officinalis) » (code Natura 2000 : 6510) concerne l’ensemble des prairies relevant des alliances phytosociologiques du Brachypodio-Centaureion et de
l’Arrhenatherion. La présence d’un lot d’une dizaine d’espèces sensibles au piétinement et aux
coupes fréquentes (caractéristiques de l’ordre des Arrhenatheretalia) devient le critère prépondérant pour la reconnaissance de l’habitat, par distinction des prairies pâturées, sachant que la
nature de l’usage agricole (fauche ou pâturage) n’est pas suffisant pour conclure, puisque
certaines prairies pâturées peuvent relever des prairies de fauche sur le plan phytosociologique.
En Pays-de-la-Loire, la présence de l’habitat est confirmée sous la forme d’au moins trois associations citées dans les Cahiers d’habitats, mais il est plus souvent représenté par des groupements non encore décrits, mais néanmoins bien d’intérêt communautaire. Ce constat appelle des
compléments dans la région pour assurer une meilleure prise en compte de l’habitat dans les
documents d’objectifs Natura 2000.
Les critères pour la constitution d’une clé de caractérisation (restant à affiner) de l’habitat des
prairies maigres de fauche en Pays-de-la-Loire sont proposés, dans le but d’apporter une aide aux
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Session 3 - La phytosociologie, un outil incontournable pour les gestionnaires des milieux naturels
opérateurs Natura 2000 pour la reconnaissance de l’habitat et l’évaluation de son état de conservation. Ce dernier est évalué d’après le niveau trophique des prairies, apprécié à partir de groupes
d’espèces soit oligotrophiles, soit eutrophiles, identifiés dans la littérature phytosociologique.
Les résultats obtenus montrent qu’un travail important reste à conduire pour la description de
nouveaux syntaxons, dérivant d’autres pelouses initiales, et pour en poursuivre l’évaluation de
l’état de conservation (ce qui supposera d’identifier d’autres lots d’espèces oligotrophiles
sensibles à l’eutrophisation).
Pascal LACROIX – Franck HARDY – Jean LE BAIL
Hermann GUITTON – Guillaume THOMASSIN
CONSERVATOIRE BOTANIQUE NATIONAL DE BREST
Antenne Pays-de-la-Loire
28bis rue Baboneau
F-44100 NANTES
([email protected]) ([email protected]) ([email protected])
([email protected]) ([email protected])
Remerciements
Nous adressons nos remerciements à Loïc Delassus (CBN de Brest) pour la relecture de l’article et à Bruno
de Foucault pour son avis apporté dans le cadre de l’étude. Nous remercions également Bertrand Jarri
(Mayenne Nature Environnement), Gérard Hunault (CBN du Bassin parisien) et Mareck Banasiak (CPIE des
vallées de la Sarthe et du Loir) qui ont contribué à guider les prospections sur le terrain dans les départements de la Mayenne et de la Sarthe.
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AIDE À LA RECONNAISSANCE ET À L’ÉVALUATION DE L’ÉTAT DE CONSERVATION DE L’HABITAT D’INTÉRÊT COMMUNAUTAIRE
DES PRAIRIES MAIGRES DE FAUCHE DE BASSE ALTITUDE (code Natura 2000 : 6510) EN RÉGION PAYS-DE-LA-LOIRE
À partir d’une analyse bibliographique et d’une étude phytosociologique de terrain, les auteurs montrent
qu’une majorité des prairies mésophiles de fauche de la région des Pays-de-la-Loire, souvent à exploitation
mixte, voire faiblement pâturées, relèvent de l’habitat d’intérêt communautaire des « prairies maigres de
fauche de basse altitude (Alopecurus pratensis, Sanguisorba officinalis) » (code Natura 2000 : 6510). Cette
interprétation porte non seulement sur trois associations végétales effectivement citées par les Cahiers d’habitats agropastoraux (le Galio veri-Trifolietum repentis Sougnez 1957, le Luzulo campestris-Brometum mollis
Foucault 1989 et l’Heracleo sphondylii-Brometum mollis Foucault 1989), mais aussi sur d’autres communautés prairiales mésophiles non encore décrites. L’analyse complète les Cahiers d’habitats en proposant
d’intégrer explicitement à l’habitat d’intérêt communautaire des « prairies maigres de fauche » l’ensemble des
végétations, qu’elles soient décrites ou non, appartenant aux deux alliances phytosociologiques du Brachypodio-Centaureion et de l’Arrhenatherion. Les prairies eutrophisées (fertilisées) rentrent dans la définition de
l’habitat dont elles constituent un état de dégradation.
Les auteurs fournissent, en outre, des critères pour la constitution d’une clé de caractérisation de l’habitat
dans le but d’aider à le reconnaître et à en évaluer l’état de conservation. Ils proposent de fonder cette
évaluation sur le niveau trophique, révélé par les proportions respectives d’espèces oligotrophiles (relictuelles
des pelouses initiales dont elles dérivent) et d’espèces eutrophiles.
AID TO RECOGNITION AND EVALUATION OF THE CONSERVATION STATUS OF A EUROPEAN-INTEREST HABITAT OF LOWLAND,
SPECIES-POOR HAY MEADOWS (NATURA 2000 CODE 6510) IN THE PAYS-DE-LA-LOIRE REGION (Abstract)
On the basis of a bibliographic analysis and a field phytosociological survey, the authors show that most
mesophilic hay meadows in the Pays-de-la-Loire region, often under mixed farming schemes and sometimes
only moderately grazed, belong to the European-interest habitat “lowland species-poor hay meadows
(Alopecurus pratensis, Sanguisorba officinalis)” (Natura 2000 code 6510). This interpretation concerns not
only three plant associations indeed referred to in the Cahiers d’habitats agropastoraux (Galio veri-Trifolietum
repentis Sougnez 1957, Luzulo campestris-Brometum mollis Foucault 1989 and Heracleo sphondylii-Brometum
mollis Foucault 1989), but also some other mesophilic meadow communities that have yet to be described.
This analysis supplements the Cahiers d’habitats by proposing to explicitly add to the “species-poor hay
meadows” European-interest habitat all the vegetations, whether or not already described, that belong to the
two phytosociological alliances, Brachypodio-Centaureion and Arrhenatherion. Eutrophised (fertilised) meadows
are included in the definition of the habitat as a state of deterioration.
The authors also provide criteria for establishing a key for habitat characterisation in order to help recognise
and assess the habitat’s conservation status. They propose to base such assessments on the trophic level
as exhibited by the respective proportions of oligotrophic species (relicts of the initial grassland from which
they derive) and the eutrophic species.
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