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Document 1907270

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Document 1907270
Synthèse des évaluations
André Giordan,
Christian
Souchon
POURQUOI ÉVALUER DES ACTIONS DE
CULTURE SCIENTIFIQUE ET
TECHNIQUE ?
Envisager Vimpact réel des actions entreprises
S
i la pratique de l'évaluation se rencontre de plus en plus
fréquemment dans l'éducation scientifique où une première synthèse de résultats a été publiée (Giordan, de
Vecchi, 1987, première partie), elle est encore peu
répandue dans le domaine de la culture scientifique et technique.
Certes en muséologie, quelques ébauches existent depuis la
fin des années trente : la plus connue est celle de l'exposition
internationale « Médecine et Santé » de New-York (publié dans
Derryberry, 1941). Cependant, malgré un fort courant de
recherches autour de Screven (1984), cette pratique n'est pas
véritablement généralisée à l'ensemble de la culture scientifique et
technique. Il est vrai que le domaine est jeune et que les divers
partenaires (concepteurs, réalisateurs) sont confrontés à une
tâche primordiale, celle de faire exister le domaine.
En France, cette préoccupation a été véritablement formalisée lors des troisièmes Journées internationales sur l'éducation
scientifique de Chamonix (Giordan, 1981) et une première
confrontation importante a eu lieu lors des journées J O U T E S de
Nice (Giordan, Rasse, 1987). Depuis on peut recenser une
dizaine d'études de cas, essentiellement centrées sur les expositions et le livre pour enfants (voir plus loin l'étude bibliographique).
Pourtant l'évaluation apparaît comme l'élément complémentaire indispensable de l'innovation dans la promotion des
activités de culture scientifique et technique (Giordan, 1989), elle
demande par là à être promue. Plusieurs raisons peuvent être
avancées en effet à ce propos. D'une part l'évaluation permet de
recueillir les données utiles pour caractériser une action, un produit ou une opération : représentent-ils une stratégie originale,
une nouvelle forme d'action ? Proposent-ils une nouvelle dimension (implantation dans un quartier, une entreprise ou intervention au niveau régional, européen) ? Touchent-ils un public spécifique (apprentis, jeunes de banlieue défavorisée) ou un nouveau
public (milieu rural, handicapés, petite enfance) ? Correspondent-ils à des besoins particuliers (santé, emploi, technologie particulière) ?
D'autre part, cette tentative d'objectivation peut fournir les
éléments intervenant dans la prise de décision, et cela sur différents plans :
— le produit, l'activité sont-ils lisibles ? sont-ils compréhensibles ?
— peuvent-ils aider à développer une attitude, une
démarche scientifique ?
— provoquent-ils une sensibilisation ou une modification
de savoirs ?
— le projet est-il fondé, l'opération est-elle crédible ?
— l'équipe de conception est-elle fiable ?
— le coût est-il justifié par rapport aux retombées à court
ou à long terme ?
Ces questions, parmi tant d'autres encore, montrent que
les informations recueillies peuvent être utilisées à différents
niveaux. Par exemple :
1. Elles peuvent aider des utilisateurs potentiels (conservateurs, animateurs, formateurs, décideurs) pour choisir un produit culturel en toute connaissance : objectifs traités, caractéristiques, qualités et défauts du produit, moments d'utilisation,
publics possibles.
2. Elles peuvent être utilisées par des concepteurs pour
obtenir des informations globales ou spécifiques sur les résultats
réels de leurs activités : messages transmis, réactions des publics,
cheminements et obstacles rencontrés par ces derniers (accès,
lecture, compréhension, interaction).
3. Elles peuvent fournir aux décideurs des éléments pour
fonder leur politique et leurs choix techniques en la matière.
Un bilan de la qualité d'une action entreprise ou de ses
composants (choix des documents, objets, audiovisuels, etc.)
peut ainsi être établi.
En d'autres termes, chaque fois qu'il s'agit de « faire
passer » un message par le biais d'un média, d'une action ponctuelle ou suivie ou d'un produit (employé seul ou dans le cadre
d'une stratégie culturelle), l'évaluation peut mettre à plat :
•les finalités et les objectifs attendus,
•les retombées réelles au niveau des publics visés et donc les
objectifs atteints,
•les moyens mis en œuvre véritablement.
La pratique de l'évaluation introduit alors des idées sur la
rentabilité de la communication, ou sur l'optimisation dans l'utilisation des ressources, toujours nécessaire en période de développement d'un domaine.
Établir
un rapport
qualité-prix
De l'évaluation « sanction » qu'elle était à l'origine, on peut
voir que l'évaluation change sensiblement de visage, elle devient
une aide tout-niveau pour réguler l'action. La notion même d'expertise est ainsi complètement renouvelée : les indicateurs relevés fournissent à l'expert les moyens de fonder son jugement. En
effet, les informations recueillies, éventuellement croisées, lui
permettent de ne pas limiter son appréciation, d'une part, à
l'émetteur du message, d'autre part, à une simple comparaison
avec des critères de mode ou d'habitudes du milieu (style de l'exposition ou de l'activité, pratiques de l'animateur).
Il peut alors axer son diagnostic principalement sur les
retombées au niveau des récepteurs : le (les) public (s). Par
exemple, suite à une action spécifique, la pratique de l'évaluation
permet de repérer qualitativement et quantitativement le (les)
public (s) touché (s).
Elle rend visible les conséquences sur les plans de :
— la sensibilisation à la science en général ou à une technique en particulier,
— l'apport en termes d'attitudes ou de démarches,
— des transformations éventuelles sur le plan des comportements ou des savoirs (questionnement, concepts).
Dans le même temps, elle fournit des indications sur les
possibilités d'utilisation de chaque élément de façon séparée ou
intégrée dans une intervention plus large, elle indique les réorientations à introduire pour les activités futures.
Des comparaisons entre divers produits peuvent également être envisagés :
— faut-il entreprendre des actions institutionnelles, nécessairement dépensiaires, ayant des retombées médiatiques à long
terme ?
— doit-on au contraire susciter la production de documents ou de matériel peu coûteux ?
A court terme, à partir de l'ensemble de ces données et en
les confrontant au coût de l'opération, il sera possible d'établir un
rapport « qualité-prix » dans les termes suivants :
Prendre
en compte
les réactions
des
publics
Par ailleurs, sur un plan plus immédiat, la pratique de l'évaluation fournit des « feed-backs » pour les concepteurs, les animateurs : elle donne un retour sur ce qui est fait pour éviter le
renouvellement des dysfonctionnements actuels.
Dans le détail, on peut constater l'impact réel des actions
entreprises :
— les panneaux de l'exposition ont-ils été vus ? ont-ils été
lus?
— les consignes de l'atelier ont-elles été comprises ?
— les audio-visuels présentés ont-ils été décodés ?
— les modèles utilisés ont-ils provoqué des modifications
durables d'attitudes par rapport au problème traité ? Etc.
En retour, il est alors possible d'envisager les modifications
de conception, de réalisation ou d'animation souhaitables.
Outils pour
la conception
et la
réalisation
A l'usage, il apparaît nettement que la pratique de l'évaluation ne se cantonne plus à n'être qu'un bilan. Elle peut devenir le
moteur de la conception et de la réalisation. Notamment elle
peut rapprocher le médiateur et « son » public avant même l'ouverture de la manifestation ou la réalisation du produit, et cela
dans plusieurs directions.
nombre
d'apprenants
"touchés"
quantité
de
m e s s a g e s
reçues
qualités
des
savoirs
appropriés
coût
et
coût
et
de
de
d'utilisation
de
coût
conception
production
maintenance
de
gestion
personnels
accessiblité
contraintes
(dont
n é c e s s a i r e
et
de
temps
1. Elle aide à préciser les finalités de l'action envisagée :
s'agit-il de faire passer un savoir, ou une image d'une science ou
d'une technique ? S'agit-il de développer une attitude scientifique, une démarche d'investigation, ou au contraire s'agit-il de
mettre en place une sensibilité ? etc.
2. Elle précise et permet de prendre en compte les attentes,
les demandes, les questions des publics.
3. Elle cible les cadres de références et les mécanismes de
compréhension des publics concernés : que souhaitent-ils
connaître ? quel niveau de savoir maîtrisent-ils ? Comment s'approprient-ils le savoir ?
Les travaux de recherche actuels montrent même que les
techniques d'évaluation peuvent être utilisées sur le plan pratique
lors de la mise en place d'une action ou dans la production d'un
produit. Elles peuvent aider un concepteur à préciser le niveau
d'exigence qu'il recherche dans la poursuite de ces objectifs, par
rapport à un public donné. Elles peuvent intervenir pour définir
les divers éléments de présentation (scénarios, panneaux, activités) ou encore pour choisir leurs composantes particulières
(métaphores, analogies, modèles).
Notamment le processus qu'elles engendrent permet
d'adapter progressivement les divers éléments aux demandes ou
aux démarches des publics visés.
Une démarche de production peut être ainsi établie à travers une pratique de l'évaluation. On peut tenter de la préciser
concrètement :
1. Le concepteur ou l'animateur, avant toute action envisage de préciser son public, d'abord :
— quelles sont les aspirations du public sur le sujet ?
— que cherche-t-il à savoir ?
— quel est son niveau de vocabulaire ? quelle est sa façon de
raisonner en la matière ?
— quelle démarche maîtrise-t-il ? etc.
Dans le même temps, le concepteur pourra élaborer ou
préciser ses objectifs :
— quel est mon (ou mes) message (s) prioritaire (s) ?
— jusqu'à quel point, est-il souhaitable de les amener ? quel
aspect peut-on privilégier ?
— quels sont les autres savoirs dont doit disposer mon
interlocuteur pour comprendre mon projet, qu'il est nécessaire
de travailler en parallèle ?
L'ensemble de ces activités de reflexion préalable permet
alors de connaître avec suffisamment de précision les conceptions du public choisi, afin de guider l'auteur dans ces choix
scientifiques et de médiations.
En fonction de tous ces éléments, le concepteur va pouvoir
réaliser son préstory-board ou sa prémaquette et envisager le
média qu'il va mettre en place.
Une première évaluation au sens traditionnel intervient à
ce moment pour corroborer ou infirmer les choix avant que
l'étude soit trop avancée. Cette évaluation peut entraîner quelques corrections majeures pour cibler mieux le message et le
public ou au contraire formuler une autre pratique.
Dans ce dernier cas, le concepteur peut alors mieux approcher les contraintes du média qu'il va utiliser pour produire ou
supporter son activité. En tenant compte de ces trois éléments
(public, messages envisagés, contraintes diverses), un storyboard ou une maquette peut alors être produite.
De nouvelles évaluations concernant contenu ou « accessibilité » au public permettront ensuite de vérifier :
— globalement si les choix sont pertinents par rapport aux
objectifs fixés,
— et dans le détail si chaque élément peut-être lu, compris,
assimilé.
Ces « relectures » à plusieurs niveaux et avec le public évitent la plupart des erreurs potentielles (termes incorrects, symbolisme impropre, schémas illisibles, modèles incompréhensibles). Dans le même temps, elles améliorent le projet et le rendent
viable. Ce dernier pourra encore être retouché durant son fonctionnement normal, en mettant en place un processus identique.
A titre d'exemple, nous présentons schématiquement la
méthodologie mise au point pour la conception de didacticiels
« grand public ». (Voir document page suivante).
Le processus
innovation-évaluation
L'évaluation ne doit cependant pas être envisagée en termes de panacée, elle ne permet pas, à elle seule, de produire de
nouvelles manifestations ou des produits originaux. Elle ne peut
interférer... qu'avec beaucoup d'imagination ou d'invention. Par
ailleurs, elle ne doit pas être pensée pour brider l'imaginaire ou
l'originalité des concepteurs, des animateurs. Tout au plus, elle
doit être un stimulant, insufflant une nouvelle démarche
d'esprit : une conception réellement fondée !
A ces fins, la pratique de l'évaluation doit être envisagée
C O N N A I S S A N C E
maîtrise
d u
contenu
D U
LU
C H O I X
<
contraintes
langages
machines
DÉFINITION
D U
M E S S A G E
et
définition d e séquences
d'apprentissage
an
D E
P O S S I B L E S
L ' I N T E R F A C E
LU
en
<
P R O D U C T I O N
choix
P U B L I C
caractéristiques
conceptuelles et
d'apprentissage
D U
D I D A C T I Q U E S
S C E N A R I O
d e s séquences
(initiales
et
d e
remédiation)
T
vôrsiora
initiale
z
o
H
<
(n)
Û
LU
CC
LU
Û
hLU
Z
DIAGNOSTIC
INFORMATIQUE
(n)
EVALUATION
DIDACTIQUE
EN LABORATOIRE
(n)
EVALUATION
g
<
<
DIDACTIQUE
>
LU
Q
LU
CO
y® ors ü<s№
<
s
c o m m e u n i n s t r u m e n t d o n t il f a u t b i e n c o n n a î t r e « les p o t e n t i a l i -
Stratégie d e
de
logiciel
<r c§ o
production
METHODOLOGIE
tés e t les l i m i t e s » ( P o c h o n , 1 9 8 9 ) . P a r e x e m p l e , u n e o p é r a t i o n
d o n t le c o û t p e u t p a r a î t r e p r o h i b i t i f p a r r a p p o r t à l a p o p u l a t i o n
i m m é d i a t e m e n t t o u c h é e , n e s'avère-t-elle pas rentable à l o n g
Caractéristiques
du « diagnostic-pronostic
»
didactique
t e r m e p a r s o n i m p a c t m é d i a t i q u e o u p a r l e relais q u e c o n s t i t u e
j u s t e m e n t cette p o p u l a t i o n ? U n projet jugé p e r t i n e n t à petite
é c h e l l e o u q u a n d il est é v a l u é a v e c ses c o n c e p t e u r s se r é v é l e r a - t - i l
aussi efficace lors d e sa g é n é r a l i s a t i o n ? P a r ailleurs,
certaines
actions n'ont-elles pas des r e t o m b é e s àplus l o n g t e r m e o u q u a n d
elles s e r o n t r e p r i s e s ( o u i n t é g r é e s ) d a n s u n p r o c e s s u s f o r m e l .
A
ces q u e l q u e s l i m i t e s p r è s q u i s o n t p r i s e n c o m p t e d e
U n e s t r a t é g i e d ' é v a l u a t i o n h e u r i s t i q u e c o m p o r t e les p r i n c i pales étapes :
— d é f i n i t i o n des objectifs d e l'évaluation,
— m i s e e n place d ' u n e m é t h o d o l o g i e p o u r recueillir et
i n t e r p r é t e r les i n f o r m a t i o n s ,
t o u t e f a ç o n d a n s l e s « b o n s » c o m p t e - r e n d u é v a l u a t i f s , il e s t
— é l a b o r a t i o n d ' u n d i a g n o s t i c m e t t a n t e n é v i d e n c e les p o s -
a u j o u r d ' h u i certain q u e l'évaluation a u n e place f o n d a m e n t a l e
s i b i l i t é s e t les l i m i t e s d e l ' a c t i o n , d u p r o d u i t o u d e l ' o p é r a t i o n ,
p o u r aider le d o m a i n e d e la culture scientifique et t e c h n i q u e à
— p r o d u c t i o n d ' u n p r o n o s t i c c o n t e n a n t la d é c i s i o n d e p r o d u i r e , d e c o n s e r v e r o u d ' é l i m i n e r l ' a c t i o n , le p r o d u i t o u l ' o p é r a -
évoluer.
L e s objectifs p e u v e n t être explicités, les a c t i o n s r é p e r t o r i é e s d a n s l e u r s p o t e n t i a l i t é s , les p r o d u i t s t e s t é s d a n s l e u r e f f i c a -
t i o n , tel q u e l , d a n s certaines c o n d i t i o n s d ' e m p l o i , d ' e n c a d r e m e n t
o u d e l u i faire subir u n certain n o m b r e d e r e m é d i a t i o n s .
cité. L ' é v a l u a t i o n r é p o n d a u x e f f o r t s d ' a d é q u a t i o n , c'est u n e
E n f a i t , si l ' o n s o u h a i t e o p t i m i s e r l a d é m a r c h e , il est n é c e s -
garantie q u i doit être envisagée lors des prises d e décisions q u e
saire d e t e n i r c o m p t e d ' u n c e r t a i n n o m b r e d e p a r a m è t r e s a u t r e s ,
celles-ci s o i e n t i n s t i t u t i o n n e l l e s
t e l q u e les m o t i f s q u i o n t c o n d u i t à p r o v o q u e r c e t t e é v a l u a t i o n ,
o u conceptuelles. Elle devient
l'instrument nécessaire d e la qualité.
les o r i g i n e s d e c e t t e d e m a n d e , l e s m o y e n s e t l a s t r u c t u r e d e
r
"motifs
d e
action, opération
produit à évaluer
A
f
I
I
r e v a l u a t i o n
origine
d e
là^
d e m a n d e
Objectifs de
l'évaluation
Çéquipe
l
^
d'évaluation
k
Méthodologie
d u
e t
^conditions
I
r e c u e i l
d e
l ' a n a l y s e
d e s
d o n n é e s
d e \
l'évaluation
J
Diagnostic
Pronostic
-
rejet
d e
l'action,
-
modifications
-
conditions
-
( t r a n s f o r m a t i o n
à
d e
l'opération,
d u
produit
introduire
d'utilisation
d e
l'évaluation)
l'équipe de l'évaluation et la nature du produit à évaluer. Ces
divers aspects sont largement en interaction et peuvent être
modélisés dans le schéma général suivant :
Recueil de l'information
La méthodologie utilisée comporte au niveau du recueil de
l'information une combinatoire de méthodes :
— issues et adaptées à partir des sciences humaines (questionnaires, interviews, observations directes ou « armées » des
concepteurs, des animateurs ou des publics)
— ou mises au point plus particulièrement en didactique
des sciences, ces dix dernières années (conceptogrammes,
méthode prétest/post-test, suivi d'apprenants).
A u niveau de l'émetteur et des médias utilisés, le but est
d'obtenir les données qui objectivent les finalités du projet et
décrivent les caractéristiques techniques engagées : le nombre de
panneaux, le contenu du texte, le symbolisme et les modèles utilisés dans une exposition ou le nombre de modules, le type de
situation et d'animation dans une activité de club, par exemple.
Au niveau du public, des indicateurs caractéristiques du
comportement, des façons de comprendre et des acquis éventuels des jeunes sont recherchés soit pendant le déroulement de
l'opération soit ensuite. Dans les deux cas, la procédure générale
est de type comparatif (prétest/post-test) et fonctionne pratiquement de la manière suivante : (Voir document page suivante).
Le protocole de passation employé était alors le suivant, en
ce qui concerne un dessin animé : (Voir document page suivante).
Sur le plan pratique, il était proposé à quelques enfants
(individuellement ou à deux) à la suite ou plus généralement le
lendemain de l'évaluation sommative, de revoir l'épisode ou partie de l'épisode.
Après un nouvel entretien, éventuellement pour faire préciser ce qu'il (s) avait (ent) dit ou écrit lors des tests précédents,
on proposait en faisant des arrêts sur image (fig. 1), ou directement sur le passage du film d'expliciter ce qu'il (s) voyait (ent) ou
comprenait (ent).
A titre d'exemples :
ACCUEIL
5 mn
ACCUEIL
PRÉTEST
entretien
5 mn
15 mn
questionnaire
PRÉTEST
10 mn
entretien
n mn
POST-TEST
entretien
15 mn
questionnaire
DISCUSSION
en groupe éventuellement
15 mn
- Q u e r e p r é s e n t e cette image (à p r o p o s des c h r o m o s o m e s en train d'être
d é r o u l é s , épisode « Planète cellule » ?
- Q u ' e s t - c e que tu v o i s ?
- Que font-ils,
- Q u ' e s t - c e qu'il se passe m a i n t e n a n t ? P o u r q u o i o n les d é r o u l e ? Q u i les
déroule ?
- A quoi cela va-t-il s e r v i r ?
- Q u e r e p r é s e n t e cette image (à p r o p o s des éléments du muscle en train de
r a m e r , épisode « Muscle ») ?
- O ù se passe cette scène ? Q u ' e s t - c e qu'elle r e p r é s e n t e ?
- Q u e r e p r é s e n t e cette image (à p r o p o s de la carte d'identité,
« Sentinelles
du corps ») ?
épisode
DISCUSSION
(éventuellement)
teurs caractérisant l'activité, le produit ou l'opération. Elle permet d'affiner le jugement global, en listant tout un ensemble de
points à prendre en compte et à catégoriser.
— La seconde, dénommée évaluatif, inventorie les retombées sur le (s) public (s).
En d'autres termes, le descriptif informe sur les caractéristiques théoriques du produit, l'évaluatif permet de repérer si ces
capacités sont pertinentes (ou pas), compréhensibles (ou pas)
pour un public cible.
- Q u e vois-tu ?
- O ù se passe cette scène ? qu'est-ce qu'elle r e p r é s e n t e ?
- A quoi cela va-t-il s e r v i r ?
- Qu'a voulu montrer l'auteur ?
Descriptif
Eventuellement, il était questionné pour savoir comment
ce qu'il voyait interférait avec ce qu'il pensait au préalable :
- T u m'as dit au d é b u t que les « m i c r o b e s attaquent le c o r p s mais qu'il se
défend », c o m m e n t tu penses qu'il se défend dans cette scène (attaque des antic o r p s , épisode « Sentinelles
du corps »), qui agit ? c o m m e n t ? Q u e l est le r ô l e de
P i e r r o t et de P s y ( l y m p h o c y t e s ) .
Suite au film, une discussion pouvait suivre :
- « T u p e u x m e citer les différents globules
d é f e n d r e le c o r p s ? ».
qui i n t e r v i e n n e n t p o u r
- « Q u e l s sont leurs différents rôles ? »
- « T u m'as dit au d é b u t . . . , Q u ' e s t - c e que tu p e u x m e dire m a i n t e n a n t ? »
Dans tous les cas, l'étude était achevée dès que l'enfant
manifestait des signes d'impatience ou de désintérêt.
Procédures
utilisées
de
pour
le
traitement
l'information
Deux grilles d'analyse ont été élaborées pour le traitement
de l'information :
- L'une appelée descriptif inventorie et décrit les indica-
Le descriptif se présente comme une fiche de renseignements. Il permet l'identification du produit, il fournit des données sur les caractéristiques supposées du produit :
— objectifs explicites,
— type, séquences,
— caractéristiques graphiques, visuelles, etc.
— durée,
documents
complémentaires
existants,
conditions d'utilisation supposées, etc.
Le descriptif repose sur des analyses in situ des différentes
composantes de l'exposition. L'observateur après avoir décrit les
divers éléments, porte un jugement sur le contenu, la pertinence
et l'adéquation par rapport au (x) public (s).
Ce descriptif suggère un certain nombre d'hypothèses sur
les potentialités et les faiblesses de l'exposition qui seront corroborées ou infirmées par les évaluations suivantes.
Tableaux utilisés pour l'exposition.
Présentation
Titre
N o m s des
concepteurs
Particularités
- interactifs
muséologiques
* presse-bouton
- ateliers
* métrage au sol
* jeu d'arcade
- a n i m a t i o n , spectacle
* m é t r a g e des p a n n e a u x
* logiciel ( i n f o r m a t i q u e u n i q u e m e n t )
- conférence
- importance
N o m s des réalisateurs
- n o m b r e de modules
* logiciel (informatique et audiovisuel)
- p r o g r a m m e p o u r les écoles
N o m s des financeurs
- c h e m i n e m e n t (s) possible (s)
* maquette animée
- d o c u m e n t a t i o n en
- t y p e (s) d e s i g n / p r é s e n t a t i o n
* enfants,
- audiovisuels
L i e u (x) d e p r é s e n t a t i o n s (bâtiment,
* °/o d e textes
*film
* tout public,
ville, p a y s )
* °/o d'audiovisuel
* vidéo
* connaisseurs
* °/o d e sensoriel
* vidéodisque
Réseau de
diffusion
Ouverture/Extension
* diashow
Les différents médias
Publics visés
- objets 3 d i m e n s i o n s
-âge
* animaux
- caractéristiques
* maquette
* son :
- itinérance p r é v u e
commentaire
- dossier de presse
ambiance
musical
Divers
- d u r é e p r é v u e p o u r u n e visite
* dioramas
Objectifs
* reproduction
- sensibiliser à
- faire « passer » u n e i m p r e s s i o n
- visuels
- resituer
* photo
- faire « passer » u n e image
* dessin
- d é v e l o p p e r des attitudes scientifiques
* graphique
- d é v e l o p p e r des d é m a r c h e s
*BD
- d é v e l o p p e r des
connaissances
- clarifier des v a l e u r s
- textes
- visites multiples
* panneau
- accessible a u x h a n d i c a p é s
* étiquette
- possibilité d e s'asseoir
* document
d'accompagnement
- p r i x de l'entrée
Encadrements
- sensoriels
* odeur
- nombre
* panneau animé
* toucher
- compétences
* décor
* goût
I n t é r ê t s s u s c i t é s s u i v a n t l e (s) p u b l i c (s)
complément
- différents n i v e a u x de l e c t u r e
* éclairage
Obstacles
(éventuels)
- Interaction a p p r e n a n t s - p r o d u i t
- niveau de motivation
- n i v e a u de q u e s t i o n n e m e n t
- accès a u x diverses séquences
- n i v e a u d'activités suscitées
- lisibilité des consignes
- incitation à d'autres activités
- f a c i l i t é des
cheminements
- Convivialité du produit
A c q u i s observables (objectifs atteints à c o u r t t e r m e )
- c o m p r é h e n s i o n globale des questions traitées
- au n i v e a u attitude
- c o m p r é h e n s i o n d u langage
- au n i v e a u d é m a r c h e
- c o m p r é h e n s i o n des s y m b o l i s m e s et des graphismes
- au n i v e a u
- c o m p r é h e n s i o n des images
connaissances
- au n i v e a u sensibilisation
- c o m p r é h e n s i o n des animations
- A p p o r t s d u matériel d ' a p p o i n t
- au niveau « image d e »
Évaluatif
L'évaluatif informe sur la pertinence culturelle, les limites
d'utilisation d'un produit, d'une activité. En particulier, l'évaluatif précise d'adéquation entre les objectifs, le (s) public (s)et la
conception culturelle. Il précise les apports pour chaque type de
public :
— intérêt, sensibilisation, questionnement éventuel,
— attitude ou modification d'attitude,
— lisibilité et compréhension des messages, etc.
— acquis au niveau méthodologique, au niveau conceptuel
L'évaluatif est réalisé à partir de deux types d'approche :
1. Des évaluations sommatives où on envisage globalement l'apport culturel (objectifs atteints, obstacles) par le biais
d'une méthode prétest, post-test à l'aide de questionnaires ou
d'entretiens construits en tenant compte des objectifs envisagés.
2. Ces évaluations sommatives sont complétées par des
investigations dites formatives. On repère alors dans le détail
pour un certain nombre d'apprenants, les procédures mises en
jeu, les obstacles spécifiques à la compréhension. Puis, par le biais
d'observations directes par un (des) observateur (s) extérieur (s)
et armées avec enregistrements magnétophoniques ou magnétoscopiques, l'équipe d'évaluation analyse et catégorise systématiquement les façons de faire et de comprendre du (des) public
(s).
L'étude peut être complétée par des analyses encore plus
fines de certains objets muséologiques. On demande alors à quelques personnes (représentatives de la population envisagée) de
« lire » certains éléments de présentation. Puis par explicitation
des propos, l'équipe d'évaluation met en évidence les effets de
lisibilité, de compréhension, d'adéquation aux questions ou au
cadre de référence du public visé.
Pour cette étude, le tableau suivant a été utilisé
Diagnostic
A partir des données traitées ci-avant, un diagnostic peut
alors être établi. La grille suivante répertorie les points que nous
avons jugés globalement prioritaires pour cette étude :
1. Q u a l i t é s et c o h é r e n c e d u c o n t e n u p r o p o s é
2. A d é q u a t i o n s entre objectifs et publics
3 . A d é q u a t i o n s e n t r e objectifs et utilisations
4. C o n d i t i o n s possibles
d'utilisation
- p r é r e q u i s souhaités
- t y p e s d'aides didactiques
complémentaires
- e n v i r o n n e m e n t nécessaire
- a p p o r t s de l ' a n i m a t e u r a v a n t , p e n d a n t , a p r è s
5. C o m p a r a i s o n s éventuelles avec d'autres s y s t è m e s de p r é s e n t a t i o n
- apports
- limites
6. M o d i f i c a t i o n s de c o n c e p t i o n à i n t r o d u i r e
- niveau
conception
. objectifs
. conceptuelle
. scénario et design
- niveau présentations
- niveau animations
A PROPOS DES RÉSULTATS
Le développement d'animations dans les musées, les expositions, les exposciences, la valorisation de centres de ressources,
les conceptions nouvelles qui ont présidé à la création des centres
de culture scientifique, technique et industrielle, (CCSTI), l'intérêt des entreprises sont les signes d'une évolution profonde en
cours.
Les efforts pour développer la culture scientifique, technique et industrielle en direction des jeunes sont donc multiples. Il
n'est cependant pas toujours aisé, dans cette phase juvénile du
domaine, de percevoir l'importance réelle des activités présentées.
Si le nombre de jeunes touchés est encore trop faible (voir
plus haut l'inventaire et l'enquête Boy-Muxel.), en ce qui
concerne les impacts qualitatifs, les évaluations entreprises (présentées dans le tableau ci-après) mettent en évidence des résultats
variables et un certain nombre d'évolutions favorables.
Longtemps, la médiation entre les objets scientifiques, les
réalisations techniques et le public a été absente des musées et des
expositions. Au mieux, une présentation magistrale était réalisée
par un guide ou un conférencier qui donnait quelques informations supplémentaires « tout public ». Aujourd'hui, à quelques
exceptions près (certes notables), un encadrement est mis en
place pour les jeunes, une animation et une documentation spécifiques sont parfois prévues. Le plus souvent, l'animateur limite
ses présentations « frontales » , il dialogue et invite le public à
observer, à manipuler, à utiliser des fiches d'accompagnement,
des jeux ou des logiciels (expositions Eléphantillage, Maîtriser
la vie). Des jeux interactifs, des animations sont introduites pendant la visite (Les Lémuriens, au parc zoologique de Vincennes)
encore assez rare d'activité de culture scientifique et technique.
Cette « pièce » créée au sein d'un groupe par Rina Singer est présentée à des groupes de scolaires et a pour sujet l'Univers. L'action incitatrice d'une telle forme d'activité, soigneusement
conçue et agréablement réalisée, est indéniable. La seule difficulté
réside dans le suivi réel ultérieur avec les enfants.
L'exploitation de ce rôle incitateur mériterait un prolongement des classes qui n'existe pas obligatoirement par manque de
temps des enseignants, à cause d'un sentiment de noncompétence sur le sujet de leur part et du fait de l'absence d'un
document pédagogique précis assurant bien le lien avec l'école.
La Danse de VUnivers
La Danse de l'Univers est une exposition faite d'un
ensemble de très beaux panneaux, reproduisant des œuvres
d'art, non figuratives pour la plupart, avec un texte très bref,
visant à évoquer les aspects structuraux de la matière étudiés en
physique nucléaire. Elle paraît assez significative des tentatives
actuelles de liaison art-science.
Produits évalués
— Spectacle Cosmos
Rina Singer, association Passerelle 2000, Compiègne
— Valise Cosmos
Fondation 93, Montreuil
— Passeport pour la recherche
Seine-Saint-Denis
— Il était une fois la vie
Dessin animé réalisé par Albert
Barillé, production Procidis
— Eléphantillages
Exposition du Musée en Herbe
— La Danse de l'Univers
Exposition réalisée par le
Groupe de Liaison pour
l'Action culturelle scientifique,
en coproduction avec l'Institut
national de physique nucléaire
et de physique des particules, le
Commissariat à l'Energie Atomique, le C E R N de Genève et
le Palais de la découverte
— Malle électronique
Secrétariat d'Etat Jeunesse et
Sports, conception J.P. Corbières, centre régional d'éducation
physique et sportive, Aix-enProvence.
Des expositions nouvelles sont produites où se rencontrent science et éthique (Maîtriser la vie), science et art
(Danse de VUnivers). Enfin, des exposciences régionales ou
locales se développent à travers la France pour devenir un véritable lieu de rencontre et de débat entre des clubs, des partenaires
professionnels et des jeunes (Einstein 88 par exemple).
Par ailleurs, à côté des clubs pour jeunes, des formes nouvelles se propagent depuis les années soixante-dix. On peut noter
l'apparition :
— d'ateliers ou de classes internationales de découverte
(Classe internationale de découverte technologique de Montbéliard)
— de valises d'activités (Valise Cosmos de la Fondation 93,
Valise électronique),
— de spectacles de théâtre (Cosmos),
— d'albums de bandes dessinées (divers, ces dix dernières
années sur des thèmes de biologie ou d'environnement),
— de dessins animés pour la télévision (Il était une fois la
vie).
Des contacts directs avec la recherche par le biais des laboratoires universitaires ou industriels sont également mis en place
(Passeports pour la Recherche).
Évaluation
globale
de quelques
cas
La présentation de quelques cas significatifs de l'état actuel
du domaine et de son évolution permet de sortir quelques lignes
directrices.
Spectacle-théâtre Cosmos
Le spectacle-théâtre (Cosmos) représente une forme
— Classe internationale de
découverte technologique CCSTI d'HérimoncourtMontbéliard, Franche-Comté
— Einstein 88
Exposcience à Carcassonne
organisée par l'Association
nationale sciences et techniques
jeunesse, la Fédération des
Œuvres Laïques, Francas, la
Fédération Léo Lagrange et la
Fédération française des M J C
— Maîtriser la vie
Exposition réalisée par
l'INSERM et la Fédération
française des M J C
— La grande aventure
des lémuriens
Dessin animé du parc zoologique de Paris, Muséum national
d'histoire naturelle, Etude
d'Yves Girault
Elle s'adresse bien évidemment à un public cultivé, friand
de conférences sur les grands problèmes de l'origine du monde,
de la nature de la matière, des infinis temporel et spatial et dans ce
cas cette exposition peut être considérée comme une réelle réussite.
Pour les scolaires du primaire, le rôle de l'animateur
devient fondamental pour sensibiliser les enfants à cette
approche interdisciplinaire. Il en est de même pour les
composantes moins favorisées du grand public qui ont besoin
d'un médiateur pour tirer partie de cette prestation.
Exposition Maîtriser la vie
L'exposition Maîtriser la vie, très élaborée sur le plan scientifique, bien préparée et bien présentée, a pour sujet-pivot les
problèmes de la procréation assistée. C'est surtout en référence
aux programms scolaires des classes de l et terminales des
lycées (17-18 ans) que la plupart des jeunes ont été attirés.
Il est certain que cette opération a été pour eux une ouverture sur les liens entre science et société, notamment sous l'angle
des problèmes éthiques. Des difficultés spécifiques à beaucoup
de présentations de type muséologique ont cependant été
notées :
— complexité du thème dont la cohérence n'est pas toujours perçue par le public,
— textes scientifiques pas assez courts et comprenant parfois un vocabulaire ardu,
— schémas et modèles parfois ésotériques, etc.
Les concepteurs ont pallié « sur le tas » ces inconvénients
par le biais d'animateurs et les acquis sur le public jeune bien ciblé
(évalués par interviews) sont loin d'être négligeables. Leur souci
d'auto-évaluation et de prise en compte du maximum d'avis
extérieurs qui a permis de compenser a posteriori un certain
nombre de difficultés de conception.
r e
Exposition Eléphantillage
De même, l'exposition Eléphantillage présentée au Jardin
d'acclimatation de Paris, par le Musée en herbe, est une exposition consacrée essentiellement à l'histoire évolutive de l'éléphant,
elle est destinée prioritairement aux jeunes enfants (niveau scolaire primaire et collèges). La présentation repose sur les éléments
majeurs suivants :
— des panneaux (6) illustrant l'évolution
— une série de dessins humoristiques sur l'éléphant par
Puig Rosado
— des fossiles (crânes, mâchoires, dents)
— des reconstitutions (grotte de Rouffignac).
La visite de groupe pour les classes est conduite par un animateur : la fréquentation individuelle est essentiellement de type
familial. L'animation est complétée par des ateliers divers, dont
certains paraissent un peu éloignés du thème scientifique initial.
Des fiches, constituées par des questionnaires à forme ludique,
sont aussi proposées aux enfants (2 niveaux : 4-6 ans, 7-11 ans).
Classe internationale de découverte technologique
La Classe internationale de découverte technologique
(CCSTI de Montbéliard) était organisée sur la base de séjours
d'une semaine au centre de rencontre de Glay et concernait un
groupe de 60 jeunes environ, âgés de 16-17 ans, des lycéens français et allemands. Le thème était l'énergie. L'évaluation a porté
sur les activités de deux semaines dissociées dans le temps.
La première semaine comprenait tout d'abord une phase
de mise au point des connaissances revêtant l'aspect classique des
cours théoriques (l'énergie dans le cosmos, la nature de l'énergie
solaire, divers types de rayonnement, photosynthèse, problèmes
énergétiques vus au niveau atomique, principes et thermodynamique...), complétés par des manipulations simples.
La deuxième semaine, suivie en détail, a pris la forme d'ateliers axés sur la réalisation matérielle in fine, cherchant donc à
intégrer les connaissances théoriques, à faire choisir et travailler
les matériaux, donc à vérifier par l'application le bien fondé des
principes de connaissances. Les activités suivantes ont ainsi été
réalisées dans les trois ateliers :
— Atelier 1 « solaire » , avec 4 sous-groupes : village solaire,
émetteur solaire, balise solaire dirigeable.
— Atelier 2 « maquette sur la biomasse ». Il s'agissait d'une
réalisation muséologique : un diaporama sur 16 « sujets » illustrés en relief, chacun d'entre eux étant placé dans un secteur
d'une sorte de roue à aubes horizontales. Ces thèmes présentés
portent sur l'origine de la biomasse et sur ses différentes utilisations ou destinées.
— Atelier 3 « n u c l é a i r e » . Le but est la réalisation d'une
maquette destinée à visualiser le fonctionnement d'une usine
nucléaire. La mise au point d'un logiciel portant sur la description des éléments et du fonctionnement d'une centrale nucléaire
a été entreprise pour compléter la présentation de la maquette.
Cet ensemble complexe constitue un objet muséologique a priori
réussi.
Dans ces trois ateliers, les animateurs se sont heurtés d'une
part au niveau, pas toujours suffisant, des connaissances conceptuelles, d'autre part aux difficultés propres à toute réalisation pratique qui accapare rapidement les efforts. Toutefois, les différents
aspects d'une pédagogie sensée être « non-directive » et les relations entre les différentes catégories (animateurs, organisateurs,
participants de provenance différente) ont été considérés comme
bons même excellents. Les réalisations effectuées sont destinées à
être présentées vers d'autres jeunes lors d'exposcience dans la
région.
De façon générale, l'expérience montre toute l'attention
qu'il faut porter à l'acquis culturel réel (concepts, démarches,
esprit scientifique) chez les participants, et à la façon dont ils peuvent le traduire et le communiquer à d'autres (aspects didactiques, muséologiques dans le cas présent).
Cette action n'a pu toucher qu'un nombre restreint de jeunes, ce qui est dommage. Ses résultats et son caractère exemplaire
peuvent être certainement utilisés dans une stratégie plus légère,
au niveau de clubs d'établissements par exemple, dont les animateurs pourraient au départ bénéficier du compte-rendu de l'expérience, d'une documentation élaborée sur certains sujets et de
réflexions méthodologiques d'ensemble permettant ainsi de
déboucher sur des acquis culturels indéniables.
Exposcience Einstein 88
L'exposcience Einstein 88 est une des exposciences qui se
sont déroulées durant l'année 1988 ; elle présentait une cinquantaine de projets réalisés par des jeunes, en région LanguedocRoussillon, dans une vaste salle de 1 200 m à Carcassonne.
2
Le catalogue regroupait les projets différemment de la
façon suivante :
— 15 en informatique/robotique/télématique soit 29,5 %,
—13 en mécanique/énergie (voler, rouler, flotter)
soit 25,4 %,
— 5 en électronique/électricité
soit 1 0 % ,
— 5 en biologie/santé
soit 1 0 % ,
— 4 en astronomie
soit 8 %,
— 3 en énergie solaire
soit 6 %,
— 3 en chimie/matières plastique (constructions en matière
plastique)
soit 6 %,
— 1 en archéologie
soit 2 %.
Les dominantes étaient essentiellement :
— les réalisations « mécaniques » (20 projets) issues pour la
plupart du travail scolaire des établissements secondaires (certains collèges et lycées techniques),
— les réalisations ou utilisations informatique/télématique/
vidéo de type associatif (20 projets),
— les activités électronique, électricité, robotique où l'on
retrouve la prédominance technique d'origine scolaire (20 projets),
— l'astronomie et le solaire (7 projets).
On peut ainsi noté la quasi absence de projets ou de réalisations d'activités de type « nature » ou « science et société ».
Atmosphère gaie, active, intéressée, focalisation plus
accentuée sur quelques « accroches » mises en relief par les organisateurs pour les visites scolaires : électricité statique (Palais de la
découverte) ; planétarium-bulle (Starlab) ; « ordinateur » ,
grande maquette que l'on visite de l'intérieur (fédération Léo
Lagrange) ; musique synthétique ; « Petits débrouillards » , expériences simples et curieuses de physique-chimie ; « La Bête fantastique » , robot télécommandé qui montre que ce type d'activités peut jouer un rôle de sensibilisation indéniable.
Des interviews conduites d'une part surtout auprès des
jeunes exposants et des animateurs adultes parfois présents,
d'autre part auprès des visiteurs en cours ou en fin de visites, le
confirment. Dans le premier cas, il a été facile de déceler l'immense intérêt qu'ils avaient pris à réaliser, et la fierté de montrer,
d'expliquer sans forfanterie, avec gentillesse et souci de pédagogie. Le plus important était manifestement pour eux d'aboutir à
un produit achevé. Toutefois, certains sujets s'y prêtant davantage (astronomie par exemple, ou archéologie), permettaient
d'aller plus loin ; il s'agissait alors de comprendre, de connaître...
Les exposciences apparaissent, pour le moment, comme
une excellente vitrine de productions du milieu scolaire, généralement technique dans ce cas. L'intervention du milieu scolaire
est prépondérante, l'animation est en grande partie faite par des
enseignants, même dans le cadre associatif, très souvent parascolaire.
Ce lien à l'école, témoignant à la fois du rôle de celle-ci dans
la formation technique des jeunes, dans leur culture générale et
de la place de l'école dans la vie locale, se manifeste en outre très
fortement dans le public visiteur : les visiteurs jeunes les plus âgés
(adolescents) étaient surtout les camarades de classe des exposants, notamment des lycées techniques.
Impacts
auprès
des
jeunes
Les activités évaluées ont ainsi un rôle non négligeable
auprès des jeunes qu'elles touchent : c'est le moyen de faire partager, à travers la réalisation de mini-projets techniques, un certain nombre de passions et de transmettre des savoirs et des techniques souvent sur un mode proche du compagnonnage
(notamment dans les clubs scientifiques ou de modélisme de
Einstein 88, Classe internationale de découverte technologique). D'une façon plus générale, on peut affirmer que ces diverses activités et structures de culture scientifique, technique et
^ industrielle remplissent bien leur rôle d'incitation à la curiosité,
de création, d'envie d'aller plus loin. Il n'est pas sûr cependant
qu'à l'issue d'une activité donnée les jeunes disposent de vraies
pistes pour continuer. On doit se demander, en effet, si entre
autres possibilités ils disposent vraiment de moyens de s'orienter
dans la masse d'informations scientifiques que produit notre
société et d'une méthode ou d'une approche globale, qui donnerait accès à une analyse argumentée des conséquences de la
recherche scientifique et technique dans la vie quotidienne par
exemple.
Le problème crucial de notre temps est celui de la nécessité
d'une pensée apte à relever le défi de la « complexité du réel »,
c'est-à-dire capable de saisir les liaisons, interactions et implications mutuelles, les phénomènes multidimensionnels, les réalités
qui sont à la fois solidaires et conflictuelles. Si dans cet esprit une
véritable culture scientifique doit conduire à une vision claire
d'une part de la science en marche, d'autre part des impacts de
celle-ci sur la société, les activités de culture scientifique, technique et industrielle, au-delà de leur aspect loisirs, pourraient viser
à prendre place dans cette démarche éducative d'ensemble. Or il
est frappant de voir que certaines voies sont très rarement explorées : par exemple, celle de la réflexion sur les méthodes scientifiques ou celle des apports de l'histoire des sciences.
PRODUITS, ACTIVITÉS, OPÉRATIONS À
SOUTENIR OU À PROMOUVOIR
Les évaluations fournissent un corps de données pouvant
permettre d'inférer quelques recommandations à usage des décideurs, des concepteurs et des animateurs d'activités, de produits
de culture scientifique et technique. Des produits et activités
habituels demandent à être maintenus, voire développés (livres,
journaux, B.D., expositions, clubs, émissions scientifiques, opérations Passeport pour la recherche). Toutefois certaines orientations nouvelles peuvent être incluses pour améliorer leur rapport
qualité-prix.
Par ailleurs, des productions neuves peuvent être envisagées (informatique, produits ludiques), des conceptions multivecteurs promues. De plus, la réflexion peut être prolongée sur le
contenu de ces activités ainsi que sur leur mise en place et leur
promotion (voir les jeunes et la CST pour les années 2 000).
Produits habituels
Livres, j o u r n a u x , B.D.
Ce secteur est en développement récent, le nombre de
titres augmente, certaines bandes dessinées scientifiques tirent à
plus de 50 000 exemplaires.
On les trouve de plus en plus fréquemment dans les bibliothèques ou les centres de documentation. Ce développement ne
demande qu'à être amplifié. Cependant il apparaît souhaitable
que ces médias ne se limitent pas principalement à un seul genre
(livres type encyclopédiques ou articles de style corpus thématique ou « vitrine d'un domaine » ) ou à traiter des faits scientifiques, des résultats technologiques, sortis de leur contexte d'élaboration.
Les éditeurs devraient envisager plus souvent, à côté des
produits actuels, de proposer des produits conçus comme éléments d'étonnement, de questionnement, d'investigation d'un
domaine, de mobilisation de savoirs. Ils devraient inclure : des
éléments de « réflexion sur » , c'est-à-dire un savoir sur le savoir
avec des reportages sur le travail réel de laboratoire, sur l'innovation technologique et sur la production des produits nouveaux
(ensemble du processus, de la définition de la demande à la
vente), des articles sur les aspects historiques, les débats de fond
et les relations multiples sciences-société (questions permettant
de situer les sciences, les technologies en tant qu'activité humaine
de réflexion et de production dans l'histoire de la société
actuelle), des approches de savoirs complexes, concernant la
« science qui se fait » , où sur lesquels les sciences n'ont pas de
réponse ou des réponses très partielles, des savoirs structurants
et transversaux (intégration des dimensions scientifiques et historiques d'un savoir).
De nouvelles collections ou séries devraient être lancées en
liaison avec les universités, les centres de recherche ou les entreprises pour vulgariser les savoirs récents ou les technologies en
développement.
La bande dessinée n'apparaît pas être la seule solution aux
problèmes actuels. Elle a toute sa place, mais elle demande également des réflexions spécifiques sur sa conception, au même titre
que les autres procédés.
Après les efforts de lisibilité effectués ces dernières années,
ces médias devraient prendre en compte plus largement les questions et les possibilités de compréhension des jeunes.
Le travail de coordination du secteur, de mise en valeur et
d'aide à la lecture d'un certain nombre de bibliothécaires et de
documentalistes devrait être généralisé : un ou plusieurs rayons
scientifiques pourraient exister et être valorisés par des animations dans chaque bibliothèque publique ou scolaire.
Télévision
Des émissions scientifiques pour les jeunes (ou des séquences scientifiques dans des émissions pour la jeunesse) devraient
être favorisées. Il est essentiel que le potentiel immense d'aventures humaines que constituent la recherche, la mise au point de
nouvelles technologies soit mieux exploité par ce média pour
passionner les jeunes aux heures de grande écoute.
Cela nécessite un effort important d'élaboration, en particulier au niveau de la conception des émissions, mais l'enjeu est
immense et ne peut rester encore longtemps éludé. La réalisation
des documents doit tenir compte également des questions et des
possibilités de compréhension des jeunes.
Le choix des thèmes devrait inclure les mêmes caractéristiques que pour les livres.
Il est important également que la créativité des dessins animés s'accompagne d'un effort portant sur leur compréhension
(en tenant compte des structures de questionnement et de pensée) et sur l'acquisition de démarches.
Musées, expositions
Les jeunes attendent manifestement d'autres formes d'expositions : le succès de certaines tentatives actuelles (Inventorium, Exploratoire) en témoigne. Les jeux, les interactifs, les ateliers rencontrent plus d'intérêt que les panneaux traditionnels,
d'un accès trop difficile (proches des pages de livres) ou les accumulations d'objets.
Certaines productions actuelles demandent à être encouragées, notamment les formes centrées non uniquement sur un
contenu, mais sur des possibilités d'investigation, de documentation largement autonomes, à condition qu'elles sachent se mettre
à l'abri d'une certaine gadgétisation, qu'elles élargissent le choix
des thèmes et que la conception tienne plus largement compte
des possibilités de compréhension des jeunes.
Les lieux qui privilégient un secteur spécifique jeunes pourraient être systématiquement favorisés. Des actions sur la durée
par le relais de clubs, de stages (aussi peu coûteux que possible
sur le plan du logement, en réorientant partiellement des associations de loisirs) pourraient être envisagés.
Clubs
Les clubs qui reposent sur des structures institutionnelles
souples (en liaison avec l'école, les structures de vacances, les centres de quartier) devraient prendre plus d'importance et cela
d'autant plus que les jeunes aiment se rencontrer, avoir des
contacts avec d'autres de même âge. De plus, les actions sur la
durée apparaissent plus rentables.
Les activités proposées devraient pouvoir se diversifier. De
multiples thèmes autres que l'astronomie, l'informatique ou les
fusées peuvent être envisagés, notamment sur l'environnement,
la santé, les nouvelles technologies. On pourrait envisager tout
comme en archéologie, des clubs centrés sur l'écologie, les élevages, les cultures en liaison avec des associations ou pourquoi pas
des fermes. En relation avec les entreprises, des clubs d'innovation technologique pourraient être envisagés. En liaison avec
l'université, les instituts de technologie, on pourrait envisager des
clubs centrés sur la réalisation de petites recherches ou inventions. En effet nombre de domaines de recherche qui ne font pas
appel à un appareillage sophistiqué sont aujourd'hui délaissés, il
pourrait fournir des sujets d'investigation à la fois riches et porteurs. Les opérations Passeport pour la recherche pourraient
être élargies dans ce sens.
Des clubs pourraient se pencher sur les problèmes éthiques
ou les liaisons sciences-société. Les clubs de modélisme, de hi-fi,
de radio-amateurs ou de bricolage technique, les clubs sportifs
(spéléologie, plongée sous-marine, mais également les sports de
base), qui constituent un énorme potentiel, pourraient introduire une dimension réflexive dans leurs activités. Les clubs
naturalistes qui continuent à avoir des activités élitistes pourraient se réorienter pour sensibiliser des publics plus larges.
L'implantation de nouveaux clubs, associations devrait se
faire en liaison avec les structures existantes, notamment avec
l'école et l'université, afin de recevoir un soutien intellectuel et
matériel. L'introduction d'animateurs formés ou la réorientation
partielle des personnels existants pourrait faciliter cette évolution : le problème de formation étant essentiel à ce niveau pour
lancer des activités nouvelles ou pour les rendre plus pertinentes.
D'une manière générale, les clubs proposent une forme de
loisirs peu connue des jeunes, à laquelle peu d'entre eux songent :
un effort de popularisation pourrait porter prioritairement sur
eux.
Productions neuves
Au-delà des activités qui demandent à être maintenues,
développées et réorientées, des productions totalement neuves
méritent d'être envisagées et conçues en s'appuyant sur de
sérieuses réflexions.
Produits informatiques
La production de logiciels culturels est encore balbutiante.
Les productions lourdes ont totalement échoué, des logiciels
type Stella ou HyperCard permettent la réalisation de produits
faciles à élaborer par des équipes jeunes et suffisamment performants.
De même, les nouvelles technologies multi-médias (vidéodisques, interactivité informatique, télématique, audiovisuel)
devraient être plus présentes dans l'animation des actions
culturelles ou de clubs). Elles peuvent fournir une documentation abondante, directement utilisable pour compléter les activités d'investigation ou de production.
Des ressources accessibles par minitel (informations, jeux,
questions-réponses, dossier actualités, boîte aux lettres) peuvent
être mieux utilisées à condition de proposer des tarifs moins prohibitifs.
d'investigations pour les jeunes), la qualité des propos sur une
présentation gadgétisée peut être privilégiée : elle permet une
baisse des prix de base d'où une diffusion plus large.
Sur tous ces plans, il s'agit de rompre en particulier avec les
réticences de nombreux scientifiques ou industriels qui entendent conserver une certaine image de leur domaine. Il s'agit également d'envisager des circuits de diffusion parallèles en attendant que les éditeurs s'y intéressent.
Produits multi-vecteurs
Le lancement de produits multi-vecteurs devrait être développé. En effet le travail de conception important pour produire
une exposition de qualité devrait être plus largement exploité.
Par exemple, il pourrait déboucher sur la production d'audiovisuels, de jeux, de livres, d'où des réductions de coût.
Les centres de culture régionaux, certains clubs ou associations ont déjà des structures susceptibles de favoriser cette production et cette coordination.
Produits ludiques
La production des jeux, des jouets est aujourd'hui largement « frustrante » , elle demande un net effort d'imagination. Il
existe une multitude d'idées, d'expériences de sciences amusantes, d'investigations faciles à réaliser chez soi, avec du matériel de
récupération, qui pourraient pallier la faiblesse des productions
actuellement présentes sur le marché. Autant de produits qui
pourraient se développer en liaison avec les activités scientifiques
de club, la production de livres d'idées.
Des spectacles scientifiques, des productions mixtes (artssciences, histoire-sciences, éthique-sciences, épistémologiesciences) peuvent être envisagés plus fréquemment en direction
des jeunes, dans le cadre de travaux interdisciplinaires à l'école ou
par le biais de club, car elles nécessitent un travail d'accompagnement.
Produits peu coûteux
Au cours de ces dix dernières années, les organismes de
culture scientifique et technique se sont peu focalisés sur les produits peu coûteux (fiches d'activités, « kit » ) , lui préférant la production de matériel sophistiqué.
Cette proposition a aujourd'hui toute sa place dans ce secteur jeune et en développement : elle permet une diffusion plus
large des activités avec un meilleur rapport « qualité-prix » . De
plus, l'utilisation de matériel de récupération facilite l'invention,
la réalisation d'expériences « transparentes » et des approches
scientifiques et industrielles à l'école ou à la maison.
Le montage et démontage d'objets simples et quotidiens
permettent également des activités très enrichissantes. L'utilisation de machines (ou d'ateliers) de la génération (n-1) propose
des initiations à « bon compte » , tout en étant culturellement
plus intéressant que certaines répliques muséologiques, forcément plus artificielles.
De même, l'édition rapide de type PAO (publication assistée par ordinateur) privilégiant l'utilité, la portée du document
par rapport aux préoccupations des jeunes (« guides » d'idées,
Le hall central
de la Cité des Sciences
et de l'Industrie.
Cl. B.
Baudin.
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