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L'INDUSTRIE DU TRANCHAGE EN FRANCE 495

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L'INDUSTRIE DU TRANCHAGE EN FRANCE 495
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
495
L'INDUSTRIE DU TRANCHAGE EN FRANCE
On sait que l'industrie du tranchage consiste à transformer les
grumes en feuilles minces destinées à être collées sur des panneaux
de bois massif, de contreplaqué ou de panneaux agglomérés ou
lattes.
Cette transformation s'opère au moyen de « trancheuses .», sortes de puissants rabots, de 3 mètres et quelquefois 4 mètres de long,
qui attaquent la grume transversalement et produisent à la cadence
de 15 à 30 coups-minute, des feuilles de 6/10 à 2 mm d'épaisseur
(certaines machines américaines produisent jusqu'à 50 feuilles-min.).
L'industrie du tranchage est différente de celle du déroulage, qui
consiste à produire un ruban de ibois destiné le plus souvent à constituer des panneaux de contreplaqué.
Cependant, les trancheurs utilisent également des dérouleuses,
pour obtenir des loupes, des ronces et certains bois tropicaux « figurés ».
Cette industrie a pris naissance en France au début du siècle, et
s'est développée surtout après la guerre de 1914-1918.
Il existe en France environ 50 usines très bien outillées, dont 20
dans la région parisienne et 30 ep province, possédant de 150 à 175
trancheuses.
EXPORTATION ET CONSOMMATION
L'industrie du placage en France exporte environ 70 % de sa
production vers un grand nombre de pays, et notamment vers la
Grande-Bretagne, Γ Allemagne, le Bénélux, la Suisse,. l'Italie, les
Pays Scandinaves et également l'Amérique du Sud, l'Australie, les
Indes,'l'Union Sud-africaine, etc.·..
x Elle a exporté:
en 1930:
1938:
1949:
1952:
1955:
4800
8700
17000
20000
27000
tonnes de placage.
tonnes.
tonnes pour 2600000000 F
tonnes pour 4500000000 F
tonnes pour 6256000000 F
Reprenant le chiffre de 1955 et 70 % de l'exportation, on peut
estimer en gros que la production des usines françaises a été de
38 500 tonnes au total, soit en valeur environ 9 milliards de francs.
4Ç6
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
La consommation en grumes peut être estimée à iooooo m 3 par
an.
Il n'existe pas de statistique sur les essences consommées, et les
chiffres ci-dessous ne sont qu'une estimation très grossière:
Chêne
50 000 m 3
Noyer
30 000 m3
Hêtre, frêne, sycomore, merisier et divers. 10 000 m3
Bois tropicaux
10 000 m3
LES BOIS DE PLACAGE
Leurs qualités
Dans l'ensemble des activités industrielles consacrées au bois, l'industrie du placage tient une place de choix non par l'importance
du volume de bois qu'elle met en œuvre, mais par la qualité des
produits qu'exige sa clientèle, et par l'importance de son chiffre
d'affaires.
Haute qualité, richesse de décoration, variété infinie des essences,
voilà bien une industrie qui pouvait prendre naissance en France,
s'y développer et s'y maintenir.
Bien des emplois du bois peuvent se trouver réduits, remplacés
par des matériaux nouveaux, mais le placage ne peut être remplacé
par d'autres matériaux, car le bois est une matière vivante, expression de la nature qui ne peut être qu'imparfaitement reproduite,
comme le tableau : œuvre du maître, et la copie : œuvre de l'élève.
Mais l'art du trancheur est justement de savoir découvrir les bois
qui, par leur beauté, par leur richesse de coloration et de texture,
sauront plaire aux décorateurs, et par conséquent à un public dont
le goût est suffisamment formé pour pouvoir les apprécier.
A ce point de vue, la France est bien partagée: Elle possède les
plus belles forêts de chêne du monde et les noyers aux veines les
plus fines qui existent; ceci, la plupart des Français l'ignorent!
En ce qui concerne le chêne, ce n'est pas purement l'effet du
hasard qui nous permet cette constatation. L'enchaînement des circonstances ont conduit nos dirigeants (qui, à cette époque voyaient
loin) à cultiver des forêts de Chêne, tout d'abord destinées à créer
une flotte, élément essentiel du développement économique de notre
pays.
C'est bien en effet des chênes élevés sur l'ordre de Colbert à partir de 1680, qui font chaque année l'objet des grandes ventes des
forêts d'Etat comme Troncáis, Moladier, Bagnolet, Grosbois, Bercé,
Bellême, Reno (Orne), etc..
A l'origine, ces chênes étaient destinés à produire des quilles de
bateaux, des bordées, pontées, etc..
^INDUSTRIE DU TRANCHAGE EN FRANGE
4(#
Il fallait donc obtenir des bois sans nœuds, très droits et très
longs.
C'est précisément au moment où la marine abandonnait le bois
dans la construction maritime dans la seconde moitié du xix e siècle, que l'industrie du tranchage prenait naissance et absorbait progressivement ces bois de haute qualité.
Mais les qualités exigées pour le bois de tranchage sont encore
plus grandes que pour les bois de marine. Il faut des diamètres plus
grands et des bois vraiment sans aucun défaut.
Le moment est sans doute venu d'examiner si les règles suivies
jusqu'à maintenant dans les forêts d'Etat pour produire des bois
de « marine » ne doivent pas être légèrement modifiées pour obtenir des bois de tranchage possédant le maximum de qualités.
Nous examinerons donc les qualités requises pour satisfaire à ces
exigences en mettant l'accent sur les défauts les plus généralement
rencontrés.
GRUMES DE CHÊNE A TRANCHAGE
Espèces
Les espèces employées pour le tranchage sont : le chêne « rouvre »
et le chêne « pédoncule » (i). D'après GUINIER, ce sont avant tout
des variations de conditions d'existence qui déterminent les différences de propriétés physiques et mécaniques...».
Qualités essentielles des grumes de tranchage
Bois de Futaie:
— Circonférence: au milieu, plus de 180 minimum.
— fût: doit être droit, fil droit, non veiné, écorce lisse et fine,
aucun défaut comme nœuds recouverts ou non, fente, gèlivure, coup de foudre, frotture,. Le fût doit être rond et non
méplat ou ovale, sans nervure.
— à la découpe, le bois doit être clair (le bois gris n'est pas admis.
Il indique un bois nerveux).
accroissements* serrés et réguliers: les grumes de Troncáis
011 Bercé ont moins de ι mm par accroissement annuel.
— cœur centré.
—· Pas de gélivure, cadranure, roulure, ni lunure.
— Aubier: très peu d'aubier; des bois arrivés à maturité d'une
circonférence de deux mètres ne devraient pas avoir plus
de ι cm d'aubier.
— Ecorce: L'écorce du Chêne rouvre est généralement fine; cependant on trouve des chênes à grain fin (texture faible)
(i) Ph. GUINIER. «: Qu'est-ce que le Chêne 3 », Bulletin de la Société Fo-
restière de Franche-Comté, juin 1950.
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REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
(moins de ι mm d'accroissement par année) avec une grosse
écorce. Par contre, on ne trouve pas de chêne ayant un gros
grain (texture forte) avec l'écorce fine.
—• Bois. — Le bois de Haute Futaie a accroissement serré est
tendre et généralement d'une couleur rosée à la coupe.
Chênes de taillis-sous-futaie
On classe ces bois en catégorie « mi-fins ». Ils proviennent généralement de forêts particulières, de parcs, de coupes affouagères.
Comme l'aubier est plus important, 2 à 4 cm, ils doivent avoir
une circonférence minimum de ¿ m.
Ils se caractérisent par des accroissements annuels correspondant
aux révolutions des taillis, c'est-à-dire que les accroissements moins
serrés à la coupe du taillis se resserrent à la fin de la révolution. Le
bois est naturellement moins homogène, mais s'il est clair, il peut
fournir des placages appréciés, quoique de moindre valeur.
Age. — Il est rare de rencontrer de très gros chênes de taillissous-futaie dans les forêts privées. A chaque révolution de taillis, il
est tentant d'abattre les plus gros sujets. Du reste, si on tient au revenu que peut procurer le taillis, on ne peut laisser de sujets dont le
couvert s'étendrait trop, et empêcherait la repousse du taillis, en
sorte qu'il est rare de rencontrer des sujets faisant plus de 4 à 5
fois la révolution du taillis, c'est-à-dire 120 à 150 ans.
Les arbres peuvent cependant atteindre à cet âge 2 m et plus de
circonférence.
Chênes champêtres
Il existe dans toute la France, dans les champs, des chênes poussés au hasard, n'ayant bénéficié d'aucun soin cultural, épargnés de
rémondage (coutume encore très courante chez les cultivateurs).
Ces grumes doivent mesurer au moins 2,50 m de longueur sans
défauts, et avoir 2,40 m minimum de circonférence.
Ces chênes poussent généralement assez vite, et il nous a été
donné de voir des grumes de 4 mètres de circonférence n'ayant pas
plus de 120 ans d'âge.
Les accroissements sont quelquefois de plus de 1 cm au début de
la croissance, et vont en se resserrant à la périphérie.
On peut en rencontrer dans toute la France, mais naturellement
les plus beaux sujets et les plus clairs dépendent des conditions de
terrain et du climat.
La circonférence doit être au minimum de 2,40 m, car ce chêne
n'est apprécié que lorsqu'il est tranché sur quartier, la dosse étant
trop grossière et généralement assez foncée.
Ils ont généralement beaucoup de mailles très appréciées par certains pays.
L'INDUSTRIE DU TRANCHAGE EN FRANCE
La Maille. — La maille est due aux rayons médullaires
une section radiale apparaissent comme des plages d'aspect
et brillants, contrastant avec la masse des autres éléments
Elle est petite et fine dans les bois de haute futaie, dite
de riz ». Grosse dans le chêne champêtre.
499
qui sur
compact
du bois.
« grain
AUTRES BOIS DE TRANCHAGE
Le Noyer. — L'essence de bois la plus demandée dans le placage
après le Chêne est le Noyer. Les noyers français sont appréciés dans
le monde entier pour la finesse de leurs veines, et la richesse de
leurs dessins.
Il disparaît malheureusement en France et des efforts sont faits
notamment par la Commisison nationale du Noyer en vue d'établir
les méthodes les plus propices à une production rémunératrice de
bois de noyer.
La croissance du Noyer, contrairement à l'opinion générale est
rapide. Nous avons vu des noyers de 2,50 m à 3 m n'ayant pas plus
de 120 ans (1).
Le Frêne. — Est actuellement très apprécié (mode des meubles
clairs). Il a généralement peu de défauts, et sa croissance est rapide
dans les sols appropriés. Il est souvent onde, ce qui ajoute à l'effet
décoratif.
Le bois marron à la découpe, lorsque la veine est bien détachée,
est particulièrement recherché.
Il faut encourager sa culture.
Le Sycomore. — Fait l'objet d'une demande de plus en plus
grande. Malheureusement, on rencontre rarement de beaux sujets.
Ceux des bords de route sont massacrés. Le sycomore d'Ecosse est
particulièrement réputé,, mais de temps à autre, on trouve en France
des Sycomores unis, ou même quelquefois ondes, qui fournissent un
placage magnifique.
Merisier. - ^ Le merisier est très apprécié dans la décoration, et
le mobilier moderne. Malheureusement, il comporte souvent de nombreux défauts et notamment des veines vertes qui le rendent impropre au tranchage qui exige des bois clairs et sans veinage.,
Il existe souvent de beaux merisiers dans les forêts, rarement
gros, car il n'est pas longévif.
L'Orme. — Très recherché pour le placage lorsqu'il est clair, de
grosses dimensions avec peu d'aubier (couleur tabac anglais).
L'Orme de Hollande (région de la Frise) est le plus apprécié.
(1) Ph. GUINIER: Le Noyer, producteur de bois. Revue forestière
çaise, 1953.
.
fran-
5οό
kEvuE FORESTIERE FRANÇAISE
Malheureusement, il disparaît, comme d'ailleurs Torme français,
par suite de maladie.
Si les espèces appropriées peuvent être implantées à nouveau, il
conviendrait de ne pas négliger cette essence (bien que son emploi
comme charronnage ait presque disparu), car Torme est à la fois un
très bel arbre de décoration, et convient parfaitement pour le placage si Tarbre est de bonne conformation, et parfaitement sain.
Le Tulipier. — Etait importé des EtatsUnis en grumes avant la
guerre pour être déroulé, et fournissait un excellent bois de contreplaqué. Sa culture mérite d'être étendue dans les stations ou en sol
fertile, et sous un climat peu rigoureux des résultats favorables peuvent être escomptés.
LES DÉFAUTS DES BOIS DE TRANCHAGE
Malgré une sélection rigoureuse des grumes, les rendements en
placage sont faibles à cause notamment des défauts.
On obtient généralement pour une circonférence de:
2,40 m et plus
220 à 240
50 %
45 %
200 à 220
180 à 200
40 %
35 %
A) Défauts d'aspect
Nœuds. — Aucun nœud ne peut être toléré (1).
Les plus dangereux sont les nœuds couverts presque invisibles
sur l'écorce. Ils peuvent provenir de Télagage artificiel ou non, des
branches cassées, etc..
Les très petits nœuds en grappes ou « pattes de chat » sont |bn
motif de rebut pour le placage.
Un isolement trop complet lors des coupes, provoque souvent
la naissance de gourmands sur les troncs qui nlen avaient pas jusqu'alors.
Si Tarbre ne doit pas être abattu trois années après Téclaircie,
il conviendrait sans doute d'émonder artificiellement les rejets.
Fil tors. — L'origine du fil tors ou « vissage » semble assez
mal définie. On s'accorde à estimer que ce défaut est la conséquence
de « vents dominants ». Un fil tors peu prononcé, par exemple de
3 cm par mètre par rapport à Taxe de Tarbre pourrait être toléré.
Frottures. — Les frottures sont extrêmement fréquentes dans les
hautes-futaies. Elles proviennent la plupart du temps de la chute des
(1) (A ce sujet, consulter l'étude sur les blessures des arbres) de la Commission d'Etudes des Ennemis des arbres, des bois abattus et des bois mis en
œuvre. Bulletin n° 25 (1941).
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Découpe d'un chêne de grande qualité.
Forêt domaniale de Bercé — 210 ans.
Chêne à cœur rouge.
(Clichés Marotte.)
Débit sur dosse.
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Débit sur quartier.
Placages de chênes de Haute futaie. Grain fin.
Débit sur dosse.
Débit sur quartier.
Placages de chênes champêtres. Gros grain.
•r
y.
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?f
Chêne à cœur étoile.
(Clichés Marotte.)
L'iNDUStRIE DU TRANCHAGE EN FRANCE
50I
arbres le long des arbres en réserve. Elles entaillent l'écorce sur
toute la longueur de l'arbre et la cicatrisation de la blessure est
difficile. La plupart du temps, il existe une pourriture sur toute la
longueur de l'arbre plus ou moins prononcée, suivant l'âge de
l'arbre.
La pratique de l'éhoupage doit être encouragée pour tous les bois
de valeur.
Les coups dus aux véhicules sont moins fréquents, depuis l'emploi
de véhicules modernes de débardage permettant d'éviter plus facilement les arbres; mais les forestiers doivent se montrer très
stricts sur ce point.
Graisses. — Les graisses proviennent de deux causes (i) :
— l'une physique: chèvrefeuille s'enroulant autour des pieds de
gaulis ou de jeunes perchis,
— l'autre, plus incertaine: attaque d'un insecte ou d'un champignon.
La graisse, sans être une cause absolue de rejet de la totalité de
la grume pour le tranchage, exige une réduction importante sur le
cube.
Le fil du bois en effet n'est pas droit, et fait classer automatiquement le placage en 2e ou 3 e choix.
B) Défauts à la découpe
Gélivure. — Les bois gélifs ont presque toujours un ou plusieurs bourrelets longitudinaux extérieurs partant de la base du pied,
sur une hauteur de 0,50 m à 1,50 m et, plus rarement sur tout le
tronc.
Certaines gélivures sont invisibles sur l'écorce, mais les grumes
gélives ont généralement le cœur étoile.
Dans certaines forêts, une purge faite au pied peut les affranchir.
La partie gelive est absolument impropre au tranchage. La gélivure
détermine généralement la coloration du bois, notamment dans le
Noyer.
Les hivers rigoureux provoquent les gélivures, et il est impressionnant dans les hivers très froids, et au lever du soleil principalement, d'entendre dans une forêt, les détonations provoquées par la
gélivure. Le réchauffement externe provoque l'éclatement des fibres.
Un jeune chêne gélivé doit être supprimé. Il ne procure jamais un
bon bois.
La cadranure ou étoile. — Consiste en crevasses du cœur partant du centre vers la périphérie comme ¡les aiguilles d'un « cadran »,
Elle se produit dans les vieux bois.
Si le bois n'est pas taché ou altéré, ce défaut n'entraîne généraC. JACQUIOT et R. VINEY: « La Graisse du Chêne >". Revue de Pathologie
végétale ßt d'entomologie agricole de France, n° 2, avril-juin Ι95Φ
502
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
lement pas le rebut pour le tranchage pourvu qu'une « purge »
affranchisse la grume.
La roulure. — Est très fréquente dans le chêne et presque dans
tous les bois, dans toutes les régions, chêne de futaie, taillis-sousfutaie, ou champêtre. C'est un décollement des accroissements provoqué sans doute par des torsions du tronc à la suite de tempêtes,
qui rend les bois impropres au tranchage, et en général à tous les
débits, sauf pour les bois merrains.
Cependant, si l'arbre est gros (plus de 240 de circonférence)
et si la roulure n'affecte que la partie centrale du troie à quelques centimètres du oœur, les trancheurs peuvent l'admettre, car
la roulure tombe dans le débit sur quartier. Les roulure se purgent
assez généralement entre 40 cm et 1 m à partir du pied.
Pour estimer si la grume se purgera, on peut se servir d'une lame
de canif. Si la lame introduite dans la fente prend la direction du
oœur, la grume devrait purger assez vite. Ce moyen n'est du reste
pas infaillible.
Une roulure de pied se retrouvant à la découpe en tête rend la
grume impropre au tranchage.
La lunure. t— La lunure (1) ou double aubier est une anomalie
consistant en la présence au milieu du bois parfait d'un anneau complet ou non ayant la couleur et les propriétés de l'aubier.
Elle est due à un froid intense, qui ayant altéré l'aubier l'a empêché de se transformer en bois parfait. L'hiver 1879-1880 a causé
sous ce rapport des ravages considérables dans nos forêts.
La lunure est un cas de rejet pour le bois de tranchage. En effet,
la feuille de placage, avec une bande de couleur plus claire n'est
pas admise dans le 1er ni même le 2e choix. La lunure ne se purge
généralement pas.
Le rouge (2). — Le rouge est un commencement de pourriture.
Les vieux bois en sont presque toujours atteints à la base. A la
découpe, le tronc peut être totalement atteint sur toute la surface de
la découpe. Il est rare alors qu'une purge l'assainisse. Le rouge monte
souvent jusqu'à la cime.
Si la tache est petite et encore peu colorée, l'arbre peut être purgé.
Remède: bois trop vieux, l'abattre à temps.
A Troncáis, cette année, dans les très vieux bois de Morat, un
grand nombre de chênes estimés pour le tranchage et magnifiques
sur pied, se sont révélés rouges d'un bout à l'autre.
Blessures de martelage. — Le martelage des arbres à la patte
provoque presque toujours une blessure qui entraîne souvent une
pourriture. Il serait opportun de proscrire ce mode de désignation
des arbres à réserver.
(1) Définition de l'AFNOR.
(2) Bulletin n° 13 (1932) de la Commission d'Etudes.
L'INDUSTRIE DU TRANCHAGE EN FRANCE
503
Veinage. — Toute grume de chêne veinée et dont les accroissements ne sont pas nettement circulaires, doit être éliminée pour le
tranchage.
Plus les accroissements du bois sont serrés, en général plus le
bois est clair.
Le bois de haute futaie est généralement plus clair que le « taillissous-futaie », qui est plus clair lui-même que le chêne champêtre.
Cependant, le climat et le sol ont une influence primordiale sur la
clarté du bois.
La « Queue de vache » est la conséquence de l'attaque d'un champignon (1) se développe très rapidement après l'abatage dans un milieu ni trop sec, ni trop humide.
Il y a deux moyens de le combattre :
— trancher la grume immédiatement après abatage et faire sécher le bois;
— ou placer la grume dans l'eau où le champignon privé d'oxygène ne pourra se développer.
Mais ces moyens ne peuvent pas dans la plupart des cas être employés.
Les grumes doivent être stockées avant emploi, et il est rare de
disposer d'un bassin. Il y aurait donc lieu de badigeonner les grumes
le plus tôt possible après l'abatage au moyen d'un antiseptique au
Ρentachlorophénol et de les protéger ensuite par un produit plastique.
Le dommage subi par les trancheurs par ce champignon est considérable.
Les placages veinés doivent être vendus à vil prix.
CONCLUSION
L'exposé ci-dessus n'a pour but que de faire ressortir les difficultés que rencontrent les trancheurs à approvisionner leurs usines
en bois de qualité.
Il est indispensable que les producteurs : Ingénieurs des Eaux
et Forêts, et propriétaires forestiers, soient en contacts fréquents
avec eux s'ils veulent rechercher les causes des défauts des bois et y
remédier.
L'avenir de la forêt en dépend pour une bonne part, car, comme
le faisait ressortir M. VINEY dans un très intéressant article de la
revue « Forêts de France » sur l'évolution du bilan d'une propriété
forestière depuis ioo ans, le revenu brut du propriétaire taillis est
tombé de ioooo F à ι ooo F l'hectare de 1855 à 1955! Π
Le propriétaire de futaie reçoit pour ses bois d'oeuvre à peu près
la même valeur qu'en 1855.
(1) Le Fistulina hepática.
5°4
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
Pour les chênes de tranchage, il reçoit 2 à 3 fois plus que pour les
chênes de « marine » en pièces exceptionnelles (valeur 80 F en 1855
sur pied> soit 20000 F actuels). Cependant, notre industrie subit
une crise grave.
La production semble dépasser la consommation du fait que les
usines sont plus nombreuses et les machines plus rapides.
La concurrence des Allemands, travaillant nuit et jour, et des
Italiens se fait très durement sentir, du fait, non d'une meilleure
qualité des produits, mais d'un prix de revient moins élevé.
Nous ne sommes pas partisans des mesures dirigistes, mais l'intérêt général commande tout de même de faire travailler nos usines
avant celled des étrangers.
1
Les rentrées de devises sont infiniment plus importantes lorsque
les bois sont exportés sous forme de placage qu'en grumes.
Des mesures ont déjà été prises par Γ Administration pour frei­
ner la sortie des grumes à tranchage. Ces mesures devront être étendues aux grumes de Frêne, Sycomore, Merisier, Orme, Hêtre, etc..
Toute exportation de grumes de tranchage se traduit par une perte
sèche pour les usines françaises.
En ce qui concerne les bois tropicaux, la France alimentait en
placage presque tous les pays du monde, ayant dans ses territoires
d'outre-mer les bois les plus variés et les plus abondants de tous les
pays d'Europe. Aujourd'hui, l'exportation de ces placages est extrêmement réduite, car les trancheurs étrangers s'approvisionnent
directement en grumes dans nos possessions d'outre-mer.
La notion du « Pays le plus favorisé » ne s'applique même pas
à la métropole !
S'il n'est pas question d'imposer à nos Territoires d'outre-mer
un tarif préférentiel, en faveur de la Métropole, du moins les Pouvoirs Publics pourraient accorder des ristournes sur le fret par
exemple, pour faire rentrer les grumes figurées destinées au tranchage en France. Leur réexportation en placage permettrait de récupérer pour l'impôt plusieurs fois la valeur de la ristourne ainsi
consentie.
Enfin, la propagande en faveur du bois et spécialement du placage, n'est encore que sporadique. Si le contreplaqué est à peu près
connu maintenant, la plupart des Français ignorent le placage, comment il est fabriqué, et à quoi il sert, alors que 95 % des meubles
sont recouverts de placage.
Un effort devrait être entrepris pour faire connaître nos ressources considérables en placage de haute qualité.
Unissons-nous donc, tous, producteurs, transformateurs, utilisateurs, pour mettre en valeur et faire apprécier ce beau produit de la
nature qui embellit le cadre dans lequel nous vivons.
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MAROTTE.
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Principaux défauts apparaissant au tranchage.
i. — Lunure.
2 — Veinage.
3 — Nœuds dits « Patte de chat ».
4 — Frotture.
5 — Graisse.
(Cliché Marotte.)
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