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LES LECTEURS PARLENT Le sanglier est-il utile ou nuisible?

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LES LECTEURS PARLENT Le sanglier est-il utile ou nuisible?
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
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LES LECTEURS PARLENT
Le sanglier est-il utile ou nuisible?
Depuis deux mille ans, 100 espèces de marnifères ont disparu du globe,
dont 40 dans les 50 dernières années. Des centaines d'autres sont en voie de
disparition, victimes de l'incurie et de la fureur destructive de l'homme.
Le sanglier, ces derniers temps, a été sauvé d'extrême justesse mais il est
encore menacé, il a disparu de nombreuses régions de France et les rescapés sont assassinés jour et nuit, toute l'année, n'importe où, mais très rarement sur le terrain de son propriétaire.
La chasse est en péril ! La chasse se meurt ! entend-on de toutes parts.
Nous ne le croyons pas, si l'on a la franchise d'étudier la situation et
le courage d'exiger des mesures de sauvegarde.
Il faudra eri effet du courage à nos Chefs de files, car ils auront à vaincre
l'inertie de gens que l'initiative effraie et ils auront à lutter contre la légende
moyenâgeuse du sanglier féroce et dont on se plaît généralement à exagérer
les méfaits.
Les sangliers rescapés, livrés aux deux millions de chasseurs (sans compter
les braconniers), aux armes de plus en plus perfectionnées, leurs déplacements et auto, les chasses de plus en plus morcelées, ne peuvent plus échapper à l'extermination si des mesures de protection ne sont pas prises.
Ce roi de nos forêts doit-il être à son tour, rayé de la liste des espèces de
plus en plus rares de notre faune? Tel est le but de notre examen.
Le sanglier est certainement le gibilr qui procure les plus belles, les plus
fortes émotions au chasseur. C'est aussi un des animaux vivant à l'état sauvage dans nos contrées le plus intéressant à étudier et à connaître.
Ce n'est point cette bête qui, pour nombre de profanes, symbolise la cruauté.
Le sanglier est, d'autre part, l'animal sauvage le plus intelligent.
Si de vieux « souïaux » se retranchent égoïstement dans leur solitude,
les laies, par contre, sont les plus dévouées des mères. Elles défendent leur
progéniture avec le plus grand courage. Leur tendresse se prolonge bien
plus longtemps que dans les autres espèces animales.
Depuis l'antiquité, le paysan a une hostilité profonde contre les bêtes qui
ravagent ses champs et cela se conçoit parfaitement.
Mais l'étude des mœurs de certains animaux et du sanglier en particulier
a permis de mettre les choses au point et nombre d'exploitants reconnaissent
que l'on exagère souvent les méfaits du sanglier alors que l'on ignore les
services qu'il rend dans l'équilibre des choses de la Nature.
En forêt, le sanglier se rend très utile en fouillant le sol. De sa hure,
il ensemence les glands, faînes et autres graines qui deviennent des arbres
magnifiques.
Il anéantit les chrysalides et larves d'insectes : chermes, phydonies, bostryches, ces insectes constituant un fléau pour les essences forestières.
En plaine, au moment des récoltes, le sanglier commet des déprédations.
Mais toute l'année par contre, il débarrasse les champs de leur vermine :
souris, taupes et mulots sont pour lui des friandises, il leur fait une guerre
acharnée. Le pachyderme détruit les plantes adventices jusque dans leurs racines. Il se nourrit d'innombrables courtilières, de limaces et de myriades de
vers blancs qui sont, eux, les véritables ennemis des cultivateurs.
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Le robuste souïau est immunisé contre la piqûre des vipères et il est le
principal, sinon le seul destructeur de ce dangereux reptile. Et partout où Ton
a stupidement exterminé le sanglier, les serpents sont en recrudescence.
Il faut le dire franchement, la disparition du sanglier n'atténuerait en
rien les soucis des agriculteurs. Au reste, que représentent les « boutis » de
sangliers dans un champ, en regard des dégâts que provoque un orage ou
une chute de grêle de quelques minutes? Et enfin, ce gibier a disparu de
nombreuses régions et ¡quelles que soient les mesures prises, nous ne le reverrons jamais pulluler et il ne commettra jamais plus de graves déprédations.
Ce pachyderme, détruit aussi les surmulots, les belettes et autres mustélidés,
ces derniers, grands ennemis des basses-cours et du petit gibier. Par conséquent, s'il dévaste parfois un nid de perdrix ou défonce une rabouillère, il
sauve néanmoins beaucoup plus de gibier qu'il n'en dévore.
D'ailleurs, les rares chasseurs qui ont voué une haine mortelle au sanglier, sont en général des malchanceux qui ne lui pardonnent pas de s'être
montrés ridicules devant un magnifique adversaire.
De plus, la chasse rapporte des dizaines de milliards au Trésor et fait
vivre d'innombrables artisans. Veut-on réduire les chasseurs à ne tirer que
les moineaux?
Nous excusons les cultivateurs qui ont eu à subir les méfaits du sanglier
de penser que cet animal doit être exterminé. On ignore couramment les
mœurs de nombreuses espèces de bêtes sauvages. Ne clouait-on pas, récemment encore aux portes des granges, les chouettes et hiboux, lesquels sont
aujourd'hui reconnus très utiles à l'agriculture?
Etant donné la rage destructive de l'homme, il ne restera bientôt plus que
les insectes pour ruiner la Nature. Puisse, l'homme, éviter de disparaître lui
aussi, victime un jour prochain du déséquilibre qu'il risque de provoquer!
Franck HARDY.
A propos de la Protection de la Nature
Dans la Revue Forestière Française de juillet 1955, M. le Conservateur
LUNEAU a publié des « Remarques sur la Protection de la Nature ». Dans
cet article, l'auteur, après quelques remarques assez judicieuses sur les propos malveillants tenus jadis sur les forestiers par un Ministre qui, comme
beaucoup de ses semblables, ignorait tout des questions dont il parlait, part à
l'attaque des Artistes, Touristes et Naturalistes attachés à la Protection de
la Nature, en prenant fort mal à propos la forêt de Fontainebleau comme
exemple. L'A. confond d'ailleurs visiblement deux notions entièrement différentes. La première est celle des Réserves, à aménagement spécial, visant à
maintenir le caractère de certains sites ou à conserver certaines flores et certaines faunes qui sont éliminées par l'exploitation forestière, si judicieusement
conduite soit-elle et si favorable soit-elle à la pérennité de la forêt. Ces aménagements sont exclusifs de considérations économiques ou plus exactement
abandonnent les considérations de l'économie forestière classique, car, ainsi
v\ue le faisait très judicieusement remarquer en 1904 le Décret d'Aménagé
ment de la forêt de Fontainebleau, les revenus indirects et non comptabilisés
provenant du tourisme peuvent, dans certains cas, être très supérieurs à ceux
provenant de l'exploitation des produits ligneux. Cest précisément le cas
des parcelles de rochers et de platières, qui forment plus de la moitié de la
superficie des Réserves de la forêt de Fontainebleau, et où la dispersion des
arbres, imposée par le terrain, interdit la croissance d'arbres technologiquement satisfaisants. Quant aux bénéfices découlant des progrès scientifiques que
permet l'extraordinaire laboratoire naturel de Réserves biologiques telles que
celles de Fontainebleau, ils sont incalculables.
La question des Réserves a été réglée à la satisfaction de tous par l'arrêté
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d'aménagement de 1953 qu'il suffit maintenant d'appliquer loyalement et intelligemment. Cet aménagement permettra le maintien des flores et des faunes
qui donnent à Ja forêt de Fontainebleau une valeur exceptionnelle. Ajoutons
aussi que contrairement à ce que cherchent à insinuer les adversaires de la
mise en réserve de certains cantons, — en espérant sans doute surprendre
la bonne foi de ceux qui n'ont pas l'occasion de visiter les Réserves en question — ce régime spécial ne peut faire naître aucune inquiétude pour la
pérennité de la forêt. Une heure de promenade à Fontainebleau dans les Réserves du Gros Fouteau, de la Tillaie ou du Mont Pierreux, qui ont pour la
plus grande part échappé aux catastrophiques exploitations de guerre, suffit
à montrer qu'après 100 ans de mise en réserve, ces peuplements ont atteint
leur climax. L'excellent état du sol que révèle notamment l'abondance de
Melica uniflora permet des régénérations denses de hêtre ou de chêne dans
toutes les trouées créées par la chute des arbres morts. On aboutit ainsi à un
type de peuplement jardiné par trouées. On ne trouve pas de sols dégradés
dans les Réserves de Fontainebleau, mais seulement dans les parties de la
forêt ayant subi pendant et après la guerre des exploitations abusives : Vieux
Rayons, Mont Gauthier, Ventes Bouchard, Plaine de Samois, Bas-Bréau,
etc.. L'acidification du sol exclut les régénérations de feuillus et c'est le pin
ou la fougère aigle qui colonisent ces coupes trop claires (1). S'il existe
actuellement en forêt de Fontainebleau des peuplements dont l'état est alarmant, on le doit aux excès de la « politique du, mètre cube ».
La deuxième notion est beaucoup plus générale et n'est autre que celle de
la Protection desi Ressources Naturelles. Ici, il ne s'agit plus d'envisager pour
toute la forêt de Fontainebleau un régime spécial excluant les exploitations,
mais seulement de sauvegarder l'intégrité du Massif contre les multiples convoitises qui le menacent. C'est à la suite des mutilations subies par la forêt
en 1951, où l'Armée s'empara de 40 hectares de futaie en bordure d'Avon,
que l'opinion de tous ceux qui sont conscients de l'importance et du rôle des
forêts dans la vie d'un pays se sont émus et ont cherché à mettre désormais
la forêt à l'abri de nouvelles tentatives. Contrairement à ce qu'affirme M. LuNEAU, ignorant de ce qui pourtant se passed sous ses yeux,, l'Administration est
impuissante à s'opposer à la dégradation du patrimoine forestier du pays. La
structure administrative est telle que l'anéantissement d'une surface de forêt par son « affectation » à un autre service est déplorablement facile. Dans
ces sortes de questions, l'Administration des Forêts a affaire, d'une part, à des
demandeurs avides, dont les pires sont les services de l'armée qui agitent
les « besoins de la Défense Nationale » pour construire un magasin d'habillement et, d'autre part, à l'Administration des Domaines dont les horizons
se bornent à l'aspect « domanial » de la question et à qui il est complètement
indifférent de ruiner l'économie ou de détruire l'équilibre physique d'une région. Les administrations financières; vivent dans un monde créé chaque année
le premier janvier et détruit le 31 décembre et les considérations de pérennité d'une forêt, de patrimoine des générations futures, de beauté des sites, leur sont complètement étrangères. Elles exigent seulement que la forêt
soit détruite en observant les formes prescrites par les circulaires. Seuls les
Forestiers, dans les Commissions qui tranchent de ces, questions, sont capables
de s'élever au-dessus de ces médiocres horizons mais étant seuls contre tous,
ils sont régulièrement battus. On l'a vu à Fontainebleau en 1951, on l'a vu
à Chinon, où les Domaines se sont obstinément refusés à exproprier dans les
Landes du Ruchard les parcelles privées qui auraient permis de créer, sans
toucher à la forêt,, le dépôt de matériel américain. Cette paresse a eu pour
résultat la ruine de près de 1 000 hectares de forêt. Pour compléter cette
« opération Gribouille », il suffira de reboiser, grâce au F.F.N, les parCi) Voir à ce sujet: Revue des Eaux et Forêts, X I V e S i e , 46e année, n° 1,
janvier-février 1948. — Revue Forestière Française, 1951, n° 5 r p. 375-81.
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celles de lande. C'est pourquoi il est nécessaire et urgent que soit établi pour
les forêts — en commençant par les plus précieuses comme Fontainebleau —
un régime les rendant intangibles. C'est l'action conjuguée de tous ceux qui,
en France, ont une culture assez vaste et assez haute ^pour comprendre la
nécessité vitale pour l'humanité de conserver toutes ses ressources naturelles
qui, seule, pourra permettre cette réforme. On a déjà vu l'efficacité de cette
action à plusieurs reprises à Fontainebleau même, sous les yeux de M. LUNEAU
qui, sans doute, à cet instant, regardait les astres. Grâce à l'opposition des
sociétés scientifiques et artistiques locales, ont été évitées :
i) L'établissement d'un itinéraire pour poids lourds à travers les parcelles
de la Vallée de la Chambre.
2) La traversée des Réserves par les feeders de gaz haute pression.
3) L'annexion par l'armée des parcelles de la Vallée de la Chambre.
Quant au projet de reconstruction de Saint-Cyr à Fontainebleau, il a
mobilisé contre lui tout l'ensemble des Sciences, des Lettres et des Arts du
pays tout entier.
Ce qui est d'ailleurs frappant, c'est que l'avortemeñt des projets de mutilation de la forêt n'a jamais apporté de gêne à qui que ce soit. Les demandeurs rebutés trouvent toujours une autre solution avec une facilité surprenante, ce qui montre à quel point « l'affectation d'une parcelle domaniale »
constitue une solution de paresse : dans le premier exemple cité, il a suffi
d'élargir la chaussée d'un boulevard existant, dans le second cas de faire
suivre aux feeders les bas-côtés d'une route Nationale. Dans le 3e et le 4e
cas, on s'est aperçu que l'armée n'avait que l'embarras du choix entre tous
les domaines dont elle dispose, tel que celui de Montlhéry.
Les succès dus à l'action spontanée d'hommes qui sont des hommes clairvoyants, et aussi des hommes de cceur, doivent tracer la voie à suivre et permettre d'aboutir à un régime administratif qui protège réellement notre patrimoine forestier ,en commençant par les plus belles de nos forêts domaniales.
Cl.
JACQUIOT,
Ingénieur Principal des Eaux et Forêts,
Conseiller Municipal de Fontainebleau.
Les Bois feuillus
Nous avons lu dans la « Revue Forestière » d'août-septembre 1955 l'intéressant article de M. P. ALLOUARD sur les « Conditions d'utilisation des bois
feuillus dans la Papeterie en France ».
La nouvelle orientation des fabriques de pâtes vers le bois feuillu et la
création d'usines neuves posent des problèmes d'importance. Les professionnels du bois, les sylviculteurs notamment, suivent de près le marché de cette
évolution idont on ne saurait prévoir l'ampleur.
Le sujet fort vaste — et complexe à notre avis — est fort bien traité dans
la « Revue Forestière Française ». Il fournit à plusieurs brganes corporatifs
un vaste champs d'articles. La Revue hebdomadaire « Bois et Scieries Menuiserie et Bâtiment »(1) a (consacré plusieurs chroniques aux feuillus, aux
taillis, citant notamment les projets encours aux Usines de la vallée du Rognon, à Rimaucourt (Heute-Marie) et donnant sur l'utilisation des bois feuillus à la S.I.C.A. (usine d'Alizay - Eure) et à la S.P.C.C, (à Clamecy - Nièvre),
des précisions fort intéressantes.
R. F.
(1) Société du Moniteur des Scieries, 70, boulevard Beaumarchais, Paris XI e .
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