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L'INTENSITÉ EN SYLVICULTURE Quelques réflexions sur l'orientation 4

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L'INTENSITÉ EN SYLVICULTURE Quelques réflexions sur l'orientation 4
L'INTENSITÉ EN SYLVICULTURE
Quelques réflexions sur l'orientation
de la gestion dans nos forêts
4
B . DE TURCKHEIM -
Note de la Rédaction
Depuis longtemps déjà, l'École forestière française s'est référée à la nature pour bâtir les règles
de sa sylviculture . Aujourd'hui, un courant de pensée et d'action qui prône, lui aussi, une
sylviculture ' proche de la nature » arrive d'Europe Centrale et d'Allemagne.
Né au début du siècle, ce courant reprend force actuellement. En sont sans doute l'élément
catalyseur, les craintes suscitées par le « dépérissement des forêts » observé dans la dernière
décennie, certains excès de quelques reboisements — ou déboisements ! — brutaux, le désir
aussi de réagir contre un engouement parfois excessif pour ce qu'on appelle la ligniculture, enfin
le souci de retrouver une gestion améliorant la stabilité des peuplements et la rentabilité du
patrimoine forestier.
L'article qui suit illustte ces conceptions, qui veulent promouvoir une « sylviculture intensive
proche de la nature, et menée selon les principes écologiques ».
L'auteur en est un forestier alsacien dont la qualification, la juste réputation dépassent les
frontières nationales.
Ses principes, ses affirmations, ses conclusions dont nous lui laissons l'entière responsabilité,
susciteront, nous le souhaitons, un débat d'idées positif et constructif parmi nos lecteurs.
Nous nous en réjouissons par avance, s'ils veulent bien nous faire parvenir par écrit leurs
réactions, soit sous la forme d'articles, soit sous la forme de courrier des lecteurs ».
J . PARDÉ et G . BLANCHARD
GÉNÉRALITÉS
Au cours des dernières années, la notion d'intensité a été utilisée de manières très différentes
en foresterie . N'a-t-on pas vu l'intensité de la sylviculture définie comme le degré d'intervention
des éclaircies, une sylviculture intensive prélevant 30 % du matériel producteur et une sylviculture moyenne 20 % seulement, comme dans le bulletin Est-Inter Bois ? Ou dans une récente
directive du Fonds forestier national (FFN), la sylviculture intensive s'entend pour des plantations
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à grand écartement à condition que des soins particuliers soient prodigués aux plants mis en
place . Ou encore dans l'article remarqué du Professeur Martin dans la Revue forestière française
(n° 1/1985), la sylviculture traditionnelle est qualifiée d'extensive et non rentable par rapport à la
ligniculture qualifiée de sylviculture intensive qui, seule, permettrait d'obtenir en forêt un rendement financier acceptable . L'intensification pour une meilleure rentabilité est opposée à la
protection pour une plus forte valeur écologique . Économie et écologie sont souvent qualifiées
d'inconciliables.
La nécessité de produire plus, pour satisfaire aux besoins de l'économie, et notamment, pour
créer des emplois, donne à l'intensification une sorte d'auréole de modernité, alors que le terme
d'extensification porte une connotation péjorative, retardataire, négligente, et, dans ce cadre, la
sylviculture traditionnelle reçoit parfois, chez nous, une coloration un peu désuète, voire dépassée, encore que, de plus en plus fréquemment, des forestiers de terrain ou d'école pensent
différemment.
Ne serait-il pas temps d'essayer de clarifier certains concepts, et en même temps, de rechercher si certains jugements ne devraient pas être pour le moins nuancés ; en un mot, réfléchir sur
la conception globale de gestion de nos forêts, à l'aube du XXI° siècle ?
Point n'est besoin de définir le champ d'action de la sylviculture, qui est la gestion de
peuplements forestiers en vue de la satisfaction des besoins des hommes . Certains spécialistes
distinguent la production biologique des bois de leur production mécanique et séparent la
sylviculture, qui fait pousser les bois, de leur exploitation en arrêtant la sylviculture à la vente de
bois sur pied . Étant donné que la récolte des bois est intimement liée aux soins aux peuplements, nous proposons de réfléchir à l'ensemble des interventions du forestier sur la croissance
et la récolte des bois, de même que la viticulture ne s'arrête pas à la veille des vendanges, et
que personne ne séparerait la moisson du blé de sa culture.
Il faudrait peut-être aussi préciser la notion d'intensité, terme qui, pour certains, présente
quelque ambiguïté.
Toute production du secteur primaire, avons-nous appris en économie politique, met en jeu les
trois facteurs fondamentaux que sont la terre (ou plutôt la station ou le milieu naturel, au sens
forestier), le travail et le capital ; l'entrepreneur est l'agent qui combine ces trois facteurs en vue
de la meilleure satisfaction des besoins des uns et des autres.
L'intensité de l'agriculture est une mesure du degré d'impulsion, dans le processus de production, du capital et du travail relativement au milieu.
Une production extensive donnera la priorité au sol, alors qu'elle n'aura nécessité que peu de
travail et peu de capital.
Une augmentation de l'impulsion du travail ou/et du capital, par rapport au sol qui est exploité,
sera qualifiée d'intensification de la production.
Une culture extensive met en jeu de faibles capitaux et une faible somme de travail par hectare,
pour une faible production.
L'intensification, par contre, augmente soit les investissements financiers par hectare, soit le
nombre d'heures consacrées à l'exploitation d'une surface donnée, soit les deux.
Il faut donc distinguer entre les méthodes d'exploitation intensives en travail ou intensives en
capitaux, ou intensives globalement.
Une entreprise pastorale exploitant de vastes parcours avec un cheptel réduit, donc avec de
faibles capitaux, est extensive . Une exploitation céréalière utilisant un capital de machines
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L'intensité en sylviculture
important, beaucoup d'engrais, de produits phytosanitaires ou herbicides, sera intensive en
capitaux mais extensive en travail ; une culture horticole traditionnelle ou une pépinière seront
très intensives en travail, probablement moins en capitaux . L'agriculture intensive à base de
travail humain est parfois aussi qualifiée d'agriculture active, alors que l'agriculture dite industrielle est une forme d'exploitation intensive mais à base de capitaux, de machines, d'achats de
produits et peu de travail . L'intensification est souvent un effet de la rareté de la terre par
rapport aux besoins de produits, mais aussi par rapport à l'offre de travail ou de capitaux.
APPLICATIONS À LA FORÊT
Quelle est l'application à la sylviculture de ces considérations générales ?
Le sylviculteur, en tant qu'agent économique, doit s'efforcer d'obtenir par la vente de ses
produits — presque exclusivement le bois — une rémunération pour les capitaux dont il
dispose, pour les personnes qu'il emploie, pour la puissance publique qui le protège.
Les problèmes qui se posent à lui deviennent de plus en plus difficiles à résoudre, et nécessitent une réflexion approfondie
sur son système de gestçn, et
notamment sur le degré d'intensité qu'il doit choisir.
II n'est, en effet, un secret
pour personne que la valeur
moyenne du bois, pris dans
son ensemble, comme celle
de quasiment toutes les matières premières, ne suit pas,
ou que très imparfaitement,
l'évolution des coûts unitaires, notamment de ceux du
travail et ceux de l'impôt.
Nous reviendrons ci-après sur
l'évolution divergente des prix
des bois courants et des bois
de qualité .
Col de Steige (Bas-Rhin).
Altitude 550 m.
Futaie jardinée privée . Epicéa,
Sapin, Hêtre, quelques Chênes.
Régénération naturelle de Sapin,
Hêtre, Sycomore, Epicéa.
Photo W. Trepp - 1988
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Les tableaux I et II, ci-contre, donnent quelques détails sur l'évolution catastrophique divergente
— pour le propriétaire — des salaires et des prix des bois exploités . Les chiffres suisses sont
donnés, à la fois pour consoler les propriétaires de forêts françaises, dont l'évolution est moins
préoccupante, et pour leur montrer ce qui risquerait de leur arriver si l'expansion des coûts du
travail devait reprendre . Les impôts locaux, également, absorbent une part de plus en plus
importante de la production (voir tableau Ill, p . 479).
Pour survivre sans dépendre des subventions publiques, la sylviculture a le choix entre trois
options fondamentales, qui, toutes, ont pour but l'augmentation de la productivité du travail,
mais aussi celle de la station :
1) L'augmentation de la production et du chiffre d'affaires, en employant des méthodes inspirées de celles de l'agriculture intensive et industrielle.
2) La diminution des frais par l'intensification de la récolte, par l'emploi de machines avec
éventuellement l'extensification de la production biologique, par analogie avec l'exploitation des
mines ou des carrières.
3) L'optimisation du processus sylvicole tout entier, y compris l'exploitation, en utilisant des
méthodes intensives originales basées sur l'écologie forestière.
Notre propos est d'essayer de décrire les trois types de traitement, d'en dégager les avantages,
les servitudes, les limites, les résultats.
LA LIGNICULTURE
Le premier chemin, sur lequel s'engagent des spécialistes, est celui de l'intensification de la
sylviculture inspirée par les méthodes qui ont permis à l'agriculture moderne d'augmenter ses
rendements dans des proportions inimaginables il y a cinquante ans.
Les progrès de la mécanisation, la connaissance de l'alimentation des plantes et l'utilisation des
engrais artificiels, les moyens de lutte contre parasites, maladies, flore concurrente apportés par
la chimie moderne, mais surtout aussi les nouvelles connaissances en génétique permettent de
produire, à l'hectare, des volumes de bois plus ou moins standardisés qui peuvent atteindre des
multiples de ceux de la production traditionnelle.
Souvent ces nouvelles cultures de bois ne nécessitent pas d'éclaircies avant la récolte finale,
qui est réalisée en une fois et qui permet l'intervention de machines très perfectionnées et très
puissantes . Un travail admirable a été réalisé, notamment par l'équipe de chercheurs de
I'AFOCEL et de I'ARMEF qui ont, dans cette voie, fait progresser nos connaissances d'une
manière reconnue internationalement.
Les exemples, dans nos pays, de ce type de production sont donnés principalement par la
populiculture intensive, la culture du Pin maritime, et, dans une moindre mesure, celle de
l'Eucalyptus . Dans les pays tropicaux humides ou à climat modéré, la culture du Pin de
Monterey, de la Nouvelle-Zélande à l'Afrique du Sud (900 m 3 /ha en trente ans), ou celle de
l'Eucalyptus ou autres essences (20 m 3 par hectare et par an), démontre les résultats spectaculaires qui peuvent être obtenus, aussi bien en volume de bois produit qu'en argent . La rotation
des capitaux peut être réduite à des durées de quelques années seulement.
Quelles sont les contraintes et les limites de ce type de ligniculture intensive ?
Tout d'abord, elle nécessite des surfaces de terrain relativement étendues, avec un relief faible
permettant une mécanisation efficace . Leur qualité physique et chimique doit être suffisamment
bonne pour que les façons culturales aient leur plein effet, et pour que les plantes exigeantes
478
L'intensité en sylviculture
Tableau I
Forêt de Landsberg
Colonne 1
Frais d'exploitation
(charges sociales non comprises)
Colonne 2
Prix de vente
Rapport
1 /2
1,40 M */st
19 F/st
20 F/st
9,5 F + SS
47
+ SS
7,50 à 12,25 M/st
54 à 68 F/st
90 à 140 F
20
200
14 %
32
17 %
47 %
24 %
18 F/m 3
20 F/m 3
8 F + charges sociales
30 F + charges sociales
22,50 M/m3
135 F/m 3
155 F/m 3
110 F
450 F
13 %
13 %
7%
7 °la
Bois de chauffage (stères)
1910
1933
1939
1960
1989
Bois d'oeuvre Sapin
1910
1933
1939
1960
1989
N .B. L'évolution des toutes dernières années permet de tempérer un peu le pessimisme . Elle ne modifie nullement les tendances à long
terme, et surtout ne justifie nullement un relâchement des efforts de sylviculture.
M = Mark (avant-guerre de 1914).
Tableau II
Prix de vente des bois et tarif horaire d'un bûcheron en Suisse
(1939 à 1987)
Salaire horaire
1939
1950
1960
1970
1980
1987
CHF/h
Coeff .
0,92
1,98
2,81
5,79
14,05
19,69
1
2,15
3,05
6,29
15,27
21,40
m3 de sapin 3e classe
Plateau suisse
Prix
36,27 F
59,86
110,81
121,41
160,69
140,83
m3 de hêtre
Jura
stère de chauffage hêtre
Coeff.
Prix
Coeff.
Prix
Coeff.
1
1,65
3,05
3,34
4,43
3,88
44,32
89,11
102,94
107,56
159,56
165,16
1
2,01
2,32
2,43
3,60
3,72
23,42
38,14
33,23
36,96
60,04
73,50
1
1,63
1,42
1,58
2,56
3,14
Schweizer Forstkalender 1989.
Tableau III
Evolution des impôts locaux dans une forêt privée du Bas-Rhin
Année
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
Impôts locaux
• par hectare (F)
• par m3 exploité (F) . . .
57,90
75,12
97,78
144,23
32,05
172,95
38,63
209,17
46,48
272,29
60,50
280,51
62,33
0,44 m3
0,62 m3
0,74 m 3
0,89 m3
0,76 m3
Volume de bois exploité
absorbé par l'impôt
et par hectare
Source : Archives de la foret de Bonnefontaine.
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qui seront mises en place y trouvent des conditions de croissance adéquates . Le climat aussi
doit être favorable à la production de bois, avec un apport d'eau suffisant et une température
pas trop basse ni trop élevée.
La ligniculture intensive, basée sur une seule essence, voire un seul clone multiplié à l'extrême,
présente des risques de dommages importants dus à des maladies, à des catastrophes climatiques, au dépérissement attribué à la pollution, risques certes diminués par la rapidité du cycle
de production et par les moyens de lutte connus, mais qui coûtent cher.
Le risque commercial existe aussi et ne devrait pas être minimisé . La ligniculture est basée sur
la fourniture d'un produit principal — parfois d'un produit unique — et les forestiers européens,
qui ont vu, en peu d'années, les modifications des relations de prix constatées entre des
produits parfois voisins, les apparitions et disparitions d'entreprises transformatrices et de
marchés, peuvent se questionner sur la solidité de telles spécialisations . Pour limiter ce risque,
elles devraient être intégrées dans une filière à contrats très solides, à prix garantis et où, en
vérité, la production de bois n'est qu'une annexe de l'industrie . Un propriétaire voulant rester
indépendant paraîtrait imprudent de s'engager dans une telle voie.
La forêt, enfin, remplit souvent d'autres fonctions que celle de produire du bois . Ces fonctions
de protection ou de loisir, d'aménagement du paysage, ne sont évidemment pas ou très mal
assumées par les plantations monospécifiques, artificielles et à courte révolution . La variété des
images est un élément important de la conservation des sites naturels, et on ne voit pas bien
une peupleraie étendue devenir un lieu de promenade agréable.
Ainsi est-il admis universellement que cette forme de sylviculture intensive — mais est-ce
encore de la sylviculture ? — qu'est la ligniculture, malgré ses avantages spectaculaires, ne
s'étendra jamais en Europe, que sur une petite partie de la surface consacrée à la forêt — que
le Professeur Martin estimait à 10 % — tout en sachant que le bois produit de la sorte atteindra
probablement une part de plus en plus élevée, en volume, des besoins mondiaux.
LA SYLVICULTURE DE PEUPLEMENTS EQUIENNES
Une deuxième conception de la foresterie, visant à améliorer sa rentabilité, est de minimiser les
frais de récolte de bois, étant observé que, dans la gestion traditionnelle, ce poste de dépense
est le plus important du compte des entreprises sylvicoles.
À cette fin, d'une part le matériel d'exploitation est fortement renforcé avec l'utilisation de
machines de plus en plus puissantes : processeurs, gros tracteurs et camions, téléphériques,
mais aussi établissement de réseaux de desserte très performants . D'autre part, pour permettre
le déploiement de ce matériel en vue de son efficience maximale, la sylviculture est dirigée vers
l'exploitation des peuplements à blanc étoc et sur des surfaces de plus en plus étendues,
aboutissant à l'exigence d'homogénéisation des peuplements.
À une intensification très poussée de la partie mécanique, de la partie <, récolte >, de la
production, correspond une extensification non moins poussée de la production biologique avec
le moins possible d'opérations intermédiaires de soins.
L'exploitation des forêts vierges n'ayant rien coûté est le cas extrême de cette tendance, telle
qu'elle se pratique encore actuellement sur de grandes surfaces, notamment dans certaines
régions du Canada ou dans la forêt tropicale humide, sans souci de reconstitution de la
production, sans éclaircie, et même sans souci de la conservation du sol, et qui procède plutôt
de l'exploitation minière que de la gestion forestière . Elle s'est pratiquée dans nos pays jusqu'à
l'apparition d'une sylviculture de production, de conservation et d'amélioration, basée sur le
principe du rendement soutenu, surtout au début du XIX e siècle.
480
L'intensité en sylviculture
Plus près de nous, le traitement du taillis simple, voire du taillis-sous-futaie primitif, mais aussi
celui des plantations résineuses homogènes exploitées à blanc étoc, à la plus courte révolution
possible, telle qu'elle est prônée par les tenants de la rente maximum du sol, avec absence ou
minimum d'éclaircies, procèdent du même type de réflexion : extensification de la production
biologique concomitante avec l'intensification de la production mécanique.
Les avantages et les inconvénients du traitement forestier par coupes rases systématiques sont
très variables selon les conditions naturelles dans lesquelles il est pratiqué . Il est certain que ce
traitement est facile, il est à la portée de forestiers peu formés . Il se laisse planifier bureaucratiquement . Très théoriquement, il permet de prévoir facilement à l'aide de tables de production ou
de programmes informatiques les récoltes réalisables aux diverses époques . Il est clair qu'à ce
titre, il a la faveur d'organismes centralisateurs et planificateurs . Il a aussi l'avantage de pouvoir
être compris par des responsables sans aucune connaissance forestière, et de séduire des
investisseurs se croyant cartésiens.
Par contre, d'une manière générale, lorsque les fonctions de protection sont importantes, et
notamment en montagne, la coupe rase ne permet pas d'assurer ces dites fonctions . Certains
sols ne supportent pas leur exposition brutale au soleil, au vent et à la pluie, qui amène leur
dégradation, parfois irréversible, ce qui équivaut à une véritable dilapidation du potentiel de
production . La protection du sol contre l'érosion, la conservation des sources, la prévention des
avalanches ne sont plus garanties.
Divers risques météoriques ou parasitaires sont spécifiques des peuplements équiennes issus de
coupes rases — par exemple l'Hylobe, qui détruit chez nous de nombreuses plantations et
entraîne des épandages de poisons, alors qu'en Suisse, pays où la coupe à blanc est généralement proscrite, il n'existe que dans les livres.
Mais surtout, et même lorsque ces inconvénients ne pèsent pas, la coupe à blanc étoc de
grande surface amène généralement un gaspillage plus ou moins important du potentiel de
production, une augmentation du coût de reconstitution et une adaptation physiologique des
arbres moins favorable à la production de qualité à long terme que dans des conditions de
croissance plus progressives.
En un mot, si les soucis économiques à court terme induisent la négligence des impératifs
écologiques, ces derniers finissent toujours par entraîner des catastrophes économiques . Depuis
les débuts de l'École forestière française, celle-ci a toujours préconisé le respect des lois
écologiques : choix des essences en station, régénération si possible naturelle, et si possible
prudente et étendue sur de longues années, pour que les « jeunes « profitent de la protection,
mais aussi de l'éducation par les « vieux « . L'ouverture du couvert est organisée en vue de
satisfaire au tempérament des semis et des fourrés, notamment à leurs exigences de lumière et
leur évolution . L'éducation des gaulis et des perchis, par soins intensifs, a conduit à la
constitution de peuplements remarquables, produisant des bois de haute qualité . Les massifs
créés et entretenus de la sorte font l'admiration et l'envie de tous les spécialistes, et il convient
d'évoquer les noms de Tronçais, Bercé, Lyons, Bitche, Haguenau, avec le plus grand respect . La
productivité en bois de valeur y est maximale, la beauté aussi — pour qui aime l'ordre et ne
visite que les peuplements âgés —, et il n'est pas question d'émettre la moindre critique sur le
travail admirable des générations de forestiers qui se sont succédé à leur service.
Il est encore moins question d'y proposer des modifications de la sylviculture, mais ne peut-on
pas se demander, en responsable de la conduite de peuplements moins prestigieux, si l'objectif
est bien de tendre vers ces modèles, et si le souci d'ordre n'a pas, à un moment ou à un autre,
entraîné des sacrifices de potentiel souvent gigantesques . Un encore plus grand respect des lois
écologiques, ajouté à une plus grande liberté de gestion et une souplesse totale, s'éloignant de
tout schéma régulateur, permet, bien souvent, selon de nombreux praticiens et chercheurs, de
donner des réponses mieux adaptées aux divers impératifs de la forêt et de ses propriétaires.
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Rev. For. Fr. XLII - 5-1990
B . DE TURCKHEIM
LA SYLVICULTURE PROCHE DE LA NATURE
L'une des réflexions de base est que les quantités d'énergie, de sels minéraux, d'eau, disponibles pour la production, étant fixes, il s'agit de les employer au mieux par les plants forestiers,
en vue de nos besoins.
Cette sylviculture à but économique a de grands enseignements à recueillir de l'étude de la forêt
vierge, dont le « projet » est de se perpétuer aux moindres risques . Par la diversité de ses
structures, condition de la diversité des processus de vie qui s'y déroulent, la forêt vierge, vue
dans son ensemble, reflète une remarquable stabilité, même si les différentes phases qui s'y
déroulent montrent de grands changements, au cours des temps, parfois brutaux, sur des
surfaces plus ou moins grandes . La forêt vierge est souvent caractérisée par de grands
individus, groupés en petits bouquets et qui garantissent la stabilité de l'ensemble . La phase de
jeunesse est très longue, à l'abri des vieux arbres, elle permet la sélection continue des
meilleurs, mais elle leur apporte aussi la sécurité.
L'étude de la dynamique de la forêt vierge permet, par conséquent, de comprendre beaucoup
de mécanismes de la croissance de la forêt, et de les adapter à la forêt à but économique en
vue d'économiser des moyens coûteux . Certes la forêt vierge ne « produit ,< rien, puisque toute
la biosubstance produite est consommée et dégradée sur place . Il ne peut pas être question de
la « copier », car les besoins de la société sont tout à fait divergents de ceux de la nature :
production de bois et de services . La forêt vierge n'est même pas toujours belle, et elle peut
être dangereuse pour les passants . Mais la compréhension des lois qui la conduisent permet
d'obtenir les plus grands effets avec les plus faibles interventions, mais cela nécessite de
l'intelligence, de la connaissance des lois biologiques, de la patience, de l'observation.
En un mot, la forêt est considérée comme un organisme global, théâtre de multiples actions et
interactions souvent encore inconnues, et non comme une juxtaposition de carrés équiennes,
comme un jardin potager.
Pendant la longue durée de la production forestière, les risques sont importants . Si le gel,
l'humidité ou la grêle détruisent une récolte de blé, et que ce risque n'arrive qu'une fois par
siècle, il n'y a que 1 % de la production qui est détruite . La même catastrophe — unique dans
le siècle — arrivant en forêt peut détruire plusieurs dizaines de pourcents de la récolte . Il est
tout à fait reconnu qu'une sylviculture naturelle diminue ce risque par l'emploi de mélanges
d'essences, d'âges ou de stades de développement.
Dans les futaies jardinées du Jura suisse, le volume de chablis se situe aux environs de 5 % de
la production moyenne annuelle, alors qu'en futaie équienne d'Épicéa, dans les Vosges, ce
volume atteint en moyenne 20 % de la production . Et lors de la grande tempête de 1972, en
Allemagne du Nord, qui a renversé en quatre heures 24 millions de mètres cubes, la perte a été,
à Syke, de 52 % du matériel sur pied, et même de 73 % à Cloppenburg, mais « seulement »
20 % à Erdmannshausen, forêt pilote gérée selon les principes décrits ici, depuis 1890, et bien
que, dans cette forêt, le capital sur pied ait été le plus élevé avant la catastrophe . Et ces 20
se sont trouvés, notamment, dans des peuplements équiennes qui n'avaient pas encore pu être
convertis.
La continuité de la production est un élément important pour la rentabilité des entreprises
forestières.
Un autre élément fondamental est le prix des bois . Le bois de qualité valant, au mètre cube,
parfois plus de cent fois le bois courant, il est beaucoup plus important d'en augmenter la
proportion que de gagner quelques fractions de mètre cube de production à l'hectare . L'évolution des prix des bois de qualité, depuis des années, est nettement plus favorable que celle des
bois courants, et dépasse, souvent, la croissance du coût de la vie.
482
L'intensité en sylviculture
Les emplois spécifiques du bois dans 80, 100, 150 ans ne sont pas connus actuellement . Par
contre, il est à peu près certain que des bois dépassant un certain diamètre minimum, réguliers
et sans défauts, trouveront des emplois peut-être encore insoupçonnés aujourd'hui . La sylviculture naturelle s'efforce de faire pousser des essences bien adaptées à la station, qui produiront
de telles qualités de grumes . En outre, en produisant plusieurs essences, les risques commerciaux sont étalés.
Les principes de la sylviculture basée sur l'écologie, particulièrement aussi sur la synécologie,
peuvent être résumés ainsi.
Le forestier donne des soins légers, continus, réfléchis aux peuplements, aux individus, mais
aussi au biotope pour améliorer la stabilité de l'écosystème forestier et pour favoriser toujours
les producteurs qui atteindront au mieux les buts économiques tracés à la forêt.
Les coupes, dans ce contexte, ont toujours un effet double : améliorer la production biologique
et récolter du bois . La transition est continue entre coupe d'éclaircie — en faveur du peuplement en place et en faveur des meilleurs producteurs — et coupe de régénération — en faveur
du peuplement ou des producteurs de remplacement — et souvent la même opération poursuit
les deux buts à la fois, outre celui de récolte.
Forêt de Landsberg (Bas-Rhin).
Altitude 450 m . Versant Nord. Futaie
mélangée Hêtre-Sapin . Forte
dispersion des diamètres . Eclaircie
en faveur des meilleurs.
Amélioration de la structure par
enlèvement des intermédiaires.
Photo W. Trepp - 1988
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Rev. For. Fr . XLII - 5-1990
B . DE TURCKHEIM
Une attention très particulière est donnée au choix des essences productrices ou des essences
auxiliaires en relation avec la station, ainsi qu'à leur mélange éventuel . Jamais il n'a été dit que
les essences naturellement en place seraient seules utilisées à l'exclusion de toute essence
étrangère . D'ailleurs souvent, la composition des forêts naturelles résulte plus de relations de
concurrence des arbres entre eux que d'adaptation des essences aux stations ; les plus
récentes analyses polliniques nous prouvent qu'en Europe, les Douglas, Thuyas, Tsugas,
Séquoias, et parmi les feuillus, Caryas, Juglans, Magnolias, seraient chez eux, si l'orientation de
nos principales montagnes ne les avait éliminés lors des diverses glaciations.
Enfin, la sylviculture proche de la nature travaille avec des volumes de bois relativement élevés
et de qualité, sachant qu'une haute production de bois de valeur ne peut être obtenue qu'avec
un matériel producteur ayant les mêmes caractéristiques.
Les peuplements issus d'un traitement naturaliste sont très variés . Certes, la futaie jardinée pied
par pied - au moins dans l'étage dominant - ou par bouquets ou par parquets constitue , sauf
exceptions, l'état idéal recherché . Mais le plus souvent, les peuplements - au moins au début
de leur conversion, s'il s'agit d'anciennes futaies équiennes - sont à deux étages qui s'interpénètrent plus ou moins . En montagne et en forêt naturelle, les arbres sont presque toujours
groupés par bouquets homogènes, ce qui permet leur éducation, mais aussi leur protection
réciproque.
Ce qui est important, c'est le respect de l'individualité des arbres, la continuité de la gestion,
sans à-coups brutaux, le prolongement des délais de régénération, bref, le respect de l'écosystème forestier dans son ensemble, mais en vue de la satisfaction des multiples besoins des
hommes, et prioritairement de l'économie.
Comme le dit le Professeur Hannes Mayer (1977), il n'est pas question de jardiner toutes les
forêts, mais les principes du jardinage ont une valeur universelle, pour créer des forêts productives, fonctionnelles, durables.
Les avantages de ce mode de traitement sont variés.
La productivité des peuplements est augmentée, aussi bien par le maintien en croissance
pendant de nombreuses décennies des individus de qualité et de bonne vitalité, que par
l'élimination précoce des producteurs médiocres.
Le recouvrement des régénérations par les vieux arbres permet le cumul des productions des
jeunes et des âgés, et l'arrêt de la production des vieux est retardé jusqu'au moment où les
jeunes auront déjà atteint un certain développement et seront pratiquement prêts à produire
eux-mêmes . Ce phénomène équivaut, en réalité, à un raccourcissement apparent de la révolution, ou, ce qui revient au même, à une extension de la surface productive (cf . figure 1, p . 485).
Nous savons, en outre, que la réduction du matériel sur pied n'entraîne pas une réduction
proportionnelle de l'accroissement en volume, en raison de l'accroissement de mise en lumière
(Lichtungszuwachs des Allemands).
La perte de l'accroissement, d'après Kramer (1982) se constate en effet comme suit (cité par
Reininger) :
Densité
1,0
0,9
0,8
0,7
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
Epicéa
Pin sylvestre
Hêtre
Chêne
1,0
1,0
1,0
1,0
1,0
0,95
1,0
0,95
0,95
0,90
0,95
0,90
0,90
0,85
0,90
0,85
0,80
0,75
0,85
0,80
0,65
0,65
0,75
0,70
0,50
0,55
0,65
0,60
0,35
0,40
0,50
0,50
0,20
0,30
0,35
0,35
0,10
0,15
0,20
0,20
484
L'intensité en sylviculture
Figure 1
GAIN DE SURFACE PRODUCTIVE (OU DE TEMPS DE PRODUCTION) PAR LE RAJEUNISSEMENT SOUS COUVERT
(d'après Kurt, 1983)
Futaie régulière - Coupe à blanc
Futaie à régénération lente sous abri
Hauteur dominante (m)
%de la surface
productive
Revenu
18%
Hauteur dominante (m)
13 %
19%
5o %a
±0
+
++
6 16 %
±0
21 %
57 %
+
La période déficitaire (Hem < 15 m) peut apparemment être réduite si elle se déroule sous un vieux peuplement à forte production
en valeur .
Epicéa table de production SSRF h = 24 m
C'est-à-dire que si, par exemple, un peuplement de Hêtre est éclairci (progressivement !) à une
densité de 50 % par rapport à un peuplement « plein l'accroissement ne baisse que de 25 %.
Ou, en d'autres termes, si, au lieu d'avoir 1 ha de peuplement plein et 1 ha de peuplement
régénéré, on avait 2 ha de futaie éclaircie à 50 % dominant de la jeunesse, l'accroissement
serait égal à celui de 1,5 ha de futaie pleine . Et, si ces deux hectares ne portent que des Hêtres
de grande valeur, l'accroissement en argent peut être égal ou même supérieur à celui de deux
hectares de futaie pleine !
L'éducation des jeunes plants sous les grands réduit la concurrence de la flore de lumière et
permet ainsi des économies de travaux de dégagements . L'énergie solaire disponible n'est pas
— ou beaucoup moins — gaspillée sur de la végétation non utile à l'économie, voire nuisible.
En plus, au moins pour certaines essences, la qualité des jeunes tiges est améliorée par leur
croissance juvénile à l'ombre, ainsi que leur vitalité, qui se prolonge, jusque dans le vieil âge,
permettant une production de qualité soutenue : la surface consacrée aux vieux gros bois est
relativement élevée . La protection des jeunes plants contre le soleil, le gel, la sécheresse leur
permet de sortir plus rapidement, et avec moins de risques, du stade délicat et périlleux de la
prime jeunesse . Souvent aussi, la croissance juvénile en hauteur est plus importante en demiombre qu'en pleine lumière, même pour des essences dites de lumière comme le Chêne.
L'ombre permet aussi la sélection des jeunes tiges les plus vigoureuses, et l'élimination précoce
de leurs concurrents . Les fourrés et gaulis se composent d'un nombre réduit d'individus
dominants, ils permettent donc de réduire les nécessaires travaux de dépressage des régénérations naturelles trop denses.
Il semble bien aussi que des tiges ayant eu une croissance freinée dans la jeunesse atteignent
beaucoup plus tard les stades de sénilité et de décrépitude . Elles peuvent donc avoir un
accroissement beaucoup plus longtemps soutenu, et atteindre des dimensions nettement plus
impressionnantes et plus rémunératrices, lorsqu'elles sont de qualité.
485
Rev. For. Fr. XLII - 5-1990
B . DE TURCKHEIM
Le mélange des classes d'âge et des essences n'est nullement un mythe ou une idéologie ; il
n'est pas recherché pour lui-même ou pour la gloire ; il n'est pas absolument général, mais bien
souvent, il est la résultante de la recherche de la stabilité et de la productivité.
D'une manière générale, la somme de travaux manuels ou mécaniques, nécessaire pour la mise
en place des peuplements producteurs est diminuée, et une véritable automation biologique est
mise en place pour la production forestière.
Toutefois, les contraintes et interventions du sylviculteur sont multiples.
D'une part, le besoin d'équipement en chemins est important, plus important que dans le
système de la coupe à blanc &toc, pour pouvoir récolter de manière presque continue de petites
quantités de bois à l'hectare . Pour fixer les idées, cet équipement devrait se situer, en grande
moyenne, entre 2,5 km et 4 km de routes camionnables aux 100 hectares, ce qui peut représenter de 1 200 francs à 8 000 francs par hectare d'investissement, selon la nature du sol.
D'autre part, les interventions humaines doivent être fréquentes et surtout intelligentes, le travail
spécialisé remplaçant toutefois les heures nombreuses de manoeuvre utilisées traditionnellement
pour la création de peuplements après coupe rase . Mais le travail musculaire n'a-t-il pas été
fortement revalorisé, au cours des dernières décennies, par rapport au travail intellectuel, et ne
s'agit-il pas, pour l'entrepreneur, d'économies réelles que de remplacer un certain volume de
travail de force par un volume plus faible de travail d'intelligence ? Cette tendance n'est-elle pas
comparable à celle des usines à forte automatisation où des emplois de cadres et de spécialistes remplacent ceux de manoeuvres ou d'ouvriers de force ?
Ce point mérite d'être un peu explicité, car des sceptiques pourront critiquer ce besoin en
collaborateurs qualifiés, qui, en observation superficielle, entraînerait des dépenses incompatibles avec la rentabilité de la forêt.
Il nous est parfaitement possible de réfuter ces critiques, en donnant l'exemple de tel ou tel
domaine forestier privé, géré selon les principes défendus ici, et où la « charge » en travail
d'ingénieur et de technicien est inférieure à celle qui est traditionnelle.
Cette affirmation est bien mieux étayée sur les résultats financiers des forêts de Basse-Saxe
(voir tableau IV, p . 487) . Les frais de gestion de la forêt de Stauffenburg ne sont pas supérieurs
à la moyenne des frais de gestion des forêts domaniales comparables, tout au contraire
(211 DM/ha contre 250 à 263 DM), et ceci, malgré des charges de visites, de démonstrations
tout à fait anormales.
Cela est possible grâce à plusieurs principes de gestion.
La place des forestiers est en forêt, pas au bureau . Il est donc indispensable de décharger le
personnel de terrain de toutes les tâches paperassières qui, ou bien sont souvent inutiles si l'on
y réfléchit bien, ou bien peuvent être réalisées avec des machines — par exemple le cubage
des bois par microordinateur — ou bien peuvent être exécutées par du personnel de bureau.
Notre objectif est de réduire les charges de bureau à moins de 10 % du temps de travail des
techniciens, alors qu'elles représentent souvent 25 % de ce temps.
Pour réaliser cet objectif, il faut aussi que les collaborateurs aient une bonne marge d'initiative,
et il semble nécessaire de baser les relations hiérarchiques sur un large climat de confiance,
avec un contrôle a posteriori, plutôt que sur des directives strictes, rigides, détaillées et sévères.
Pourquoi prévoir, par exemple, dans le plan simple de gestion d'une forêt privée, que tel
bouquet sera traité de telle manière, à telle époque, plutôt que de faire confiance au responsable qui sera bien formé et motivé, qui réalisera en temps voulu les opérations ponctuelles les
plus efficaces, et dont le travail sera contrôlé par son chef avec discussions, mais sur le
terrain ?
486
L'intensité en sylviculture
Tableau IV
Comparaison de l'analyse comptable de forêts domaniales
Basse-Saxe, 1986
Total
Forêts
= ou +feuilluess
=ou
50
(ou inspection 2)
Total
Braunschweig
Total général
Basse-Saxe
220 m 3
194 m 3
9,1 m 3 /ha/an
8,3 m 3 /ha/an
9,2 m 3 /ha/an
48 %
88 %
7,7
5,1
5,1
37 %
40 %
7,3
4,7
4,8
36 %
34 %
109 DM/m 3
107
118
1 032 DM/ha
89
94
85
446
89
95
87
437
99
100
97
594
768,07
253,79
719,23
265,34
734,76
260,85
Stauffenburg
Volume/ha
Accroissement/ha
total courant
Possibilité
Récolte
Bois d'oeuvre hêtre
épicéa
Prix de vente p/m3
total
hêtre
épicéa
Total recettes
Frais
total
dont gestion
(renouvellement des
peuplements)
312 m 3
RÉSULTAT
+ 118 DM/ha *
914 DM/ha
211,31 DM/ha
18%
32 %
— 322
45 %
39 °la
des dépenses
chiffres 83
— 282
— 141
En outre, cette forêt doit livrer un affouage de 1 400 stères de bois de chauffage, sans remboursement de frais !
D'après comptabilité analytique de la Direction des Forêts de Basse-Saxe A Hanovre.
Et cela, évidemment, ne peut se faire que dans la continuité, la longue présence des techniciens
à leur poste, telle qu'elle est certainement plus facilement réalisable en forêt privée qu'en forêt
publique . Ce n'est pas non plus possible sans forestiers motivés, intéressés, passionnés . Peuton faire du bon travail en forêt sans passion ?
Le capital investi dans les peuplements sur pied est très supérieur à celui qui fonctionne dans la
foresterie à coupe à blanc étoc à courte révolution, et même dans la ligniculture, car les
peuplements sont riches, moins peut-être en mètre cube de bois qu'en arbres de gros diamètre
et de qualité excellente.
La charge en herbivores doit être adaptée à la station . Une forêt comportant beaucoup de
lisières intérieures, de clairières, peut certes recevoir plus d'animaux qu'une futaie équienne
d'Épicéa ou de Hêtre . Mais travaillant avec des densités de jeunes plants relativement faibles,
elle est très sensible, surtout au début de la conversion, à une surcharge de cervidés . Là encore
la comparaison avec l'usine moderne est valable : quel est le chef d'entreprise industrielle qui
tolèrerait, sans faire faillite, la présence continue de saboteurs dans ses locaux ?
Il est donc parfaitement justifié de qualifier ce système sylvicole d'intensif, aussi bien en travail
de qualité et d'intelligence, qu'en capital, matériel sur pied et équipement . Aussi le regretté
Professeur Roisin, à Gembloux, le définissait comme la sylviculture intensive basée sur l'écologie forestière.
Il reste à se demander quels sont les résultats économiques de ce mode de traitement intensif
des forêts .
487
Rev. For. Fr . XLII - 5-1990
B. DE TURCKHEIM
Tout d'abord, il faut observer que, malgré l'allongement important de la « révolution » des
peuplements, de l'augmentation de l'âge d'exploitation des derniers grands arbres d'un peuplement, la rotation du matériel producteur mesurée au quotient du volume total sur pied par le
volume exploité annuellement n'est pas différente de celle obtenue avec le traitement par
coupes rases . Pour les forêts courantes à résineux et à Hêtre, cette rotation se situe aux
environs de 30 ans, parfois plus, parfois moins, c'est-à-dire que tous les ans, environ un
trentième du matériel sur pied peut être récolté, ce tantième étant égal à l'accroissement . Ce
résultat est obtenu par l'augmentation du volume prélevé en éclaircie, généralement supérieur à
50 ou même 60 % de la possibilité, et surtout par la longue durée de la période de régénération,
pendant laquelle les récoltes sont importantes, mais surtout aussi la production des gros bois
de valeur qui sont conservés . Les « vieux » peuplements sont souvent nettement plus clairs
qu'en sylviculture à blanc étoc, et dominent des jeunesses sur de grandes surfaces . Mais se
rend-on suffisamment compte de l'accroissement en valeur souvent incroyable des beaux gros
bois, avec un houppier bien développé ?
Nous connaissons, dans notre pays, des entreprises forestières menées d'après les principes
intensifs et naturels évoqués ci-dessus, et qui sont rentables . Toutefois, nous n'avons pas de
comparaison de comptabilités, chez nous, d'entreprises voisines, travaillant dans des conditions
de stations analogues, les unes selon la sylviculture proche de la nature, les autres d'après le
traitement par coupes rases.
Par contre, des réflexions intéressantes peuvent être menées grâce aux comptabilités comparées de forêts publiques en Basse-Saxe, où des entreprises pilotes sont traitées d'après les
principes ci-dessus, à côté d'entreprises traditionnelles en futaies équiennes régénérées après
coupes à blanc.
La forêt domaniale de Stauffenburg, par exemple, sur le piedmont du Harz, est traitée depuis
plus de 45 ans d'après ces principes par Messieurs Wobst, père et fils.
En raison du plus gros diamètre des bois vendus, notamment en Hêtre, et aussi, mais moins
significativement en Épicéa, que dans les centres de gestion voisins, mais surtout d'une moins
grande proportion dans la récolte globale de petits bois, non rentables, le prix de vente au
mètre cube est nettement supérieur, étant prouvé par ailleurs par des comparaisons d'inventaires que cette entreprise ne surexploitait pas ses peuplements et que leur renouvellement était
amplement assuré . Par suite d'un volume exploité plus important que chez les voisins, le chiffre
d'affaires y est nettement supérieur.
Les dépenses courantes, notamment celles de reconstitution des peuplements, étant très nettement inférieures à celles des voisins, la forêt de Stauffenburg a été la seule forêt, dans la
région, à dégager en 1983 un revenu positif, tout en ayant un chiffre de dépenses globales de
travail plus élevé que les voisins.
Pour la moyenne des années 1983/1987, Stauffenburg a dégagé un résultat positif de 126 DM/
ha, c'est-à-dire 66 % de plus que Lutter (76 DM/ha), un centre de gestion voisin dans des
conditions de station tout à fait comparables.
Encore en Basse-Saxe, le résultat de la gestion de la forêt domaniale d'Erdmannshausen donne
les résultats suivants . En 1981, la moyenne des prix de vente du Pin sylvestre, dans la direction
des Forêts de Hanovre, s'établissait à 90 DM/m 3 . Par contre, à Erdmannshausen, où le volume
de gros pin de qualité est élevé, il était de 166 DM/m 3 débardé . Les frais de gestion et
d'entretien n'étant pas plus élevé que dans les inspections voisines, la rentabilité y est meilleure.
Un calcul analogue, basé sur des modèles de gestion, a été présenté en Slovénie, à l'occasion
du Congrès international de I'IUFRO, en septembre 1986 . Dans les montagnes de Slovénie,
488
L'intensité en sylviculture
proches de l'Autriche, de vastes forêts, issues de reboisements en Épicéa après blanc étoc de
grandes étendues, sont actuellement transformées et converties en futaie à régénération lente et
gérée selon les principes écologiques.
De 1955 à 1985, les frais de main-d'ceuvre ont diminué de 45 % du chiffre d'affaires à 26 %,
mais seraient restés aux environs de 48 % dans les forêts si la coupe à blanc y avait été
maintenue.
D'après la notice établie par le Service forestier de Slovenjgradec, la comparaison du compte
d'exploitation théorique donne une perte de 5 % du chiffre d'affaires dans les exploitations
aménagées avec coupes à blanc et reboisement artificiel à condition que le renouvellement des
peuplements en quantité et qualité soit assuré, alors que le revenu net positif des forêts gérées
d'après des coupes légères et régénérations progressives se situe à 5 % du chiffre d'affaires.
La thèse de doctorat de M . E . Siegmund, présentée à Munich en 1973, décomposait recettes
dues aux récoltes, frais de récolte, frais d'investissements sylvicoles, en ajoutant les frais de
plantation et de soins culturaux pour des futaies équiennes régénérées après blanc &toc, futaies
régénérées par coupes d'abri, futaies à régénération progressive et par bouquets et futaies
jardinées de l'étage Hêtre/Sapin/Épicéa . Sans détailler les résultats, le résultat financier de la
futaie jardinée s'établit, à l'hectare, à 143 % de celui de la futaie régénérée par coupes rases,
celui de la régénération par
coupe d'abri est de 102 % et
celui de la futaie traitée en
coupes progressives par bouquets de 132 %.
Le travail de diplôme de
D . Roches montre que, en futaie jardinée, les frais de récolte du mètre cube de bois
sont inférieurs de 10 à 20
à ceux de la futaie régulière,
en raison du volume unitaire
de l'arbre exploité nettement
plus élevé.
Forêt de Metendal (Vosges).
Enrichissements d'anciens taillissous-futaie avec Epicéa, qui se
mélange bien avec le feuillu, et qui
se régénère (avec le Sapin) dans les
petites clairières.
Photo W. Trepp - 1988
489
Rev . For. Fr . XLII - 5-1990
B . DE TURCKHEIM
Steinlin (1966) précise aussi que pour augmenter la productivité et pour diminuer les frais, il est
préférable d'allonger les révolutions que les diminuer, et produire plutôt du « gros » bois que du
petit » bois.
Enfin, le tableau V, ci-dessous, indique l'évolution des récoltes dans diverses forêts.
II faut observer, en outre, que les fonctions de protection et de loisirs — pour lesquelles les
propriétaires ne sont pas rémunérés — sont beaucoup mieux réalisées par ces forêts dites
naturelles que par les forêts artificielles et traitées par la méthode de la coupe à blanc.
La nécessaire conservation de la diversité des gènes y est assurée, mais pas dans les forêts
basées sur la monoculture et l'artificialisation.
La conclusion est facile à tirer.
La sylviculture intensive proche de la nature et menée selon les principes écologiques, loin de
fonctionner à perte, semble au contraire être la seule réponse des forestiers à la dégradation
des prix des bois par rapport aux coûts, s'ils veulent obtenir un rendement positif du patrimoine
qui leur est confié, en refusant sa dégradation, et si les conditions de station et d'environnement
social ne leur permettent pas de se livrer à la ligniculture agricole intensive.
Certes, le mode de traitement ne sera pas le même en plaine ou en montagne, sur terrains
pauvres ou sur riches alluvions, avec feuillus précieux ou avec résineux plus frugaux.
Tableau V
Résultats de la sylviculture naturaliste
Période
Possibilité
(ou coupe effective)
% Bois d'oeuvre
Matériel
sur pied
(m 3 /ha)
Landsberg
Bas-Rhin (F)
1900-1914
1980-1990
1990-2000
6 - 6,5 m3 /ha/an
6 - 6,5
7 - 7,5
25 %
60-65 %
60 % ?
200
247
300
Schwarzenberg
Emmenthal (CH)
1909-1924
1968-1979
5,2
9,2
36 %
56 %
256
433
Lenzbourg (CH)
1903-1912
1966-1981
5,2
9,4
22 %
54 %
21
318
E .P .F .Z . Forêt d'enseignement
Zurich (CH)
1926-1932
1968-1974
4,3
12,3
46 %
73 %
253
292
1887
1926
1966
1972
2,0
4,0
5,3
1922
1937
1959
1966
3,0
3,5
4,0
4,6
1950-1961
1962-1972
1972-1981
6,2
7,7
10,4
Forêt
Erdmannshausen
Basse-Saxe (RFA)
Lachweiler
Mônchberg (RFA)
Stauffenburg
(RFA)
490
117
193
213
L' intensité en sylviculture
Mais les principes généraux sont les mêmes : production de beaux gros bois à révolution
relativement longue, utilisation optimale du potentiel de production de chaque arbre, régénération aussi progressive que possible, éclaircies fréquentes et relativement fortes, matériel sur
pied de qualité et important, refus de la coupe à blanc systématique et de grande surface,
emploi des essences en station, si possible par mélanges.
Les difficultés économiques poussent donc à l'adoption d'une sylviculture intensive en capital
producteur, en capital équipement et en travail intelligent, basée sur le respect de l'écologie
forestière.
À l'échelle de l'Europe, des forestiers, partisans de la sylviculture proche de la nature, ont
constitué, pour défendre et propager les conceptions exposées : l'Union européenne des forestiers ayant des conceptions de gestion proches de la nature « Pro Silva ».
Les premiers forestiers à pratiquer une gestion forestière basée sur les peuplements équiennes
et monospécifiques, régénérés par coupes à blanc et avec le souci de la recherche du meilleur
taux de placement et de la révolution la plus courte, ont été les Allemands, notamment en Saxe
et en Prusse, depuis le milieu du XIX e siècle . Faustmann, Pressler, Cotta étaient Allemands, alors
qu'en France, Parade posait, à la même époque, le principe : « Imiter la nature, hâter son
oeuvre, telle est la tâche du
forestier ».
Conséquence logique : les Allemands ont aussi été les premiers à connaître les catastrophes écologiques et économiques induites par cette
sylviculture.
Dès avant la dernière guerre
mondiale, des forestiers allemands clairvoyants avaient
exigé le retour à une sylviculture plus proche de la nature :
Gayer, Mèller, Erdmann et
d'autres.
Forêt de Metendal (Vosges).
Taillis-sous-futaie en conversion
Hêtre-Chêne. Eclairement des beaux
gros arbres . Réduction de la densité
dans l'étage intermédiaire . Ne pas
se soucier de régénérer !
Photo W. Trepp - 1988
491
Rev . For. Fr. XLII - 5-1990
B . DE TURCKHEIM
Dans les dernières années de la décennie 1940-1950, des forestiers, surtout privés, donc plus
soucieux que d'autres de leurs intérêts financiers, se sont groupés pour échanger leurs idées et
leurs expériences, organiser des tournées, réunir de la documentation, en vue de réagir contre
les méthodes officielles » . Et, en 1950, I'ANW a été créée — Arbeitsgemeinschaft für eine
naturgemàsse Waldwirtschaft — Groupe de travail pour une gestion forestière et économique
proche de la nature . Il a fêté, cette année, son 40 e anniversaire, et d'environ 50 membres à ses
débuts, restés longtemps moins de 100, il a crû jusqu'à 1 800 adhérents actuels.
À la suite d'une visite en Slovénie de I'ANW, le Professeur Mlinsek, titulaire de la Chaire de
Sylviculture à l'université de Ljubljana, et ancien président de l'Union internationale des Instituts
de Recherches forestières (IUFRO) a eu l'idée de créer un groupe de travail européen.
À son initiative appuyée par Monsieur Schèpffer, ancien président de I'ANW et par le soussigné,
un groupe de 33 forestiers provenant de dix pays d'Europe se sont réunis en septembre 1989 à
Ljubljana, ont visité des forêts, ont confronté leurs points de vue et ont décidé de publier l'appel
suivant, dit de Robanov Kot, du 22 septembre 1989, par lequel nous terminerons notre article.
Appel à tous les forestiers, propriétaires forestiers et amis de la forêt d'Europe
À l'issue d'une rencontre, qui a eu lieu du 18 au 22 septembre 1989 en Slovénie (Yougoslavie), un groupe de forestiers
provenant de dix pays européens a créé une ' union européenne de forestiers aux conceptions de gestion proche de la
nature .. L'Union s'est donné le nom de Pro Silva.
Cette décision est motivée par les multiples dangers auxquels la forêt est exposée.
Pro Silva s'est fixé pour tâche de promouvoir, dans toute l'Europe, un mouvement en faveur de forêts stables, saines et
productives.
Elle estime que l'économie forestière traditionnelle doit évoluer vers une gestion globale de l'écosystème forestier.
L'option en faveur d'une sylviculture libre, patiente et respectueuse des lois naturelles favorise la diversité, la richesse
structurelle et la régénération naturelle de forêts composées d'essences en station.
Les buts de l'Union sont les suivants :
— établir la collaboration et le soutien réciproque entre pays ;
— encourager activement l'initiative et le travail des forestiers de terrain, des propriétaires forestiers et des amis de
la forêt ;
— promouvoir et organiser l'échange d'expériences, notamment par l'exemple d'entreprises pilotes gérées selon les
principes de l'Union ;
— demander à la recherche forestière et à l'enseignement de s'attacher prioritairement à l'étude de la biocénose
forestière dans son intégralité ;
— susciter toute législation respectueuse de l'écosystème forestier;
— soigner les contacts entre tous ceux qui estiment nécessaire d'améliorer la stabilité et la vitalité de la forêt
européenne pour lui permettre d'assurer au mieux les diverses fonctions qui sont les siennes : production économique,
protection, délassement et conservation du paysage .
B . DE TURCKHEIM
Ingénieur EPFZ
Expert forestier
TRUTTENHAUSEN
67140 BARR
492
L'intensité en sylviculture
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L'INTENSITÉ EN SYLVICULTURE . QUELQUES RÉFLEXIONS SUR L'ORIENTATION DE LA GESTION DANS NOS FORÊTS (Résumé)
II est d'abord essayé de montrer que la notion d'intensité en sylviculture peut avoir des connotations assez variées, qu'il semblait
utile de préciser.
Trois types de sylviculture ont ensuite été analysés :
— La ligniculture, mettant en pratique des techniques agricoles pour produire le plus rapidement possible de grandes masses
de bois normalisé, mais avec des risques écologiques, économiques non négligeables, et sous des contraintes.
— La sylviculture de la futaie régulière, régénérée soit par coupes à blanc étoc, soit par coupes progressives.
— La sylviculture « proche de la nature ., ou sylviculture intensive basée sur les lois écologiques . II est montré que ce
traitement progressif, libre, patient, semble permettre de concilier au mieux impératifs économiques et nécessités écologiques,
tout en respectant les autres fonctions de la forêt . Les contraintes de ce type de gestion sont évoquées, de même que les
résultats économiques.
INTENSIVE METHODS OF SILVICULTURE . SOME REMARKS ON THE DIRECTION OF MANAGEMENT IN OUR FORESTS (Summary)
An attempt is made to demonstrate that the concept of intensive silviculture can have a wide variety of connotations, which it
appears useful to explain.
Three types of silviculture are then analysed :
— Intensive silviculture, which uses agricultural techniques to produce large amounts of standardised wood as quickly as
possible, but with significant ecological and economic risks and under certain limitations.
— Management as even-aged high forest, regenerated either by clear felling or a shelterwood system.
— Management close to nature „ or intensive silviculture based on ecological principles . It is shown that this slow, gradual,
unrestricted treatment appears to be the best method for reconciling economic and ecological requirements while respecting the
other functions of the forest . The restrictions of this type of management are discussed, as well as the economic consequences.
DIE INTENSIVE FORSTWIRTSCHAFT. EINIGE ÜBERLEGUNGEN ÜBER DIE AUSRICHTUNG DER BEWIRTSCHAFTUNG UNSERER
WILDER (Zusammenfassung)
Es wird zunêchst versucht zu zeigen, daft der Begriff intensiv in der Forstwirtschaft sehr verschiedene Konnotationen haben kann,
die zu prezisieren nützlich sein kann.
Danach werden drei Betriebsarten analysiert
— Die Holzproduktion, welche Agrartechniken anwendet, um in kurzer Zeit grolle genormte Holzmassen zu erzeugen, dabei
aber nicht geringe 6kologische und wirtschaftliche Risiken eingeht.
— Die forstliche Betriebsart des Hochwaldes, der durch Kahlschlag oder durch Femelschlagsmethode regeneriert wird.
— Die . . naturnahe ., Betriebsart oder der intensive auf 6kologischen Gesetzen gründende Waldbau . Es wird gezeigt, dal)
diese progressive, freie und geduldige Methode am besten zu erlauben scheint, die 6konomischen Forderungen und die
bkologischen Notwendigkeiten zu vereinen und dabei zugleich die anderen Funktionen des Waldes zu respektieren . Die Zwangsauflagen dieser Betriebsart und ihre wirtschaftliche Bilanz werden dargelegt.
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Rev. For. Fr. XLII - 5-1990
B . DE TURCKHEIM
LA INTENSIDAD EN SILVICULTURA. ALGUNAS REFLEXIONES SOBRE LA ORIENTACION DE LA GESTION EN NUESTROS
BOSQUES (Resumen)
En primer lugar se intenta mostrar que la nocion de intensidad en silvicultura puede tener connotaciones bastante variadas, que
nos parece Gtil senalar.
Luego, han sido analizados tres tipos de silvicultura :
— La linicultura, poniendo en practica algunas técnicas agricolas para producir, Io mas rapidamente posible, grandes masas
de madera normalizada, pero con ciertos riesgos ecologicos, economicos, no despreciables y forzadamente.
— La silvicultura del oquedal regular, regenerado, sea por talas rasas o bien por talas progresivas.
— La silvicultura ,J proxima de la naturaleza ., o silvicultura intensiva, basada en las leyes ecologicas . Se muestra que ese
trato progresivo, libre, paciente, parece permitir el conciliar mejor los imperativos economicos y las necesidades ecologicas,
respetando al mismo tiempo las otras funciones del bosque . Se evocan en ese tipo de gestion los inconvenientes y presiones . asi
como los resultados economicos.
NOTRE NUMÉRO SPÉCIAL 1990
Le numéro spécial (paraissant chaque année en sus des six numéros normaux bimestriels)
de la Revue forestière française pour l'année 1990 est consacré au thème :
ESPACES FORESTIERS ET INCENDIES'
Pour sa mise en oeuvre, nous avons obtenu le concours — bénévole — de P . Delabraze,
rédacteur en chef invité, dont on connaît la remarquable compétence.
Nous avons porté les plus grands soins à ce document exceptionnel, qui comprendra
43 articles, ordonnés suivant six sous-titres :
1 - Les incendies de forêts en France
Il - Les feux des formations végétales
III - Les outils de la prévention
IV - Sylviculture et aménagement de prévention pour les espaces menacés par les incendies
V - Prévenir, lutter et guérir
VI - De l'étranger . . . De l'étranger . ..
Le numéro, comportant plus de 300 pages, devrait parvenir à nos abonnés courant
décembre prochain.
Il pourra aussi faire l'objet d'achats individuels.
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