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C O M M E N T , EN ... M E T Z A R O M P... (LA MISSION HOUPERT-CHRISTMANN) p a r
COMMENT,
METZ
EN
A ROMPU
(LA MISSION
1918,
SES
CHAINES
HOUPERT-CHRISTMANN)
COMMUNICATION FAITE A L'ACADEMIE DE
LE 3 MARS
METZ
1955
par
M. ANDRÉ
Membre
BELLARD
Titulaire
Directement intéressée par les opérations prêtes à se déclencher lorsque survint l'armistice, Metz avait vu le front se rapprocher de bien près, dès le lendemain des brillantes offensives américaines du 1 2 au 1 5 septembre 1 9 1 8 . Après avoir réalisé la réduction de la fameuse hernie de Saint-Mihiel, nos alliés avaient progressé de telle sorte que leurs lignes coupaient la vallée du Ruptde-Mad au nord-est de Rembercourt et s'établissaient au sud de
Pagny quant à la rive gauche de la Moselle, au sud de Champey
quant à la rive droite, leur 1 corps d'armée, sous le commandement du major général Hunter Liggett, se trouvant installé de
part et d'autre de la rivière. Près de Limey, il appuyait sa gauche
au 4 corps, commandé par le major général Joseph Dickman. Le
major général Liggett avait, en face de lui, les divisions du generalleutnant Fuchs, chef du détachement de Saint-Mihiel de l'armée von Gallwitz, qui en profondeur s'accrochaient a u x très
importants travaux réalisés en avant de la Croix Saint-Clément,
sur le territoire de Novéant, à hauteur de Dornot.
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Pershing se proposait d'investir largement Metz en prenant
l'offensive avec la l armée vers Longwy, avec la 2 vers Briey,
tandis qu'un détachement fort de six divisions opérerait sur la
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GOMMENT, EN 1918,
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rive droite de la Moselle en liaison avec l'armée Mangin, prête à
foncer en direction de Château-Salins. C'est alors qu'intervint
l'armistice du 11 novembre. Du côté allemand, il avait été précédé,
accompagné et fut suivi de manifestations révolutionnaires dont
il sied de dire quelques mots.
C'est chose assez peu connue, semble-t-il, que le maréchal
Hindenburg en personne avait préconisé la constitution de ces
« Vertrauensräte », ou «Conseils de confiance» dont il escomptait l'influence modératrice, mais dont de plus experts dans les
jeux politiques firent naître les « Arbeiter- und Soldatenräte », les
« Conseils des ouvriers et des soldats » soviétiformes. Le vieux
maréchal avait-il joué les apprentis-sorciers ou « f i n a s s é » ; ce
n'est pas l'occasion d'en discuter. Il semble bien avoir été débordé par les mutineries qui éclatèrent dans la marine allemande, à
Kiel, puis à Hambourg et à Brème les 5 et 6 novembre, qui essaimèrent à Leipzig le 7, et, pour ce qui nous occupe, à Metz le 9 novembre.
Ce jour-là, on avait vu apparaître sur les murs de la ville une
affiche, rouge comme il se doit, de dimensions d'ailleurs modestes, qui en appelait « An die Bürger und Soldaten der Stadt Metz »
(c'était son titre). Deux lignes en assez gros caractères s'en détachaient pour signifier que « Ruhe ist die erste Bürger- und Soldatenpflicht », et que « Plünderungen werden mit dem Tode bestraft » ; cet appel au calme et cette prévention du pillage étaient
d'ailleurs dans le droit fil des préoccupations de Hindenburg, observons-le au passage. L'affiche assurait encore que l'administration municipale et les militaires s'étaient rangés à l'obédience du
Conseil. Par une assez surprenante attention, ce dernier avait signé cette affiche en trois langues, dont la troisième était l'anglais.
L'affiche était visée p a r Heinrich Voortmann, premier président
du Soldatenrat, et Tröndle, assesseur civil.
Ce 9 novembre encore, on vit le Conseil des ouvriers et des
soldats hisser le drapeau rouge à l'une des fenêtres du salon de
Guise, l'une des deux de l'hôtel de ville qui, de nos jours encore,
possèdent le bras de fer propice à ces pavois précipités et que je
soupçonne d'avoir été placés là vers le temps des Cent-Jours.
Le Conseil des ouvriers et des soldats s'installa, d'autre part,
dans les divers salons de la mairie. Il n'allait guère y régner
qu'une semaine, du samedi 9 au dimanche 17, d'un règne h a u t
en couleurs si l'on note son zèle à propager rubans et cocardes
du plus beau vermillon, d'un règne parfaitement terne par ail-
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HOUPERT-CHIUSTMANN)
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leurs, marqué par quelques scènes de chasse aux épauleties et
a u x barrettes de décorations; dans tous les sens du mot, et Metz
peut s'en féliciter, le « Conseil des ouvriers et des soldats » ici,
n'a rien cassé... Savoureux détail : l'abbé Charles Ritz, l'impayable (( Chan » du Patriote Lorrain, revenu ventre à terre du front
allemand et dûment pavoisé de rouge, avait réussi à se faufiler
dans ses rangs.
Quant à elle, pratique et flegmatique, l'Alsace-Lorraine mettait le temps à profit pour tirer son épingle du jeu. Dès le 11, le.
Landtag, réuni à Strasbourg, s'y muait en Conseil national; il
constitue une Commission administrative dans laquelle le poste
des Finances est confié à l'excellent Nicolas Jung, que l'affection de ses concitoyens de Metz maintient au Conseil municipal,
au titre indigène, depuis le 20 janvier 1901, qui depuis 1907 est
maire-adjoint de Metz, depuis 1908 conseiller général, et que la
ville de Metz se donnera pour maire en 1922.
Dans une énergique déclaration, le petit Parlement alsacienlorrain impose à tous les fonctionnaires l'obligation stricte de demeurer à leur poste et de continuer à remplir leurs fonctions
comme par le passé.
L'autorité normale, on le voit, n'a pas perdu la tête; la Révolution de 1918 glisse sur ce monde alsacien-lorrain comme l'eau
s u r les plumes d'un canard, suivant l'expressive image populaire.
A Metz d'ailleurs, et sans que l'on soit autorisé à croire que
les dés aient été préalablement pipés, c'est l'excellent typographe
messin Becker, syndicaliste convaincu, militant « rouge » de tout
repos, qui est délégué du Comité des ouvriers et des soldats auprès de la municipalité. Réuni pour la dernière fois en séance le
15 novembre, le Conseil municipal ne se séparera pas sans avoir
officiellement proclamé « que Monsieur Becker avait bien mérité
de la Ville de Metz en maintenant l'ordre et la discipline durant
les j o u r s de la Révolution».
. * •
* *
Et l'Armée allemande, en tout ceci ?
L'article 2 de la convention d'armistice impose l'évacuation
des pays envahis, Belgique, France, Luxembourg ainsi que l'Alsace-Lorraine, réglée de manière à être réalisée dans u n délai de
quinze j o u r s ; l'occupation par l'ensemble des troupes alliées suiv r a la marche de l'évacuation; effectivement, le 28 novembre les
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armées françaises achèveront de traverser le Luxembourg pour
aborder la frontière allemande; trois jours plus tard le Rhin sera
atteint de Spire à la frontière suisse.
Depuis le 11 novembre, refluant de la région de Verdun p a r
Moulins et par Metz, les troupes allemandes ont battu en retraite
mais leur mouvement se précipite à partir du 14. Sans doute, elles
sont abondamment pavoisées de rouge et les services des arrières
sont en débandade. Je citerai pourtant à témoignage Albert Houpert, fils de mon rédacteur en chef, actuel Secrétaire général de
la Chambre de Commerce. Les événements lui ont donné de voir,
par la Belgique et le Luxembourg, retraiter « tout ce que la VII
armée comptait de troupes, sans parler d'autres formations qui
croisaient sa route » ; oui, dit-il, « les troupes de l'arrière et du
service des étapes faisaient franchement une mauvaise impression : leur tenue était débraillée, les soldats ne saluaient pas ou
saluaient très mal leurs supérieurs; aux voitures pendaient des
loques rouges » ; mais il ne précise pas moins que : « tout autre
était l'aspect des troupes du front; régulièrement elles faisaient
leur entrée au cantonnement aux sons du « Parademarsch » ; au
lieu du drapeau rouge on ne voyait que des oriflammes aux couleurs prussiennes, bavaroises, etc.. ».
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De son côté, notre vénérable confrère Paul Pignon, rédacteur
en chef du « M e s s i n » , rentrant de sa captivité à Ehrenbreitstein,
avait pu contempler à loisir par la portière de son wagon la file
ininterrompue des troupes allemandes en retraite et s'il ne lui a
pas échappé que les voitures à munitions « sont ornées de branches de s a p i n » , il précisera lui aussi: « c e sont les troupes du
front allemand en retraite, naturellement « planmâssig » comme
toujours, devant les troupes alliées qui s'avancent vers la Prusse
rhénane ».
*
* *.
Tout ceci devait être dit, pour recréer l'atmosphère dans laquelle Metz avait à vivre au temps où elle rompit ses chaînes —
et voici comme :
Dès confirmation de la nouvelle de l'armistice, le Conseil
municipal avait désigné plusieurs de ses membres, Messins de
pure origine, pour aller prendre langue au plus près avec les
autorités militaires alliées, en vue d'assurer la sécurité de la population et de mettre au point les modalités de l'accueil à faire à
nos libérateurs. Le respect des conditions d'armistice ne permet-
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tait pas d'aller trop vite en besogne : il est bien évident que le
contact, en plein « creuset messin », des Allemands vaincus et des
Français victorieux aurait procuré ce que l'on peut rêver de
mieux comme mélange détonant...
Ce n'est que le vendredi 15 novembre que cinq personnalités
messines, dont quatre conseillers municipaux, MM. Béquer, banquier, Christmann, Féderspiel, m a r c h a n d de bois, et le Dr Henry
Maret, puis M. Nicolas Houpert, rédacteur en chef du « Lorrain »,
nantis pour tout viatique d'un laissez-passer délivré p a r le « Gomité du Conseil des ouvriers et des soldats », purent se mettre en
route, en auto, par la rive gauche de la Moselle. Tout alla facilement d'abord, par les localités de la banlieue ouest, puis p a r Novéant, Arnaville, Pagny dévastées et vides de leurs habitants contraints depuis deux mois à l'évacuation. Mais en avant de Vandières, une coupure de la route obligea la délégation messine à
quitter sa voiture pour continuer à pied ; dès l'entrée de Vandières
elle se heurtait à deux sentinelles américaines qui conduisirent
les cinq délégués au petit poste installé dans la ci-devant « Ortsk o m m a n d a n t u r ». Un lieutenant s'y trouvait, qui les reçut, échangea quelques laborieux propos puis prit le téléphone pour demander des directives au quartier général, à Marbache. Finalement
trois des délégués se virent inviter à rebrousser chemin: seuls M.
Houpert et le conseiller Christmann obtenaient l'autorisation de
poursuivre la mission dont ils étaient investis, encore le lieutenant
devait-il les accompagner à Marbache. Là, toutefois, une heureuse
surprise les attendait: en u n lieutenant français de l'état-major du
général de Castelnau, M. Houpert eut la joie de retrouver le propre fils de son vieil ami Victor Michel, de Freybouse. Ce fut le
lieutenant Michel qui eut à conduire à Nancy les émissaires
officiels de la ville de Metz...
Le soir tombait quand ils parvinrent à la Préfecture, où M.
Martin, secrétaire général de Meurthe-et-Moselle, les reçut sans
retard: mandé à Paris pour y recevoir les instructions nécessaires
à sa charge de Commissaire de la République à Metz, M. Mirman
ne devait rentrer que dans la nuit. Le samedi 16, dès 10 heures du
matin, en effet, il accueillait enfin MM. Houpert et Christmann
dans son cabinet. L'entretien chaleureux que l'on devine se poursuivait, lorsque survint le général Mangin, et ce fut avec le comm a n d a n t de la 10 armée que furent donc arrêtées les grandes lignes du programme de l'entrée solennelle des soldats de France.
Le glorieux enfant de Sarrebourg se faisait fête de passer sous la
porte Serpenoise à la tête de deux divisions; on sait qu'une malene
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contreuse chute de cheval, près de la Ferme Tournebride, allait le
frustrer de cette récompense sans prix; on sait aussi qu'une délicate attention de ses pairs raya du parcours officiel la Porte Serpenoise; on sait enfin qu'une inscription mensongère n'en allait
pas moins proclamer quelques années plus tard, que par la Porte
Serpenoise nos troupes victorieuses firent leur rentrée en 1918 e
et la réalité était pourtant beaucoup plus belle.
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LA CHUTE DE CHEVAL DU GENERAL MANGIN
sur la Route Nationale 57
Les points 4) situent le Général Leconte, commandant le 33 Corps
d'Armée, et son Chef d'Etat-Major, le Général Gousseau, auteur du
croquis inédit reproduit ci-dessus
e
Mangin n'a pas de chance à Metz; sa statue vient, il est vrai,
d'être réédifiée, mais le nouveau socle ne porte plus le texte de
son admirable proclamation aux Lorrains, et u n sculpteur diligent
à parler de corde dans la maison d'un pendu a trouvé le moyen
d'y représenter à cheval l'accidenté de Tournebride...
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Le malencontreux bas-relief ne saurait qu'augmenter nos regrets de la disparition des inscriptions premières. Mangin, ému
aux larmes lorsque M. Houpert, son « pays » de la Meurthe annexée, évoquait devant lui à la Préfecture de Nancy les épreuves
subies par ses concitoyens, s'en était souvenu en rédigeant la proclamation placardée sur les m u r s de la ville libérée, et notamment
dans les dernières phrases: «Qu'ils n'aient aucune crainte, ceux
qui par nécessité ont dû se courber, malgré eux, sous le j o u g allemand. La France, dont vous avez été la rançon, ouvre largement
ses bras à tous ses enfants retrouvés; ceux qu'elle aime le mieux
sont ceux qui ont le plus souffert ».
**
La matinée s'avançait quand le général Mangin, après les
avoir honorés de sa photographie dédicacée, fit conduire MM.
Houpert et Ghristmann à son quartier général de Ghampigneulles,
afin de les y doter des papiers nécessaires pour accomplir vers
Metz u n retour sans histoire. Franchissant la Moselle à Pont-àMousson, roulant par Corny et Jouy-aux-Arches occupées par des
éléments avancés et déjà toutes pavoisées a u x couleurs de France,
les deux délégués de la ville, impatiemment attendus et non sans
inquiétude, parvinrent à Metz dans l'après-midi du 16 novembre.
La journée du lendemain 17, u n dimanche, devait être déterm i n a n t e ; c'est elle qui fut témoin du départ des derniers éléments
ennemis, de l'arrivée du Colonel Matter représentant le chef de la
10 armée et investi du commandement de la Place, du colonel
Havard, venu opérer la réquisition de b u r e a u x à l'hôtel de ville
et à la Princerie — cependant que le drapeau rouge du « Conseil
des ouvriers et des soldats » était « amené » sans honneurs spéciaux, ledit conseil ayant d'ailleurs achevé ce même 17 novembre
son règne éphémère de la façon la plus discrète par la signature
de pièces anodines. Le commandant Delarue, chargé de la direction des services de sûreté, arriva lui aussi; survinrent enfin les
patrouilles du 5 chasseurs à cheval chargées de veiller sur l'ordre
public. Officiers et soldats eurent à se défendre en effet, mais contre les chaleureuses et enthousiastes démonstrations qui paralysaient littéralement leur avance dans les rues de la ville.
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Sur le collège de Foch, sur Saint-Clément, solennellement, à
midi sonnant, les blessés français et alliés libérés en même temps
que la ville hissent le premier drapeau français qui eût flotté sur
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un bâtiment public. Par une curieuse coïncidence, c'est le moment
même où, avec une discrétion toute messine, le maire Roger Foret,
n o m m é par l'autorité allemande en 1911, puis en 1912, et par ordonnance impériale, prorogé jusqu'en... 1920 (l'avenir, sire, n'est
à personne...) sera invité par les membres Vieux-Messins du conseil, à se démettre de ses fonctions, que recueille M. Nicolas Jung.
L'homme remâchera pendant vingt-deux ans l'affront qui lui
est fait: au mois de j u i n 1940, sans mandat, n'engageant que lui
seul, il fera à l'envahisseur la remise solennelle des clefs de la
ville, ces clefs que Clemenceau avait été si fier de rapporter à
Metz en la visite présidentielle du 8 décembre 1918, et de remettre
au maire Prevel, sous les yeux en pleurs de Jeanne Déroulède.
Les représentants de l'armée française ne sont pas seuls, du
reste, à renouer avec la ville libérée les contacts nécessaires. Le
17 novembre voit également arriver à Metz quelques personnalités
civiles distinguées; la rédaction de la rue des Clercs voit surgir
Louis Forest, le brillant journaliste et auteur parisien dont Metz
est le berceau, en l'honneur de qui un Champagne authentique
sort de sa cachette; et il sied de noter particulièrement d'autre
part l'arrivée du maire de Nancy en personne, M. Simon, qui a
reçu la délicate mission de veiller au ravitaillement de Metz et du
département.
**
Ce même 17 novembre enfin, à 17 heures, va se tenir en la
salle Saint-Bernard la séance mémorable où MM. Houpert et
Christmann auront à faire le rapport de l'expédition menée à bien
la veille, séance au cours de laquelle doit être mise au point la
réception solennelle des troupes françaises, fixée au surlendemain,
mardi 19.
Une statue de Jeanne d'Arc émergeant de trophées de drapeaux est dressée sur la scène; le maire-adjoint Nicolas J u n g préside; après avoir salué l'assistance au nom de 1'« Assemblée nationale d'Alsace-Lorraine », héritière du Landtag, après l'avoir enflammée par une déclaration bien sentie, M. J u n g , que sollicitent
des rendez-vous urgents des colonels Matter et Havard, décline la
présidence, dont l'Assemblée u n a n i m e investit aussitôt par des
acclamations riches de sens, u n ancien combattant de 1870, M.
André Guenser, doyen d'âge du conseil municipal. Un comité
d'action est par acclamations constitué sur-le-champ, duquel survivent de nos j o u r s MM. Maurice Legris, Maurice Tillement,
W i n s b a c k et M Tabary.
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HOUPERT-GHRISTMANN)
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La séance est ouverte aussitôt, dans l'enthousiasme que l'on
devine, sur des acclamations sans fin à la France et à son armée,
auxquelles succède une émouvante minute de recueillement dans
le souvenir de ceux qui sont morts pour sa libération. M. W i n s back, au nom des Déportés qui rentrent d'une captivité aussi longue que la guerre, fait connaître qu'il vient d'être procédé, entre
membres du Conseil municipal, a u x discriminations nécessaires et
que M. Foret s'est démis de sa charge.
M. Nicolas Houpert enfin a la parole. J'ai retracé déjà les péripéties de la mission qu'avec M. Christmann il avait menée à
bien. On apprend encore que les troupes, progressant en trois colonnes distinctes par la rive droite de la Moselle, se rassembleront
a u x abords de Montigny et que le général Mangin insiste pour une
réception très simple. Au reste, le comité seul se réunira le soir
même à 21 heures et le lendemain 18 à 14 heures pour préciser les
dispositions à prendre, du fait des administrations et de la population, en vue de l'accueil des troupes.
*
**
Le lundi 18 novembre est tout entier à la fièvre des derniers
préparatifs. Les drapeaux français ont jailli de partout; la plupart
humbles emblèmes de circonstance faits hâtivement des tissus les
plus inattendus, mais quelquefois reliques pâlies par le temps,
soigneusement conservées depuis 1870.
Quelques détachements français surviennent déjà: ce sont
ceux qui ont à prendre possession des casernes de la ville et à
préparer les cantonnements.
La grande presse a délégué ses meilleurs reporters en vue de
l'inoubliable journée du lendemain: ce 18 novembre arrivent à
Metz, rejoignant le Messin Louis Forest du «Matin)), Emile
Braunschweig du « Journal » ; Paul Garrot, de T« Echo de Paris »,
H a n n a u x de la « France Libre » et quelques autres.
Arrive également le 18 novembre notre actuel confrère M.
Georges Sadler : il apporte à la rédaction du « Lorrain » l'émouvant papier que le chanoine Collin a rédigé pour le « Messager
de Lorraine » et qui, fort opportunément, pourra au matin de la
triomphale journée du 19, donner a u x Messins les impressions
d'armistice du célèbre lutteur, retenu loin de Metz pour quelques
j o u r s encore.
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COMMENT, EN 1918,
METZ A ROMPU SES CHAINES
On a vu par cette communication à la fois trop longue et bien
trop brève, comment, en 1918, Metz a rompu ses chaînes. La g r a n de journée du 19 novembre, elle, a fourni la matière de nombreuses relations et je n'en dirai rien. Si, pourtant, ce détail délicieux
qui m'a été conté par notre collègue M. de la Chaise. Quand s'approcha de Metz la première colonne, qui progressait au pas de
route, et bien entendu sans tambours ni trompettes, on entendit
monter un chant étrange, assez lent, voire mélancolique, dont le
rythme évoquait un peu celui de la sonnerie « Aux Champs ».
Lourds de gloire, et cependant bien égaux à eux-mêmes, les
vainqueurs en bleu horizon avançaient vers Metz en fredonnant
l'innocente chansonnette de l'an 1912: « T o u t le long du Missouri »...
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