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CHRONIQUE
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
499
CHRONIQUE
T o u r n é e de la S o c i é t é des A m i s et Anciens E l è v e s
de PEcole Nationale des E a u x et F o r ê t s
Sur la demande du secrétaire de cette société, une tournée
d'étude a été organisée en Moselle, les 25 et 26 juin 1950., après
les festivités qui ont marqué, le 24 juin 1950, à Nancy, à l'Ecole
Forestière, le jubilé de M. le Directeur G U I N I E R .
Se sont rassemblés, au départ de Nancy, M. le Directeur Général
des E a u x et Forêts, plusieurs inspecteurs généraux, des conservateurs en activité ou en retraite, et quelques experts forestiers, amis
de l'Ecole.
Le service local accueille les congressistes à Dieuze et leur fournit quelques données statistiques et quelques renseignements génér a u x sur les conditions locales de sol et de climat.
I. —
D O N N É E S STATISTIQUES -
PRINCIPES
Le département de la Moselle comporte environ 157.000 hectares de forêts,, soit un taux de boisement de 25 %.
Les forêts domaniales couvrent
Les forêts communales couvrent
Les forêts particulières couvrent
78.000 ha ou 49,7 %
45.000 ha ou 28,7 % (1)
34.000 ha ou 21,6 %
157.000 ha
100
%
Les forêts domaniales sont traitées pour 76.600 ha en futaie ou en conversion ; T.400 ha en taillis-sous-futaie (forêts militaires aux environs des forts).
Les forêts communales, au nombre de 512, sont aménagées:
312 pour 23.600 ha en taillis-sous-futaie,
47 pour 5.600 ha en conversion,
!53 pour 15.800 ha en futaie.
Les forêts particulières, pour autant que les connaisse le service forestier,
peuvent être caractérisées comme suit :
20 % de la surface de cette nature de propriété appartiennent à des propriétaires de forêts de plusieurs centaines d'hectares, soit environ 7.000 h a ;
60 % à des propriétaires de forêts de moyenne étendue, entre 10 et 250
hectares environ, à savoir environ 20.000 hectares ;
20 % en forêts de moins de 10 hectares, environ 7.000 hectares,
et leur traitement est pour 65 % celui du taillis-sous-futaie, soit 22.100 ha t ;
5 % celui du taillis-sous-futaie en conversion, soit 1.700 h a ;
30 % celui de la futaie jardinée ou régulière, soit 10.200 ha.
(1) dont i.ooo ha d'Etablissements publics.
500
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
En résumé, en ce département, le taillis-sous-futaie occupe encore:
1.400 ha en forêts domaniales,
23.600 ha en forêts communales,
22.100 ha en forêts particulières,
soit: 47.100 ha, soit 30 % de l'ensemble des forêts.
Cette proportion considérable de peuplement rangés sous l'étiquette de taillis-sous-futaie, alors que nombre d'entre eux ont déjà
favorablement évolué vers la futaie mesure les soucis du service
forestier qui se rend compte que sols et climat, d'une part, et ressources forestières d'autre part, permettent localement beaucoup
mieux.
Pour le forestier, la forêt est le milieu très complexe qui comprend :
— le sous-sol et le sol qui la portent, et les organismes vivants qu'ils peuvent contenir,
— les lichens, les mousses, les herbes qui la tapissent,
— les arbrisseaux et les arbres qui la peuplent,
— l'atmosphère spéciale au sein de laquelle évoluent les plantes et les animaux,
— ces animaux eux-mêmes, sans oublier l'homme.
Chacun des gestes du forestier, désignant pour la hache tel ou
tel arbre provoque une modification de la densité, de la forme des
peuplements, qui se répercute aussitôt sur le développement des
arbres, des arbrisseaux, des plantes herbacées, des organismes vivants, animaux ou végétaux qui forment la forêt. Plus ou moins
de lumière, plus ou moins de chaleur introduites en forêt accélèrent
ou ralentissent la décomposition des feuilles mortes ou des ramilles
qui jonchent le sol, modifient la texture superficielle du sol. L'atmosphère forestière, qui règne sous des arbres qui respirent, est
une résultante de la vie même de la forêt et des conditions générales de la pluviosité, de l'insolation, du régime des vents. Ces
conditions météorologiques générales subissent elles-même l'action
de la forêt qui détermine un climat local forestier à caractéristiques bien définies.
Si le forestier étudie, souvent avec passion, les relations réciproques et complexes de tous ces éléments, il ne doit cependant
pas perdre de vue que, sauf quelques' cas particuliers, le but principal de son action reste la production du bois.
Le forestier, producteur de bois, dispose de la vie des arbres
qui évoluent, depuis la taille de la petite plante très fragile, à
peine visible, jusqu'à celle, variable suivant les essences, des géants
de nos forêts.
Sans attendre le terme de la vie naturelle d'un arbre, la hache
peut intervenir à un moment où ses dimensions sont réduites,
moyennes ou plus fortes ; la seule décision du forestier détermine
donc la récolte de bois sous forme de ramilles ou de bois de diamètres moyens, ou de bois de forts diamètres, dont l'utilité varie
évidemment avec ces dimensions mêmes.
T O U R N É E EN MOSELLE
SOI
L'industriel qui dispose de machines et de matières premières
s'oriente vers la production que réclame le marché et, s'il est avisé,
il recherche celle qui est assurée de débouchés durables, peu ou
pas du tout soumis aux caprices de la mode, celle qui est la plus
utile.
'•
Le forestier qui dispose d'une usine à fabriquer du bois doit, lui
aussi, rechercher parmi les produits qu'il peut fabriquer, ceux dont
la production est la plus utile à l'économie humaine, ceux qui sont
assurés d'un marché permanent largement ouvert et il doit, par
conséquent, tenir compte de l'évolution, non pas de la mode, mais
des besoins des hommes, pour modifier, s'il est nécessaire, le traitement des forêts en vue de les aménager, c'est-à-dire d'en mettre
les produits à la disposition du ménage humain.
Il est fabriqué en France beaucoup trop de bois de chauffage et pas
assez de bois d'oeuvre de bonne ou très bonne qualité.
Or, bois d'oeuvre et bois de chauffage ont à peu près la même composition chimique, sauf que les bois de chauffage de petit diamètre comportent plus de matières organiques ou de principes minéraux rares fixés par
une migration annuelle dans les jeunes rameaux et les feuilles jaunissantes.
Les éléments minéraux du sol, l'eau qui tombe du ciel et les dissout,
l'acide carbonique de l'air, la lumière et la chaleur du soleil qui élaborent
la sève par le fonctionnement des feuilles peuvent indifféremment produire
un£ même quantité approximative de bois, qu'il soit d'œuvre ou de chauffage. Sauf quelques cas très particuliers, un hectare de sol donné peut être
voué indifféremment à la production d'un taillis simple provenant de la
croissance périodiquement renouvelée des rejets d'un ensouchement fréquemment recépé ou de futaies feuillues ou résineuses produisant, en plus
ou moins grande abondance, une proportion élevée de bois d'œuvre apprécié.
:
Si nous considérons que c'est dans l'arbre de moyennes ou fortes dimensions que se rassemblent les plus grandes facilités d'emploi, donc la plus
grande utilité, si nous observons que la fabrication de rJbis d'œuvre appauvrit moins le sol que celle de menu-bois de taillis, puisqu'il y a, dans les
premiers, moins de matières organiques et de principes minéraux rares que
dans les seconds, et puisque le forestier doit produire le bois le plus utile,
aux moindres frais, il doit aussi, évidemment, dans la vie des arbres, que
sa seule décision laisse croître ou exploite, choisir le moment où ces arbres
fournissent le plus de bois d'œuvre, donc le plus de bois de fût.
Il doit se garder de livrer à la hache de petits bois dont les dimensions
ne permettent que l'utilisation en chauffage, et, au contraire, attendre que
ces jeunes organismes, sélectionnés à de nombreuses reprises, soient devenus
des fûts de diamètre convenable où l'artisan, l'industriel trouvent les éléments d'un travail fécond.
Le forestier n'a pas le dr\oit de consacrer à la culture épuisante d'une
forêt ne produisant que des bois de chauffage de médiocre valeur des sols
qui sont capables, à moindres frais, de produire des bois d'œuvre appréciés.
77 n'a pas le droit de continuer, par respect de traditions périmées, une
mauvaise utilisation que tout condamne
maintenant.
Il convient de s'orienter vers de nouvelles méthodes. Que'dirait-on, n'est-il pas vrai, d'un industriel qui, au temps de la micheline, du train sur pneus ou de l'avion, continuerait à construire
des chaises à porteurs même parfaites en leur facture et leur confort intérieur ?
502
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
Ces renseignements généraux une fois fournis, le service local
fait visiter à Guermange deux sortes de coupes : les unes exploitées par application des principes traditionnels du taillis-sous-futaie à Stranhoff, d'autres où il est fait application des principes
de la méthode locale de conversion par éclaircie des taillis, à Desseling.
II. —
C E QUI EST
Le [domaine de Lindre : Stranhoff
Les coupes visitées dans la matinée du 25 juin ont été assises
dans une partie du Domaine de Lindre, domaine où sont pratiquées trois spéculations agricoles diverses qui, semble-t-il, dans
Tordre de l'intérêt qu'y portent les propriétaires sont : la pisciculture, la culture proprement dite et la sylviculture.
La surface totale que possède la Société familiale des Domaines de Lindre-Guermange-Dordhal est de 2.313 ha, répartis comme suit :
Etangs
croît
alevinage
731 ha
91 ha
total
822 ha
35,5 %
Terres cultivées et parcs
691 ha
Forêts
750 ha
Divers : routes, maisons, jardins, terrains improductifs
50 ha
29,8 %
32,4 %
Ä
2,3 %
100,0 %
Ces étendues sur le Keuper moyen sont, jusqu'à 1948, traitées en taillissous-futaie, sans plan de balivage, par un garde recruté sans aucnne référence autre que celle d'honnêteté et d'intelligence personnelle. La coupe ou
les coupes annuelles sont marquées par lui, en réserve.
En ce qui concerne les essences et la consistance des peuplements, la forêt
est en général une futaie-sur-taillis, avec d'assez nombreuses réserves d'essences précieuses, chêne très dominant par places, avec recrutement exagéré
de charmes, de tilleuls et de fruitiers en d'autres endroits. C'est le type de
très nombreuses forêts particulières ou communales de la région. Voilà, en
gros, le matériel qu'il faut travailler ».
La coupe de Stranhoff, visitée tout d'abord, est une coupe de
taillis-sous-futaie assez fortement chargée en réserves, mais qui
présente tous les inconvénients du régime.
Il semble superflu de revenir sur les graves inconvénients du régime du taillis-sous-futaie, qui ont été exposés à maintes reprises.
Il est permis de conclure que cette méthode barbare, quoique « simple, souple et où la production de bois de chauffage se trouve combinée à celle de bois d'oeuvre, méthode par laquelle le capital superficiel immobilisé est relativement faible et peut varier au gré du
TOURNEE EN MOSELLE
503
propriétaire », ne satisfait aucunement au principe qui doit présider, semble-t-il, à la spéculation forestière:
produire vite,
le plus de bois possible,
de la meilleure qualité possible,
et aux moindres frais, matière et argent.
La pratique de tous les jours apporte à cette conclusion l'appui
de faits brutaux :
UAction Forestière et Piscicole en son numéro 143 de juin 1949, écrit :
« Ecrasé sous le poids des prix de la main-d'œuvre pour l'exploitation et
surtout par les 50 % qu'il faut ajouter aux prix de main-d'œuvre pour les
charges sociales de toutes natures, le bois de chauffage ne peut plus concur-,
rencer les autres combustibles et il faut trouver d'autres emplois pour les
petits bois ».
Mais, au lieu de rechercher, à grands frais, l'emploi industriel de charbonnettes feuillues, ne serait-il pas plus simple de n'en pas fabriquer ?
La Revue Forestière Française écrit en juillet 1949, pour la région de
Dijon:
« Les demandes en chauffage se raréfient considérablement et leur valeur
sur pied diminue sans cesse. La charbonnette n'est plus demandée que par
quelques rares boulangers ».
En octobre 1949, pour la même région:
Les taillis bien constitués ne se vendent que lorsque les coupes se prêtent
à la vente sur pied par petits lots. Dans les autres coupes, les taillis sont
à peu près sans valeur marchande; plusieurs marchands de bois demandent
l'autorisation d'abandonner les taillis ».
Sous quelle forme que soit fait le procès du régime du taillissous-futaie, et actuellement il ne peut être ouvert un journal ou une
revue forestière qui n'en parle de près ou de loin, il lui est principalement reproché :
I o de ne pas bien employer l'énergie de production mise à la
disposition de la végétation : destruction de la couverture morte,
croissance d'herbes et morts bois;
2° de produire trop de menu bois, pendant trop longtemps, tout
en consommant beaucoup de matières nutritives;
3° de dégrader les grumes par l'exposition trop brutale des troncs
à la lumière, par une croissance trop peu régulière, due à des interventions trop fortes, parce que trop espacées, et fournissant un
bois de qualité médiocre;
4° de placer parfois le sol dans des conditions mauvaises par remontée du plan d'eau et, en conséquence, de nuire à la végétation de
la forêt;
5° de dépenser trop de main-d'œuvre pour une récolte sans intérêt.
Une amélioration certaine serait réalisée par l'emploi d'une méthode qui :
i d garderait constamment le sol couvert;
504
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
2° jetterait l'énergie de production sur des bois de gros diamètre ;
3 0 laisserait le tronc des réserves à l'ombre, tout en dégageant
leur rime, et leur dispenserait l'air, la lumière de façon plus fréquente et moins brutale.
4° maintiendrait un équilibre quasi permanent du plan d'eau en
forêt ;
5° serait moins onéreuse en ce sens que les frais de façonnage
ne seraient avancés que pour la récolte de bois marchands et que
du temps serait économisé pour cette récolte.
III. — C E QUI EST POSSIBLE
Le domaine de Lindre: Desseling
La coupe n° 22 de Desseling a été griffée suivant des principes
différents :
« Au moment du griffage, le taillis est âgé de 38 ans, par suite de nombreux retards d'exploitation dus à la guerre d'une part, mais, aussi et surtout, au fait que, visant un but économique, la régie du domaine se refuse
à jeter sur le marché un trop gros volume de bois de feu qui ne trouverait
alors preneurs qu'à des prix insuffisants. Ce taillis qui croît sous et entre
les réserves, comporte, dans chaque cépée, des perches dominantes, entourées
de perches subordonnées qui n'ont pu percer, qui ont le même âge que les
autres, sont jeunes et peuvent encore pousser avec vigueur. Les premières
ont un diamètre plus considérable; elles ont une valeur marchande, en ce
sens que les frais que l'on consacre à leur exploitation seront largement couverts. Les secondes sont légèrement en retard, mais sont sur le point de devenir marchandes. Il suffirait d'un peu d'air, d'un peu de soleil, d'un peu
moins de concurrence, pour stimuler rapidement leur accroissement, et, d'un
seul coup, précipiter un volume important de menu bois sans valeur dans la
catégorie du rondin avantageusement exploité, dans une classe de produits
de valeur.
L'exploitation d'un certain nombre de perches dominantes du taillis profite :
à) aux arbres de la réserve, en réduisant la concurrence dans les cimes,
c'est-à-dire au niveau où les feuilles des arbres travaillent, dans « l'atelier
de fabrication supérieur » ;
b) aux perches subordonnées, en leur permettant d'accéder à la lumière
et maintient donc la production d'une catégorie de bois marchand, dans l'étage
dominé, avec une avance notable sur une révolution normale de taillisLsousfutaie: nous partons de charbonnette au lieu de partir de zéro. Cette éclaircie améliore donc la quantité et la qualité du travail dans « l'atelier de fabrication inférieur ».
L'usine à bois fonctionne donc à plein, et livre par tous ses ateliers des produits de valeur positive. Compte tenu de ces observations très simples, l'opération à asseoir comporte donc:
I o Récolte, dans la réserve existante, de quelques arbres âgés ou
très mal conformés, ou trop serrés qui donneront du bois d'oeuvre
ou du très gros chauffage; maintien d'une abondante réserve, de
chêne surtout, au couvert léger, de bonne forme, vigoureuse et
susceptible d'un accroissement avantageux prolongé;
TOURNÉE EN MOSELLE
505
2° Récolte, dans le taillis, d'un certain nombre de perches dominantes judicieusement choisies ;
3° Abatage obligatoire de quelques rares perches subordonnées
dont le maintien sur pied empêcherait, du fait de la position qu'elles
occupent, l'exploitation facile des perches visées sous 2°, et abatage obligatoire, quelles que soient leurs dimensions, brisés par la
chute des arbres récoltés sous I o , et des perches visées sous 2°;
4° Eclaircie légère dans les cépées trop serrées, dégagement des
essences de choix, chêne en particulier de l'âge du taillis, et accessoirement ;
5° Amélioration de la qualité de ce taillis par recèpage, à l'absolue
et importante condition qu'elles soient bien dominées et ne puissent
pas rejeter, des épines noires ou blanches et des cépées de mortsbois qui peuvent exister.
Cette intervention est légère, enlève peu de volume à la fois sur
une même assiette et devra donc y être répétée souvent.
Les opérations visées ci-dessus de i° à 50 produiront une inévitable mais peu importante quantité de ramilles de faible diamètre.
Certaines matières nutritives et les principes minéraux rares élaborés par l'arbre migrent en fin de période de végétation dans les
feuilles et les jeunes rameaux; c'est pourquoi la couverture morte,
formée par la chute des feuilles et des jeunes ramilles constitue l'engrais du sol forestier. Il est donc désirable de laisser en forêt la
plus grande partie de ces menus bois et la totalité des feuilles. On
ne devra façonner de fagots ou bourrées que sur demande expresse
de quelques rares consommateurs. Mais aussi on se gardera de brûles les ramilles car cette combustion jette dans l'air, sans aucun
profit pour la forêt, une quantité non négligeable de matières nutritives. Au contraire, abandonnés sur le sol, avec un peu d'ordre pour
l'œil et pour faciliter la circulation du gibier, ces « ramiers » se
décomposent et restituent au sol des aliments qui entrent ainsi à
nouveau dans le circuit vital, sans appauvrissement de la forêt.
Du point de vue strictement forestier, comment se présente le
peuplement après la coupe ainsi conçue ?
Le peuplement comprend :
a) un étage de réserves — chêne en majorité — de haute valeur
d'avenir, jeunes, bien formées, au tronc bien lisse et maintenu tel,
puisqu'il ne sera pas exposé au soleil, dont toute la vigueur sera
utilisée, sans concurrence notable, à fabriquer sans brusques à-coups
(puisque l'on reviendra souvent), un bois sans nœuds, à accroissements réguliers et assez fins. C'est bien là le but visé.
b) un étage quasi-subordonné, constituant fourrure, sous-étage,
corset, garde-du-corps pour les individus d'élite que sont les réserves, mais sous-étage en pleine production et en production régulièrement stimulée d'un bois apprécié, sous-étage collaborant étroitement à la fabrication abondante de produits de valeur marchande
élevée. C'est bien, là encore, le but visé !
5θ6
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
Il convient de noter que ces réserves ont une cime qui a été montée à une certaine hauteur par « la margelle montante » du taillis
à chaque révolution; la grume a la hauteur normale du taillis. Il n'y
a aucun intérêt à vouloir, au cours d'une conversion, faire monter
les chênes. Si la cime d'un chêne est enserrée dans des perches qui
dépassent le niveau normal du taillis, les branches basses du chêne
meurent, mais laissent dans la grume de l'arbre des marques indélébiles sous forme de nœuds noirs, ou de trous qu les pics creusent
dans du bois pourrissant. Ce serait· « la rançon de la conversion » !
Le volume de la cime diminue, la masse des feuilles se réduit, et
l'arbre assimile moins, donc fabrique moins. Pour lutter contre la
« margelle montante » du puits qui l'enserre, le chêne pousse en
hauteur et absorbe, pour se sauver, presque tout l'accroissement du
bois formé par la, cime. Malheureusement, il ne forme plus alors
que du bois de branches, ou de surbille. La méthode classique de
conversion aboutit donc à une production réduite de bois de chêne
et à une production de mauvaise qualité.
La cime du chêne, dans un peuplement à convertir, doit rester
libre, garder sa forme de réserve de taillis-sous-futaie, travailler avec
vigueur, et jeter le produit de son assimilation sur le diamètre et
non sur la longueur de la grume. Il n'y a pas là une « rançon » à
payer, mais un travail rémunérateur.
Le matériel laissé sur pied est évidemment plus important que
celui que laisserait une coupe de taillis-sous-futaie normale, mais il
permettra un nouveau passage dans cinq, six ou sept ans au lieu
de vingt-cinq ou trente et assurera à la forêt un avenir meilleur.
Cet avenir sera fait d'un travail continu, sans rupture d'activité
pour la seule production, soutenue, de produits toujours marchands,
à des prix élevés.
Bien entendu, puisque le prochain passage sur une même assiette
est envisagé tous les cinq, six ans au lieu de tous les trente ans,
cette assiette aura chaque année une étendue plus vaste et le revenu
ne se ressentira ainsi que de façon moindre des sacrifices que doit
faire le propriétaire actuel pour améliorer la production.
La régie du D'omaine de Lindre a pu fournir quelques renseignements sur
les rendements des coupe des dernières années : ils sont condensés dans le
tableau suivant:
RÉGIME
Exercices
1946
1947
1048
1949
DU
TAILLIS-SOUS-FUTAIE
Nom et numéro
de la coupe
Surface
exploitée
Bois
d'œuvre
Bois
de chauffage
Stranhofr
n° 16
n° 17p
n°i7peti8p
n° i8p et 19p
ha
m3
22\
163
i66
218
stères
1.658
1.336
1.403
1.983
768
6.380
]
f
Í
/
soit en moyenne à l'hectare
6 (VÜ
D
12,7 m 3
106 st.
TOURNEE EN MOSELLE
RÉGIME TRANSITOIRE:
Nom et numéro
de la coupe
Desseling
n° 22p
n° 22p, 21
et 23p
n° 19p
Stranhoff
VERS
SO?
LA CONVERSION
Surface
exploitée
Bois
d'œuvre
Bois
de chauffage
ha
m3
14
36
89
227
stères
968
2-434
8
57
58
moyenne à l'hectare
388
.
373
6,4 m
3
3.790
65 st.
N. B. — En raison de la non circulation des voitures sur le parterre de
la coupe d'éclaircie, il est nécessaire de tracer un réseau de chemins provisoires, sur lesquels les bûcherons amènent et empilent le bois ; ils reçoivent pour ce travail supplémentaire une indemnité de 10 francs par stère
qui s'ajoute au salaire de 240 francs par stère.
Exportation de 455 stères de bois de chauffage fort vers la Suisse en 1949.
Ce dernier rendement semble exagéré;
38 ans au moment du griffage et à celui
parfaitement à des bûcherons qui avaient
et de « faire propre », une éclaircie par
il tient au fait que le taillis avait
au'il est difficile de faire exécuter
l'habitude de recéper tout le taillis
le haut seulement.
Il est possible de faire à l'application locale des principes mis en
œuvre la critique suivante :
« Cette méthode ne s'applique correctement, au début, qu'aux
taillis n'ayant pas plus de 25 ans ; au delà de cet âge, il y a trop
de perches faibles qui donnent des brins courbés qui ne se redresseront jamais ; elle paraît d'application délicate ; le martelage réclame un personnel d'élite, exercé, comme il en existe en Moselle
— je cite, — et surtout exige l'exploitation en régie par des bûcherons sous les ordres directs du service forestier ».
'Cette critique est un peu sécère.
Quel inconvénient grave y a-t-il à ce que quelques perches soient
courbées ? Elles continuent à fabriquer du bois qui ne sera jamais que du chauffage. Dans une coupe exploitée en taillis-sousfutaie, au même âge, que l'on est obligé de prendre puisqu'il est
là et qu'on ne peut le réduire à son gré, tous les baliveaux seraient courbés et ce serait une catastrophe beaucoup plus grave !
Application délicate ? Non point. Cette coupe a été griffée par
des garde-pêche dont c'était la première expérience, et exploitée
— un peu fort — par des bûcherons qui se livraient ici à la première épreuve du genre.
Même si la « méthode locale » demandait un personnel d'élite,
des artistes, ne serait-ce pas un progrès très net que de tendre à
faire de nos préposés et de nos officiers des techniciens de valeur ? Et s'il est possible de réaliser en Moselle, dans des forêts
particulières, avec un personnel intelligent mais non rodé, des
So8
REVUE F O R E S T I È R E FRANÇAISE
éclaircies qui sont tout de même mieux que des coupes de taillissous-futaie typiques, ne l'est-ce pas ailleurs où des forêts sont
confiées à des techniciens fonctionnaires ? S'arrêter à ces objections est faire preuve de pessimisme ! P o u r \'aincre, il faut lutter ! ·
N'est-ce pas un rêve que de traiter des taillis-sous-futaie comme
ceux-ci, en vue d'une conversion en futaie, en vue de la production de bois de qualité, de grain fin mais de gros diamètres, donc
vieux, et, par conséquent, provenant de semences ? La régénération naturelle du chêne est-elle possible sous cet âpre climat lorrain ?
IV.
Forets
—
E S S A I S DE
domaniales
CONVERSION
de Fénétrangc
et
Albestroff
Au cours de la soirée du 25 juin, les congressistes ont pu visiter quelques parcelles des forêts domaniales de Fénétrange et Albestroff offrant des échantillons de régénération complète de chêne.
Le service local précise : « Cette visite montre que la conversion
d'anciens taillis-sous-futaie n'est pas un rêve irréalisable, même
en cette zone au climat r u d e : il suffit de la vouloir et de l'entourer de soins pour réussir. Il faut « coller la glandée » ! Ces peuplements ne sont pas des exceptions et des centaines d'hectares de
fourrés complets et quasi-purs de chêne pourraient être montrés
en ces deux forêts domaniales.
V. —
FORÊTS
COMMUNALES
De nombreuses forets
doivent être aménagées
communales
à nouveau
La matinée du 26 permet aux congressistes de visiter dans le
Pays H a u t les forêts communales d'Aumetz et d'Audun-le-Tiche,
affligées jusqu'à des dates toutes récentes de l'étiquette de taillissous-futaie et où des aménagements de futaie, avec ou sans période d'attente, viennent d'être étudiés et approuvés, et la forêt communale d'Oetrange, où des hêtres particulièrement élancés retiennent l'attention. Ici encore, le règlement d'exploitation a été mis
en concordance avec l'état réel des peuplements. U n e très lourde
tâche s'impose au service local en cet ordre d'idées, et l'acuité du
problème n'échappe pas aux membres présents du Comité consultatif des Aménagements.
VI.
—
E N C O R E LA M É T H O D E LOCALE
Au cours de la soirée du 26 juin, et avec le souci de ramener
les congressistes à Metz à une heure convenable pour la dislocation le service local fait visiter deux forêts particulières où les
ÏOURNÉE EN MOSELLE
SOC
éclaircies de taillis ont trouvé une application depuis quelques années.
Forêt particulière de M. le Docteur Giss à Reinange (Moselle)
Cette minuscule forêt, 30 hectares environ, assise sur le sinémurien (calcaire à griffées) est divisée en cinq parcelles.
Elle appartient à un Thionvillois qui, en octobre 1945, s'en
remet à l'exécutant et lui laisse les coudées franches pour asseoir, sur 6 hectares environ, telle opération qu'il jugera bonne
pour produire un peu d'argent.
L'opération en éclaircie de taillis, méthode locale, réalise : 230
stères, soit 38 stères à l'hectare, répartis comme suit :
Catégories
Essences
Saule
%
Quartier
Rondin
20
22
3
62
77
4
8
45
19,5
151
65,6
Charbonnette
Total
%
34
82
133
4
II
35,6
57,8
i,9
4,7
34
14,8
230
100
100
Cette réalisation de 38 stères à l'hectare est encore un peu forte. Elle s'explique par le fait qu'il a fallu abattre quelques gros
charmes qui avaient été inconsidérément réservés au dernier passage; ceci explique aussi la proportion notable de quartier charme.
L'abondance de rondin est due évidemment au fait que, dans les
cépées, la réalisation a porté sur les brins les plus forts, alors que
la charbonnette est demeurée sur pied pour les éclaircies et les
récoltes prochaines.
En Moselle, les taillis-sous-futaie sont, en général, riches en
réserves jeunes et le taillis ne constitue déjà plus en bien des cas
qu'un véritable sous-étage; les éclaircies peuvent bien souvent être
étendues, sans inconvénients, à toute la surface de la forêt. Ceci
se réalise surtout dans les forêts communales ! Mais si nous avons
à travailler une forêt traitée en taillis-sous-futaie typiques, la solution demande un peu plus d'attention. L'âge des taillis varie de
un à vingt ou trente ans. Ne peuvent supporter l'éclaircie que les
bois âgés d'au moins vingt ans, c'est-à-dire qu'elle ne peut être
assise que pendant cinq années en prenant deux parcelles chaque
année de façon à ne pas trop restreindre la réalisation et à ne pas
faire supporter au propriétaire d'intolérables sacrifices.
Dès la sixième année, après décision de modification du régime,
la coupe doit repasser sur les assiettes qui viennent d'être parcourues et s'étendre alors à trois parcelles de façon à soutenir le rendement. La liste des parcelles à parcourir au second tour s'allonge
5ίο
REVUE FORESTIÈRE
FRANÇAISE
de celles dont les peuplements ont, dans l'intervalle, acquis et dépassé 20 ans.
Les tableaux suivants rendent compte de la simplicité de l'opération ; bien entendu, ceci n'est possible que si la main du griff cur
est particulièrement légère et n'enlève que 25-30 stères lors du
premier passage.
Forêt particulière de M. le Docteur Vélin
et sa famille à Kirs ch4ès-Lutt ange
La forêt particulière de Kirsch-lès-Luttange groupe 103 hectares
en 26 coupes d'environ 4 ha chacune.
Elle est assise sur le Lotharingien (Lias marneux).
C'est un taillis-sous-futaie à très riches réserves de chêne pédoncule.
Depuis la Libération, le régime du taillis-sous-futaie a été complètement abandonné et le propriétaire ne pratique que des éclaircies de taillis suivant la méthode locale, ayant en vue la conversion en futaie.
Les parcelles 1, 2, 3, 4, 5 ont été exploitées, qui ont fourni un
rendement moyen de 28 stères de bois de chauffage et quelques
mètres cubes à l'hectare. Nous sommes donc plus près de la moyenne qui semble la meilleure.
VII.
—
QUESTIONS FISCALES
Le traitement de forêts particulières en vue de leur conversion
en futaie pose, outre un problème technique, une question financicrc. Il a été rappelé que « le régime du taillis-sous-futaie permet
de ne laisser sur pied qu'un capital superficiel immobilisé relativement faible, qui peut varier au gré du propriétaire suivant ses ressources et qu'ainsi le taillis-sous-futaie est le régime le plus indiqué pour la presque totalité des forêts privées feuillues ». Que
dirions-nous du propriétaire qui ayant un parc enherbé de vingt
hectares environ n'aurait pour en convertir l'herbe en viande
qu'une ou deux bêtes à cornes ? Serait-ce là de l'économie bien
comprise ? Bien sûr, il est libre ! Mais tout de même, s'il est
intelligent et travailleur, il ne négligera pas de faire sur d'autres
chapitres de son exploitation de farouches restrictions de dépenses pour pouvoir garnir son parc, acheter de nouvelles bêtes, ou
faire croître son troupeau qui, à près de 20 bêtes, utilisera au
mieux ses 20 hectares de parc.
Notre propriétaire forestier ne tirera entièrement parti de sa
forêt et ne fera entièrement son devoir que s'il garnit sa propriété
boisée d'arbres, en nombre et en qualité suffisants pour que l'énergie totale mise par les éléments à sa disposition soit utilisée à produire vite, le plus possible, de bois de bonne qualité.
Oui ! Mais alors, combien vont pc^yer les héritiers lors de la
"TOURNEE EN MOSELLE
51I
prochaine succession, s'ils accumulent des centaines de mètres cubes à l'hectare ? L'arrêt du 28 octobre 1931 de la Cour de Cassation a été pris pour règle de perception par l'Administration de
l'Enregistrement, des Domaines et du Timbre dont le Directeur
général indique, en sa circulaire n° 4.632 du 2 décembre 1942 :
Bois et Forêts. Mutations. Détermination
de la valeur vénale
« En matière de mutation de forêts, la valeur vénale à retenir comme
base de la liquidation des droits correspond à l'estimation qui tient compte
de la nature des biens et de leur exploitation selon un mode normal, et non
à la valeur de convenance que ces biens pourraient avoir en vue d'une exploitation éventuelle, selon un mode exceptionnel, supposant une transformation véritable ».
Il s'ensuit, et tous les commentateurs sont d'accord sur ce point,
que c'est la valeur [de conservation d'un domaine boisé qui doit être
estimée lors de la mutation qui nous occupe; c'est la valeur qu'il
a pour un amateur de forêts qui désire placer une partie de ses
avoirs en cette nature de biens et en tirer, par une exploitation selon un mode normal, un revenu aussi régulier que possible.
Les revenus de la forêt servent donc de base à cette estimation,
les revenus nets auxquels s'appliquent alors le denier normal pour
déterminer la valeur de conservation.
Peut-on réellement trouver exagéré, quand le but sera atteint,
que, touchant plus de revenus, le propriétaire doive payer plus de
droits de succession ? Est-il possible de concevoir un propriétaire,
tout de même responsable vis-à-vis de ses descendants et de la
collectivité, avilissant volontairement et réellement sa propriété
pour que sa succession ne soit pas obérée de droits ?
Qu'il y ait, du point de vue national, intérêt à adoucir ces droits,
c'est évident, et le Fonds Forestier national a, là encore, peut-être,
une zone de travail intéressante.
Mais le propriétaire répond: « Je veux bien enrichir ma forêt
pour mes successeurs, mais moi-même n'en profiterai guère, mais
pendant toute ma vie mes sacrifices ne seront aucunement compensés !» Il a semblé opportun d'attirer l'attention des services
compétents sur le problème ainsi posé; des visites ont été organisées sur le terrain — et d'autres suivront — où se sont rencontrés le représentant des pouvoir publics, les directeurs des services de l'Enregistrement, Domaine et Timbre, du Cadastre et des
Contributions directes. Les explications fournies et le plaidoyer présenté ont emporté l'accord des fonctionnaires responsables sur la
création d'une classe spéciale « Taillis-sous-futaie en conversion »
avec détaxe importante par rapport à la classe du taillis-sous-futaie
typique: le propriétaire qui consent des sacrifices pour améliorer
sa production a droit à la protection de l'Etat.
CONVERSION D'UN TAILLI¿-SOUS-FUTÁIE EN FÚTÁÍE
Cas d'une forêt
particulière
1
2 rotation
i * rotation
1
3e rotation
4 e rotation
(1952-1957)
(1947-1951^
(1958-1966)
(1967)
coupes passage Exercices Ages Exercices Ages Exercices Ages Exercices Aees
I
e
1
N ° des Dernier
I
1922
45
30
25
1947
2
1923
3
1924
1952
24
24
29
1958
35
28
34
28
34
1967
43
1948
4
1925
S
1926
23
1
T953
23
27
1959
33
1949
6
1927
7
1928
22
22
1
26
32
26
32
1950
8
1929
9
1930
21
1954
25
i960
31
21
24
30
20
24
30
1951
IO
1931
TI
1932
12
1933
13
1934
1955
23
1961
29
22
28
22
28 1
I956
H
1935
15
1936
21
1962
27
21
26
20
26 I
I957
i6
1937
17
1938
i8
1939
19
1940
• 1963
25
24
24
1964
20
1941
21
1942
23
23
1965
22
1943
22
23
1944
22
24
1945
25
1946
I966
21
20 1
44
etc..
CONVERSION D'UN TAILLIS-SOUS-FUTAIE EN FUTAIE
Cas d'une forêt comtimnale
Le quart en réserve équivaut environ à huit coupes ordinaires en 15 ans
3 e rotation
1 2 e rotation
i1* rotation
N ° des Dernier
(1964)
(I947-I9S3)
(1954-1963)
coupes passage Exercices Ages Exercices Ages Exercices Aires
1
1922
32
25
42
1947
2
19*3
3
1924
24
1954
31
24
30
23
30
1964
41
40
1948
4
1925
5
1926
23
1955
29
1949
6
1927
7
1928
22
28
22
28
1950
8
1929
Ier coupon ou
2 coupes 1930
1931
9
21
1951
1930
1956
27
21-20
26
22
27
1952
10
26
21
1931
1957
II
1932
21
25
20
24
1953
12
1933
13
1934
24
1958
14
1935
15
1936
23
23
1959
l6
1937
2e coupon ou
2 coupes 1938
1939
1938
17
22
i960
22-21
23
1961
18
1939
19
1940
22
22
1962
20
1941
21
1942
21
21
1963
22
1943
23
1944
24
1945
25
1946
20
N. B. — Certains coupons du Q. d. R peuvent parfois être, tout de suite, traités en futaie, ou bien les
différents coupons s'insèrent à une date qui dépend de
celle de la dernière exploitation qui y a été assise.
514
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
Il semble qu'il y ait là, — lors de la liquidation des droits de
mutation et au moment de rétablissement des revenus cadastraux —
des succès importants de nature à rassurer les propriétaires, à faire
tomber les objections qu'ils pourraient présenter contre l'abandon
du régime traditionnel du taillis-sous-futaie typique.
VIII. —
CONCLUSION
L'intérêt porté par les congressistes aux problèmes qui se posent
en Moselle, le fait même de la visite des Amis et Anciens Elèves de
l'Ecole Nationale des Eaux et Forêts sont de nature à encourager
les forestiers qui, en ce département, se dévouent pour doter les
forêts communales d'aménagements bien étudiés, en rapport étroit
avec l'état des peuplements et les vues d'une production améliorée.
Des propriétaires particuliers se sont laissé convaincre de la nécessité de convertir des taillis-sous-futaie typiques en futaie et suivent les conseils des forestiers fonctionnaires. II. y a là l'amorce,
pleine de promesses, d'une collaboration féconde.
H. S.
Prix de l'Académie Française
L'Académie Française a décerné à M. le Conservateur François
un prix sur la Fondation MONTYON pour ses ouvrages :
« La chasse en plaine et au bois ».
« La chasse au marais et en montagne ».
Ces deux ouvrages ont été édités par les Presses Universitaires
de France et font partie de la Collection : « Que sais-je ? ».
VIDRON
Les monuments de Mortemer en Forêt Domaniale de Lyons
Le dimanche 21 mai 1950, une assistance nombreuse, évaluée à
plus de 1.000 personnes, se pressait en forêt domaniale de Lyons,
autour de M. VALAY, Ministre de l'Agriculture, venu présider en
personne l'inauguration du monument élevé en l'honneur des Forestiers Résistants de la 2e Conservation des Eaux et Forêts et
des Membres de 1O.R.A.
Il ne paraît pas inutile de rappeler succinctement à cette occasion les faits qui ont motivé l'érection de ce Monument. Ils constituent une page peu connue, mais glorieuse, de l'histoire du Corps
Forestier, et méritent que l'on s'y arrête quelques instants.
Aussitôt après l'effondrement de 1940, le pays assommé par la
brutalité du coup qu'il venait de subir, parut se replier sur luimême, touché dans ses œuvres vives. Son industrie et son commerce étaient frappés de paralysie. Au contraire, une véritable
fièvre s'empara du monde des Forêts. De tous côtés on se jeta sur
elles pour en extraire les seules ressources sur lesquelles on pou-
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
515
vait encore compter pour subvenir aux besoins essentiels des populations.
Le corps forestier se vit ainsi tout d'un coup chargé d'une tâche
énorme et d'intérêt vital : assurer le ravitaillement de la Nation
en bois et en produits dérivés du bois, notamment en chauffage,
carburants, et bois d'industrie divers (mine, poteaux, traverses,
bois pour la galocherie, la construction, e t c . ) . Non seulement il
dut livrer à l'exploitation un très gros volume de coupes et saigner profondément les massifs confiés à sa garde, mais il dut
surtout mettre sur pied cette exploitation, avec des moyens de
fortune, tant en matériel qu'en personnel, et organiser en même
temps la répartition des ressources et des produits. Il utilisa dans
cette mission les possibilités que lui donnait son fameux (c Compte
Spécial », et, pour parer à l'insuffisance'des moyens habituels de
production et avoir mieux en main la répartition, il créa de toutes
pièces les exploitations en Régie.
Dans cette très lourde tâche à laquelle rien ne l'avait préparé,
le corps forestier n'a jamais eu qu'un seul but qu'il a poursuivi
avec le désintéressement le plus complet : Ravitailler le mieux possible nos populations rurales et urbaines pour soulager leurs souffrances, et en même temps, contrarier par tous les moyens en son
pouvoir, les approvisionnements de l'occupant.
De plus, surtout à partir de 1943, et à la faveur des exploitations en régie, le corps forestier devait, dans de nombreuses
régions, jouer un rôle militaire de premier plan, en intervenant
dans la constitution des noyaux de Résistance.
En haute Normandie, la situation était particulièrement difficile pour de multiples raisons : La population y est très dense, avec
de grands centres urbains, industriels et commerçants, tels que:
Rouen, Le Havre, Dieppe, Elbeuf et leur banlieue. La région côtière ne dispose que de très faibles ressources en bois, notamment
le Pays de Caux qui est par contre très peuplé. La plupart des
massifs forestiers sont situés à l'est de la province, à proximité
de l'Ile de France et leur production était littéralement pompée
par la région parisienne, à grand renfort de marché noir. Enfin,
la proximité du front de mer face à l'Angleterre, obligeait les
Allemands à entretenir dans la contrée de nombreuses troupes,
d'importants services et des chantiers de fortification multiples,
pour la construction du célèbre mur de l'Atlantique.
Il fallut donc pousser à fond l'exploitation des forêts, bien souvent au détriment de l'intérêt cultural qui fut relégué au second
rang des préoccupations. C'est ainsi que des peuplements de futaie
en croissance durent être parcourus deux et même trois fois en
éclaircie sous l'occupation, des coupes secondaires et définitives furent assises sans que les régénérations soient parfaitement assurées. Si l'on y ajoute les dégâts de guerre proprement dits, mitraillages îors de la bataille de Normandie, bombardements de rampes
£i6
REVUE F O R E S T I È R E
FRANÇAISE
de Vi ou de dépôts de munitions, les forêts normandes ont payé
à la dernière guerre un très lourd tribut. Pendant la seule période
de 1940 à 1945, les 55.000 hectares de forêts domaniales de la 2e
Conservation ont livré au ravitaillement 2.300.000 stères et
1.000.000 de mètres cubes de bois.
Pour créer ses chantiers en régie, le Service Forestier n'eut à sa
disposition que bien peu de spécialistes de la profession, la plupart restant au service de leurs employeurs habituels. Il improvisa
donc des équipes avec des ouvriers de toutes provenances : Ouvriers
de la métallurgie du Havre et de Rouen, ouvriers du textile, étudiants, etc.. Il s'avéra très vite que ces chantiers pouvaient servir
à camoufler des hommes qui avaient un intérêt quelconque à se
soustraire aux Allemands, tels que: Réfractaires au S.T.O., prisonniers évadés, ouvriers échappés des chantiers de la T.O.D.,
etc.. De 1941 à 1945, leur effectif varia de 800 à 1.200 hommes.
Tous étaient pourvus de cartes d'identité et de cartes d'alimentation grâce à un service spécial qui ne tarda pas à s'organiser dans
les bureaux de la Conservation de Rouen, sous la direction et la
responsabilité d'un Ingénieur auxiliaire de très grand mérite:
M. MAITRINAL. En 1943, même le Service National du Maquis
envoya à Rouen, à raison de 1 par semaine pendant le mois de mai,
des contingents de requis provenant de Paris, Rouen, Amiens,
Pont-Audemer, et qui, à peine arrivés, étaient pourvus des cartes
nécessaires, et répartis dans les diverses forêts. Il y a là un ensemble de faits que l'on ne saurait négliger, surtout lorsque l'on discute de la rentabilité des Chantiers de l'Administration, composés
d'une manière aussi hétéroclite, d'hommes qui n'avaient jamais
touché une hache ou une serpe.
Le Conservateur régional et le Conservateur ordinaire n'hésitèrent pas à attirer sur les exploitations qu'ils géraient la grosse
masse des impositions destinées aux Allemands, pour être plus sûrs
de détourner leur production de leur destination officielle. Ainsi,
en 1943, sur 800 tonnes de charbon de bois imposées, 120 seulement furent livrées et encore s'agissait-il de charbon mouillé et
inutilisable.
Tel fut, très succinctement rappelé, dans le domaine économique
et dans celui que l'on peut dénommer le domaine de la Résistance
passive, le rôle de nos chantiers. Il ne devait pas tarder à se compléter d'une action militaire proprement dite.
En 1943, lorsque fut licenciée l'Armée dite d'Armistice, le Service Forestier ouvrit très largement ses portes aux Officiers et
Sous-Officiers qui se trouvaient sans emploi, mais qui étaient
bien décidés à poursuivre la lutte aux côtés des alliés. Elle les
admit dans son cadre d'Agents et d'Ingénieurs auxiliaires. C'est
ainsi que dans la Conservation de Rouen furent embauchés : le
Chef de Bataillon, Commandant d'Artillerie F O L I O ; le Capitaine
d'Infanterie LIOREL ; le Sous-Lieutenant BONNOT ; l'Adjudant
LES MONUMENTS DE MORTEMER
w
d'Aviation HARDOUIN. TOUS appartenaient à l'Organisation de Résistance de l'Armée (O.R.A.) qui trouva tout naturellement, tant
dans le personnel des Chantiers, que dans celui des Officiers et
Préposés des Eaux et Forêts, non seulement des sympathisants,
mais des membres actifs. Le Commandant FOLIO devenait bientôt
le Chef régional de 1O.R.A. pour les départements de la SeineInférieure, de l'Eure, de la Somme et de l'Aisne, il était en même
temps Chef des Bureaux de la Conservation.
L'O.R.A., il faut le dire, ne se recruta pas que dans le personnel des Forêts, elle déborda largement ce cadre, et trouva des
membres éminents dans d'autres services, tels que le Service Vicinal, et parmi les simples particuliers (cultivateurs, artisans, commerçants, ouvriers). Mais les divers secteurs de l'O.R.A. : Secteur
de Lyons, de Roumare, de Caudebec-Rancon, de Verte, de Brotonne, de la Londe, de Renneville, de Saint-Saens, portent presque tous le nom d'un massif forestier, ce qui montre clairement
leur étroite relation avec nos Chantiers. Il s'établit ainsi dans la
Résistance une association étroite, une interpénétration entre ΓΟ.
R.A. et divers personnels forestiers. La Forêt, avec ses Chantiers et ses Services donnait aux Résistants des moyens officiels et
des facilités d'existence, ainsi qu'une sécurité relative; l'O.R.A.
organisait ses cadres et ses troupes, coordonnait et dirigeait leurs
efforts, organisait les opérations à caractère militaire. Au sein de
ces deux organismes et grâce à eux, des hommes d'origine, de
profession et d'opinions les plus diverses se trouvèrent réunis,
et obéirent à un même et seul mobile, qui avait sa source dans le
patriotisme le plus pur. Cette collaboration d'hommes aussi divers devait renaître après la Libération lorsqu'il s'est agi d'ériger
le Monument de Lyons, qui en effet est un monument élevé à
frais communs par les Anciens de l'O.R.A. et par les Forestiers,
à la mémoire de leurs morts.
Il est certain que l'O.R.A. rendit aux Alliés des Services fort
appréciables par les renseignements qu'elle leur fournit sur les
concentrations de troupes, les fortifications de la côte, les constructions de rampes de Vi, les dépôts de munitions, etc.. Des postes émetteurs et récepteurs, en même temps que des armes et des
explosifs furent cachés dans les Bureaux de la Conservation des
Eaux et Forêts, boulevard des Belges, à Rouen. Des sabotages de
lignes téléphoniques et de voies ferrées furent réalisés avec succès. De nombreux aviateurs alliés furent recueillis, hébergés, soignés, cachés et évacués sur l'Angleterre. Du 10 juillet au 30 août
1944, 24 aviateurs alliés furent ainsi sauvés dans le Secteur de
Lyons.
En 1943, un Officier spécialiste venu d'Alger et descendu en
parachute donna des cours de dynamitage dans les Bureaux de la
Conservation de Rouen, puis dans ceux de l'Inspection d'Evreux.
Vingt-six opérations principales à caractère militaire furent réa-
«δ
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
lisées par 1O.R.A. en Haute Normandie, de février à septembre
1944·
L'année 1944 devait être pour la Normandie une année terrible.
La guerre y fit sa réapparition. Tout le pays fut soumis à des
bombardements intenses, les routes, les voies ferrées étaient incessamment mitraillées par l'aviation alliée. Les déplacement devinrent périlleux, particulièrement en auto, et surtout lorsqu'il fallait traverser la Seine sur les ponts ou avec les bacs. Puis ce fut
la terrible nuit du 19 avril, et du 30 mai au 6 juin la semaine rouge
de Rouen. Une partie de la ville a été anéantie, la Cathédrale, le
Palais de Justice, Saint-Maclou, Saint-Vincent, furent gravement
mutilés ou totalement détruits. Le 29 août, les Bureaux de la Conservation ont été atteints par les bombes et brûlèrent, la presque
totalité des archives fut détruite. Les Officiers se mirent en quête
d'un gite à travers la ville en ruines. Dans les forêts, les dépôts
de munitions, les rampes de Vi étaient repérés et arrosés de bombes.
Mais, plus graves que tous ces dommages matériels, des coups
sérieux ont été portés par les Allemands à l'O.R.A. et au personnel forestier. Toute l'Organisation clandestine qui gravitait autour
du Service des Eaux et Forêts fut découverte par les Allemands
au mois de mai. La Gestapo, aidée par un policier français du
nom de ALIE, devenu tristement célèbre, organisa une véritable
souricière à la Conservation, boulevard des Belges, et tendit autour
des Chantiers en Régie, notamment à Lyons, un filet où vinrent
se faire prendre, l'un après l'autre, les membres de l'Etat-Major
de l'O.R.A.
Le 22 mai 1944 — HARDOUIN (Chef de Chantier d'Exploitation), M. le Conservateur de la CROIX DE VAUBOIS, et le
Commandant FOLIO étaient arrêtés.
Le Commandant MULTRIER, Chef Départemental de l'O.R.A,
(qui n'appartenait pas au Service forestier) n'échappa que de justesse aux Allemands.
Le 24 mai, ce fut le tour du Sous-Lieutenant BONNOT.
Le 26 mai, celui de VIARD (Chef du Secteur de Lyons) et de
trois de ses hommes.
Le 28 mai, celui de THOMAS (Chef du Secteur de Caudebec).
L'O.R.A. sembla décapitée. Le Commandant FOLIO fut remplacé par M. PiiELiPPEAU, qui fut lui-même arrêté le 4 juin, et
remplacé par M. BERNARD. A Lyons, ce fut le Chef des Exploitations de la Conservation : l'Ingénieur Contractuel THURET qui prit
le commandement du Secteur. Un autre Chef de Chantier : LAGUARRIGUE, Commandant F.T.P. dut s'enfuir et fut tué dans la
Somme au mois d'août.
Enfin, dans l'échauffourée qui se produisit le 22 août, en forêt
de Lyons, dans la région de Mortemer, 8 ouvriers, membres de
l'O.R.A. et de nos Chantiers furent saisis par les Allemands, em-
LES MONUMENTS DE MORTEMËR
glQ
menés en forêt et abattus d'un coup de revolver par les S.S. devant le trou qu'ils leur avaient fait creuser pour leur servir de
tombe.
Lorsqu'arriva la Libération, ces événements se soldaient de la
manière suivante :
i o hommes avaient été arrêtés et déportés : 5 d'entre e u x ne
sont pas revenus. Ce sont:
M . le Conservateur de la C R O I X D E V A U B O I S .
Son Adjoint: le Commandant F O L I O .
L'Ingénieur auxiliaire : B O N N O T .
L'Ingénieur : P H E L I P P E A U .
Le Cantonnier : ROULLEAU.
16 hommes ont été tués. Ce sont: Emile SCHMITT, Jean B E L LIART, Guy L E O N , René LOUCOPOULOS, Achille SACCEPÉE, A n d r é
D E R L Y , A n d r é BEAUCLE, Gilbert O U V R Y , Jean BALMINO, Jean
VALLAT, H e n r i P E T A S , Georges HOULBRECQUE, Marceau R E V E R T ,
Roger LABOUROT, Jean D A R G E N T O N et G. L E I X A .
(Les 8 derniers n'appartenaient pas a u x Chantiers
forestiers).
Deux monuments ont été élevés par souscription en forêt de
Lyons au lieudit « Mortemer » pour commémorer ces faits. Ils
sont l'œuvre d'un jeune architecte, M. LECHEVALLIER, élève de
l'Ecole des Beaux-Arts de Rouen et ont été choisis à l'unanimité
par un j u r y après concours : L ' u n est une croix de pierre très
simple, sur les bras de laquelle sont gravés les noms des 8 hommes
fusillés les 24 et 25 août 1944, sur le lieu même ou a u x alentours.
L'autre monument, le plus important, s'élève au sommet de la
côte, à l'extrémité de la route désormais appelée Route de 1 O . R . A .
et au carrefour à présent dénommé Carrefour de la Croix-Vaubois. C'est une imposante masse de pierres, faite de silex extraits
de la forêt, et qui a la forme d'un tronc de pyramide renversé. A
la partie supérieure, elle porte une pierre dans laquelle sont sculptées les armes des Forestiers (la feuille de chêne et le Cor de
Chasse) étroitement mêlés avec les armes de l'O.R.A. (les épées
croisées et la Croix de Lorraine). A u pied, une dalle porte l'inscription suivante:
« Ce Monument est dédié a u x Déportés, Disparus, Tués en
combat de la 2 e Conservation des E a u x et Forêts et de l'Organisation de Résistance de l'Armée. — 1939-1945 ».
E t sur les côtés sont gravés les noms des 22 victimes rappelées
précédemment.
Ce Monument puissant et a u x lignes très simples, entouré du
cadre majestueux d'une vieille futaie de hêtre, a quelque chose
de profondément émouvant pour tous ceux qui connaissent son
histoire.
Son inauguration a eu lieu le dimanche 21 mai dernier. M. le
Ministre de l'Agriculture avait accepté de la présider, et M. le D i -
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REVUE F O R E S T I E R E FRANÇAISE
recteur général des E a u x et Forêts avait voulu y assister, ainsi
que de très nombreux Officiers forestiers et personnalités locales.
U n grand nombre d'autres, retenus ailleurs par les obligations de
leur charge, avaient tenu à s'excuser et à exprimer par écrit leur
sympathie.
Le matin, à i o h. 30, dans l'église de Lyons trop petite pour
contenir toute l'assistance, un Service religieux a été célébré à
la mémoire des disparus, par M. l'Abbé M ARGUER Y, Chevalier de
la Légion d'honneur à titre militaire, Médaillé militaire, Croix de
guerre, aumônier d'aviation, et qui, avant l'absoute, prononça une
vibrante et émouvante allocution. Dans le chœur tendu de noir
et autour d'un catafalque recouvert d'un drap tricolore et surmonté d'une croix de bois, vingt drapeaux d'Associations d'Anciens
Combattants, A.P.G., Déportés, Résistants, étaient massés, devant
les familles des victimes et leurs camarades forestiers ou membres
de l'O.R.A. La messe de Requiem fut chantée par le chœur de
la paroisse, avec le concours des trompes de chasse du Cercle de
Dampierre, qui sonnèrent la messe d'OiRY, et qui contribuèrent
grandement à donner à cette cérémonie une impression de grandeur et d'élévation religieuse, dont bien peu de personnes purent
se défendre ; cette impression fut portée à son comble lorsque, à
l'élévation, et aux accents de la sonnerie « A u x Morts », lancée
par un clairon, tous les drapeaux s'inclinèrent.
L'après-midi, à 15 heures, eut lieu en forêt et sous un ciel radieux l'inauguration du Monument encadré de 25 drapeaux et
d'une importante délégation de Préposés des E a u x et Forêts. Son
sommet était voilé d'un drap tricolore qui cachait l'écusson : emblème de l'Union de l'Armée et des Forestiers.
M. le Ministre fut accueilli à sa descente d'auto par les représentants du Comité, ainsi que par M. le Directeur Général des
E a u x et Forêts et M. l'Inspecteur Général R I V É . Après avoir salué les drapeaux, il prit place, entouré de toutes les autorités présentes, en face du Monument dont la présentation lui fut donnée
par l'allocution du Président du Comité, à la fin de laquelle un
ancien déporté fit glisser le voile laissant apparaître dans toute
sa solennité l'écusson symbolique.
U n e Section du 3 e R.A.C, de Vernon rendait les honneurs.
U n e sonnerie de trompes suivit la bénédiction donnée par
M. l'Abbé MARGUERY, assisté de M. l'Archiprêtre des Andelys,
représentant Mgr l'Evêque d'Evreux ; de M. le Chanoine de R I VIÈRE, représentant Son Excellence M g r l'Archevêque de Rouen,
et de M. le Curé de Lyons.
Aussitôt après eut lieu dans un religieux et imposant silence,
l'appel des noms des 22 victimes inscrits sur les dalles du Monument, suivi de la lecture par M. le Conservateur JACQUES, de la
citation dont fut l'objet, en 1940, M. DE LA C R O I X DE VAUBOIS,
pour son héroïque attitude devant l'ennemi.
LES MONUMENTS D E MORTEMER
52I
Le Commandant M U L T R I E R , ancien Chef départemental de ΓΟ.
R.A., prit la parole pour retracer l'historique de ce mouvement
de résistance et rendre hommage aux disparus.
Le Colonel A I L L E R E T , ancien Commandant de la zone Nord,
montra la tâche réalisée par la résistance, avec l'appui des Forestiers, au prix de pertes particulièrement lourdes et mit en lumière
l'efficacité souvent trop méconnue de l'intervention dans la guerre
de l'Armée de la Clandestinité.
M. le Ministre de l'Agriculture, après avoir rappelé à son tour
le rôle des Forestiers et des grands Corps de l'Etat dans la Résistance, apporta l'hommage du Gouvernement a u x familles des victimes et à leurs camarades, en s'inclinant devant le symbolisme du
Monument de Mortemer.
Après la « Marseillaise » jouée par la fanfare du 5 e Régiment
du Génie de Versailles, un cortège se forma derrière les drapeaux
jusqu'à la Croix des Fusillés, par la route de l'O.R.A. Des gerbes furent déposées au pied de cette Croix par M. le Ministre
de l'Agriculture, au nom des E a u x et Forêts ; par le Colonel
A I L L E R E T , au nom de l'O.R.A. ; par le Commandant B R E T T E V I L L E ,
au nom du Souvenir Français. De nombreuses fleurs furent aussitôt après déposées par différents particuliers qui avaient tenu
à ajouter leur hommage personnel à celui des diverses personnalités officielles.
A p r è s plusieurs minutes de silence et de recueillement, le cortège
s'éloigna pendant que la forêt retentissait des accents des T r o m pes de Chasse du Cercle de Dampierre.
L'impression générale laissée par cette cérémonie est celle d'une
poignante émotion que de nombreux assistants purent à peine déguiser, et celle d'une profonde dignité. Aucune note discordante
ne vint la troubler.
A présent, le Monument de Mortemer, dressé au Carrefour
de la Croix de Vaubois, et que la route de l'O.R.A. unit à la
Croix des Fusillés, ne peut manquer de devenir un lieu de pèlerinage
pour tous ceux qui n'oublient pas.
Congrès international de botanique à Stockholm
Le V I I e Congrès International de Botanique s'est tenu à Stockholm du 11 au 20 juillet dernier, sous la présidence du Professeur
Cari SKOTTSBERG. Il était placé sous le haut patronage de S.A.R.
le Prince Royal de Suède.
Ce Congrès a réuni dans la capitale de la Suède environ 1.400
botanistes appartenant à quarante nations différentes.
La délégation française comptant environ soixante-dix membres
était conduite par le Président de la Société Botanique de France,
le Professeur P . CHOUARD et par les Professeurs R. COMBES et
522
REVUE F O R E S T I È R E
FRANÇAISE
R. HEIM, de l'Académie des Sciences. L'Administration des Eaux et
Forêts était représentée par MM. AUBREVILLE et CONSIGNY, Inspecteurs Généraux des Eaux et Forêts des Colonies ; ROL, Professeur de Botanique forestière à l'Ecole Nationale des Eaux et Forêts, et JACQUIOT, Inspecteur Principal des Eaux et Forêts, chef de
section au Laboratoire Central d'Essais de Bois.
Pour permettre un travail efficace, le Congrès était divisé en
quinze sections parmi lesquelles il faut citer en premier lieu une
section de Botanique forestière, présidée par M. BAXTER, Professeur à l'Ecole forestière de l'Université de Michigan (U.S.A.). Mais
dans plusieurs autres sections, ont été exposées et discutées des
questions présentant un intérêt certain pour les forestiers, par
exemple dans les sections d'Ecologie expérimentale, de Génétique,
de Phytogéographie, etc..
Les rapports présentés dans ces différentes sections, les discussions qui suivirent, permettent d'avoir une idée assez exacte des
problèmes actuellement à l'étude.
La Pathologie forestière était à l'ordre du jour. En effet, l'extension de certaines maladies, l'apparition de nouveaux parasites,
préoccupent vivement les milieux compétents ; de plus, l'accroissement de la consommation ligneuse conduit à rechercher les moyens
de limiter les pertes en bois par le fait des champignons. De même,
dans bien des pays, on recherche une augmentation de la production
ligneuse en améliorant les peuplements par un contrôle de la provenance, l'étude des écotypes, la sélection des arbres d'élite, l'hybridation artificielle et la Polyploidie provoquée.
Dans le même but, les physiologistes étudient l'influence de la
nutrition minérale sur le développement des arbres et des peuplements.
La question des mycorhizes est également à l'ordre du jour, mais
le moins qu'on puisse en dire est que la lumière est loin d'être faite
sur leur rôle exact dans la nutrition des arbres forestiers.
Les progrès de la Phytogéographie permettent une meilleure connaissance des forêts du globe et un certain nombre de communications avaient pour objet la description des types de forêts. Du
point de vue français, H. GAUSSEN a décrit rapidement les forêts
des Pyrénées, description complétée par une communication plus
générale de P. CHOUARD sur le massif du Néouvielle. H. HUMBERT a exposé les résultats d'une récente mission dans un massif
montagneux très boisé, encore peu connu du Nord-Est de Madagascar, tandis que J. TROCHAIN parlait des types de végétation de
l'Afrique Noire Française. Ces communications étaient accompagnées de projections qui les rendaient fort vivantes.
Bien des communications d'une portée plus générale présentaient
néanmoins un intérêt du point de vue forestier. Nous ne saurions
CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE A STOCKHOLM
523
lés citer toutes. Nous retiendrons tout spécialement l'exposé, très
applaudi de P. CIIOUARD sur le photopériodisme. Commentant les
expériences qu'il poursuit depuis plusieurs années, dans son laboratoire du Conservatoire des Arts et Métiers, il a montré la complexité de l'action de la lumière à la fois sur la croissance et sur
l'apparition des fleurs. Il y a là un vaste champ d'expérimentation
à explorer que les forestiers ne devront pas négliger.
La question des phytocides, fort importante économiquement, a
aussi été évoquée à diverses reprises.
La Protection de la Nature n'avait pas été oubliée et a donné
lieu, entre autres, à une intéressante conférence de R. HEIM sur
cette question en Afrique.
La révision des règles de nomenclature actuellement en vigueur
était inscrite à l'ordre du jour et confiée à une Commission spéciale dont H. HUMBERT, Professeur au Museum, faisait partie.
Malgré ses efforts, il ne semble pas qu'elle ait abouti à des résultats
satisfaisants du point de vue forestier, par suite de l'intransigeance
de certain taxonomistes. En particulier l'extension des « nomina
conservando, » n'a pas été admise. Il est à craindre qu'il ne s'ensuive une véritable scission entre les botanistes partisans d'une application stricte des règles de priorité et tous ceux qui, comme les
forestiers, ne voient dans la nomenclature qu'un instrument de travail, et, par suite, ne peuvent admettre des changements de noms
constants et insuffisamment justifiés.
De nombreuses excursions avaient été organisées en Suède,
avant, pendant et après le Congrès, et la plupart d'entre elles, dans
un pays où, la forêt joue un rôle de premier plan, avaient un grand
intérêt forestier.
Avant le Congrès, une excursion en Scanie a permis à un grand
nombre de congressistes de visiter les différents établissements de
Génétique existant dans cette région : Institut de Génétique de
Lund, Station de Recherches d'Horticulture d'Alnarp, Institut d'amélioration des Plantes de Weibullsholm, Institut d'amélioration de
la betterave de Hilleshög, Laboratoire de Svalöf, Station de Recherches d'Ekebo. Ce dernier établissement, appartenant à l'Association Suédoise d'amélioration des arbres forestiers, a fait l'objet
récemment d'un article dans cette Revue (ι). Il est déjà connu de
nos lecteurs.
Durant le Congrès, une excursion de la journée a permis aux
Congressistes de circuler en bateau au milieu de l'Archipel de
Stockholm, composé de milliers d'îles et d'îlots, tous plus ou moins
complètement boisés. Les forêts de cette région sont composées essentiellement de Pin sylvestre et d'Epicéas, plus ou moins mélangés
(1) J. VENET : La Génétique forestière en Suède. Revue
çaise, août 1949, n° 5, p. 201-211.
Forestière
Fran-
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REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
de Bouleaux, plus rarement de Trembles. Cependant, quand le sol
est suffisamment profond, on passe à la forêt feuillue à Chêne
pédoncule. Tilleul (T. cordata), Erable (Acer platanoïdes) et Aune
(A. glutinosa). Ce type de forêt se trouve là près de sa limite
boréale.
Après le Congrès, des excursions plus importantes permettaient
aux participants de visiter les régions montagneuses ou arctiques de
la Suède, chaque excursion correspondant à une spécialité.
Une tournée forestière dans la région d'Umea (64o Lat. N.) a
permis l'étude de la forêt du Norrland, remarquable à la fois par
son étendue et par la forme de ses arbres. Pin sylvestre, épicéa,
bouleau, tremble présentent tous une remarquable convergence de
forme: troncs élancés d'une rectitude parfaite, avec des branches
fines, courtes, formant une cime aiguë. Par contre, le diamètre reste
faible et les peuplements sont clairs. De nombreux lacs, de belles
rivières rompent la monotonie du paysage. Les tourbières y sont
nombreuses et leur mise en valeur par le reboisement est une des
préoccupations actuelles des forestiers suédois.
Nos hôtes Suédois avaient aussi su joindre l'agréable à l'utile et
nous ne saurions trop les remercier de s'être tant dépensés en organisant réceptions et visites variées.
Enfin, en terminant ce compte rendu, nous devons souligner l'accueil particulièrement sympathique que la délégation française a
reçu à l'Ambassade où Mme de DAMPIERRE et S. E. l'Ambassadeur
de France ont offert un cocktail en son honneur. Les congressistes
français ont également pu se rendre compte des efforts faits par
l'Institut français de Stockholm pour développer les relations franco-suédoises.
R. R.
Fly UP