...

Juniperus procera Forêt du Daï (Côte française des Somalis)

by user

on
Category: Documents
1

views

Report

Comments

Transcript

Juniperus procera Forêt du Daï (Côte française des Somalis)
LE
Juniperus
G E N É V R I E R DE L ' E S T
AFRICAIN
procera en forêt de Daï (Côte française des Somalis)
Forêt du Daï (Côte française des Somalis)
Futaie mélangée de Genévrier de l'Est Africain, Buis d'Hildebrandt
et Olivier à feuilles jaunes.
(Clichés DUPLAQUET.)
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
647
LE GENÉVRIER DE L'EST AFRICAIN
Parmi les Conifères, la tribu des Junipérées, qui fait partie de
la sous-famille des Cupressoïdées, ne comprend qu'un seul genre,
Juníperas.
Nous avons coutume, nous autres Européens, de considérer les
genévriers comme des arbustes, ou même des arbrisseaux. Il existe
pourtant de par le monde des espèces de grande taille, et dans la
Revue des Eaux et Forêts de Tannée 1931, p. 732-733, le rédacteur
de ces lignes a pu présenter des photographies, prises en Arizona,
de beaux spécimens de J. pachyphlœa et / . monosperma.
Deux particularités de ce genre sont, d'une façon générale, constituées par sa grande résistance à la sécheresse et la lenteur de sa
croissance. L'espèce dont il est question ici, Juniperus procera, ne
fait pas exception à ces règles.
Les caractères botaniques du Genévrier de l'Est Africain, décrits par HOCHSTETTER, sont les suivants : ses ramules f euillées sont
fines et tétragonales ; sur les jeunes sujets, les feuilles aciculaires
sont opposées ou ternées ; sur les adultes ,les feuilles sont squamiformes; le fruit est petit (5-6 mm), de couleur brune et présentant
une pruinosité très glauque.
L'espèce a été considérée par certains auteurs comme une simple variété de J. excelsa, que Ton trouve au Levant et en Grèce. Ses
fruits sont cependant plus petits. D'autre part, sur sa carte de distribution des espèces arborescentes de la zone septentrionale tempérée, Theodor SCHMUCKER place un point d'interrogation pour le
genre Juniperus dans le désert d'Arabie. Il se pourrait donc qu'il
existe une sorte de trait d'union entre ces deux espèces.
L'aire de dispersion de / . procera présente par ailleurs une anomalie curieuse. Alors que la limite Sud du genre est constituée par
une ligne sineuse toujours voisine du Tropique du Cancer, avec
en Amérique Centrale une inflexion jusqu'au 150 N, notre genévrier est le seul à pénétrer dans l'hémisphère Sud, où il atteint et
dépasse même le io° S. SCHMUCKER réserve le nom de / . procera,
Höchst., et à la partie méridionale de l'aire, allant jusqu'au Nyassaland, et appelle /. hochstetteri, Antoine, le genévrier abyssino-somalien. Cette distinction est sans doute assez spécieuse et marque la
tendance qu'ont trop souvent les botanistes à vouloir multiplier les
espèces à l'infini.
Quoi qu'il en soit, l'arbre qui nous intéresse se rencontre en
648
REVUE FORESTIERE FRANÇAISE
Ethiopie, dans les Somalíes, au Kenya, au Tanganyika, au Katanga,
mais toujours à une altitude élevée, entre 1200 et 3000 m.
C'est un grand arbre, au tronc bien droit, qui peut atteindre jusqu'à 30 m de hauteur. Introduit aux Barres, il n'a pu y être conservé ; par contre, il existerait dans les collections de la Villa Thuret, à
Antibes.
Son bois est brun rougeâtre, odoriférant, tendre, à grain fin et
régulier sauf chez les très vieux sujets; il se travaille et se polit
bien, mais est assez cassant. Sa durabilité est grande; il résiste à
l'humidité et à l'attaque des insectes. C'est un matériau de première
qualité, si on ne laisse pas l'arbre sur pied atteindre un âge exagéré.
En pays anglais, on l'utilise dans la construction et les aménagements intérieurs, pour la fabrication de meubles et de bardeaux,
et aussi comme poteaux; on l'a essayé comme bois à crayon. En
Ethiopie, on lui préfère le « zigba » (Podocarpus gracilior).
Nous ne reviendrons pas sur certaines conditions écologiques et
biologiques dans lesquelles vit / . procera et que nous avons« déjà décrites dans la présente revue (n° 5 de mai 1953, p. 348). Nous rappellerons seulement que nous avons pu voir cette essence, d'une
part à l'état de pieds isolés dans les montagnes du Harrar, d'autre
part sous forme de futaie, en mélange avec le Buis d'Hildebrandt et
l'Olivier à feuilles jaunes, en Côte Française des Somalis (Forêt du
Daï). C'est la raison pour laquelle nous avons voulu étudier d'un
peu plus près une espèce que nous considérons comme courageuse,
étant données les situations difficiles dans lesquelles elle parvient à
prospérer.
'
L . DUPLAQUET.
BIBLIOGRAPHIE
DALLIMORE (W.) et JACKSON (A.-B.). — Handbook
of
Coniferce.
London,
DUPLAQUET (L.)· — Notes forestières sur la Côte Française des Somalis,
le H a r r a r et le Choa. Rev. For. Franc., T. V, n° 5, mai 1953.
PARDE (L.). — Les Conifères. La Maison rustique. Paris, 1946.
SCHMUCKER (Th.). — Silvae Orbis. CIS.
Berlin-Wanusee, 1941.
SWATN (E.-A.-F.). — Forestry possibilities in Ethiopia. Unasylva, Vol. VI,
n° 1, mars 1052.
Fly UP