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NÉCROLOGIE 54? Jean JAGERSCHMIDT (1879-1954)

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NÉCROLOGIE 54? Jean JAGERSCHMIDT (1879-1954)
54?
REVUE FORESTIÈRE'FRANÇAISE
NÉCROLOGIE
Jean JAGERSCHMIDT (1879-1954)
Le io octobre, au cours d'un voyage, Jean JAGERSCHMIDT a été victime
d'un tragique accident.
Ses obsèques ont eu lieu dans la plus stricte intimité. Mais le 23 octobre,
au service célébré en sa mémoire, se pressaient des membres de l'Académie
d'Agriculture, beaucoup de forestiers de carrière en activité ou en retraite
entourant les représentants de la Direction Générale, de nombreux propriétaires forestiers groupés autour du Président de la Fédération des Syndicats
de Propriétaires forestiers et du Président du Comité des Forêts, des experts forestiers, tous venus apporter un dernier témoignage d'estime au camarade sympathique, au technicien agissant dont la brusque disparition a été
profondément ressentie.
Jean JAGERSCHMIDT, né à Paris le 5 novembre 1879, après ses études à
l'Institut Agronomique, est entré à l'Ecole des Eaux et Forêts en 1901 avec
la 77e promotion et en est sorti brillamment en 1903. Apres accomplissement
d'une année de service militaire et un stage à Dieppe, il est affecté en 1905,
avec le grade de Garde Général, au service des reboisements à Toulouse.
En 1906, il est mis à la disposition du gouvernement de Bulgarie, comme adjoint à un forestier français spécialiste reconnu du reboisement, VOGELI (71e
promotion). Il a ainsi participé à l'organisation de la restauration des montagnes de la chaîné balkanique. Son souvenir n'a pas été perdu: il y a quel·
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ques années, un forestier français a été agréablement surpris de trouver à
Kazanlik une rue Vogeli et Jagerschmidt. De retour en Prance en 1908, il
occupe successivement plusieurs postes, d'abord à Charleville puis, comme
Inspecteur-Adjoint, à Boulogne-sur-Mer et à l'Administration centrale. Installé ensuite à Rambouillet, c'est là que le surprend la mobilisation de 1914.
Il prend part à la guerre en qualité de capitaine d'infanterie; il est grièvement blessé, mutilé d'un bras; sa belle conduite lui vaut la croix de la
Légion d'Honneur et la Croix de Guerre. Devenu inapte au service armé,
il est affecté au service des bois du Ministère de l'Armement et attaché au
service chargé de la recherche et de l'estimation des forêts acquises ou réquisitionnées pour être exploitées pour les 'besoins de l'Armée. L'armistice
survenant, nommé Inspecteur en 1918, il sollicite l'honneur d'être compris
au nombre de ceux qui devaient prendre en main le service forestier en Alsace, le pays de ses ancêtres; il apporte une aide efficace à l'Inspecteur
Général LAFOSSE pour la réorganisation nécessaire.
A partir de la fin de 1919, il est placé à la tête de l'Inspection de Blois.
Durant huit années, il se consacra à la gestion des belles futaies de chêne
du Blésois. Il s'attache profondément à ce pays ou il acquiert une petite
propriété; jusqu'à la fin, il aimait séjourner et accueillir des amis dans cette
maison du Rocher, établie presque à l'orée de la forêt de Blois, dans une
situation dominant la vallée de la Loire, d'où la vue s'étend, au delà du fleuve,
sur les forêts de Russy et de Boulogne. En forêt de Blois, un chêne lui a
été dédié qui perpétue son souvenir. Mais, en plus, durant son séjour à Blois,
JAGERSCHMIDT s'intéressait à la Sologne, entrait en relation avec des propriétaires forestiers et prenait conscience des problèmes que posent les forêts
privées. Il semble que cette phase de sa carrière ait été déterminante de son
activité ultérieure. En même temps son esprit d'initiative se manifestait en
faveur de l'utilisation du bois comme carburant; il organisait des manifestations de carbonisation, des épreuves de véhicules à gazogène. IL s'est ainsi
placé au nombre des premiers promoteurs d'une technique qui, une vingtaine
d'années plus tard, en des circonstances difficiles, a rendu de grands services.
Après un court passage à l'Administration centrale, à partir de 1927, ayant
atteint l'âge de 50 ans, il obtient sa mise à la retraite, avec le grade d'Inspecteur Principal, en juillet 1929.
Cette date marque pour JAGERSCHMIDT le début d'une nouvelle période de
sa vie, durant laquelle il se consacre, avec toute son ardeur, à la forêt privée.
Il avait compris l'urgente nécessité de développer parmi les propriétaires
forestiers une saine compréhension de la forêt, de les inciter à appliquer des
méthodes plus rationnelles; il avait saisi l'utilité de les guider dans leur gestion, de leur venir techniquement en aide dans des circonstances diverses. Au
Comité des Forêts, il prit la suite de forestiers qui avaient eu les mêmes
préoccupations, ROULLEAU de la ROUSSIÈRE, dont les premiers efforts datent
de 1907 et qui, d'accord avec un propriétaire forestier de NICOLA Y, fonda
le Comité des Forêts en 1912, de LONGUEVILLE, qui lui succéda; JAGERSCHMIDT
devint le conseiller technique très écouté des propriétaires affiliés à cet organisme. Constamment il agissait, parcourant les forêts, prodiguant de judicieux conseils. Chaque année, par l'organisation de voyages minutieusement
préparés par lui, il faisait connaître aux membres du Comité qui répondaient
nombreux à son appel, des région diverses de notre pays, les mettait en.contact avec des types de forêts et des problèmes forestiers variés. Grand a été
le succès de ces voyages; par là, JAGERSCHCIDT exerçait une puissante action
de bonne propagande forestière.
Son activité se manifestait encore dans les questions délicates d'expertises
forestières. En cela, son expérience, sa haute conscience, son bon sens, le
servaient à merveille. Lorsque fut constituée la Compagnie des Experts Forestiers, la confiance de ses collègues lui valut la. charge délicate de secrétaire général et, il y a quelque temps, il fut appelé à la présidence de la
Compagnie.
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REVUE FORESTIERE FRANÇAISE
L'esprit d'initiative et l'ardeur de JAGERSCHMIDT l'ont aussi amené à s'occuper d'enseignement et de propagande forestière. Il a été, durant des années,
répétiteur du cours d'Economie forestière à l'Institut agronomique et, l'un
des premiers, il a eu recours à la causerie radiodigusée et au film pour initier le grand public aux questions forestières : une série de films de haute valeur didactique ont été tournés sous sa direction.
On ne saurait évoquer dignement la mémoire de JAGERSCHMIDT en ne rappelant pas les qualités dont il a fait preuve dans sa carrière et son activité
professionnelles; il faut se souvenir de ce que fut l'homme. D'une vraie
intelligence, d'une haute tenue morale, de sentiments délicats, d'une réelle
bonté, il appelait la confiance et*la sympathie. C'était un excellent camarade
qui avait noué de solides amitiés avec ses contemporains. J'ai été personnellement témoin de la touchante expression de sa joie lorsque, à l'occasion du
centenaire de l'Ecole, en 1925, il a retrouvé des camarades dont il état séparé depuis des années. Sa nature ardente l'incitait à se passionner pour les
tâches qu'il assumait et les idées qui lui semblaient justes : il soutenait sa
manière de voir avec vivacité, parfois avec fougue, mais sans aucune animosité envers ses contradicteurs. Profondément sensible, il avait un sens artistique développé, s'intéressait à diverses formes de l'art, était passionné de
musique classique. Ce sens artistique se manifestait pleinement en présence de
la nature et de la forêt. Une après-midi d'octobre 1901, débutant moi-même
comme assistant à l'Ecole Nationale des Eaux et Forêts, je prenais part à
une des premières excursions des élèves de la 77e promotion. Nous parcourions un beau peuplement de pin sylvestre dont les troncs rougeoyaient aux
rayons du soleil à son déclin. Je ne saurais oublier la physionomie radieuse
et le cri d'admiration d'un des élèves: ce jour-là je fis connaissance avec
JAGERSCHMIDT. Plus tard, je l'ai retrouvé, Inspecteur, au milieu des beaux
peuplements de la forêt de Blois, où, d'une voix chaude, il communiquait son
enthousiasme aux élèves de l'Ecole en tournée d'études. L'âge n'avait pas
atténué cette sensibilité: il aimait la forêt en artiste autant qu'en technicien.
N'est-ce pas là la pierre de touche du bon forestier?
Les beaux états de service militaire et civils de JAGERSCHMIDT lui avaient
valu le grade de Commandeur de la Légion d'Honneur. Correspondant de
l'Académie d'Agriculture depuis 1935, il avait été élu membre de la Section
de sylviculture en 1948.
II restera de JAGERSCHMIDT le souvenir d'un camarade distingué qui a
grandement honoré le corps forestier, d'un esprit clairvoyant qui, au delà
des fonctions administratives, a su comprendre, avant d'autres, l'action que
peut utilement exercer un technicien pour l'amélioration de la forêt privée
et, finalement, pour l'accroissement de prospérité de la forêt française.
Ph. GUINIER.
Alfred BOLLE (1872-1954)
Dans là nuit du 2 au 3 septembre, M. l'Inspecteur Général BOLLE est décédé à son domicile, tout proche du Ministère de l'Agriculture, après une
courte maladie.
La levée du corps eut lieu le lundi matin 6 septembre en présence de plusieurs Inspecteurs Généraux et Conservateurs des Eaux et Forêts.
Le lendemain, les obsèques furent célébrées à Dôle; tous les Forestiers,
en activité ou en retraite, de la région y assistèrent; des Chefs de Districts
et des Agents Techniques, en grand nombre, s'étaient joints aux Ingénieurs
des Travaux et à l'Ingénieur Chef de Service à Dole, M. PLAISANCE.
A l'issue de la cérémonie, M. l'Inspecteur Général BOURGEOIS, délégué
par M. le Directeur Général des Eaux et Forêts, rendit, au nom de l'Administration Forestière toute entière l'hommage suprême à M. l'Inspecteur
Général BOLLE.
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Né à Dole le 29 juillet 1872 dans une famille d'industriels, M. Inspecteur Général BOLLE témoigna de brillanta aptitudes, aussi bien pour les
Sciences que pour les Lettres ; mais les belles forêts du Jura l'attirèrent et
décidèrent de sa vocation.
Il entre à l'Ecole Forestière avec la 60e Promotion en 1863, puis commence les débuts de sa carrière dans sa région natale.
Bien vite ses qualités le firent remarquer et il fut appelé, av*c le grade
d'Inspecteur Adjoint, à la Direction Générale des Eaux et Forêts, au'il ne
devait pratiquement plus quitter, à l'exception d'un bref passaere au Service
des Parcs et d'un court séjour à Dijon où il était allé prendre son galon
de Conservateur.
Très lié avec M. CHAPLAIN, dont il éta;t le camarade de promotion, il
fut désigné en 103 f comme le collaborateur immédiat du nouveau Directeur
Général ; il devait le rester jusqu'au 7 mars 1939, date à laquelle tous deux
cessèrent en même temps leurs fonctions.
Ce nue fut cetfe collaboration affectueuse et confiante, ceux-là seuls oui
en furent l^s témoins oeuvent l'attester. Par sa finesse, sa grande bienveillance, sa bonté, alliée à une fermeté de caractère aui ne se démentit jamais,
il ioua pendant s'x ans un rôle eminent à la tête de l'Administration en contribuant à lui épargner les à-coups d'une époque troublée où les difficultés
ne manquaient pas.
Son sens administratif et le tact parfait avec lequel il s'employait à manier
les hommes firent merveille aux côtés de M. CHAPLAIN dont il savait à la fois
traduire la pensée et rendre fécondes les initiatives.
La ret r ai f e ne l'empêcha pas de continuer à s'intéresser à la Forêt et il
arrivait à garder le contact avec les Sociétés forestières locales comme celle
des Amis des Arbres de Bourgogne dont il était Président honoraire. '
Les mérites d'une vie si droite, modèle de dévouement à l'intérêt général,furent consacrés et soulignés par de nomb**eus°s décorations. M. BOLLE, Officier d* la Lésion d'Honneur, Commandeur du Ménte Agricole, a é*é un
grand Inspecteur Général qui a rendu à l'Administration des Eaux et Forêts
d'éminents services.
Jean MALPEL (1872-1954)
• Le 31 mars 1954.est décédé à Tarascón (AWège), après une courte maladie,
M. Jean MALPEL, Inspecteur des Eaux e+ Forêts à titre honorifique.
M. MALPEL était né à Tarascón (Arièeeï, le 18 août 1872 et avait débuté
dans l'Administration, en I8Q7, en nualité de garde domanial au service des
Aménagements et Reboisements à Toulouse.
Il entra, dès T899, à l'Ecole Secondaire des Barres puis fut nommé, en
1902, Garde Général stagiaire, sédentaire à la Conservation d'Aix-en-Provence, poste qu'il occupa en oua1ité de Garde Général puis d'Inspec+eur Ad i oint
jusqu'à la mobilisation d'août TQT4. Il possédait alors le grade de canitaine
de réserve et fut appelé à servir à l'Etat-Maîor de la 6τβ Brisrade à Privas,
puis comme commandant d'Armes à Aub°nas. En septembre 1915, il fut placé
« hors cadres ». affecté à des fonctions administratives et mis à la disposition de M. le Conservateur à Nice.
Dès la fin de la guerre, désireux de se rapprocher de son département
d'origine, il obtint le poste de Chef des bureaux de la Conservation de Toulouse, où il devait achever sa carrière forestière en 1934.
Il se retira alors, pour jouir de sa retraite, dans sa maison natale de Tarascón où il vivait très retiré.
Travailleur ponctuel, dévoué, très attaché à ses fonctions, M. MALPEL fut
un bon. serviteur de l'Administration. Sa disparition sera sincèrement regrettée par tous les forestiers qui l'ont connu autrefois dans le service.
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REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
Albert DEMOLON
Albert DEMOLON, ancien Inspecteur Général des Recherches Agronomiques, s'est éteint à Paris le 23 octobre 1954, après quelques jours d'une indispos:tion qui avait paru bénigne au premier abord. Ses obsèques ont été célébrées à Viroflay, près de Paris, le 27 octobre 1954, sans pompe, mais au
milieu d'un grand nombre de disciples et amis qui avaient tenu par leur présence à lui donner un dernier témoignage de profond attachement.
Né à Lille en 1881, Albert DEMOLON, Ingénieur Agronome, Docteur es
sciences, fut nommé au concours Directeur de la Station de Recherches
Agronomiques de Laon en 1909, puis Inspecteur Général des Stations et Laboratoires du Ministère de l'Agriculture en 1927. Il était, en outre, Professeur au Conservatoire des Arts et Métiers et à l'Ecole Nationale du Génie
Rural.
Il était membre de l'Académie d'Agriculture dont il assuma la présidence
en 1941 — membre de l'Académie des Sciences depuis 1946, Membre de
plusieurs académies étrangères... Il était Commandeur de la Légion d'honneur.
Président-Fondateur de l'Association Française pour l'E'ude du Sol, ancien V;ce-Président de l'Association Internationale de la Science du Sol,
actuellement un des 7 Membres d'honneur statutaires de cette Association.
Auteur de plusieurs ouvrages réputés (Dynamique du sol, Croissance des
végétaux, etc..) il a exercé une influence considérable sur la science agronomique française et sur l'étude des sols dans notre pays.
Il entrefenait des relations scientifiques étroites avec bien des Forestiers.
La Revue Forestière Française s'associe aux regrets unanimes qu'a provoqués sa brutale disparition et tien+, avec tous ses .disciples et tous c°ux qu'il
honorait de son amitié, à rendre un vibrant · hommage à l'œuvre scientifique
considérable jqu'il a laissée.
A. O.
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