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ETUDE DES TYPES DE VÉGÉTATION DANS UNE SAPINIÈRE VOSGIENNE

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ETUDE DES TYPES DE VÉGÉTATION DANS UNE SAPINIÈRE VOSGIENNE
IÓO
R E V U E F O R E S T I È R E FRANÇAISE
ETUDE DES TYPES DE VÉGÉTATION
DANS UNE SAPINIÈRE VOSGIENNE
AVANT-PROPOS
— Aménager une forêt, c'est lui appliquer un règlement d'exploitation adapté à la nature de ses peuplements et susceptible de leur
faire rendre la production la plus élevée en produits de qualité dans
le temps le plus court, tout en assurant leur pérennité.
—• L'étude de toute production du sol suppose la connaissance
parfaite des conditions écologiques locales, du tempérament des
plantes ou essences à cultiver, de la notion exacte du produit dequalité, et des conditions à remplir pour que la récolte se fasse avec
le minimum de frais.
—• L'aménagement d'une forêt exige donc non seulement des
connaissances spéciales d'Economie forestière, mais il fait aussi appel à la Sylviculture, et à toutes les sciences qui s'y] rapportent.
Quand Vamênagiste parcourt une forêt, à chaque pas se posent à
lui des problèmes relatifs à l'une ou l'autre de ces sciences.
Léon SCHAEFFER. Professeur d'Economie Forestière ci l'Ecole de
Nancy, estimait, à juste titre, que ΐexercice d'aménagement devait
être, pour les élèves, la mise en application sur le terrain des connaissances acquises dans les différentes matières enseignées au cours
de leurs deux années d'études. Aussi aurait-il souhaité, pour réaliser cette synthèse, d'être assisse par l'un ou l'autre des spécialistes
des principales disciplinesCes t dans cet esprit qu'il avait songé en iç5S, à l'occasion de
l'exercice d'Aménagement de la 12f Promotion, mettre en évidence
Futilité de la connaissance des relations entre le sol et la végétation,
mise au service de l'Economie foresiière.
La mort Va empêché de mener à bien ce projet qu'il avait préparé avec toute la minutie que nous lut connaissions.
Nous avons essayé, sans lui, de réaliser ses idées.
C'est le fruit de ce travail de groupe, privé de son guide, qui fait
l'objet de l'étude qui va suivre.
c
p:1
j 9.
<
43
F O R E T COMMUNALE^ÖE BUSSANG (Vosges)
PHOTOGRAPHIES
AÉRIENNES
MONTRANT L'ASPECT DE L/É(/ÉGÉTATION DE LA PARTIE N O R D DE LA FORÊT DE BUSSANG
A rapprocher
de la carte des t y pele 'e végétation
reproduite
phis
loin.
On constate que le canton des Flutots est plus clairière, surtout dans sa parttfotford-Ouest, que les cantons du Droit de la Hutte et de l'Envers de la Hutte.
(Clichés I.G.N. 1951, mission Saint-Dié - Thann, n° 157 et 183.)
T Y P E S DE VÉGÉTATION DANS UNE SAPINIÈRE
^ÊÈÈm^ÊSÈÊ^
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4^
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Sapinière sur escarpement rocheux dans les Hautes Vosges.
E T U D E DES TYPES DE V E G E T A T I O N DANS U N E S A P I N I È R E
l6î
I. — Considérations générales
L'exercice d'Aménagement de la 125e Promotion a eu lieu, en
953> dans la forêt communale de Bussang. C'est un massif de 862
ha, composé de plusieurs cantons situés au Nord et au Sud de la
vallée de la Moselle, et qui s'étagent entre 650 et 1 200 m d'altitude sur les pentes de deux versants, dont l'exposition générale est
pour l'un le Sud-Est, et pour l'autre le Nord-Ouest. Ces versants
sont coupés de talwegs secondaires qui font varier localement l'exposition.
Le climat tempéré froid de cette région est sous influences continentales., Les hivers sont longs et rigoureux et les étés parfois très
chauds. Les minima et maxima absolus de température sont de Tordre de — 20° et + 35°.
La pluviosité y est très forte en raison de la proximité des sommets ou « Ballons », qui retiennent les nuages; elle dépasse 1700
mm. Cependant, certaines années sont exceptionnellement sèches et
favorisent les dégâts d'insectes.
L'état hygrométrique est toujours élevé et les brouillards sont
fréquents. Les vents dominants viennent de l'Ouest et du SudOuest et apportent l'humidité: parfois violents, ils provoquent des
chutes importantes de chablis.
L'indice d'aridité calculé suivant la formule de de MARTONNE
est supérieur à 100, il satisfait largement aux exigences du Sapin
et du Hêtre, et même de l'Epicéa.
Le sol est, dans son ensemble, un bon sol brun forestier de 30
à 60 cm, de profondeur, à humus doux dans le milieu et au bas des
versants, plus ou moins lessivé en haut des versants et sur les plateaux des sommets, parfois dégradé sur les lisières et dans les vides
des pentes exposées au Sud et à l'Ouest. Certaines zones sont localement sous la dépendance de l'eau. Suivant qu'elle y est courante ou stagnante, on y trouve soit un sol à humus doux couvert
d'une végétation de hautes herbes hygrophiles, soit des sols tourbeux ou « faignes » de plus ou moins grande étendue.
L'évolution pédologique est partout sensiblement la même, bien
que les formations géologiques soient nettement différentes au Nord
et au Sud de la Moselle. Au Nord, nous trouvons partout des granites à gros grains ou à grains fins, et des granulites. Au Sud,
existe un complexe anthracolithique formé de schistes houillers du
Dévonien, entremêlés de roches eruptives (porphyrites et tufs) et
plus ou moins métamorphisés au contact des masses granitiques.
Les élèves de la 125e Promotion ont eu pour mission:
— de recueillir, au cours de reconnaissances parcellaires, les éléments nécessaires à l'établissement d'une carte des types de végétation, limités à 9 types classés en fonction des qualités de l'humus, par ordre de pH décroissant;
I
IÓ2
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
— de prélever, aux fins d'analyse, des échantillons d'humus, dans
les cantons où l'un ou l'autre type était le mieux représenté ;
Le but de l'entreprise était:
— de démontrer que chaque type de végétation correspond à
des caractères morphologiques et analytiques d'humus bien déterminés,
— de chercher si l'on peut établir une relation entre le type de
végétation et la production des peuplements forestiers,
— d'étudier le problème de la régénération en fonction de l'évolution des types de végétation, due soit aux conditions naturelles, soit
à l'action de l'homme.
IL — Les types de sapinières - Leur écologie
On a distingué, pour la cartographie, 9 types de végétation — dont
certains peuvent être subdivisés en sous-types (par exemple, le type
2 et le type 6), d'écologie très voisine et souvent en mélange plus
ou moins intime, de sorte qu'ils n'ont pu être distingués sur la
carte (voir page 178).
Précisons que certains; types, bien caractérisés, par ailleurs, dans
les Hautes-Vosges, manquent en forêt de Bussang: le type Grande
Luzule (Luzula maxima) est faiblement représenté; il se rapproche
du type Luzule blanchâtre (Luzula albida) par les propriétés de
l'humus, mais offre un obstacle plus grand aux régénérations, parla concurrence qu'exerce la Grande Luzule à l'égard des semis.
De même, le type Callune (Calluna vulgaris), caractérisé par un
Mor plus épais et plus acide encore que celui de type Myrtille, fait
tptalement défaut.
Chaque type de végétation et le type d'humus qui lui est lié
correspondent à une écologie déterminée; nous verrons, en étudiant
chacun d'eux, les influences de l'humidité de la station, de l'exposition, de la pente et de la nature du peuplement sur leur répartition :
elles se dégagent de la carte avec une netteté incontestable.
a) LES TYPES D'HUMUS (TABLEAU I )
Nous distinguerons quatre types fondamentaux d'humus, qui s'opposent, tant par leur morphologie que par leurs propriétés chimiques.
La morphologie est liée essentiellement à la vitesse de décomposition: si celle-ci est lente, la matière organique, mal décomposée,
reste superposée au sol minéral (horizon A0) ; si, au contraire, elle
est rapide, les débris à structure organisée disparaissent très vite de
la surface du sol et la matière organique, peu abondante, est incorporée à la matière minérale (horizon Ai - il n'y a pas de A 0 ).
Quant aux critères chimiques, ils sont les suivants :
ÉTUDE DES TYPES DE VEGETATION DANS UNE SAPINIERE
163
— le pH est lié au taux de saturation du complexe absorbant (V) :
plus celui-ci est élevé, plus le pH est lui-même élevé et voisin de
la neutralité; ici, en climat d'altitude> humide, et sur tbche-mère
pauvre en bases, le pH ne dépasse qu'exceptionnellement 5 et le taux
de saturation maximum est de 40 % (type 1). La minéralisation de
l'humus est, en principe, d'autant meilleure que ces valeurs sont' plus
élevées.
—• La quantité totale de matière organique de l'horizon de surface
est évidemment d'autant plus forte que la décomposition est plus
lente, mais cette relation n'est qu'approximative, car elle dépend de
la manière dont a été fait le prélèvement. Dans le Mor et dans la
tourbe, elle dépasse largement 50 % (horizon A 0 ).
— Le rapport carbone/azote (C/N) est un indice de la richesse
en azote des débris organiques ; il est d'autant plus faible que l'humus est plus actif.
TABLEAU I
Types d'humus
Principaux caractères analytiques
N° — Type
pH
C
Mat. org.
Ν
totale
total
%
%
C/N
S
T
(1)
(2)
V
%
(3)
I
— Mercuriale
5,3
6,4
10,9
o,54
II
8,7
21,5
40
2
— Grande Fétuque.
5
4,2
7,3
0,24
17
3
11,2
27
3 — Hautes herbes
nitratophiles . .
5
7,i
12,1
o,5
M
4
20
20
M
12,8
21,7
o,74
17
7
40
17,5
12
0,31
23
2
13,8
14,5
13,2
0,38
20
2,3
17,5
13
12,2
o,43
17
2,1
20
10
0,5
20
3,2
28
II
4,3
57,5
7,5
5,4
75
7
4
— Fougère mâle et
femelle
5 — Hautes herbes
hygrophiles ..
4,S .
6a — Luzule
tre
40
7,i
blanchâ-
6b — Canche flexueuse.
4,2
7,2
7 — Hêtraie de pro8 — Myrtille
9
— Sphagnum
.....
4
10
17,1
3,8
30,5
52
1,1
28
3,7
55
04
1,8
31
N.B. — Les prélèvements ont été effectués, en moyenne, à la profondeur de 2-5 cmr
(1) S : Somme des bases échangeables, exprimée en milliéquivalents pour 100 g.
(2) T : Capacité totale d'échange (à pH 7), exprimée en m. é. pour 100 g.
S X 100
(3) V : Taux de saturation du complexe absorbant en bases échangeables ==•:
'•——
IÓ4
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
Ces caractères morphologiques et chimiques vont nous permettre
de définir fes types d'humus considérés á
Le Mull (humus doux) se décompose activement: il ne présente
pas d'horizon A 0 , exclusivement organique, en surface.
Dans le cas de la forêt de Bussang, ses caractères chimiques sont
les suivants :
— pH égal ou supérieur à 5.
—• Taux de saturation au moins égal à 20 %.
— C / N inférieur à 20, en général de 10 à 15.'
C'est l'humus des types 1 - 2 - 3 .
L'humus acide de transition (Moder des auteurs allemands). C'est
encore un humus dont la majeure partie est incorporée au sol minéral, bien qu'on observe un mince horizon A 0 de 2 à 3 cm, en surface;
la quantité de matière organique, en surface, reste faible (12 à 20 %).
Caractères chimiques :
—· pH de 4 à 5.
— Taux de saturation: 10 à 20 %.
— C / N voisin de 20.
C'est l'humus qui caractérise les types : 5 - 6a - 6b et 7.
Le Mor ou humus brut est caractérisé par un horizon A 0 bien distinct, de 5 à 10 cm d'épaisseur, alors que l'horizon mixte Ai est très
mince ; c'est l'humus du type 8.
Caractères :
— Quantité de matière organique supérieure à 50 %.
—• pH inférieur à 4.
— Taux de saturation inférieur à 10 %.
— C/N voisin de 30.
La tourbe, humus acide à décomposition très lente, est formée en
anaérobiose (stations mal drainées) et présente des caractères voisins
du Mor; mais l'épaisseur de la tourbe est bien plus considérable et
le taux de matière organique est proche de ioo %.
b) LES TYPES DE VÉGÉTATION, LEUR ÉCOLOGIE
Nous étudierons successivement les 9 types de végétation et les
sous-types, en précisant pour chacun: i° les espèces caractéristiques 2° les caractères de l'humus - 3 0 la station, le peuplement et l'écologie
Type 1. — Type à Mercuriale—
folia,
—
—
Espèces caractéristiques : Mercurialis perennis, Paris quadriGeranium robertianum.
Humus · Mull très actif et à décomposition rapide.
Station: Sapinière mélangée de Hêtre, en peuplement fermé,
ETUDE DES TYPES DE VEGETATION DANS UNE SAPINIÈRE
ΐ6ζ
sur les affleurements de roches-mères les plus riches en calcium. On
n'observe ce type que par taches d'étendue limitée, sauf dans; le canton de « l'Envers de la Hutte », où il occupe une surface assez
importante : dans cette station, l'exposition fraîche a certainement
contribué à éviter toute acidification de l'humus par dessiccation.
Type 2. — Type à Aspêrule et Grande Fétuque.
Ce type se subdivise en deux sous-types nettement caractérisés :
2a: Aspêrule (Asperula odorata), avec aussi Carex sylvatica, Milium effusum, Anemone nemorosa.
2b: Grande Fétuque (Festuca sylvatica).
Ces deux types sont fréquemment individualisés, la Grande Fétuque, en particulier, pouvant devenir sociale et occuper presque
exclusivement le sol ; mais ils existent aussi souvent en mélange, c'est
la raison pour laquelle ils ont été confondus sur la carte.
— Humus : Mull typique ; l'humus du type 2a est, en général, plus
actif que celui du type 2b à Grande Fétuque.
— Station : Peuplement fermé d'essences mélangées (Sapinière à
sous-étage dense de Hêtre), même sur les versants Sud, car alors
le sol est bien protégé du soleil : c'est le cas du canton du « Droit de
la Hutte ». Mais ce type caractérise, le plus souvent, les versants
exposés au Nord, pas trop humides (Hêtraie pure du canton de
« l'Envers de la Hutte »).
Type 5. — Type à « Hautes herbes nitralophiles ».
— La végétation est caractérisée par un fourré dense de Ronces,
Framboisier (Rubus idaeus) et Epilobes (Epilobium spicatum).
— L'humus est un Mull à décomposition rapide, qui provient de
Yactivaùon récente de l'humus préexistant (et qui pouvait être antérieurement un type beaucoup plus acide), par une insolation provoquée.
— Station : Coupes très claires et récentes. Ce type est essentiellement transitoire, il résulte de Tactivation brutale d'un humus primitivement à l'ombre, à la suite d'une coupe à blanc, en général de
peuplements bostrychés. Il est destiné à évoluer rapidement vers
un type à humus acide, tel que le typq 6 ou 8.
Type 4. — Type à Fougères, mâle ou femelle.
— Les Fougères caractéristiques sont la Fougère mâle (Polystichum felix-mas), la Fougère femelle (Athyrium felix-femina), qui
domine dans les parties les plus humides, et enfin Polystichum spinulosum.
— Le type d'humus est un Mull peu actif, faisant transition vers
les types plus acides : la décomposition est, en effet, assez lente (plus
l66
REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE
de 20 % de matière organique en surface, dans l'exemple choisi).
Elle paraît être freinée, par le microclimat particulièrement humide
et peu ensoleillé des stations où domine la Fougère.
—· Station: Peuplements fermés et denses, sur des versants exposés au Nord, assez encaissés ; la station) la plus typique est la partie
Nord-Est de « l'Envers de la Hutte ». En outre, ce type est également représenté dans les vallons les moins humides, tels que celui
qu'on trouve à l'Est du canton du « Droit de la Hutte ».
Type 5. — Type à « Hautes herbes hygfophiles ».
— La végétation caractéristique est constituée par des espèces
hygrophiles de grande dimension, en formation dense: Chaerophyllum hirsutum, Spiraea aruncus et S\ ulmaria, Senecio) fuchsii, Equisetum sylvaticum, etc.. Des représentants du type 4 sont souvent
présents en mélange, notamment la Fougère femelle, à laquelle se
joint une autre espèce plus hygrophile encore, Blechnum spicant.
— L'humus est peu acide, mais à tendance nettement tourbeuse :
le manque d'aération ralentit la décomposition de certains constituants des débris végétaux, en particulier de la lignine; celle-ci s'accumule, ce qui élève le rapport C/N (supérieur à 20).
— Station: Ravins humides, occupés par un ruisseau. Zones de
sources où l'eau suinte, telles que la bande qui jalonne les courbes
de niveau 950 m - 1 000 m, dans le canton du « Droit de la Hutte ».
Type 6. — Type à Luzule - Canche.
— Espèces caractéristiques: Luzule blanchâtre {Luzula albida),
seule ou parsemée de petites taches de Canche flexueuse (Deschampsia flexuosa). Par places, la Canche devient exclusive, elle élimine
alors la Luzule, ce qui conduit à distinguer deux sous-types :
6a: Sous-type à Luzule blanchâtre (avec Canche minoritaire et,
parfois, quelques représentants des espèces les plus plastiques du
Mull: Milium effusum, Anemone nemorosa).
6b: Sous-type à Canche flexueuse (formant tapis continuCes deux sous-types, étant évidemment plus ou moins intriqués,
n'ont pas été différenciés sur la carte.
— Humus: C'est le type Moder ou humus acide de transition.
Notons que l'humus du sous-type à Canche est nettement plus acide que celui du sous-type à Luzule, ce qui ressort du tableau 1.
—. Station: Peuplements clairières sur pente, aux expositions
Sud; dans ces stations, le couvert protecteur est insuffisant pour
protéger complètement le sol de l'excès de- radiations solaires, ce qui
se traduit par un début d'acidification. C'est le cas du canton des
Flutôts qui contraste, à ce point de vue, avec l'ensemble du canton
ÉTUDE DES TYPES DE VEGETATION DANS UNE SAPINIÈKE
167
du « Droit de la Hutte ». On peut faire la même observation, en
certains secteurs du canton du « Droit du Petit Gazon ».
Type 7· ~ Hêtraie de protection.
Dans ce type, c'est le peuplement, plutôt que la végétation herbacée, qui est caractéristique: il s'agit d'une « Hêtraie clairiérée »,
qui occupe les crêtes ; l'humus est très acide et cependant il conserve localement une certaine activité ; on observe une végétation variée, en « mosaïque », selon l'expression imagée proposée par R.
ROL dans son cours de phytosociologie, pour désigner la juxtaposition de taches de végétation d'écologie très variée : Par exemple, des
taches d'espèces du Mull — qui se trouvent ici à l'extrême limite
de leur tolérance à, l'égard du pH — voisinent avec des taches d'espèces plus ou moins fortement acidiphiles; parmi les premières, citons Milium effusum, Anemone nemorosa (les plus tolérantes des
caractéristiques du Mull à l'égard des pH acides) ; parmi les autres,
on trouve Deschctmpsia flexuosa, ainsi que Vaccinium myrtillus. Des
taches de « Hautes herbes hygrophiles » existent également dans les
endroits frais, ombragés, alors que les « Hautes herbes nitratophiles » colonisent, au contraire, les trouées récentes, laissées par les
vieux sapins épars, qui sont fréquemment chablis.
Type S. — Type à Myrtille.
— Espèces caractéristiques : V.accinium myrtillus, formant un
tapis presque continu; les Mousses acidiphiles: Hypnum schreberi,
Leucobryum glaucum, sont également caractéristiques.
— Humus : Mor typique, horizon Ao très acide, formant un feutrage de 5 à 10 cm, superposé au sol minéral.
— Station : L'évolution défavorable de l'humus résulte d'un processus d'acidification marqué qui peut être, soit d'origine microclimatique et topographique, soit d'origine biologique.
Dans le premier cas, l'acidification résulte d'abord d'une insolation
trop intense de la surface du sol: celle-ci se produit dans les peuplements de Sapin très clairières aux expositions Sud. C'est ce qu'on
observe dans la zone Nord-Ouest du canton des Flutôts, dont la situation topographique se montre, en outre, très favorable à l'acidification ; il s'agit, en effet, d'un plateau à faible pente, dominant une
forte pente : conditions optima pour un « lessivage oblique » des
bases, sans véritable « rajeunissement » du sol, les éléments grossiers et notamment quartzeux restant sur place: le sol s'acidifie
ainsi progressivement, par appauvrissement en bases. Dans cette zone, un sol plus ou moins lessivé, voire podzolique, remplace le sol
brun jeune qu'on trouve ailleurs.
Les lisières à peuplements clairières et à exposition Sud sont souvent caractérisées aussi par le type Myrtille,
ι68
R E V U E F O R E S T I È R E FRANÇAISE
Il en est de même des trouées anciennes: au stade à « Hautes herbes nitratophiles », qui caractérise les trouées récentes, succède en
effet une phase de dégradation de l'humus, qui aboutit au type Myrtille ; un exemple très net est donné par ïa petite trouée se trouvant
dans le canton de l'Ermite, au voisinage du ravin.
L'acidification d'origine biologique s'observe dans les plantations
d'Epicéa pur, qui fournissent des débris très acides et à rapport
C/N élevé:: un exemple particulièrement net est celui du canton de
Forgoutte. Des taches de Myrtille apparaissent également çà et là
dans un jeune peuplement d'Epicéa très dense, situé à mi-pente dans
le canton des Flutôts.
Type o. — Type à Sphagnum.
— Végétation: A base de la Mousse des tourbières hautes, du
genre Sphagnum; celle-ci est accompagnée par Vaccinium vitis-idaea
et V. myrtillus, ainsi que par la Molinie (Moïinia co ende à) et la Callune {Colluna vulgaris).
— L'humus est la « tourbe » constamment saturée d'eau et résultant d'une transformation très lente des débris végétaux, en conditions anaérobies; son épaisseur est souvent de plusieurs dizaines
de centimètres.
— Les stations caractéristiques sont les plateaux dépourvus de
pente, les cuvettes sans écoulement ; le substratum étant imperméable, le drainage normal de l'eau ne peut avoir lieu : c'est ainsi qu'on
observe une tourbière typique dans le canton de Kinsmuss, caractérisé par sa pente à peu près nulle. Signalons aussi le cas des placages de Sphagnum, observés dans les ravins secondaires très humides, à la base du canton des Flutôts.
Le Tableau 2 résume* ces observations sur les types de végétation,
d'humus et leur répartition.
c)
REMARQUES GÉNÉRALES CONCERNANT
DES D I F F É R E N T S
I/ÉCOLOGIE
TYPES
Trois observations fondamentales, concernant la répartition des
types de végétation et d'humus, se dégagent de l'examen de la carte
de la partie Nord de la forêt de Bussang : elles ont trait à l'influence
de l'exposition liée à la densité du peuplement, à l'influence de la
pente, et, enfin, à l'évolution dans le temps de certains types.
i° Influence de Γ exposition et de la density du peuplement.
Ce sont les versants exposés au Sud qui ont, au maximum, tendance à s'acidifier; la même remarque a été formulée à propos des
Basses-Vosges (1). Mais cette acidification ne se produit que si le
peuplement est clair et ne comporte pas de sous-étage de feuillus,
formant écran à l'égard des radiations: c'est le cas du canton des
ETUDE DES TYÍ>ES DE VEGETATION DANS UNE SAPINIERE
169
TABLEAU 2
N° — Type de Végétation
1 — Mercuriale
Humus
Station et type de peuplement
Mull actif
Sapinière mixte - peuplement fermé (sur roche-mère riche en calcium).
Mull type
Sapinière mixte - peuplement fermé exposition Sud.
Hêtraie - exposition Nord.
2 — Aspérule - Grande Fé-
tuque
3 — Hautes herbes nitratophiles
4 — Fougère mâle et femelle
s — Hautes
herbes hygrophiles
6
- Luzule blanchâtre . . .
Canche flexueuse . . . >
7 — Hêtraie de protection.
8 — Myrtille
9 —
Mull activé
(par insolation)
Trouées récentes.
Mull peu actif
Sapinière mixte - fermée - exposition Nord.
Ravins peu humides et versants encaissés.
Humus de transition à tendance tourbeuse
Ravins humides - lignes de sources.
Humus acide
de transition
(Moder)
Sapinière mixte - peuplement clairière - exposition Sud.
Hêtraie clairiérée occupant les sommets.
Mor
Sapinière très clairiérée des plateaux
élevés - exposition Sud.
Lisières et trouées anciennes exposées
au soleil - exposition Sud.
Peuplements purs d'Epicéa.
Tourbe acide
Cuvettes ou plates-formes non drainées.
Petits talwegs humides.
Ι7Ό
REVUE FORESTIERE FRANÇAISE
Flutôts, dans son ensemble (où domine le type 6), et surtout dans
sa partie Nord-Ouest, particulièrement clairiérée, qui est occupée
par le type à Myrtille.
Au contraire, si Ton excepte la grande trouée centrale causée par
l'exploitation d'un peuplement d'Epicéa bostryché, le peuplement du
canton du « Droit de la Hutte » est beaucoup plus dense et caractérisé par un sous-étage complet de hêtres ; or, on y trouve une végétation du type 2. Les différences de densité des peuplements s'observent très nettement sur la photographie que nous publions d'autre part (*).
2° Influence du relief.
Sur les fortes pentes, l'acidification est rarement très accentuée,
elle n'occasionne pas de dégradation du sol en profondeur : cela est
dû essentiellement à l'action « rajeunissante » de l'érosion, qui renouvelle constamment les couches superficielles du sol : celui-ci reste
un sol brun jeune.
Par contre, l'évolution de l'humus et du sol peut être plus accentuée, si la pente est plus faible: en particulier, l'acidification est
maxima sur les plateaux élevés, à faible pente, dominant une pente
plus forte. Nous avons signalé qu'il s'agissait d'une conséquence du
Type 9
Tourb·
Type 8
Mor
Fio, I.
Carte schématique de la pente du canton des Flutots.
« lessivage oblique » qui entraîne les bases, la pente étant cependant trop faible pour favoriser un rajeunissement d'ensemble. C'est
là un fait général, qui est confirmé par la distribution des sols le
(*) Ce cliché nous a été obligeamment prêté par M. l'Ingénieur
que nous tenons à remercier ici.
BOUTIN,
ÉTUDE DES TYPES DE VEGETATION DANS UNE SAPINIÈRE
I7I
long de la pente du canton des Flutôts : les sols les plus acides se
trouvent sur le plateau peu incliné du sommet (type 8) ; les humus modérément acides caractérisent la partie moyenne de la pente
(type 6) ; enfin, le Muli se retrouve en bas du versant (type 2). Ajoutons que la formation de tourbe s'observe dans les cuvettes sans
drainage.
Ainsi, l'influence de la pente joue un rôle très important dans
la répartition des types d'humus, donc des types de végétation ; si
elle n'intervient pas seule, du moins elle complète l'action du type
de peuplement, qui a été étudiée dans le paragraphe précédent.
La coupe schématique de la pente du canton des Flutôts (figure 1)
montre l'existence d'une véritable « chaîne » des types d'humus,
qui rappelle* les « chaînes de sol » observées par de nombreux auteurs (2).
3° Evolution des types dans le temps.
La carte met en évidence, d'une manière particulièrement nette,
l'évolution du sol après les exploitations : elle montre les deux phases successives d'évolution de l'humus, après une brusque exposition
au soleil: phase de minéralisation intense de l'humus (Mull activé),
suivie d'une phase d'acidification progressive. Ce phénomène a été,
rappelons-le, étudié antérieurement, dans certaines forêts à substratum calcaire (3).
La phase de minéralisation intense de l'humus, caractérisée par
le type 3, s'observe dans tous les peuplements bostrychés d'Epicéa,
qui ont été réalisés dans les dernières années ; dans les trouées les
plus anciennes, de légères taches d'acidification (type 6) apparaissent par place, comme c'est le cas dans le canton du Peut Haut, à
l'extrémité Ouest de la forêt.
Un stade d'acidification accentuée s'observe dans la trouée ancienne, située près du ravin du canton de l'Ermite : on y trouve le type 8
(Myrtille).
Ainsi, l'évolution de l'humus et de la végétation des trouées peut
.se schématiser ainsi:
(exploitation)
Peuplement ——» Type Hautes herbes ——*· Type Luzule ——» Type Myrtille
fermé
nîtratophiles
et Canche
Cette évolution n'est arrêtée qu'en cas de reconstitution rapide du
peuplement forestier, par régénération naturelle ou artificielle.
1/2
R E V U E F O R E S T I È R E FRANÇAISE
III. — Application à l'étude de la production
et de la régénération
dans la forêt communale de Bussang
La forêt communale de" Bussang a été soumise, comme beaucoup
trop de forêts, aux vicissitudes des révisions d'aménagement, qui,
au gré des tendances doctrinales du moment, prescrivaient un changement radical dans le mode de traitement.
Traitée en futaie jardinée avant 1869, elle fut aménagée à cette
épocme en futaie régulière à affectations permanentes. En I8Q3, une
révision d'aménagement prescrivit le retour au jardinage. Celui-ci
fut maintenu en 1929, mais les règles de culture invitèrent l'agent
d'exécution à respecter la régularité des peuplements.
Il est inutile d'insister sur les conséquences de ces contradictions,
oui aboutissent à la formation de peuplements hybrides. De plus,
l'Epicéa a été introduit sur des surfaces importantes.
La sécheresse des dix dernières années, les dommages causés par
guerre, en favorisant le développement des invasions de bostryches,
ont provoqué de vastes clairières qui sont venues s'ajouter aux
trouées de chablis dues ä l'action des vents.
Toutes ces circonstances expliquent dans une certaine mesure la
variété des types de végétation au e fait ressortir la carte dont nous
reproduisons ici un extrait, d'ailleurs simplifié, pour les cantons
situés au Nord de la vallée de la Moselle.
Dans notre étude de la production, nous avons naturellement écarté tontes les parcelles où les peuplements avaient été malmenés par
des causes accidentelles ou soumis à1 des opérations culturales de caractère exceptionnel.
a) ETUDE DE LA PRODUCTION
Cette étude a porté:
I o sur un ensemble de parcelles à peuplement complet, mais de situation et d'exposition variées;
2° sur un groupe de trois parcelles situées en haut, au milieu et
au bas d'un versant. Chacune de ces parcelles correspond à un type
de végétation déterminé, appartenant à l'un ou à l'autre des groupes
à humus doux et à humus acide.
Le calcul de la production à l'ha a été fait, pour chaque parcelle,
d'après les inventaires de IQ29 à 1952 et les réalisations effectué'es
pendant la période intermédiaire de 22 ans.
Toutes les parcelles sont à peuplement de Sapin dominant, sauf
les parcelles 32 et 44 où le Hêtre est plus abondant.
Les résultats sont consignés dans les Tableaux ? et 4 qui donnent
le numéro de la parcelle, le canton où elle se trouve, la production
par ha et par an, et le type de végétation correspondant.
L'examen de ces tableaux montre d'une façon/remarquable les dif-
E T U D E DES TYPES DE V E G E T A T I O N DANS U N E S A P I N I E R E
I73
TABLEAU 3
l'ariation
N° des
parcelles
Altitude
moyenne
(mètres)
de la prod net ioti en fonction des types de
Situation et Exposition
Production
par ha
et par an
végétation
Type de végétation
dominant
(m3)
25
950
Canton des Flutôts, sommet
d'une croupe à pente faible.
6,3
Type 8 à Myrtille.
30
950
d°
6,6
Type 8 à Myrtille.
18
1 000
Canton des Flutôts en dessous
de Forgoutte, à cheval sur la
ligne de crête.
6,8
Type 6a à Luzule.
8 à Myrtille.
9 à Sphagnum.
32
τ 000
Nord du canton de Peut Haut.
Versant Sud et Est à pente
rapide. - Rochers.
7,2'
Type 6a à Luzute.
1
6b à Canche.
7 hêtraie de protec- 1
tion.
4 à fougères.
19
950
Canton des Flutôts. Versant
Sud-Est à pente assez rapide.
%¿
Type 6a à Luzule.
22
800
Canton des Flutôts. Bas du
versant au Sud de Chaixbarbe.
8,2
Type 2 à Grande Fétuque.
39
760
Canton de l'Envers de la Hutte,
partie Nord-Est.
Versant
Nord-Ouest. Pente moyenne.
9.1
Type 4 à Fougères.
4
820
Canton du Droit de la Hutte.
Bas du versant partie NordEst. Pente assez rapide.
9,i
Type 2 à Grande Fétuque. 1
4 à Fougères.
6a à Luzule.
44
920
Canton de l'Envers de la Hutte. Versant Nord-Ouest.
9,2
Type 2 à Grande Fétuque. 1
21
800
Canton de Chaixbarbe. Versant
Sud-Est, bas du versant.
Pente moyenne.
10,0
Type 2 à Grande Fétuque. 1
8
820
Canton du Droit de la Hutte.
Versant Sud-Est, bas du
versant.
10,8
Type 2 à Grande Fétuque.
13
760
Canton de Chaixbarbe. Versant Ouest, bas du versant.
II,8
Type 2 à Grande Fétuque. 1
jV. B. — Pour certaines parcelles dont le type dominant est en italique, sont portés également
les types subordonnés.
1
Î74
REVUE FORESTIERE FRANÇAISE
TABLEAU 4
Variations de la production le long dfun versant
Production
par ha
et par an
(m»)
Ν · des
parcelles
Altitude
moyenne
(mètres)
18
1 000
Canton des Flutôts, à cheval
sur la ligne de crête.
6,8
Type 6a à Luzule.
8 à Myrtille.
9 à Sphagnum.
19
950
Canton des Flutôts, versant
Sud-Est, à pente assez rapide.
8,2
Type 6a à Luzule.
21
800
Canton de Chaixbarbe, versant
Sud-Est, bas du versant,
pente moyenne.
10,0
Situation et Exposition
Type de végétation
dominant
Type 2 à Grande Fétuque.
N, B. -— Pour certaines parcelles dont le type dominant est en italique, sont portés également
les types subordonnés.
férences de production entre les parcelles de type de végétation à
humus acide et celles de type de végétation à humus doux. Cette
différence peut atteindre 94 % dans les cas extrêmes, la production
passant presque du simple au double. On relève les mêmes différences entre la production des parcelles du sommet et de la base
d'un versant au long duquel le type de végétation évolue en fonction de la nature de l'humus.
Ces résultats n'ont rien d'étonnant et ils s'expliquent parfaitement par la physiologie de la nutrition: les recherches récentes de
pédologie montrent, en effet, que la nutrition minérale et azotée de
la plante est favorisée au maximum par l'humus doux, alors qu'elle
est au contraire ralentie en présence d'humus brutOn peut penser qu'une étude plus précise de révolution du matériel, en utilisant les tarifs de cubage adaptés au peuplement de
chaque parcelle, devrait donner des écarts de production encore
plus sensibles. Il serait également intéressant de pouvoir préciser,
par parcelle, les temps de passage et les taux d'accroissement.
Si ces résultats étaient confirmés, il est certain que Vanalyse des
types de végétation serait, pour le Forestier, une indication précieuse sur la capacité de production des différents cantons dyune forêt, aussi bien que sur le mode de traitement qu'il convient de leur
appliquer.
ÉTUDE DES TYPES DE VEGETATION DANS UNE SAPINIÈRE
I75
b) ETUDE DE LA RÉGÉNÉRATION
La forêt communale de Bussang a subi trop de changements dans
son mode de traitement et a été trop bouleversée par des causes
accidentelles pour qu'on puisse avoir une opinion précise sur les conditions optima dans lesquelles peut s'y faire la régénération. Celle du
Hêtre n'offre pas de difficulté, sauf dans le sens où elle devient gênante. Celle du Sapin est beaucoup plus délicate. Dans l'ensemble,
elle est à peine suffisante, et Ton peut se demander si, en raison du
déficit de bois moyens et de la surabondance de bois surannés dans
certains cantons, on n'aura pas quelque peine à empêcher sa régression.
D'après les observations faites au cours de l'exercice d'aménagement, 011 a constaté que :
1) la régénération du Sapin était plus abondante dans les peuplements largement ouverts que dans les peuplements entrouverts ou
fermés ;
2) dans les vides consécutifs aux attaques de bostryches ou aux
chablis, ou bien les semis étaient rares, ou bien normalement abondants et assez forts pour être préexistants au découvert provoqué
par l'exploitation.
Dans les peuplements entrouverts ou fermés où dominent les types
de végétation à humus doux, le semis s'installe de préférence sur les
lisières ou dans les trouées où apparaissent, à la suite des plantes
nitratophiles, la Luzule et la Canche, indicatifs d'un début d'acidification. La parcelle 40 du Canton du Revers de la Hutte et diverses
parcelles du bas du versant du Canton du Droit de la Hutte, où le
type 2 €St dominant, sont, sur ce point, caractéristiques. Dans les
peuplements ouverts, la régénération est à peu près partout normale,
sauf dans les trouées récentes où la concurrence des plantes nitratophiles empêche l'installation du semis.
Dans les parcelles 25, 27, 30, au sommet du canton des Flutôts, et
sous la dominance du type à Myrtille, elle est signalée comme particulièrement abondante en Sapin, Hêtre et Epicéa. Est-ce à dire
que la myrtille est favorable à la régénération ? En réalité, il n'en
est rien et on constate, au contraire, qu'une épaisse couche A 0 d'humus brut est toujours nuisible à la germination. Mais dans les 3
parcelles précédentes, il s'agit de semis déjà ^gés, qui ne se sont
vraisemblablement installés avant que la myrtille, d'ailleurs en taches
discontinues, n'ait pu prendre de l'extension sous l'influence du relief, à la faveur d'uni découvert trop large et trop brutal.
En résumé, si l'on essaie de classer les types de végétation en
fonction des possibilités de régénération, on aboutit aux résultats
.suivants :
ι76
R E V U E F O R E S T I È R E FRANÇAISE
— I o Dans les stations à humus doux (Mull) :
Types 1-2 . . . Peuplements fermés . . . . Régénération absente ou
clairsemée. Insuffisance de
lumière et fonte des semis.
Type 3
Peuplements ouverts .. Régénération peu abondante.
Trouées récentes
Concurrence des plantes neutrophiles.
Types 4-5 . . . Peuplements fermés. Ra- Régénération peu abondante.
Anns. Lignes de sources. Manque de lumière. Concurrence des fougères et plantes hygrophiles.
— 2° Stations
Type 6
à humus acide de transition
Peuplements clairières .
Trouées anciennes
(Moder) :
Régénération normale. Les
plantes nitratophiles ont
disparu,
— 3° Stations
Type 8
à humus très acide (Mor) :
Peuplements clairières
des plateaux élevés .. Régénération empêchée par
le tapis de myrtille.
L'impression qui se dégage de ces observations forcément incomplètes est qu'une certaine acidité de l'humus, à condition qu'elle ne
soit pas excessive, semble favoriser Γ installation du semis. L a ques­
tion mériterait d'être étudiée plus à fond, car on pourrait y trouver
peut-être une explication à certains caprices de la régénération du
Sapin.
c) A U T R E S AMPLICATIONS
:
CLASSEMENT DES PARCELLES
Dans une forêt d'une certaine importance où, par suite des conditions variées de sol et d'exposition, les peuplements sont d'une
valeur inégale qui n'est pas toujours apparente, Γ étude des types de
végétation peut être utile pour le classement des parcelles en séries
soumises à des modes de traitement
différents.
C'est ainsi par exemple que, pour certaines parcelles, le sol, sous
l'influence du relief ou de la nature du sous-sol. a tendance — si
on l'expose trop à la lumière — à s'acidifier ou à se dégrader, comme
l'indique l'évolution de la végétation. Ces parcelles, malgré certains
aspects favorables d-c l'état des peuplements, ne devraient pas être
soumises à un traitement en futaie régulière qui suppose un découvert du sol trop brutal et trop prolongé. Par contre, ce traitement
convient très bien aux parcelles où le type de végétation est à humus
doux et où la tendance à l'acidification est faibleIl est curieux de constater, dans cet ordre d'idées, que, pour la forêt de Bussang, où le classement des parcelles en deux séries, l'une
en futaie régulière, l'autre en futaie jardinée, avait été fait avant
l'étude sur le terrain des types de végétation, les parcelles qui com-
E T U D E DES TYPES DE V E G E T A T I O N DANS U N E S A P I N I E R E
I77
posent la première série sont toutes, ou presque, du type 2, à
l'exception de quelques parcelles qui sont du type 8 et qui,, malgré
leur bonne régénération, trouveraient peut-être mieux leur place
dans la série jardinée.
Conclusion
Il semble qu'il y ait contradiction dans les diverses conclusions
qui se dégagent de notre étude: en effet, l'optimum de l'accroissement se situe dans les peuplements à humus doux (types 1 et 2),
alors que l'optimum de la régénération du Sapin se situe dans les
types moyennement acides (types 6). Le. forestier se trouverait-il
donc placé devant un dilemme insoluble et devrait-il nécessairement
choisir entre une forte production et une bonne régénération ? En
réalité, la contradiction, n'est qu'apparente, si l'on tient compte des
possibilités d'évolution dans le temps du peuplement, sous l'action du
forestier.
La solution apparaît alors très simple: pendant toute la durée du
vieillissement du· peuplement, le sylvicidteur devra assurer —• grâce
au mélange d'essences et au maintien du sous-étage — une végétation et un humus du type 1 ou 2. Lors de la régénération, il doit, par
un éclaircissement progressif et modéré du peuplement, favoriser
une acidification légère de l'humus, amenant l'apparition du type 6.
Mais il devra se garder de coupes trop brutales, provoquant d'abord
une multiplication des plantes nitratophiles, très défavorables au semis par leur concurrence, et ensuite — surtout sur versants exposés au Sud — une invasion de la Myrtille (type 8), également nuisible: le retour rapide à la phase « humus doux », qui s'impose
dès la régénération acquise, serait alors rendu particulièrement aléatoire, voire impossible.
Ainsi, l'intérêt pratique de l'étude approfondie des types de végétation et des types d'humus est incontestable, dans tout aménagement de forêt: elle fournit au sylviculteur et à l'aménagiste une
base solide leur permettant d'orienter la conduite de leur forêt, de
manière sûre, de façon à obtenir le rendement optimum, tout en
assurant de belles régénérations.
Jusqu'à une date encore récente, bien des aménagistes se bornaient, dans leurs descriptions de parcelles, à une étude de la flore et
du sol, des plus sommaires; on trouvait des phrases particulièrement peu précises, telles que : « sol à litière abondante, couvert d'herbes et de mousses »... Sans doute, certains d'entre eux garderont-ils
la nostalgie d'une routine confortable, et préféreront-ils se fier à
leur « flair » !
Il n'empêche que l'expérience qui a été tentée, à l'occasion de
l'exercice d'aménagement de la 125e Promotion en forêt de Bussang, a montré qu'en matière de sylviculture, la méthode scientifique l'emportait nettement, par la précision et la sûreté 'de ses ré-
I78
REVUE FORESTIERE FRANÇAISE
sultats, sur la méthode empirique ; espérons qu'elle servira d'exemple pour les aménagements futurs!
Pli. DUCHAUFOUR - H . MlLLISCHER.
BIBLIOGRAPHIE
1. Ph. DUCHAUFOUR. — La dégradation des sols sur les versants chauds dans
les Basses-Vosges. Rev. For. Franc., février 1951, p. 103-109.
2. G. PLAISANCE. — Les chaînes de sol. Rev. For. Franc., septembre 1953,
p. 565-577.
3. Ph. DUCHAUFOUR. — De l'influence de la chaleur et des radiations sur
l'aetivation de l'humus forestier. Rev. For. Franc., mars 1953, p. 204212.
CONGRÈS NATIONAL DU BOIS
Session de synthèse et de clôture (31 mars-3 avril 1954)
Le Congrès national du Bois a été institué en juillet 1952 à l'initiative des
Régions économiques, des Chambres de Commerce, d'Agriculture et de Métiers. Il a eu d'emblée l'appui des Pouvoirs publics et de tous les grands
Groupements professionnels intéressés.
Les problèmes les plus actuels de la forêt, des industries et du commerce du
bois, tant de la Métropole que de nos Territoires d'Outre-Mer, ont été étudiés
au cours des quatre Sessions régionales dont l'écho a été considérable, et
dont il a été rendu compte dans notre numéro de novembre 1953, page 786.
En juin dernier, sous la présidence de M. le Ministre de l'Agriculture, les
problèmes dq la forêt et du reboisement ont été étudiés à Limoges et à Clermont-Ferrand ; en juillet les questions relatives à l'exploitation forestière,
aux scieries, aux industries mécaniques du bois et à l'ameublement, ont fait
l'objet de séances de travail à Mouchard, dans le Jura, à Nancy et à Strasbourg sous la présidence de M. LEMAIRE, Ministre de la Reconstruction et du
Logement, et de M. PFLIMLIN, député, ancien Ministre.
Une troisième session a eu lieu à Bordeaux et à Luchon, en septembre,
sous la présidence de M. RAMARONY, Secrétaire d'Etat, et de M. LOUVEL, Ministre de l'Industrie et du Commerce, session qui fut consacrée aux problèmes
des pâtes à papier, des industries chimiques du bois, des industries du liège
et à l'économie du Pin maritime et de ses produits. Enfin, en octobre, à
Rouen et au Havre, les caractéristiques et les difficultés du négoce du bois,
de l'importation et de l'exportation et des transports, furent traitées sous la
présidence de M. Bernard LAFAY, Secrétaire d'Etat aux Affaires économiques
et de M. CHASTELLAIN, Ministre des Travaux publics et des Transports.
Dès la constitution du Congrès, une session de synthèse a été envisagée.
Le programme de celle-ci est maintenant définitivement arrêté et cette session
se déroulera du 31 mars au 3 avril, à Paris et à Versailles.
Parmi les conférenciers, on note les noms de MM. BLACHETTE et BRIOT,
députés, de M. JACOMET, Maître des Requêtes au Conseil d'Etat, de M. RANDET, Contrôleur général au Ministère de la Reconstruction, de M. BILLET,
Directeur général de la Fédération nationale du Bois, de M M . CAMPREDON
et COLLARDET, Directeurs du Centre Technique du Bois et de M. MARCON,
Directeur du Centre Technique forestier tropical.
La présidence effective de la session sera assurée par M. Henri QUEUILLE.
assisté des Ministres responsables de la forêt et du bois dans la Métropole
et dans nos Territoires dOutre-Mer.
Le succès des précédentes sessions permet d'assurer que le Congrès National du Bois terminera ses travaux à Paris de la manière la plus efficace et la plus utile dans l'intérêt de la forêt et de tous ceux qui en vivent et
du pays tout entier.
FORÊT COMMUNALE DE BUSSANG (Volges) - Partie Nord - CARTE DES TYPES DE VÉGÉTATION
950
NORD
950
950
105 0
Types
D-- <:>
C>
~
1
M4
~ 7
~ 2
1+ + +] 5
~ 8
D
~ 6
3
Echelle
=='
-
500 m.
9
Fly UP