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REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE Second numéro sur le Fonds Forestier National

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REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE Second numéro sur le Fonds Forestier National
REVUE FORESTIÈRE
1952
FRANÇAISE
OCTOBRE
N°
10
Second numéro sur le Fonds Forestier National
Dans ce numéro : VELAY : Premier bilan. — MESSINES : L'équipement routier de la forêt et le F.F.N. — D O N O N : Histoire du marais de Bresles. —
PARANT et CHEVALIER: La constitution d'une société civile de reboisement. —
PRAX : La formation d'une coopérative en vue du reboisement. — FEVRE :
Les Groupements de propriétaires forestiers. — F O U R C H Y : Le F.F.N. vu de
l'Etranger.
PREMIER BILAN
Le Fonds Forestier National compte maintenant 6 années d'existence légale, 5 années de fonctionnement complet : trop peu pour
porter sur l'institution un jugement de valeur, assez pour en discerner les multiples incidences.
Fin 1951, les premiers résultats faisaient déjà du 30 septembre
1946 une date capitale dans l'histoire de la forêt française: entièrement originale dans son principe et dans sa forme, la décision du
Parlement renouvelait les données du problème forestier français
dans une mesure que ses auteurs mêmes avaient été loin de soupçonner. L'ampleur de ses répercussions ne devait pas apparaître
immédiatement, car la législation avait, cette fois, anticipé sur l'adhésion des esprits et sur les moyens pratiques d'action. Mais, par un
cheminement d'abord lent, puis de plus en plus rapide, les effets
ne tardaient pas à se manifester dans tous les domaines, psychologique, administratif, technique. Forestiers d'Etat ou praticiens qui
ont vécu, jour après jour, les premiers développements du Fonds,
ont quelque peine à juger du chemin parcouru : l'observateur qui
pourrait objectivement comparer le comportement des forestiers en
1952 en face des problèmes de la reconstitution des richesses forestières, leurs méthodes d'action et jusqu'à leur façon de s'attaquer aux difficultés techniques d'application, avec ce qu'elles étaient
il y a dix ans encore, ne manquerait pas d'être frappé des changements profonds opérés. Ces transformations sont plus prometteuses
encore que les résultats matériels qui peuvent déjà être mis à l'actif
du Fonds. Pourtant, si l'on songe aux efforts qu'il faudra encore
consentir pour atteindre les objectifs visés par le législateur, on
reconnaîtra que cette première période quinquennale n'a été que
614
REVUE FORESTIERE FRANÇAISE
l'amorce de l'œuvre, l'inévitable mais féconde période de rodage. Au
seuil de la deuxième période 1952-1957, l'instrument ainsi mis au
point, va pouvoir fonctionner normalement.
Pour atteindre au succès qui se laisse maintenant entrevoir, la
volonté de perfectionnement ne saurait se relâcher. Du moins, ceux
qui ont eu la responsabilité du lancement du Fonds ont-il le sentiment que les incertitudes du démarrage ont été levées.
Nous analyserons les principales préoccupations de la première
période ; à propos de chacune d'elles nous essaierons de dégager le
sens dans lequel va se poursuivre l'action de l'administration au
cours des S années à venir. Nous supputerons les principaux obstacles qu'elle devra vaincre, avec l'aide des professionnels de la forêt.
*
Les années 1946-1951 furent caractérisées par l'absence de tout
plan d'action rigide. On a fini par le reprocher à l'Administration. ,
Mais, pouvait-il en être autrement, quand tout était à étudier, à
créer, à expérimenter, hormis un texte de loi aux allures très générales ?
Les critiques que certains organismes de contrôle formulèrent sur
ce point étaient largement tempérées par la constatation que les
tâtonnements, reconnus inévitables, n'avaient pas empêché une progression encourageante des réalisations. Ces dernières rendaient possible l'élaboration, en 1951, d'un plan rationnel de reboisement et
d'équipement ne comportant que le coefficient normal d'incertitude
en pareille matière. Inversement, toute conception théorique qui eût
prétendu, dès 1946, planifier au delà de quelques principes généraux
fermement suivis, eût été vouée à l'échec.
La sagesse était de forger patiemment l'instrument de travail, en
prévoyant le plus logiquement possible les difficultés, mais aussi en
tirant avec soin la leçon des premières expériences des forestiers
clans un domaine nouveau pour eux. Le champ d'application des
techniques qu'ils connaissaient se trouvait élargi bien au delà des
limites des forêts soumises où leur action s'était cantonnée jusque
là. Il leur fallait, désormais, travailler dans les conditions particulières à la propriété privée ou aux terres abandonnées par la culture. De plus, depuis des dizaines d'années, jamais le Service forestier n'avait disposé du volume et surtout de la continuité de crédits
nécessaires pour entreprendre une action d'envergure en matière de
reboisement; rien d'étonnant qu'il ait été obligé de repenser les
problèmes posés par des activités trop longtemps limitées aux seuls
travaux d'entretien.
Les récriminations des exécutants et des administrés ont été vives
contre la « paperasserie » qui caractérisa les premières années du
Fonds Forestier, jusqu'à ce que la codification de quelques textes
PREMIER BILAN bu
F. F. N.
6i5
ait amené une relative stabilité des directives administratives. Elle
n'était cependant que la rançon inévitable du souci d'adapter constamment l'instrument aux réalités pratiques.
C'est cet effort que nous suivrons à travers les divers ordres de
préoccupations qui ont sollicité l'Administration. Bien qu'elles n'aient
cessé de s'interpénétrer, nous les avons groupées, assez artificiellement, en suivant l'ordre chronologique selon lequel chacune d'elles
s'est imposée avec l'acuité maxima aux responsables de la politique
du Fonds.
PRÉOCCUPATIONS D'ORDRE PSYCHOLOGIQUE
L'adhésion, d'ailleurs unanime, du Parlement aux principes définis par la loi du 30 septembre 1946, résulta bien davantage de la
prévision de quelques-uns que de la force d'un vaste courant d'opinion. La loi votée, il s'en fallait que le monde de la forêt, au dehors
et au dedans même du Corps forestier, fût convaincu de la valeur
des buts poursuivis. Les premiers textes d'application intervenus, on
dut d'abord songer à diffuser les avantages offerts, à familiariser
l'opinion avec l'urgence de la reconstitution de la forêt, à faire admettre par tous la nécessité vitale d'un prélèvement raisonnable sur
les revenus de la forêt pour en assurer l'amélioration. Les moyens à
mettre en oeuvre pour la propagande en faveur du reboisement devaient être entièrement renouvelés. La Presse, l'Administration des
P.T.T., la Radio, furent mobilisées pour développer le slogan de
base^ « Reboiser, devoir national, placement familial ».
Cette propagande officielle eut des effets sensibles. Mais les résultats décisifs furent obtenus par l'action développée localement par
les forestiers auprès des propriétaires, et par la valeur d'exemple
que comportait chaque réalisation. C'est dire que la progression fut
inégale, selon les régions, et pas seulement en raison de la variabilité des données qui conditionnent le reboisement. Le démarrage
fut d'autant plus rapide que Je forestier local a aperçu plus vite les
perspectives nouvelles qui lui étaient offertes, que le* Syndicat départemental de propriétaires a pu compter sur des bonnes volontés plus
actives, que tel propriétaire connu, tel maire de commune, accepta
de faire la première expérience. Une fois le premier contrat de reboisement passé, la première route ouverte, la propagande se faisait
d'elle-même, les réalisations se succédaient de proche en proche,
comme par tache d'huile.
Il était inévitable que les différentes modalités de l'aide du Fonds
se développent selon un rythme très inégal, d'autant plus rapide que
la forme d'aide considérée innovait moins. La subvention, depuis
longtemps pratiquée, bien que, sur une échelle plus modeste, devait
atteindre son développement normal bien avant les prêts et les contrats de travaux.
Ól6
REVUE FORESTIERE FRANÇAISE
Subventions allouées aux Collectivités Publiques
et aux Particuliers pour le reboisement
Années
Nombre
1948
9.951
Nombre
d'hectares
Montant
des crédits
engagés (i)
38.655
160.655.865
1949
1950
I2-302
I3-649
42462:
40.230
238.915.775
276.366.461
1951
x
32.628
306.463.223
5-3 2 3
Si le nombre des demandes a augmenté, si, en raison de la hausse
des prix de revient, il a fallu prévoir des crédits plus élevés, la surface reboisée chaque année par ce mode de financement, n'a pas sensiblement varié.
Les prêts en argent, remboursables par annuités, furent la forme
d'aide à laquelle recoururent d'abord les grands propriétaires forestiers gérant eux-mêmes leurs forêts. Mais, le développement de cette
formule semble avoir vite souffert de la concurrence de la 3 e modalité,
celle du contrat de travaux, dès que celle-ci fut suffisamment connue.
Prêts pour travaux de reboisement aux Collectivités Publiques
et aux Particuliers
Années
1948
1949
1950.
I95I ·
l'ombre
de
prêts
Hectares
24
30
4759
3-341
W23
22
36
à
reboiser
1.712
Montant
des crédits
engages
60.473.ΟΟΟ
62.ΙΟΌ.480
41.418.ΟΟΟ
50.633.ΟΟΟ
En revanche, les prêts pour travaux d'équipement et pour conservation de forêts ne cessèrent de se développer régulièrement.
Le contrat fut la modalité la plus lente à démarrer, et pour laquelle il fallut vaincre les plus grandes hésitations, tant chez les propriétaires que de la part du Service forestier: Le règlement d'administration publique était publié le 3 mars 1947. Le premier contrat particulier n'intervenait que le 29 juillet 1948. Mais c'est aussi
en matière de contrats que le phénomène de tache d'huile fut le plus
marqué, la progression la plus rapide et la plus forte, aboutissant
en 5 ans à la création de véritables zones à contrats.
(1) Y compris l'estimation des subventions en nature, qui, au budget, figure
pour mémoire seulement.
617
PREMIER BILAN DU F. F. N.
T r a v a u x de reboisement par contrats
pour le compte des propriétaires particuliers
Années
1948
1949
1950
1951
Nombre
Hectares
de contrats à reboiser (1)
37
118
170
250
2.778
7.162
8.295
14.379
Montant des
engagements
85.647.639
341.882.408
481.900.241
756.372.183
Aujourd'hui, les avantages des différentes formes d'aide sont bien
connus. L'opportunité et l'intérêt national de l'œuvre entreprise ne
sont plus guère discutés. Est-ce à dire que l'Administration puisse
écarter toute préoccupation de propagande ? Certes non. Mais il
s'agit davantage, désormais, d'orienter que d'informer, de favoriser
les initiatives les plus conformes à l'intérêt général, que de susciter
la participation des propriétaires.
La propagande portera, en premier lieu, sur les régions définies
par le plan, comme les plus propres à porter rapidement des peuplement de haute productivité économique. Mais elle s'efforcera aussi
de faire pénétrer l'idée du reboisement et de l'équipement forestier
dans les régions où, pour des raisons diverses (morcellement de la
propriété, structure économique ou sociale, absence d'initiatives personnelles), elle n'a pas encore donné lieu à un démarrage satisfaisant.
Certaines catégories de propriétaires devront être spécialement stimulées. Ainsi les Municipalités, après avoir fourni au début les premiers demandeurs, ont progressivement réduit leurs réalisations en
matière de reboisement, tout en augmentant leurs investissements
en matière d'équipement. Il semble qu'un effort particulier devrait
être entrepris pour la mise en valeur des nombreuses friches communales.
T r a v a u x de reboisement par contrat
pour le compte des Collectivités Publiques
Années
1948
1949
1950
1951
Nombre
de contrats
35
99
85
73
Hectares
à reboiser (1)
5.726
5.559
4.143
3.697
Montant des
engagements (1
74.324.700
280.497-446
243.608.301
204.458.950
(1) Ces chiffres comportent les plantations effectuées en bordure des routes
nationales et voies navigables (terrains non soumis).
6l8
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
Sur le plan technique, la propagande portera de préférence sur les
opérations dont l'intérêt n'est pas encore suffisamment connu. La
France comporte une trop grande proportion de forêts paumes ou
niai adaptées aux besoins de l'économie et de l'industrie modernes,
et parmi elles la plupart des taillis simples et des taillis sous futaie.
Bien que l'ambiance forestière préexistante y crée des conditions plus
favorables au boisement que celles rencontrées dans les terrains nus,
beaucoup de progrès restent à faire pour convaincre leurs propriétaires de l'urgence que présente leur enrichissement.
PRÉOCCUPATIONS D'ORDRE ADMINISTRATIF
Les règlements d'administration publique qui devaient définir les
modalités d'intervention du Fonds étaient publiés le 3 mars 1947 en
ce qui concerne les subventions et les contrats de travaux, le 14
janvier 1948 en ce qui concerne les prêts. Depuis cette date, peu de
modifications fondamentales sont intervenues dans les textes, les dispositions adoptées ayant répondu aux besoins des différentes catégories de propriétaires. Mais, des améliorations de détail ont été
apportées, soit par voie de» simple décision du Ministre de l'Agriculture, soit dans l'application pratique.
La Subvention
Mode traditionnel d'encouragement aux reboiseurs, la subvention
présente un inconvénient sérieux pour le F.F.N. : à l'inverse des
autres formules, elle constitue un investissement à fonds perdus. Si
l'on admet que l'alimentation du Fonds Forestier par la taxe constitue un expédient nécessaire mais provisoire, progressivement relayé par les rentrées normales de ses avances augmentées des intérêts dus, on conçoit que les sommes réparties sous forme de subvention doivent être limitées.
La limitation s'est effectuée de deux façons :
D'une part, par la fixation du crédit global consacré à cette modalité d'intervention dans chaque budget annuel. Heureusement, les
dotations prévues ont, jusqu'à ce jour, permis de donner satisfaction à toutes les demandes techniquement justifiées. Mais, par rapport au total des crédits mis à la disposition des forêts privées et
communales pour le reboisement, la part distribuée sous forme de
subvention a été la suivante :
1948
1949
1950
I9SI
42 % (prêts et contrats à peine démarrés)
25 %
28 %
23 \%
P R E M I E R BILAN DU F . F . N.
619
En 1952, année pour laquelle le développement des prêts et des
contrats est considéré comme ayant atteint un degré satisfaisant,
la proportion des subventions correspond à 16 % des engagements
prévus pour le reboisement en forêts privées et communales.
D'autre part, la subvention a été réservée aux opérations qui justifient son caractère de libéralité, soit en raison des possibilités financières réduites du propriétaire (fixation du plafond, d'abord à
50.000, puis à 100.000 par an, en matière de reboisement), soit parce
que l'opération projetée n'est pas directement « payante ». C'est
ainsi qu'en matière d'équipement, la subvention est refusée lorsque
l'ouvrage à construire augmente directement le revenu de la forêt
(route de vidange, e t c . ) , mais qu'elle est accordée (sans limitation
de plafond) lorsqu'il s'agit de travaux de protection contre l'incendie.
Le souci de réserver cette forme d'aide aux petits propriétaires,
d'en faire, par exemple, l'instrument de la remise en valeur de la
forêt paysanne, a amené l'Administration à développer progressivement la subvention en nature de plants ou de graines par rapport à la subvention en argent. Alors que la surface totale mise
en reboisement au moyen des subventions restait sensiblement constante, les investissements sous forme de subvention en nature progressaient régulièrement.
Progression des subventions en nature
Nombre
Années
d'hectares
1948 . . ·.
1949
1950
1951
···
Evaluation
des engagements
correspondants
—
I-.4I5
12.415.694
24.407.776
3-245
4-997
47.415453
84.936.140
La production des graines et des plants
Cette politique, très appréciée dans les régions de petite propriété
paysanne (Massif Central, par exemple) où le cultivateur met luimême en place ses plants à la morte-saison agricole, présentait un
autre avantage pour l'Administration: elle rendait possible une
orientation du reboisement par le choix des essences distribuées.
Mais elle lui imposait de s'attaquer au difficile problème de l'approvisionnement en graines et en plants. Il apparut rapidement que le
commerce privé, tel qu'il existait avant la création du Fonds, ne
serait pas en mesure, avant longtemps, de subvenir aux énormes
besoins nouveaux nés avec le Fonds. L'Administration mena son
effort sur un double plan.
620
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
D'une part, elle s'efforça de produire en régie les graines et les
plants que le commerce privé ne pouvait approvisionner. Ses sécheries et ses pépinières devaient jouer le rôle de centres de production
pilotes, et viser avant tout à une production de qualité. Plutôt qu'à
leur multiplication, l'Administration s'attacha à obtenir progressivement une augmentation du rendement des installations existantes.
Il lui fallut supprimer les pépinières mal situées ou peu productives,
concentrer les moyens dans les pépinières placées dans des conditions favorables.
D'autre part, l'Administration tint à associer les pépiniéristes
privés à l'augmentation et à l'amélioration de la production. Tel fut
le' but des contrats de culture et d'éducation de plants institués par
une circulaire du 7 mars 1950. Les contrats passés au cours de la
seule année 1951 atteignaient un montant de 20i millions de francs.
Il reste encore à faire pour adapter la production des graines et
des plants, tant en qualité qu'en quantité, aux besoins du reboisement. Du moins, l'expérience de ces 5 années a-t-elle dégagé les
principes qui doivent guider l'Administration.
En matière de graines, un double objectif doit être poursuivi :
éviter les à-coups dans l'approvisionnement, obtenir une sélection
satisfaisante. Une politique de reboisement aussi ambitieuse que
celle du Fonds Forestier National ne pouvait continuer à ignorer
les lois de la génétique et s'en remettre au hasard pour la qualité
des essences dont elle avait besoin. L'Administration devait donner
l'exemple de la sélection.
Elle a entrepris la détermination des peuplements d'élite dans lesquels la récolte des semences devrait s'effectuer. L'enquête, confiée
à la Station de recherches forestières de Nancy, a déjà porté sur
le douglas, le pin maritime, l'épicéa, le tremble.
Sur le plan réglementaire, un arrêté ministériel du 31 octobre
1950 a, pour la première fois, défini avec précision les conditions
dans lesquelles les semences et les plants forestiers pouvaient être
mis en vente (appellations, garanties d'origine, d'âge et de valeur
culturale des semences).
Sur le plan pratique, l'Administration s'efforce d'aménager pour
chacune des essences de grande utilisation, un petit nombre de centres nationaux de traitement et de conservation des graines, équipés de la façon la plus moderne, situés au centre des aires de récolte
et capables de subvenir à la partie des besoins du plan de reboisement qui n'est pas couverte par la production privée. Dès 1951, le
Centre de la Joux, dans le Jura, était inauguré pour le sapin pectine.
D'autres projets sont à l'étude: Centres de production de pin sylvestre de montagne dans le Massif Central, de pin à crochets, de
sapins méditerranéens et de cèdre dans le Midi Languedocien, etc..
En matière de production de plants, les principes suivants semblent
devoir être retenus :
PREMIER BILAN DU F. F. N.
62I
— Poursuivre la concentration des pépinières existantes encore
trop nombreuses (on en comptait 588 fin 1951 dont 498 gérées directement par le Fonds Forestier, les autres par des Collectivités).
— Modifier leur répartition en fonction des zones à reboisement
intensif, telles que permettent maintenant de les déterminer les travaux préparatoires à rétablissement du plan de priorités.
— Développer et moderniser l'équipement des pépinières ainsi
redistribuées qui, par leur superficie et leur situation, justifieront une
concentration des moyens en personnel qualifié et en matériel.
— Spécialiser les pépinières du Fonds Forestier National dans la
production des plants les plus difficiles à trouver dans le commerce
privé et les plus utiles : plants d'exotiques à croissance rapide, d'essences résineuses d'ombre et de demi-ombre, plants exigeant des
techniques de semis ou de transplantation délicates.
—• Multiplier les contrats de culture et d'éducation de plants pour
disposer à proximité immédiate des terrains à boiser des plants bien
adaptés aux conditions locales de climat et de sol.
Les prêts en numéraire
Cette formule a connu un succès très inégal selon qu'il s'est agi
de reboisement, d'équipement ou de conservation de forêts, de propriétaires particuliers ou de collectivités publiques.
Elle présente cependant pour le Fonds Forestier National de
grands avantages, dès lors que l'emprunteur offre les garanties de
technicité suffisantes : remboursement plus certain et plus régulier
de ses avances, association plus étroite du propriétaire à l'œuvre de
reconstitution entreprise. C'est pourquoi l'Administration s'est efforcée de rendre plus facile le recours à cette forme d'aide.
Le peu d'empressement des propriétaires particuliers pour les
prêts en numéraire, malgré les conditions exceptionnelles de délai
(50 ans au maximum) et d'intérêt (0,25 % l'an) a paru s'expliquer d'abord par les difficultés inhérentes à la constitution^ de la
garantie. Certains propriétaires ne reculaient-ils pas devant la nécessité d'hypothéquer leurs biens ? Pour répondre à cette objection,
la Fédération des Propriétaires Forestiers prit l'initiative, vite soutenue par l'Administration, d'étudier un système de garantie qui dispensât le propriétaire de l'hypothèque, dans des conditions plus
commodes que la caution bancaire ou le dépôt de titres. Le système fut agréé par les Ministères intéressés, en décembre 1948 pour
les prêts-travaux, en mai 1949 pour les prêts de conservation. Il
consiste en un contrat de cautionnement par deux Sociétés nationalisées, la Société Financière pour l'Industrie Française et la Nationale Risques divers.
D'autres propriétaires, estimant que l'hypothèque restait encore
la forme de garantie la plus avantageuse, ^e déclaraient prêts, au
Ó22
REVUE FORESTIERE FRANÇAISE
contraire, à y recourir, mais n'avaient à offrir en gage que la forêt
qu'il s'agissait de conserver ou d'améliorer. Mais alors, une autre
difficulté surgissait: le Code Civil ne reconnaît aux bois leur caractère d'immeubles qu'aussi longtemps qu'ils n'ont pas été abattus.
Pour se prémunir contre le risque des coupes abusives qui réduiraient gravement la garantie constituée, le Fonds Forestier National
n'accepta d'abord de prendre en considération que la valeur du fonds
de la forêt. En raison de la faible valeur vénale atteinte, en général, par les fonds de forêts, il arrivait souvent que la propriété toute
entière ne suffît pas à garantir l'emprunt sollicité qui ne pouvait
dépasser les 3/4 de la valeur vénale du gage.
Pour lever, en partie, cette difficulté, l'Administration proposa
de se montrer moins stricte en matière d'évaluation des forêts offertes -en garantie. Elle estima que la superficie d'une forêt, lorsqu'elle n'est pas exposée à des dangers trop graves pouvant entraîner sa destruction brutale, constituait pour le Fonds Forestier
National une sûreté non négligeable. Elle proposa de prendre en
considération, dans le calcul de la garantie, le 1/3 de la valeur vénale
de la superficie, en plus de la valeur du fonds.
Par lettre du 25 juin 1952, consécutive à l'avis favorable émis
par le Comité de Contrôle du Fonds Forestier National, le Ministre des Finances vient de donner son accord à cette nouvelle disposition.
Mais, il est apparu que les difficultés tenant à la garantie n'étaient
pas le seul motif de l'insuffisance du développement des prêts. Au
reste, celle-ci était seulement constatée pour les travaux de reboisement; les prêts pour équipement de forêts (routes de vidange,
protection contre l'incendie) se multiplaient, avec plein succès. Il est
vrai que les demandeurs étaient, en l'espèce, des collectivités publiques dispensées précisément par les textes en vigueur, de l'obligation de présenter d'autre garantie qu'un engagement de leur Conseil
de faire face aux annuités de l'emprunt.
Progression des prêts pour équipement
et protection des forêts
1948
1949
136.650.000 F
,
238.016.000 F
1950
518.204.000 F (1)
1951
525.571.000 F (1)
(N.. B. — A ces sommes, en 1950-1951, il convient de rattacher des crédits importants alloués sur le Fonds National de Modernisation et d'Equipement pour le même objet).
PREMIER BÎLAN DU F. F. N.
623
De même, les prêts-conservation étaient de plus en plus demandés :
1948
19.530.000 F
1
1949
1950
39.132.000 F
157.118.000 F
1951
198.714.000 F
Dans Tun et l'autre cas, les prêts permettaient aux intéressés de
bénéficier d'avantages certains et d'en jouir immédiatement ou dans
un délai rapproché: plus-value sur les bois après la construction de
la route, règlement des droits de succession permettant d'éviter la
vente ou le démembrement de la propriété.
Dans le cas du reboisement, au contraire, les résultats sont aléatoires et doivent en tout cas être longtemps escomptés, alors que la
première annuité du prêt est exigible dès Tannée qui suit l'achèvement des travaux. Cette considération, jointe à la concurrence
exercée par la formule du contrat de travaux, a expliqué le peu de
succès des prêts pour reboisement.
L'Administration a tenté d'y remédier: elle a pensé qu'en retardant la date à partir de laquelle le reboiseur devrait commencer. à
rembourser le prêt, elle encouragerait les propriétaires à emprunter.
Elle a suggéré que le délai maximum de remboursement restant fixé
à 50 ans, le propriétaire ait la faculté de demander à rembourser
en un nombre réduit d'annuités commençant à une date nettement
plus rapprochée des récoltes escomptées.
Les Ministres intéressés viennent de donner un accord à cette
proposition qui entrera prochainement en vigueur : ( « prêts à remboursement différé ») le remboursement pourra, si le propriétaire
le désire, ne commencer que 15 ans après le procès-verbal définitif
des travaux; pour compenser la perte subie par le Fonds, l'intérêt
des sommes prêtées serait alors fixé à 1 % au lieu de 0,25 %.
Les contrats de travaux
C'est, nous l'avons vu, la forme d'aide, applicable aux travaux
d'une certaine importance, qui a rencontré le succès le plus marqué
auprès des propriétaires.
On aurait pu craindre qu'elle se heurtât à l'appréhension des
propriétaires forestiers de confier leurs terrains et la gestion de
leurs forêts à l'Administration pour un délai aussi long. Mais, une
fois passée la période de démarrage, au demeurant assez longue, il
n'en a rien été. L'excellence des relations qu'entretenait le Service
forestier avec les éléments les plus représentatifs de la propriété
privée réduisait au minimum la défiance des propriétaires vis-à-vis
de l'intervention des représentants de l'Etat. Les avantages de la
624
REVUE F O R E S T I E R E FRANÇAISE
formule du contrat, dès qu'ils furent bien connus, vainquirent les
dernières hésitations.
Les motifs furent nombreux qui firent que, dès 1949, les propriétaires donnèrent de plus en plus la préférence aux contrats par
rapport aux prêts en numéraire :
—• aucune avance de trésorerie pour le démarrage des travaux,
— aucune garantie à constituer,
— direction et responsabilité technique des travaux à la charge
de l'Administration, avantage appréciable pour les propriétaires ne
résidant pas sur place ou ne croyant pas posséder les connaissances
ou les moyens pratiques suffisants pour assumer eux-mêmes la direction des travaux,
—· remboursement nettement différé et se limitant à 50 % au
maximum des produits à attendre du boisement, ce qui assure aux
propriétaires un bénéfice au moins équivalent à ce pourcentage.
— aucun remboursement en cas d'échec complet du reboisement.
Depuis le décret du 3 mars 1947 qui a fixé les bases du contrat,
les seules modifications intervenues intéressèrent la rédaction du
contrat-type dont l'approbation incombe au Ministre de l'Agriculture.
Deux surtout méritent d'être rappelées :
Le 4 décembre 1950, le Ministre approuvait une nouvelle rédaction des clauses relatives aux responsabilités du propriétaire concernant les dégâts du gibier et les obligations qui lui incombent pour
sa destruction.
L'expérience a, en effet, démontré qu'il était vain de vouloir reboiser les propriétés où le gibier, et en particulier, le lapin de garenne, était abondant, sans que l'Administration fût assurée de la collaboration active du propriétaire. Celui-ci, dans le cadre du contrat,
conserve pleinement le bénéfice du droit de chasse, seul revenu de
la forêt à échapper au prélèvement de 50 % destiné à rembourser
le F.F.N. de ses avances. En contre-partie, il doit faire un choix
décisif entre le boisement et le lapin, la présence de quelques rongeurs suffisant à compromettre l'opération sur de grandes surfaces.
L'Administration a l'initiative de la mise en œuvre des moyens techniques de protection, engrillagements, par exemple. Mais ces moyens
passifs de protection se révèlent insuffisants s'ils ne sont pas accompagnés d'une lutte active que, seul, le propriétaire peut mener à
bien. Ils exigent, d'autre part, un entretien constant que l'Administration, ne disposant que rarement sur place du personnel suffisant,
était contrainte de confier par marché à un entrepreneur. Le nouveau contrat-type, approuvé le 4 décembre 1950, précisait nettement
les obligations et les responsabilités du propriétaire (déjà évoquées
dans l'ancien contrat-type, mais d'une façon jugée insuffisamment
explicite). En même temps, l'Administration prenait la décision de
ne plus passer de contrats pour le reboisement des propriétés où la
P R E M I E R BILAN DU F . F . N .
625
présence des lapins de garenne nécessiterait la mise en place d'ouvrages de protection, si le propriétaire n'acceptait pas de passer luimême le marché de gré à gré prévu pour leur entretien.
Plus fondamentale fut la modification intervenue le 5 janvier
1952 ; elle portait sur le calcul de la créance du F. F. N. Jusque-là,
celle-ci avait été fixée forfaitairement dans le contrat : elle restait invariable quels que fussent les résultats des adjudications et Tapplication des clauses de révision des prix.
Plusieurs propriétaires estimèrent qu'il serait préférable pour les
deux parties contractantes que la créance du Fonds s'établît en fonction du coût réel des travaux, restant entendu que la garantie de
bonne fin, c'est-à-dire la mise à la charge du Fonds de tous les
échecs dus à des cas de force majeure serait maintenue.
La Fédération des Syndicats de Propriétaires reprenait ce vœu à
son compte et le Ministre approuvait le 5 janvier 1952 le nouveau
contrat-type. Le montant de la créance se composera désormais du
prix de revient réel des travaux de premier établissement, définis au
devis annexé, et majoré, le cas échéant, d'une marge de 10 % au
plus pour travaux imprévus, auxquels s'ajouteront au fur et à mesure, les montants des dépenses entraînées par les travaux d'entretien.
Priorité*
La progression des demandes de contrats fût telle qu'elle créa à
l'Administration des préoccupations d'un autre ordre. Il devint bientôt impossible de donner satisfaction à toutes les demandes, même
si celles-ci étaient justifiées du point de vue de la rentabilité financière comme sur le plan technique. Le volume total des projets soumis à l'approbation dépassait les crédits disponibles. Chaque contrat
nouveau entraînait pour l'Administration l'obligation de contrôler
la propriété et d'y faire les travaux d'entretien et de gestion indispensables, pendant le délai, parfois long, qu'exigerait le remboursement des créances du Fonds. Les effectifs de personnel mis à sa
disposition pour assurer ce contrôle, ayant été fixés à des chiffres
modestes par le décret du 7 juin 1949, l'Administration devait s'efforcer d'assurer le meilleur emploi de moyens à peine suffisants pour
la période de démarrage, par une concentration maximum de ses effectifs et, par conséquent, des travaux entrepris.
Ce double souci fut d'abord à l'origine de la présentation des
programmes semestriels de travaux (printemps-automne) approuvés par le Ministre, après avis du Comité de Contrôle Parlementaire.
Courant 1951, conformément aux suggestions émises dans le
même temps par divers organismes de contrôle, l'Administration
entreprenait l'élaboration d'un plan des sones à reboiser par priorité,
par contrats de boisement, Une enquête approfondie auprès de$
Ó2Ó
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
Conservateurs fournissait les premiers élémentsj que devait utiliser
le Comité Consultatif des Reboisements créé en 1951. Au départ,
les critères suivants avaient été fixés pour la définition des zones :
— vocation forestière certaine,
— propriétés suffisamment groupées ou susceptibles d'être regroupées,
— facilité de surveillance des travaux et, ultérieurement, de contrôle de la propriété.
Le Comité s'efforça de dégager des perspectives d'ensemble-valables pour une période de 5 années (à partir du I er juillet 1952).
Un choix sévère dut être opéré parmi les propositions des Conservateurs. En effet, le reboisement par contrats ne doit pas être développé au delà des moyens d'action réels de Γ Administration. Il con­
venait de tenir compte, d'une part, des moyens en personnel, d'autre
part, de la capacité des entreprises privées à qui sont confiées la production d'une grande partie des plants et des fournitures et l'exécution, des marchés de travaux. Enfin, toutes les zones proposées ne
présentaient pas un intérêt égal pour la collectivité.
Le choix était difficile. La collectivité sur le plan économique, le
F.F.N. sur le plan financier, ont intérêt à ce que Γ-effort du Fonds
soit réservé par priorité aux terrains dans lesquels les essences les
plus précieuses peuvent être introduites avec les plus grandes chances de succès. Cela conduirait à donner une priorité absolue aux
contrats portant, par exemple, sur des terrains situés en moyenne
montagne ou en zone atlantique, à pluviosité suffisante, sur sol non
calcaire, et prévoyant la mise en place d'essences à croissance rapide fournissant une grande quantité de sciages résineux ou de bois
d'industrie résineux : sapin pectine, abies grandis, abies nordmanniana, épicéa, épicéa de sitka, douglas, pin laricio de Corse, pin sylvestre de races sélectionnées, mélèzes d'Europe ou du Japon, cèdre
dans certaines stations. Mais, d'autre part, le F.F.N. ne peut se
désintéresser de certains terrains de médiocre qualité dont l'abandon
ou la non utilisation par la culture et l'élevage posent des problèmes
graves de conservation de sol et d'équilibre économique et humain.
C'est le cas de nombreuses friches calcaires dans l'Est de la France
ou dans la région méridionale, où l'essence principale de reboisement
est très souvent le pin noir. Si elles sont difficiles à boiser et si la
production à en attendre est moins intéressante, leur mise en valeur
est aussi une question d'intérêt général.
L'idéal serait d'obtenir que l'œuvre du reboisement par contrats
parvienne à concilier:
— un bilan financier et économique nettement positif, grâce à
l'importance relative des contrats à grande rentabilité,
—• la sauvegarde ou la reconstitution de Y économie des régions à
agriculture ou élevage en voie de régression.
Pour tendre à réaliser cet objectif, le Ministre de l'Agriculture
P R E M I E R BILAN DU F . F . N.
627
a approuvé le 26 mars 1952, le plan élaboré par le Comité Consultatif des Reboisements.
Le plan comporte:
i° Des cones à priorité absolue, dite priorité A, répondant au triple critère : productivité économique élevée, rendement financier satisfaisant, conditions techniques de succès réunies.
Le plan fixe, pour chaque département, la cadence annuelle minima
des contrats à atteindre le plus tôt possible et au plus tard à la fin
de la période quiquennale.
Les moyens d'action seront autant que possible, affectés par priorité à ces zones.
2° Des zones à priorité conditionnelle, dite priorité B. Les demandes présentées à l'intérieur de ces zones seront prises en considération dans la mesure où les contrats de priorité A ne seraient pas
assez nombreux pour absorber la totalité des crédits disponibles.
Toutefois, l'intervention du F.F.N. dans les zones à priorité Β ne
devra jamais descendre, au cours de la période, au-dessous d'un
pourcentage minimum fixé à environ 20 % du total des engagements.
Parmi les contrats des zones affectées de la priorité B, seront
retenus en premier lieu ceux qui présentent le plusJgrand intérêt
pour la conservation des sols ou le rétablissement d'un équilibre
agro-sylvo-pastoral.
Enfin, sur chaque budget annuel sera réservé un volant de crédits
qui sera affecté au financement de contrats-pilotes situés hors des
zones à priorité A ou B.
Les prévisions de financement ont permis d'établir le programme
suivant :
— zones à priorité A
— zones à priorité B
— contrats-pilotes hors zones
17.000 ha par an
5.000 ha par an
1.000 ha par an
soit au total, 23.000 hectares par an, pendant la période.
Il convient de remarquer que le plan ainsi défini ne pourra entrer
en application dès les premières années de la période. L'observation
des résultats enregistrés au cours des années 1947 à 1951 montre
que les terrains offerts pour la passation de contrats ont, d'abord,
été les plus difficiles à reboiser. Néanmoins, dès le premier semestre
d'application du plan (2? semestre 1952), la proportion des contrats
de zones A et des contrats-pilotes de type A, a atteint 65 % des
engagements. On peut donc estimer que la proportion fixée par le
plan à 80 % sera atteinte avant la cinquième année d'application.
Il va sans dire que ni l'implantation des zones, ni l'affectation des
moyens ne peuvent avoir un caractère définitif; certaines régions
dont la vocation pour le reboisement ne fait pas de doute, n'ont pas
628
REVUE FORESTIERE FRANÇAISE
encore vu se développer les contrats en raison de difficultés qui peu»
vent prendre fin brusquement. D'autre part, révolution des facteurs
économiques ou sociaux peut créer des besoins importants dans des
régions où jusque-là, le problème ne présentait pas un caractère
d'urgence.
Deux applications importantes du plan ont été immédiatement
mises à l'étude.
— le réaménagement des personnels techniques contractuels de
terrains du F.F.N. en fonction des besoins du plan de 5 ans. Sa
réalisation progressive a déjà commencé.
—• l'adaptation de la production des sécheries, des pépinières et
des contrats de culture <tu pían. Nous avons vu que cette adaptation
fera l'objet des prochaines délibérations du Comité Consultatif des
Reboisements.
Ces deux améliorations augmenteront les chances de voir se réaliser le plan prévu. En même temps, elles favoriseront le développement des reboisements par subventions dans les régions les plus
intéressantes.
Les obstacles
Mais, des obstacles sérieux demeurent.
En premier lieu, il ne faut pas se dissimuler que les effectifs
actuellement mis à la disposition de l'Administration risquent de
s'avérer très rapidement insuffisants si l'augmentation prévue, notamment en matière de contrats, se confirme.
Il n'est pas mutile de noter que dès la fin de 1951, l'Administration avait pris en charge la surveillance et le contrôle de plus de
50.000 ha de propriétés reboisées par contrats, dont plus de 32.000
ha de domaines particuliers. Ce seul contrôle mobilise un nombre
important d'agents de terrains, d'autant plus que pendant les prenderes années, les propriétés seront relativement dispersées au sein
des zones, ce qui entraînera des déplacements fréquents pour le
personnel. Si aucune solution n'était apportée à ce problème, la
réalisation du plan risquerait de se trouver compromise, les services de terrain ne pouvant plus mener de front la direction, très
absorbante, des travaux de premier établissement, et le contrôle des
propriétés qui ont fait l'objet de contrats.
Un autre point noir est constitué par l'insuffisante capacité des
entreprises de travaux de reboisement. Il est impensable que
l'Administration puisse effectuer elle-même, en régie, tous les travaux qu'elle exécute pour le compte des collectivités, et, surtout,
des particuliers. Elle ne disposerait, pour cela, ni du personnel, ni
du matériel, ni des crédits nécessaires. Elle est donc amenée à faire
appel, dans une large mesure, à l'entreprise privée. Celle-ci était
très peu développée lors de la naissance du F.F.N. Ses premiers
éléments ont été fournis par des pépiniéristes qui ont créé dans
PREMIER BILAN DU F. F. N.
629
leurs activités, un secteur spécial de travaux de reboisement qui
leur a permis d'écouler une partie de leur production de graines et
de plants. Petit à petit, des entreprises spécialisées sont nées, produisant elles-mêmes leurs fournitures, ou se les procurant chez les
pépiniéristes du commerce.
Mais la multiplication et le développement de ces entreprises ne
semblent pas avoir atteint le rythme de progression des besoins de
reboisement. Des adjudications sont restées infructueuses. En outre, la concurrence ne joue pas également dans toutes les régions
et les prix de revient du reboisement sont très différents.
C'est là, pour l'Administration, une préoccupation grave qu'elle
devra s'attacher à résoudre au cours des prochains mois. A la demande des entrepreneurs eux-mêmes, des modifications seront sans
doute apportées aux cahiers des charges et aux clauses particulières
aux travaux de boisement. Il est souhaitable d'encourager au maximum l'entreprise privée, en lui facilitant l'établissement de ses programmes et l'aisance de sa trésorerie. Mais, en même temps, il
convient de sauvegarder les garanties normalement exigibles pour
des travaux aussi délicats.
De même, une amélioration certaine sera obtenue par une augmentation de la mécanisation des travaux, en particulier, pour la
réalisation du travail du sol préparatoire au boisement. En développant les travaux comportant l'emploi d'engins mécaniques appropriés, l'Administration se donnera la possibilité de faire appel
à des entreprises beaucoup plus nombreuses, provenant, par exemple, du secteur « travaux publics ». Elle pourra, en même temps,
envisager la passation de nombreux contrats de tâchq avec des petits
entrepreneurs ou des cultivateurs, pour la réalisation des travaux
de plantation proprement dits, dont la plupart exigent encore une
forte proportion de travail manuel.
Enfin, le succès du plan est lié aux progrès techniques qui font
l'objet du chapitre ci-après.
Règlements
L'une des améliorations susceptibles de faciliter la trésorerie des.
entrepreneurs et de favoriser, par conséquent, le développement des
entreprises privées, était l'amélioration des règlements.
Celle-ci devait faciliter aussi la tâche des propriétaires ayant
contracté un prêt en numéraire, en réduisant au minimum les
avances de trésorerie qu'il devait consentir pour le démarrage des
travaux.
L'Administration, faute du personnel administratif suffisant,
n'était pas en mesure d'améliorer sensiblement les délais de règlement. Elle était tenue, d'autre part, d'observer la' procédure classique de règlement des dépenses publiques. C'est pourquoi, avec
le concours efficace de la Direction de la Comptabilité Publique
630
REVUE FORESTIERE FRANÇAISE
au Ministère des Finances, elle. étudia la possibilité de confier les
règlements des prêts et des contrats à un organisme privé spécialisé
dans des opérations de ce type. Une convention était passée le
31 décembre 1950 entre le Ministre de l'Agriculture et le Ministre
des Finances et des Affaires Economiques, d'une part, le Crédit
Foncier de France, d'autre part, en vue de confier à ce dernier
l'exécution de certaines opérations réalisées par le F.F.N. Outre
le règlement des dépenses du Fonds, sous forme de prêts ou de
contrats, la Convention prévoit que le Crédit Foncier pourra être
chargé de la comptabilité des créances et du remboursement des
prêts en numéraire, ainsi que de toutes opérations contentieuses
que l'Admini strati on des Eaux et Forêts désirera lui confier.
Depuis le I er janvier 1951, la convention fonctionne à la satisfaction de l'Administration et des intéressés, et un raccourcissement
sensible des délais de règlement a été obtenu.
PRÉOCCUPATIONS TECHNIQUES
Il peut sembler paradoxal qu'une Administration qui a mené à
bien des boisements aussi réussis que ceux qui furent réalisés vers
la fin du xix e siècle, qui n'a pas oublié les leçons des Georges FABRE
et des DEMONTZEY, se trouve aux prises, en 1952, avec des problèmes techniques difficiles à l'occasion de travaux de boisement.
Ce paradoxe n'est qu'apparent. La nature est une matière vivante soumise à des évolutions continues qui en transforment profondément les caractéristiques. Les données du problème sont.aussi bouleversées par les répercussions des modifications intervenues
dans le système économique et social.
Or, si l'on examine les réalisations obtenues dans ce domaine
par l'Administration, on constate qu'aucune oeuvre d'envergure n'a
pu être entreprise depuis le début du xx e siècle (si Ton excepte les
boisements exécutés dans le cadre des travaux de restauration de
la montagne dont les conditions étaient très particulières). La raison
en est simple : l'absence ou le manque de continuité des dotations
budgétaires amenèrent les forestiers à donner la préférence, par
obligation autant que par doctrine, à la régénération naturelle,
même dans les cas où celle-ci comportait des délais et des risques
d'échecs que la régénération artificielle, pratiquée en temps voulu
eût permis d'éviter.
Quant aux boisements de terrains nus, ils ne portaient que sur
des surfaces réduites.
Il en fut ainsi jusqu'à ce que le F.F.N., grâce à l'autonomie
financière et à la constance de ses ressources, ait recréé les conditions indispensables à la mise sur pied d'un véritable plan de
reboisement sur une vaste échelle.
PREMIER BÎLAN DU F. F. Ν.
631
Mais, pendant ce temps, les données du problème s'étaient transformées. L'exode rural avait rendu à la lande et à l'érosion de vastes surfaces autrefois entretenues par la culture. Des exploitations
massives avaient fait disparaître en maints endroits, l'ambiance forestière, accélérant le phénomène de dégradation des sols et des
micro-climats.* Les difficultés naturelles, déjà considérables, qu'avaient rencontrées les ancêtres des forestiers actuels pour reboiser,
se trouvaient encore accrues.
Pour ces derniers, leurs connaissances techniques de base
n'avaient pu que rarement être mises à l'épreuve d'une pratique
continue et suffisamment vaste. Les tours de main, les détails d'application, d'une influence si décisive sur le succès d'une plantation
ou d'un semis, s'étaient perdus. Les conditions particulières à une
région, à un versant, à une station déterminée,, n'avaient plus fait
l'objet d'études approfondies : telle technique classique de plantation qui avait fait ses preuves en d'autres régions se soldait ici par
un échec; Il fallait recommencer les observations de nos anciens,
refaire cette éducation patiente de l'ingénieur comme de l'exécutant.
Il fallait aussi chercher des solutions à des problèmes que nos
anciens n'avaient pas connus. La main-d'œuvre disponible n'est
plus, il s'en faut, celle dont ils disposaient. Il arrive qu'elle fasse
complètement défaut parce que la région à reboiser s'est vidée de
sa population. Même lorsqu'elle peut être recrutée, elle n'a ni la
compétence, ni la pratique souhaitables, et il faut d'abord s'attacher
à la former. En revanche, les progrès réalisés dans les techniques
mécaniques de travail du sol en agriculture, offrent des possibilités
neuves permettant de pallier dans une large mesure cette insuffisance de main-d'œuvre. Mais les matériels en usage en agriculture
ne peuvent, sans d'importantes mises au point, travailler les sols
forestiers, si différents des sols cultivés par leur contexture, leur
richesse, leur couverture vivante. Il faut adapter les matériels existants, en concevoir de nouveaux, répondant spécialement aux besoins du reboisement.
Enfin, les conditions financières des travaux ont été modifiées à
un point tel qu'ils ne permettent plus d'envisager les mêmes techniques. Les archives des services nous révèlent que certains boisements qui font aujourd'hui l'admiration générale, dans les Alpes
sèches, par exemple, ont été recommencés jusqu'à 6 fois sur le
même terrain. Le prix de la main-d'œuvre, celui des fournitures
(graines, plants, grillages de protection), ont augmenté dans des
proportions telles que pareille persévérance ne se justifierait plus.
Au reste, le contrat du F.F.N. est rédigé de telle manière que le
Fonds consent des investissements à fonds perdus dès que la proportion d'échecs dépasse 20 à 30 % des travaux de premier établissement. C'est dire que la pérennité du Fonds exige le succès,
632
REVUE FORESTIERE FRANÇAISE
plus de deux fois sur trois, en dépit des innombrables causes d'échecs : sécheresse, remontée du plan d'eau, lapin de garenne et autres rongeurs, incendie, maladies cryptogamiques. Les risques que
chacune d'elles fait courir au boisement, doivent être réduits au
strict minimum, ce qui amène à étudier chaque technique avec un
souci de précision jamais recherché.
Des considérations d'un autre ordre achèvent de compliquer le
problème technique. Pendant de longues années, les forestiers se
sont accoutumés à ne voir dans le reboisement d'un terrain déterminé qu'un problème purement technique. Cette attitude facilitait, dans une large mesure, la solution, puisqu'avec de la persévérance, il est presque toujours possible, techniquement parlant, de
reboiser dans n'importe quelles conditions. Sur ce point, l'Administration a dû s'attacher, dès les premières années de fonctionnement du Fonds, à transformer la mentalité des exécutants. Le reboisement ne doit pas être pour les forestiers une fin en soi, mais
le moyen de combler, le plus rapidement et le plus économiquement
possible, le déficit dont souffrent notre industrie et notre balance
commerciale dans certaines catégories de produits forestiers de première nécessité.
Le choix des techniques du reboisement, et, notamment, celui
des essences, sont donc dictés par des considérations à la fois culturales, économiques, financières, sociales.
Ce n'est pas sans difficultés, par exemple, que certains forestiers
ont été amenés à faire choix pour leur projet, de résineux exotiques à croissance rapide, gros producteurs de bois d'industrie et
de sciages résineux, quand leur expérience sylvicole les persuadait
de donner la préférence à un repeuplement en essences feuillues.
D'autres n'ont pas renoncé sans débat, aux avantages, parfois indiscutables, que procurait telle technique, dont le coût trop élevé
compromettait la rentabilité financière des travaux.
Aujourd'hui, chaque service, avant de proposer une solution
technique tient largement compte des autres aspects du problème
particulier. Mais l'époque n'est pas loin où l'Administration devait
définir ces principes et appeler spécialement sur eux l'attention des
Conservateurs.
La circulaire sur la politique du reboisement (5 décembre 1949)
s'attachait à lier étroitement la technique et les autres aspects fondamentaux: « La question qui se pose à propos de chaque projet
α est la suivante : comment s'établira, dans l'avenir, la balance entre
« les sommes investies dans le projet et les avantages économiques,
« sociaux, financiers, techniques dont bénéficiera la collectivité ?
« C'est en fonction de la réponse qu'il vous appartient de fournir
« à cette question que vous pourrez être amené, dans de nombreux
« cas, à modifier de façon plus ou moins profonde les dispositions
« du projet initial ».
PREMIER BILAN DU F. F. N.
633
Le Comité Consultatif des Reboisements
En même temps que cette orientation était donnée, les premiers
travaux permettaient aux services d'exécution des observations fructueuses qui allaient donner lieu à des améliorations variées.
En 1951, Γ Administration estima nécessaire de coordonner les
observations faites un peu partout, d'une part, entre elles, d'autre
part, avec les travaux de la Station de Recherches Forestières de
Nancy. Tel fut l'objet de la création, le 19 février 1951, du Comité
Consultatif des Reboisements. Celui-ci, composé d'Ingénieurs des
Eaux et Forêts, choisis en fonction de leurs activités en matière de
reboisement, se mit immédiatement au travail. C'est lui qui fut chargé de l'élaboration du plan de reboisement de S ans et de ses annexes.
En même temps, il s'attachait à étudier les techniques du reboisement sur les points qui lui apparaissaient les plus décisifs. Ses membres procédaient, au cours de l'été 1951, à une vaste enquête, dans
le but de dégager la leçon des reboisements récents ou anciens, et
de recueillir les observations des techniciens du terrain.
Le Comité, après s'être entouré de l'avis de personnalités étrangères à l'Administration, s'efforça de résumer ses conclusions, d'ailleurs toutes provisoires, dans plusieurs notices essentiellement destinées aux services d'exécution. Les principaux problèmes qu'il s'est
attachq à étudier, sont les suivants :
1) Les techniques du travail du sol, qui sont apparues comme un
élément fondamental du succès du boisement.
2) Le choix des essences, appropriées à chaque station et à chaque objectif.
3) Les techniques de Venrichissement, problème urgent et encore
controversé.
4) Les techniques de protection des boisements contre leurs ennemis les plus dangereux: le feu, le gibier et, tout spécialement, le
lapin de garenne dont l'extension sur le territoire français semble
n'avoir jamais été aussi générale.
Il a aussi commencé l'étude des problèmes régionaux en mettant
au point une notice sur les reboisements en zone méditerranéenne
française, et une autre notice sur le reboisement des friches de
l'Ouest:
Les recherches
Les discussions ont permis de mesurer l'ampleur de la tâche qu'il
reste à accomplir dans ce domaine. Elles ont abouti à la conclusion
qu'une expérimentation systématique sera nécessaire avant que certaines données soient définitivement précisées et, le cas échéant,
revisées.
Sans négliger les leçons à retirer des travaux en cours, il est indispensable que les recherches proprement dites soient menées, non à
634
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
l'échelle du laboratoire, mais sur des superficies importantes, convenablement réparties sur le territoire et dans les conditions mêmes de
l'entreprise courante. La Station de Recherches Forestiers de Nancy
a été chargée d'en établir le programme pour les années ä venir.
Elle pourra le mener à bien, grâce aux sommes mises à sa disposition, dans ce but, sur le budget du F.F.N.
Des vergers à graines devront être créés, des'essences nouvelles
expérimentées (pins américains, résineux méditerranéens, eucalyptus, etc...),· des matériels nouveaux être mis au point; des techniques, encore controversées, faire l'objet d'essais et de contrôles suivis, des modalités particulières à une région donnée devront être
définies.
On voit que, par sa seule existence, le F.F.N. a créé, sur le plan
technique même, les possibilités d'un profond renouvellement.
CONCLUSION
Ce compte rendu incomplet de l'activité déployée au cours des
premières années de fonctionnement du Fonds, montre que les cinq
années de démarrage n'ont pas été perdues. Reste à dégager les
grandes lignes de l'action qui reste à mener au cours des prochaines
années et dont nous avons déjà évoqué, à l'occasion de chaque problème, quelques aspects.
Le reboisement reste l'objectif premier du F.F.N. Il sera de plus
en plus orienté vers les travaux de haute rentabilité économique,
sans que soient négligées pour autant, les régions où le reboisement
apparaît comme un facteur déterminant de remise en valeur économique et d'équilibre social.
L'enrichissement des forêts pauvres ou économiquement dévaluées, sera développé avec un soin particulier.
Deux problèmes vont retenir l'attention dans les prochains mois.
Outre celui des recherches techniques, il faut souligner l'importance
de la question du morcellement de la propriété qui reste un obstacle
majeur dans de nombreuses régions françaises.
Le remembrement se poursuit selon un rythme trop lent, surtout
lorsqu'il s'agit de terres de faible valeur comme le sont souvent les
terres à vocation forestière. L'Administration s'est orientée vers la
solution du groupement des propriétaires. Les formes de groupement, actuellement existantes, présentent chacune des avantages et
des inconvénients. L'Administration s'attache à promouvoir une législation nouvelle qui permettrait la création de groupements bien
adaptés aux conditions particulières des travaux de boisement.
Mais la loi avait fixé d'autres objectifs au F.F.N. et ceux-ci n'ont
rien perdu de leur intérêt.
En matière d}équipement et de protection contre Vincendiey elle a
été aussi, comme en témoigne la documentation apportée dans ces
P R E M I E R BILAN DU F . F . N.
635
colonnes par M. l'Inspecteur Général MESSINES et par M. l'Inspecteur. Général JOLAiN, l'occasion d'une véritable révolution dans l'histoire de l'Administration.
Il n'est pas douteux que l'importance relative des crédits qui
pourront être affectés à l'équipement routier diminuera en fonction
de l'accroissement des programmes de reboisement. Heureusement,
le Fonds National de Modernisation et d'Equipement a permis, depuis 1950, de relayer le F.F.N. dans son effort, et, en 1952, malgré
l'augmentation des prix de revient, la cadence des réalisations a pu
être sensiblement maintenue. Les tracés réalisés au cours des années
précédentes correspondent, pour un grand nombre, à des projets
anciens qui n'avaient pu être amorcés, faute de moyens pratiques.
Mais l'impulsion donnée amène les services à étudier des projets
nouveaux dans les nombreuses régions de haute ou de moyenne montagne où l'équipement reste très insuffisant et ne permet pas de
tirer le meilleur parti des ressources existant sur pied. C'est dire
que l'effort d'équipement ne devra pas être sacrifié, ni dans les Alpes où il a, jusqu'à présent, revêtu la plus grande ampleur, ni dans
le Massif Central et les Pyrénées, encore plus mal pourvus de
moyens de vidange, et où les réalisations en sont encore au stade
du démarrage.
En matière de protection contre les incendies, on peut affirmer
que l'existence du F.F.N. a permis d'arracher à un sommeil léthargique les dispositions de la loi de 1924, en créant pour la première
fois, les moyens de financement indispensables. Les grands sinistres
de 1949 ont accéléré le mouvement et des réalisations très importantes sont d'ores et déjà acquises. Mais là encore, il est à prévoir que
le Fonds devra, chaque année, consacrer une partie imprtante de ses
ressources à développer l'action entreprise.
En matière de conservation de forêts, le F.F.N. aura, de plus en
plus, à intervenir pour mettre à l'abri des démembrements ou des
coupes abusives, de nombreuses forêts particulières, objet d'une
convoitise plus effrénée que jamais.
Comparés à la tâche qu'il reste à accomplir, les travaux des 5 premières années peuvent apparaître modestes. Mais l'impulsion est
donnée, l'instrument se perfectionne chaque jour. Il ne suffit plus
que de persévérer.
Louis VELAY.
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