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LA ILE DE FEU CORSE,

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LA ILE DE FEU CORSE,
LA CORSE, ILE DE FEU
LA CORSE, CE DÉSERT SURPEUPLÉ
La première impression qui étonne le visiteur quand il traverse l'intérieur montagneux de la
Corse est cet aspect d'abandon dans lequel se trouve la majeure partie du territoire rural :
partout la lande et le maquis envahissant, même en forêt . Peu ou pas d'hommes, presque pas
de champs cultivés.
Aucun doute, cette terre n'est pas utilisée, se dit-il avec conviction . Beaucoup de responsables
de l'Administration en ont été persuadés à leur arrivée dans l'Île . II y a tout à faire ! Ici défricher,
là faire des améliorations pastorales, là encore planter, etc . ..
Erreur ! Comme ces villages qui sont déserts le plus clair du temps, mais qui n'ont pas assez de
lits pour héberger, l'été, tous ceux qui y possèdent un droit d'habitation, le territoire rural en
Corse est occupé en presque totalité . Après l'écroulement de l'agriculture de l'intérieur, les
éleveurs ont occupé toute la place . Il n'y a qu'une partie des forêts soumises au régime forestier
qui échappe à cette règle.
Pastoralisme aux formes multiples et diverses, allant de la transhumance au sédentarisme mais
offrant, presque partout, un caractère extensif très poussé, proche de la cueillette . Pastoralisme
occupant tout l'espace rural selon deux types d'exploitation bien différents :
• Le premier type d'éleveur est surtout répandu dans certaines régions où le feu est inconnu
(Fiumorbu, Ouenza, Moyen Taravo, Bastelica, Guagno, etc . . .), mais il se rencontre aussi dans les
régions qui brûlent . Disposant de prairies s'inscrivant dans un paysage bocager, il pratique un
élevage, certes extensif, mais sans utiliser le feu et en apportant un appoint alimentaire, grâce à
une certaine production de fourrage . Il n'est, en général, pas transhumant.
On peut rapprocher ce type d'élevage de l'ensemble des agriculteurs de montagne qui cherchent à exploiter la terre dont ils sont, très souvent, propriétaires avec un degré d'intensité
adapté à leur situation . Il est évident que ces éleveurs et ces agriculteurs sont, parfois, les
victimes des incendies qui peuvent détruire bâtiments d'exploitation, clôtures, etc . ..
• Le second type d'éleveur est le descendant du berger transhumant d'autrefois ou du berger
qui conduisait le troupeau collectif du village.
Ni propriétaire, ni même, le plus souvent, locataire des terrains, ce type d'éleveur manquant de
moyens pour faire fructifier la terre qui lui est « foncièrement ,> étrangère, ne peut arriver à ses
fins qu'en utilisant beaucoup de place et le feu indispensable dans un pays abondamment
arrosé, où la végétation est exubérante . Arme de débroussaillement d'une rare efficacité lorsque
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LES INCENDIES DE FORETS EN FRANCE
souffle le vent chaud de l'été, le feu permet, ici, de remplacer temporairement des végétaux
sans intérêt par de l'herbe, là de faciliter la progression des bestiaux dans les landes et maquis.
II faut reconnaître que la transhumance constitue un facteur aggravant . En effet l'été, les
bestiaux n'étant pas présents, le feu peut être utilisé sans précaution puisqu'il ne risque pas
d'anéantir les troupeaux . C'est un phénomène bien connu dans le monde . Le nomade (et le
transhumant en est en quelque sorte un) ne fait pas grand cas de la terre . Et le fait de ne pas
posséder la terre, j'irai même jusqu'à dire de ne pas posséder une terre que le propriétaire
absentéiste laisse inutilisée, n'est pas de nature à rapprocher l'éleveur du territoire qu'il utilise
comme un '< Nomade's Land » en quelque sorte.
Le feu n'est pas uniquement utilisé dans un but pastoral . En effet, il peut être aussi une arme de
rejet, de vengeance . Toute action de développement tentée dans l'espace rural en dehors de
ceux qui l'utilisent provoque, un jour ou l'autre, un phénomène de rejet de leur part . L'incendie
mettra un terme à cette action . Dans ce domaine, le pastoralisme n'est pas seul en cause . Un
loisir comme la chasse peut provoquer les mêmes réactions de vengeance . Dans ce cas,
d'ailleurs, un citadin peut être à l'origine de l'incendie . Bien qu'habitant la ville, il se comporte
en « occupant de la terre » considérant qu'on a porté atteinte à sa liberté d'exercer son loisir.
Qu'on ne me fasse surtout pas un procès d'intention ! Ce constat n'est pas une critique . Si
l'élevage en Corse est ce qu'il est, c'est la conséquence d'un processus historique socioéconomique dont les éleveurs ne sont pas responsables . Mais si l'on veut agir sur le milieu rural
pour le faire évoluer vers un type d'exploitation de la terre plus performant et moins destructeur,
il faut bien s'avouer la réalité actuelle et faire « avec le feu » tout au moins au début.
Vieux Pins Iaricio sculptés par le vent . Col de Bavella (Corse)
La périodicité des écobuages pastoraux dépend du type d'élevage . L'éleveur transhumant de
moutons met le feu tous les ans, ou tous les deux ans (il peut, en effet, sauter une année
pluvieuse) . Le feu lui sert avant tout à faire de l'herbe en utilisant les cendres comme engrais
nitrique . L'éleveur de vaches ne met le feu que tous les quatre ou cinq ans . II a, en effet, surtout
besoin de débroussailler le terrain afin que les vaches puissent aller partout et ne pas se
contenter de l'herbe du bord des routes.
Les incendies de rejet ou de vengeance sont, par contre, beaucoup plus rares, et leur périodicité
peut dépasser plusieurs dizaines d'années . En effet, ils ne sont provoqués que par un « fait
dérangeur ou provocateur » qui n'arrive qu'épisodiquement.
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CERUTTI
Il faut tirer la conséquence de cette réalité rurale : l'incendie dans ce milieu, est actuellement
inéluctable . Le résultat à attendre des efforts dans le domaine de la prévention, comme dans
celui de la lutte active reste subordonné à celui qui met le feu et qui a toujours le dessus sur
celui qui veut l'éviter, ou l'éteindre.
Les forêts soumises au régime forestier et la haute montagne constituent un domaine à part qui
mérite une étude particulière . Autrefois, le centre privilégié (avec les plaines et les collines
côtières) des incendies pastoraux des transhumants, elles en sont actuellement totalement
exclues . Certes les bestiaux, et surtout les bovins et porcins, sont toujours présents l'été, mais
l'éleveur sait qu'il n'a plus le droit d'utiliser le feu qui, de surcroît, n'est plus utile devant la
faiblesse des effectifs du bétail.
Cela aussi est un fait qu'il ne faut pas hésiter à souligner : si les écobuages pastoraux
représentent le contingent essentiel des feux du milieu rural, ils ne sont jamais la cause des
incendies de forêts actuels, sauf si, par suite de conditions météorologiques défavorables,
certains incendies qui ont pris leur naissance dans le milieu rural peuvent atteindre les forêts.
Il y a pourtant des feux allumés en forêt . Ils sont rares, imprévisibles . Ils peuvent être dus à des
actes de vengeance ou de rejet . L'ouverture d'une route qui dérange les habitudes de certains
éleveurs ou de certains chasseurs, l'opposition entre un agent forestier et des ruraux peu
enclins à se soumettre aux exigences de celui-ci, l'attitude d'hostilité vis-à-vis d'un reboisement,
qui ne diminue pourtant pas le terrain de parcours de l'éleveur mais irrite sa conception d'une
forêt naturelle entièrement vouée au parcours, etc . . ., les causes sont multiples et parfois
anodines . Il fut une époque, heureusement révolue (à la fin du siècle dernier) où les exploitants
forestiers eux-mêmes mettaient le feu sur les coupes qu'ils avaient achetées, afin que le
martelage des bois brûlés augmente de façon conséquente le volume exploité . On mesure
facilement à quels excès un tel comportement a pu conduire.
Il existe aussi une autre cause d'incendie de forêts . Avec l'arrivée des nuits froides de
l'automne, les chasseurs de pigeon en poste au petit jour font des petits feux de broussailles
pour se réchauffer . Ils prennent des précautions . Mais, si le vent se lève dans la matinée, les
cendres attisent des incendies dont certains peuvent prendre une grande extension, comme
ceux de décembre 1982 en forêt domaniale de Rospa-Sorba et, surtout, en forêt domaniale de
Tova . Qui n'a pas aperçu, un jour d'automne, des fumées en haute montagne, alors que
touristes et bergers sont partis depuis longtemps ?
D'autres causes sont avancées : feux dits de ,, promoteurs ,,, imprudences de touristes, manies
de pyromanes (déséquilibrés, voire enfants inconscients), dépôts d'ordures mal protégés, écobuage de rémanents dans les jardins, etc . . . Si de telles causes représentent une proportion
notable des mises à feu, elles sont aussi celles qui entraînent les plus faibles dégâts, la lutte
active se montrant, en général, particulièrement efficace face à elles . C'est parfaitement compréhensible car les feux de ce type ne correspondent pas forcément à des conditions favorables au
développement d'un grand sinistre . On a heureusement rarement l'occasion de subir les dégâts
occasionnés lorsqu'un vent violent se lève en dehors de la période critique et transforme en
incendie important un écobuage anodin de jardinier, ou le brasero mal éteint d'un chasseur.
Comme en matière d'accidents de la route où la priorité doit être accordée à ceux qui
occasionnent mort d'homme ou blessures définitives, si l'on veut espérer, un jour, apporter une
amélioration sensible à la situation actuelle, il faut s'attaquer aux causes de mises à feu qui
provoquent régulièrement les « gros sinistres >, qui échappent aux sauveteurs.
Je pense avoir dit l'essentiel de ce qui se rapporte à la cause des incendies du milieu naturel . Il
apparaît une nette différence entre la cause des incendies en milieu rural et celle des incendies
en milieu forestier . Elles n'ont pas grand chose en commun et réclament des actions de
prévention dissemblables.
Quand l'incendie est intimement lié au milieu rural, toute solution au problème passe par une
action en faveur de ce milieu . Il ne faut pas se faire d'illusions : une politique pastorale active
exige beaucoup d'argent et beaucoup de patience parce qu'il n'est jamais facile de faire évoluer
un milieu où un mélange de fidélité aux valeurs du passé et de méfiance à l'égard du mirage
technologique moderne pèse de toute son inertie sur les actions à entreprendre.
Pourtant le problème ne pourra se régler qu'avec et par l'intermédiaire du paysan.
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LES INCENDIES DE FORETS EN FRANCE
D'autres voies sont plus faciles à emprunter, comme le débroussaillement de lignes pare-feu ou
le renforcement des moyens de lutte . Elles ne peuvent déboucher, hélas, à terme, sur aucune
amélioration sensible de la situation.
En milieu rural, résoudre le problème des incendies c'est, avant toute chose et essentiellement,
résoudre un problème de développement agricole.
En milieu forestier, par contre, le problème est plus simple, comme nous le verrons plus loin.
L'INCENDIE DE FORETS, CET ENNEMI PARTICULIER
Cette partie de l'étude sera courte à dessein . La lutte contre l'incendie de forêts ne relève pas
de la responsabilité des forestiers . Mon propos n'est donc pas d'analyser le comportement de
l'incendie pour en tirer les conséquences sur le plan de la lutte active, mais les aspects
fondamentaux de ce comportement qui sont de nature à influer sur le choix des actions de
prévention susceptibles de favoriser la lutte active.
L'incendie a souvent été comparé, à juste titre, à un ennemi qu'il faut contenir, maîtriser, et, si
possible, anéantir . II y a, en effet, beaucoup de ressemblances entre la lutte active et la guerre.
Le premier devoir d'un militaire consiste à bien étudier le comportement de l'adversaire et à
profiter de ses faiblesses pour le contrer et le battre . C'est ce que nous allons nous efforcer de
faire . La progression du feu obéit à un certain nombre de règles énoncées ci-dessous :
— Le vent est l'élément moteur principal de l'incendie . Quand il est violent, l'incendie peut
devenir « inarrêtable » . Il s'agit là d'une évidence qui échappe pourtant à beaucoup d'observateurs.
Le vent peut aussi provoquer un phénomène fréquemment à l'origine des incendies les plus
meurtriers . Lorsqu'il dépasse une certaine intensité, il est capable de changer quelques braises
se consumant dans l'humus de la lisière d'un incendie apparemment éteint, en une flamme
équivalente à une mise à feu provoquée par l'homme . Les sinistres les plus importants sont
souvent dus à des reprises d'incendies mal éteints.
— Le terrain et sa disposition par rapport au vent dominant ont une influence capitale . Les
croupes, les vallons et les pentes « au vent » sont escaladés facilement par le feu qui s'emballe,
alors que les contre-pentes et vallons « sous le vent », où l'atmosphère peut être très calme (les
directions multiples du vent pouvant se contrarier et se neutraliser), ralentissent la progression
du feu qui devient vulnérable et peut même s'éteindre de lui-même.
— Bien plus que la chaleur qui ne joue un rôle que lors de journées où l'on sent « l'air du
désert africain » (dans ce cas même l'atmosphère brûle), c'est la sécheresse et l'état de siccité
de la végétation qui favorisent le plus la progression des incendies . Les bergers le savent bien
qui attendent la première quinzaine d'août pour effectuer leurs écobuages, juste avant les pluies
de la « rinfriscaghia » i ' I . Au besoin, quand l'été est jugé trop humide, ils préfèrent sauter une
année .
— Plus la végétation au niveau du sol est dense, plus la progression du feu est ralentie.
Inversement, sur les landes peu fournies, le feu peut avancer à la vitesse d'un cheval au galop.
— Plus la végétation au niveau du sol est dense, plus le feu est puissant, parce bien
alimenté . Inversement, un feu de lande à Cistes manque de corps.
Un certain nombre d'aspects d'ordre stratégique sont à prendre en considération :
— L'incendie affectionne les mouvements tournants, prenant à revers les sauveteurs . Ainsi,
et la similitude avec la guerre est surprenante, si le front de défense est perçé à un endroit, il
devient inutile de s'y maintenir et il faut se replier sur un second front, situé plus en retrait.
— La progression du feu se fait, parfois, par la projection en avant d'éléments incandescents (cônes ou cendres) ces dernières pouvant aller très loin, ou par leur chute le long des
pentes (grumes) qui allument des foyers nouveaux.
C'est ce phénomène qui fait souvent dire à tort, sous l'effet de la panique, que le feu a été
remis volontairement par les incendiaires sur le dos des sauveteurs.
(1)
Le rafraichissement du temps .
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— L'eau ne constitue une arme efficace que si l'on intervient sur un feu naissant (quelques
dizaines de mètres carrés tout au plus) . Elle ne peut, en effet, dans tous les autres cas, que
servir à calmer le feu et intervenir donc en appoint de la lutte . Le « tout à l'eau « préconisé
actuellement est une erreur.
— Lorsque l'incendie s'est répandu un peu partout dans la forêt, toute opération de lutte
devient inutile (et dangereuse) car, immanquablement, le feu parcourt toute la surface qu'il doit
parcourir.
— Cogner sur un feu qui s'emballe (notamment en l'arrosant) ne sert pas plus que de
s'opposer à la charge d'un taureau . Il faut, dans ce cas, se contenter de le contenir et profiter
de ses périodes de calme pour le maîtriser, puis l'éteindre . Comme pour un cheval qui rue, il
faut faire preuve de patience et économiser son eau, pour le cas où elle peut être utile.
— La lisière d'un incendie maîtrisé doit être traitée définitivement . Si cela est impossible
techniquement, elle doit être surveillée pendant longtemps . Beaucoup d'incendies destructeurs
(Ghisoni en 1970) ne sont, en fait, que des reprises d'incendies de peu d'importance, mal éteints
et laissés sans surveillance.
— L'incendie a une nette tendance à s'étendre le plus rapidement possible sur son « aire
d'extension naturelle » . Dès qu'il l'a atteinte (et, en général, entre temps le vent se calme), il
s'arrête de lui-même . Une personne a dit, ironiquement, un jour, que la lutte ne servait, en fait,
qu'à accroître le délai mis par le feu pour occuper cette aire et que, mis à part l'intervention sur
les feux à leur naissance, elle n'avait pas une grosse influence sur la limitation de la surface
brûlée .
— Les feux de cimes sont particulièrement destructeurs parce qu'ils touchent la futaie . Ils
ne se développent heureusement pas sur de grandes surfaces (quelques hectares au maximum),
mais occasionnent l'essentiel des volumes incendiés exploités . Ils ne peuvent être arrêtés que
par des coupures naturelles, interrompant la continuité des cimes (zones en régénération,
routes).
On peut donc conclure que le feu est un ennemi qui progresse le long d'un front continu, par
bonds successifs, avec une alternance de moments d'emballement (pas forcément liés à une
accélération de la progression) et de moments d'accalmie dont doivent profiter les sauveteurs
pour le maîtriser définitivement, avec une intensité fonction directe de l'aliment végétal situé au
niveau du sol (sous-bois) et du couple topographie-vent.
Conclure ainsi, c'est se montrer conformiste.
Je préfère de beaucoup dire ceci :
— Lorsque le feu trouve des conditions idéales, il s'emballe très rapidement et atteint, en
quelques heures, son aire d'extension naturelle . Celui qui met le feu connaissant bien son
affaire, cette situation n'est hélas pas rare . Dans ce cas, la mise sur pied d'un dispositif d'alerte
et d'intervention rapide « sur le feu naissant « est une utopie . Les moyens de lutte sont
impuissants . Le contre-feu stratégique constitue la seule arme efficace, mais il est d'un maniement délicat et exige un certain nombre de conditions, qui ne sont pas souvent réunies.
— Dès qu'il atteint ses limites naturelles, le feu se montre, alors, vulnérable . Il faut profiter
de cette situation pour le contenir, le maîtriser et puis l'éteindre . C'est à ce stade que
l'intervention des secours doit être massive et maximale.
— Une fois le feu maîtrisé, il faut l'éteindre totalement, afin d'éviter les reprises, dont on
sait qu'elles sont à l'origine d'incendies dévastateurs . L'éteindre, cela veut dire installer une
solution de continuité entre ce qui a brûlé et ce qui n'a pas brûlé, et ceci à tous les niveaux
(arbres, sous-bois, humus) . En forêt, cela veut dire que l'on cerne la lisière du feu par un layon
ouvert jusqu'au sol nu.
— Le débroussaillement et le contre-feu tactique allumé devant le feu constituent une
technique de lutte particulièrement efficace, bien que réclamant de la compétence de la part de
ceux qui l'utilisent, tant il est vrai que le plus grand ennemi du feu est le feu lui-même.
Je ne peux que regretter que cette technique ait fait l'objet de si peu d'études et que, par
manque de données et d'habitude, elle soit si peu utilisée . J'en ai, personnellement, constaté la
totale efficacité sur le terrain.
L'eau ne doit être considérée que comme un appoint à la lutte.
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LES INCENDIES DE FORETS EN FRANCE
Elle peut être en effet très utile, si elle est utilisée de la façon suivante : les camions-citernes
sont placés en ligne, le long du contre-feu et servent, éventuellement, à calmer les parties de
celui-ci qui s'emballent, en permettant de le contrôler en quelque sorte . En outre, au moment où
le feu rencontre le contre-feu (cette rencontre a, forcément, lieu pas très loin de la route), il peut
y avoir quelques explosions localisées, susceptibles de mettre le feu par projections incandescentes, derrière la ligne de défense . L'eau, employée alors massivement, permet de matraquer
ce nouveau départ de feu à sa naissance . Cette technique peut aussi être utilisée, si le feu
atteint la route et la traverse, à un endroit donné . On pourrait presque dire que les camionsciternes doivent constituer une force d'intervention localisée, maintenue en réserve, pour anéantir impérativement les éléments ennemis infiltrés derrière le front de défense.
Les produits moussants (et très accessoirement les produits retardants) ouvrent à la lutte des
perspectives sans précédent car ils permettent à l'eau de devenir efficace, comme véhicule d'un
produit éteignant non seulement les flammes mais facilitant son imprégnation dans le tissu
végétal redonnant ainsi à la végétation et à l'humus son humidité printanière et supprimant tout
risque de reprise.
Le forestier devra choisir ses actions de prévention en forêt, dans le double but :
— de placer les sauveteurs dans les meilleures conditions de lutte ;
— de rendre la forêt la plus auto-résistante que faire se peut.
LA FORET ET L'INCENDIE : UN RAPPORT COMPLEXE
S'il est un domaine où les idées reçues, toujours simplistes, souvent fausses, ont du succès,
c'est bien celui qui concerne la résistance ou la vulnérabilité de la végétation naturelle à
l'incendie.
L'idée la plus répandue consiste à faire du ' résineux » un arbre qui brûle facilement, et du
feuillu » un arbre qui ne brûle pas . Comment expliquer, alors, que c'est le Chêne vert qui a
payé le plus lourd tribut au feu depuis l'Antiquité, puisqu'il a pratiquement disparu dans
beaucoup de régions, à l'altitude où il occupait la première place ? À l'inverse, le Pin maritime
est présent partout, et il occupe, actuellement, une place prépondérante, qui n'a jamais été la
sienne autrefois.
Aux dires du plus grand nombre, une hêtraie qui présente un aspect rafraîchissant l'été, ne brûle
pas . L'expérience prouve, au contraire, qu'un simple feu courant sous une hêtraie suffit à
détruire, totalement, celle-ci, le cambium des arbres n'étant pas suffisamment protégé par une
écorce trop mince . Les hêtraies qui ont pu se maintenir jusqu'à nos jours, le doivent, non pas à
une supposée résistance au feu, mais au bon vouloir de l'homme qui a renoncé aux écobuages
pastoraux, sur les versants Nord d'altitude (l'herbe n'y génère d'ailleurs pas un bon lait) et a
maintenu certaines hêtraies traitées en taillis et arbres d'émonde afin qu'elles fournissent a
frasca » (21 aux troupeaux . Lorsque l'on voit des châtaigneraies propres, sans sous-bois, on
oublie un peu trop facilement que nos grands-pères ont passé des heures d'efforts à les
nettoyer, en dessouchant la bruyère.
Celui qui a l'habitude de lutter contre le feu et qui, de ce fait, sait par expérience comment la
forêt brûle, vous dira qu'il existe des croupes ou des vallons très exposés au vent dominant
d'été (ce vent que les éleveurs ont su utiliser depuis des siècles) où la végétation s'embrase très
rapidement et où il est pratiquement impossible d'arrêter l'incendie.
Sur ces terrains, qui ont souvent connu le feu, il est édifiant de constater que seuls le maquis
et le Pin maritime arrivent à se maintenir, recolonisant inlassablement les lieux, après chaque
passage du feu.
On voit donc, dès que l'on étudie d'un peu plus près le comportement de la végétation naturelle
vis-à-vis du feu, que le problème est extrêmement complexe et que le nombre de facteurs
entrant en ligne de compte n'est pas fait pour le simplifier.
(2) a frasca
représente
des branches coupées .
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Nous allons essayer d'y voir plus clair en nous cantonnant à la seule végétation forestière.
Nous allons passer en revue l'ensemble des données qui interviennent lorsqu'il s'agit d'analyser
le comportement d'une forêt face à l'incendie.
Structure du peuplement forestier
Il s'agit là d'un des facteurs essentiels qui conditionnent la résistance du peuplement à
l'incendie . La structure en haute futaie, qui façonne des fûts sans branches et qui élimine le
sous-bois par le couvert des cimes et la réduction de l'arrivée au sol de la lumière oblique,
confère au peuplement une auto-résistance totale au feu . En effet, celui-ci, mal alimenté au
niveau du sol par l'absence de sous-bois arbustif, mal attisé par le vent dont la futaie réduit
considérablement la violence, progresse comme un feu courant, incapable d'atteindre une
certaine hauteur et, à plus forte raison, les cimes des arbres et s'arrête de lui-même, dès qu'il
rencontre un talweg ou une contre-pente, ou une zone plus humide . Il est, dans tous les cas,
très facile à maîtriser.
À l'inverse, une structure en taillis, surtout jeune, ou en taillis-sous-futaie, est particulièrement
vulnérable . Ainsi, un taillis de Chêne vert est-il beaucoup plus sensible qu'une futaie complète
de Pin maritime . A ce sujet, les feuillus qui fournissent, en général, en Corse, du bois de
mauvaise qualité, dont l'usage essentiel est le chauffage, sont traités, par leur facilité à rejeter
de souches, en taillis ou taillis-sous-futaie, plus ou moins envahis par le maquis, qui offre au feu
une végétation continue entre le sous-bois et la cime des arbres de futaie . Une forêt de Chêne
vert ne peut donc pas, à la fois, être auto-résistante et fournir du bois de chauffage.
Les résineux, pour leur part, n'offrent une structure aussi vulnérable que dans leur jeune âge, ou
quand ils sont traités en futaie jardinée.
L'aptitude à couvrir le sol
L'épaisseur du couvert varie beaucoup, selon les essences . Ce caractère est, en réalité, plus
complexe à analyser car l'épaisseur du couvert n'est pas seule en cause, l'importance de la
cime, la disposition des branches, la rectitude du fût intervenant également . Mais on peut
classer assez facilement les essences selon l'aptitude qu'elles ont à couvrir, plus ou moins le
sol, donc à gêner, plus ou moins, le développement du sous-bois arbustif . Il est évident que ce
caractère intervient conjointement avec le caractère précédent, qu'il peut améliorer ou contrarier.
Ce sont les feuillus à feuilles persistantes qui sont en tête, le Chêne vert étant le champion
toutes catégories . Mais certaines essences résineuses ne sont pas mal du tout, comme le Pin
parasol, les Sapins (pectiné ou méditerranéen), le Douglas et d'autres exotiques . Si le Pin laricio
et le Cèdre se contentent d'une bonne moyenne, le Pin maritime, par contre, est franchement
mauvais . C'est ce défaut qui fait dire si facilement que les forêts de Pin maritime sont très
vulnérables, le sous-bois s'y développant facilement.
La chute des feuilles en hiver constitue un défaut en région méditerranéenne, où la végétation
du sous-bois peut être active toute l'année . Si, pour le Hêtre, dont le couvert est par ailleurs
très épais, cela ne porte pas à conséquence à l'altitude où l'on trouve, habituellement, cette
essence (altitude où le sous-bois est absent), on ne peut pas en dire autant pour les châtaigneraies qui se salissent facilement, quand elles sont abandonnées . En effet, le Châtaignier
débourre, très tard, au printemps (il est probablement le dernier à le faire) et, entre temps, la
Bruyère a le temps de se développer . Et pourtant l'idée est fort enracinée d'un sol naturellement
propre sous une châtaigneraie.
Vitesse de croissance
La vitesse de croissance des essences est fondamentale . Par exemple, plus une essence pousse
vite, plus rapidement elle atteint la structure de futaie auto-résistante . En effet, il s'agit là d'un
caractère qui différencie les essences, car toutes manifestent une aptitude à peu près égale à
former des futaies . Mais le délai qu'elles mettent pour y parvenir peut être très différent . Pour
reprendre encore l'exemple du Chêne vert, cette essence possède une croissance très lente et
que l'on parte du stade de la plantation (ou du semis naturel) ou du jeune taillis rejetant après
coupe, elle n'atteint le stade auto-résistant de la futaie et n'utilise à fond son pouvoir de bien
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couvrir le sol que plus d'un siècle plus tard . Il
faut alors espérer qu'un incendie ne se déclarera pas entre temps, ce qui constitue, pour
un délai aussi long, un pari difficile à tenir . A
l'inverse, certains résineux, comme le Douglas, ne mettent que quelques dizaines d'années, ainsi que le démontrent les essais
tentés en forêt domaniale de Bavella . II est
permis d'espérer qu'avec le Douglas de Californie plus xérophile, les résultats seront
meilleurs encore.
Planter donc du Chêne vert dans le but de
constituer une forêt auto-résistante relève de
la pure plaisanterie . Planter, au contraire, une
essence à croissance rapide, dans le même
but, peut se concevoir, même si la durée
encore trop importante de la vulnérabilité de
la plantation peut laisser planer un doute sur
la possibilité d'atteindre l'objectif fixé.
Forêt de Zonza (Corse-du-Sud).
Pins maritimes.
L'inflammabilité
o
II n'est pas de mon intention de développer,
ici, les résultats des essais en laboratoire,
effectués par la Station de Sylviculture méditerranéenne d'Avignon, beaucoup plus compétente que moi pour en parler.
m
Mais je tiens à souligner que, contrairement à ce que l'on croit communément, ce sont le Chêne
vert et le Chêne pubescent qui battent les records d'inflammabilité . La présence d'essences
volatiles dans leurs feuilles n'est pas étrangère à cela . Un chêne, dans un incendie, explose plus
qu'il ne brûle . Surprenant mais vrai, le Pin maritime n'a qu'une inflammabilité moyenne, suivi par
le Pin laricio . Il est facile de constater, à l'occasion d'un incendie, que des plages denses de
semis de Pin maritime, où le sous-bois interstitiel est très réduit, ne brûlent pas aussi facilement
qu'on le pense . On reproche ainsi au Pin maritime ce qui devrait incomber à la Bruyère
arborescente.
Car, il est temps de dire ici un mot de cette bruyère . Pièce maîtresse du maquis dont elle est,
avec l'Arbousier, la composante la plus importante, elle se maintient en altitude pour constituer
l'unique sous-bois des forêts de Pin laricio à exposition Sud . Elle est, par excellence, le végétal
qui brûle . Sous l'effet de la chaleur qui fait s'élever en tourbillonnant les masses d'air, ses
aiguilles minuscules se détachent des branches et forment de grandes chevelures de flammes
qui font que le feu s'emballe et peut ainsi progresser par sauts brusques, qui mettent toujours
les sauveteurs en position inconfortable et périlleuse . La Bruyère arborescente est l'allié le plus
sûr de l'incendie . Pour reprendre l'expression suggestive d'un auteur, « les sous-bois exhalent
une odeur de feu » (3) .
(3) Henri Amouric (CEMAGREF) : ., Les incendies de forets autrefois
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F.
CERUTTI
Les essences « résineuses >, et d'autres, comme l'Olivier, présentent la particularité d'avoir un
bois qui brûle très longtemps . Ainsi, les souches ou bois gisants peuvent-ils se consumer
pendant plusieurs jours, malgré les tonnes d'eau que l'on peut déverser sur eux . Certains feux
de montagne progressent ainsi par les racines ou l'humus et, s'ils ne commettent pas de
dégâts, ils laissent planer le risque de reprises au cas où le vent se lèverait . Malheureusement,
le maquis aussi présente cet inconvénient qui est à l'origine de beaucoup de reprises de feux en
milieu rural.
La résistance à la flamme
Il s'agit d'un caractère assez peu souligné en général et qui a, pourtant, son importance.
Certaines essences protégées par une écorce épaisse ont la particularité de brûler sans mourir.
Quelques semaines après le passage du feu, les feuilles ou les aiguilles repoussent et, quelques
années après, le feu n'est plus qu'un souvenir laissé sous la forme de taches noires à la base
du tronc.
C'est le Chêne-liège qui possède au plus haut degré cette qualité : qui n'a pas été, une fois
dans sa vie, étonné au spectacle de ces forêts de Chêne-liège entièrement calcinées, qui
reverdissent d'un seul coup, en une feuillaison printanière . Dans les zones habituellement
incendiées, il constitue le seul arbre à se maintenir contre « vents et brûlées >>.
Le Châtaignier aussi manifeste une belle résistance, constatée lors de l'incendie de la forêt
communale de Tavera . Celle du Pin laricio est supérieure à celle du Pin maritime . Bon dernier, le
Hêtre est franchement mauvais . Un simple feu courant détruit à cent pour cent une hêtraie . Les
éleveurs d'autrefois n'ont pas eu beaucoup de peine à éliminer les hêtraies cantonnées sur les
versants Sud, même à haute altitude.
L'esprit de reconquête
Nous avons vu qu'après l'incendie certaines essences reverdissent . Ainsi, une forêt incendiée
n'est jamais complètement détruite . Pourtant l'incendie modifie la composition des forêts.
Certaines essences manifestent, en effet, une grande capacité à reconquérir le terrain laissé
libre, soit par rejet de souche, c'est le cas du maquis dont l'ensouchement se conforte d'autant
plus que la concurrence des arbres a diminué (on a pu dire ainsi que plus une forêt brûle, plus
le maquis devient exubérant), soit par ensemencement naturel, c'est le cas du Frêne et, surtout,
du Pin maritime qui envahit en impérialiste les vides . Les brosses de semis qu'il développe au
bout de quelques mois t4) ont pu faire dire, sous forme de boutade, aux forestiers que le feu était
le meilleur agent de régénération de la forêt.
Le reboisement coûtant une fortune, il est évident que cette qualité que possèdent certaines
essences a une grande utilité, tant sur le plan écologique que sur le plan économique . Que de
terrains sauvés de l'érosion grâce à la constance manifestée par le maquis et le Pin maritime,
sans qu'il en coûte un sou à la Collectivité nationale l
À l'inverse, les essences d'ombre, comme le Hêtre, les Sapins et aussi, à un degré moindre, le
Chêne vert, sont impitoyablement et pour longtemps éliminées par le feu.
Paradoxalement, le Pin maritime n'en a pas pour autant retiré une belle image de marque.
Réoccupant les terrains habituellement incendiés et notamment les croupes et les pentes
exposées au vent, il se retrouve, chaque fois, en première ligne, voué à une destruction certaine.
On lui en fait le reproche, alors qu'on devrait plutôt louer son opiniâtreté à vouloir reconquérir,
tel le Poilu de Verdun, ces lambeaux de terre perdus à l'ennemi.
La situation écologique
Les essences, c'est bien connu, ont leurs exigences écologiques . Certaines n'aiment que les
versants Nord, d'autres l'altitude, d'autres encore se complaisent dans l'aridité des versants Sud
de basse altitude.
(4) Pendant l'incendie, les cônes s'ouvrent, sous l'effet da la chaleur, libérant des multitudes de graines ailées qui germent après
la première pluie.
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LES INCENDIES DE FORÊTS EN FRANCE
Ce comportement, différent selon les essences a son importance car celles-ci ne se retrouvent
pas dans des situations identiques, vis-à-vis de l'incendie . Le Hêtre quand il se développe sur
les versants Nord d'altitude ne craint pas le feu, qui ne peut l'atteindre . Le Pin maritime et le
Chêne vert, qui vivent sur tous les versants à faible altitude, sont très exposés.
Cet aspect de la question peut paraître secondaire, mais en le passant sous silence, on a tiré
des conclusions bien hâtives sur la résistance ou la fragilité au feu des essences . Le Hêtre, le
Châtaignier et le Sapin occupent, en général, des terrains (versants Nord, fonds de vallons
humides) où le feu ne se montre pas à l'aise . A l'inverse, le Pin maritime, le Chêne-liège et le
Pin laricio se développent sur des versants Sud, où le feu s'emballe facilement.
A contrario, il est illusoire de penser planter du Hêtre là où l'on rencontre communément du Pin
maritime.
L'écologie complique donc la tâche du forestier dans sa recherche des essences à la fois
adaptées au terrain et résistantes au feu, problème pas toujours très commode à résoudre,
même si l'on fait appel aux essences exotiques (5) .
L'image de marque dans le monde rural
Ataviquement berger, le rural corse, comme tout bon méditerranéen qui se respecte, n'apprécie
pas particulièrement la forêt . Mais il manifeste un certain penchant pour des arbres à destination
fruitière . Ainsi, aime-t-il le Châtaignier pour des raisons historiques et économiques . II a pourtant
(5) Les essences dites exotiques ne sont pas seulement des essences originaires des pays tropicaux, mais des essences
étrangères au pays .
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Rev. For. Fr. XLII - n° sp. 1990
F. CERUTTI
abandonné l'Olivier, le roi des arbres méditerranéens, qu'il n'a pas hésité à brûler dans de
nombreuses régions (Balagne, Pila-Canale) . II répugne aussi à brûler les forêts de Chêne vert,
parce qu'elles occupent, en général, des versants Nord, moins intéressants sur le plan pastoral
et parce qu'elles lui rappellent le « fucone ' des froides journées d'hiver.
Cette considération a son importance parce que l'homme ne met pas le feu dans les formations
végétales de ce type, qui sont ainsi à l'abri d'une destruction systématique . Elle est à rapprocher du comportement des ruraux de certaines régions (Fiumorbu, Guagno, Moyen Taravo,
Bastelica, Ouenza, etc . . .) qui n'utilisent jamais le feu (coutume qui doit provenir de l'ancienne
façon d'exploiter la terre de l'époque Néolithique).
CONCLUSIONS
Nous n'avons peut-être pas fait le tour complet de tous les facteurs qui interviennent dans le
rapport complexe entre la forêt et l'incendie, mais nous pensons avoir analysé les principaux.
On peut ainsi définir la notion de vulnérabilité des essences au feu (noter 0, 1 ou 2 pour chaque
critère, affecté d'un coefficient 1 ou 2, suivant l'importance de ce critère).
Cette notion de vulnérabilité permettrait des comparaisons, voire un classement . On peut se
contenter d'un simple diagnostic par essence comme le montre l'exemple suivant concernant le
Chêne vert et le Pin maritime :
Chêne vert
Pin maritime
mauvais
bon
mauvais
mauvais
mauvais
bon
moyen
bon
mauvais
moyen
mauvais
bon
mauvais
mauvais
Vitesse de croissance (futaie) Couvert
Inflammabilité
Résistance
Reconquête
Écologie
Image
II est curieux de constater une sorte d'équivalence dans la vulnérabilité de ces deux essences
que l'on aime pourtant bien opposer.
C'est ce diagnostic par essence qui est essentiel pour le forestier, car le choix des actions de
prévention et de leur intensité va dépendre, étroitement, de cette connaissance approfondie qu'il
a de chaque forêt.
Nous découvrons, à l'analyse, que les forestiers ne méritent pas la critique habituelle, formulée à
leur égard, de favoriser les résineux et, en particulier, le Pin maritime . Les forêts de Pin maritime
occupent les terrains incendiés depuis l'Antiquité par les bergers, qui sont donc à l'origine de
l'extension de ces forêts.
Les forestiers ayant en charge ces forêts se doivent de choisir les meilleures méthodes de
prévention, en fonction de leur efficacité pour ce type de forêt et de leur coüt.
F . CERUTTI
Directeur régional
OFFICE NATIONAL DES FORETS
Immeuble , . La Piétrina ..
Avenue de la Grande-Armée
20000 AJACCIO
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