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COMPORTEMENT EN FORÊT DE PLANTS DE CHÊNE ISSUS DE BOUTURES

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COMPORTEMENT EN FORÊT DE PLANTS DE CHÊNE ISSUS DE BOUTURES
COMPORTEMENT EN FORÊT
DE PLANTS DE CHÊNE ISSUS
DE BOUTURES
J. GARBAYE - Françoise HUBER
L'intérêt accordé au bouturage du Chêne s'est accru à partir de 1974, à la suite des travaux de
Polge et Keller (1973) qui attribuaient une origine génétique à la variabilité individuelle de la
qualité du bois de Chêne.
De plus, la confirmation de l'existence dans la chênaie française de Chênes à croissance
vigoureuse et à bois tendre, dits Chênes paradoxaux, avait conduit à intensifier les travaux sur
la multiplication végétative jusqu'en 1980 à l'INRA de Nancy, l'objectif étant de multiplier les
phénotypes de ces Chênes particuliers.
LES CHÊNES PARADOXAUX
L'étude des relations entre la qualité du bois de Chêne et la largeur de cernes faite sur les
Chênes de la forêt de Tronçais (Allier) (Polge, 1973) révélait une variabilité individuelle très
importante au niveau de l'anatomie du bois (photo 1, p. 228).
Cet éventail de plans ligneux était si grand qu'il ne paraissait pas possible de l'attribuer à des
microvariations du sol, du climat ou de la concurrence.
Polge et Keller (1973) montraient aussi que certains individus offraient un bon compromis entre
largeur de cernes et qualité du bois.
Cette variabilité a été retrouvée en forêt de Bride et de St-Jean (Moselle) (Courtoisier, 1976) où
largeur d'accroissement et densité du bois étaient indépendantes (Polge, 1984).
En forêt de Fontain (Doubs), il était trouvé un chêne qui, bien que présentant un accroissement
annuel moyen de 5 mm, avait un bois à forte porosité. Ce bois, paradoxalement, était très
pauvre en fibres (Mourey, 1979).
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L'existence de ces arbres venait contredire le schéma classique du bois de Chêne de qualité
(bois d'oeuvre) (Polge, 1984 ; Venet, 1967), dans lequel une augmentation de la croissance
radiale du Chêne se traduit toujours par une augmentation de la proportion de bois final
(photo 1).
Traditionnellement, il était dit que cette augmentation de bois d'été impliquait une proportion de
fibres plus grande, responsable de la détérioration des propriétés technologiques du bois
(augmentation de la densité à laquelle est lié un plus fort retrait). Le bois était alors dit nerveux,
et rejeté par les utilisateurs pour le tranchage et autres utilisations nobles.
La mise en évidence d'arbres dont le bois final est exempt de fibres remettait en cause ce
schéma traditionnel et permettait de penser qu'il serait possible de produire un bois d'oeuvre
plus rapidement, en sélectionnant les plants.
En effet, ces arbres à forte croissance, sans ou avec peu de fibres dans leur bois d'été,
côtoyaient en forêt les arbres à plan ligneux plus traditionnel. Ceci laissait penser qu'il s'agissait
de caractères liés à l'individu, et donc transmissibles par voie asexuée comme le bouturage.
MÉTHODE DE BOUTURAGE
Le meilleur résultat a été obtenu à partir de rejet de souche, nécessitant l'abattage de l'arbre,
ou à partir de gourmands provoqués sur le tronc (méthode non destructive de l'arbre-mère).
•* Ci-contre, à gauche :
Photo 1 Variabilité
individuelle de l'anatomie
du bois de Chêne.
Photo 2 Plants de 1 an issus
de boutures présentant des
branches plagiotropes et une
absence de dominance apicale.
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Ci-contre, à droite :
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Photo 3 Plants de 1 an issus
de boutures présentant une
belle forme et une dominance
apicale.
Photo 4 Système racinaire
d'un plant de 2 ans issu de
bouture.
Photos INRA - Nancy Champenoux
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Comportement en forêt de plants de Chêne issus de boutures
Les pousses herbacées sont prélevées au mois de juin et découpées en boutures de 2 à
3 feuilles. La base des boutures est poudrée de talc contenant 0,5 % d'AIB et 15 % de fongicide
(Bénomyl) avant d'être plantées dans de la tourbe et placées sous mist (Cornu et al., 1977).
DIFFICULTÉS RENCONTRÉES
QUANT À L'ASPECT DES BOUTURES OBTENUES
Lorsque la croissance était faible, les plants ne montraient pas toujours une réelle dominance
apicale et il était fréquent de rencontrer des plants buissonnants (photo 2).
Même dans le cas d'une dominance apicale plus vigoureuse (photo 3), il pouvait quelquefois y
avoir un développement de pousses basales plagiotropes de grande longueur (Garbaye et al
1977).
L'optimisation des conditions de bouturage, le recépage et la taille, ont permis de remédier aux
défauts de l'appareil aérien.
Au niveau des racines, les difficultés étaient moindres. Au début de la première année de
végétation, des racines horizontales se développaient (Cornu et al., 1977).
À la fin de cette même année, une racine de diamètre plus important faisait figure de pivot
plongeant bien qu'oblique (photo 4), et la différence au niveau racinaire entre semis et bouture
avait considérablement diminué.
Après l'affinage de l'ensemble des techniques, il a paru nécessaire de connaître l'évolution des
plants issus de boutures et de les comparer à celle de semis après plantation en forêt.
Photos INRA - Nancy Champenoux
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ÉTUDES COMPARATIVES
Comparaison bouture - semis : forêt d'Amance (Meurthe-et-Moselle)
Cette plantation, qui date de 1977, comporte 8 placeaux de 5 x 5m (distance entre arbres:
1 m).
Onze ans après la plantation, il n'est pas possible au premier abord de distinguer des plants
issus de semis de ceux issus de bouture (photos 5 et 6).
Une seconde observation permet cependant de remarquer que les boutures considérées au
moment de la plantation comme étant de « belle forme » (dominance apicale, tige droite :
photo 6) donnent un peuplement de plus bel aspect que les plants issus de semis (photo 5).
Les boutures dites de « mauvaise forme » (faible ou pas de dominance apicale, branches
plagiotropes : photo 7) restaurent leur dominance apicale mais les fourches et les grosses
branches plagiotropes demeurent. L'aspect de ces plants s'est certes amélioré, mais une
sélection s'impose avant le repiquage dans le cas où la maîtrise des conditions de bouturage
est insuffisante pour ne favoriser que des plants de « belle forme ».
Comparaison clonale : forêt de Champenoux (Meurthe-et-Moselle)
La plantation comporte des placeaux monoclonaux de 5 x 5 arbres espacés de 1 m.
Mise en place en 1980, donc actuellement âgée de 8 ans, elle permet de comparer l'aspect
extérieur des plants de deux clones :
— le premier est constitué de boutures de rejets de souche d'un Chêne rouvre de la forêt
de Champenoux (Meurthe-et-Moselle) ;
— le second clone est issu, lui aussi, de rejets de souche d'un Chêne rouvre mais d'un
arbre-mère du domaine de l'INRA à Orléans (Loiret).
Les photographies 8 et 9, prises au printemps avant débourrement, montrent que les clones
diffèrent par leur aspect et leur port.
Le clone « Champenoux » présente des arbres dont l'écorce est plus lisse que chez le clone
« Orléans ». De plus, le feuillage n'est marcescent que chez le clone « Champenoux ». Ces
caractères présentent une très grande homogénéité.
Les plantations monoclonales paraissent plus homogènes que les multiclonales du point de vue
de la forme des arbres.
CONCLUSIONS
• II ne paraît pas utopique de vouloir planter des boutures de Chêne en forêt. Une dizaine
d'années après leur plantation, elles ne présentent aucune malformation particulière ; elles ne
laissent apparaître aucune sensibilité particulière au climat, aux maladies, e t c .
Ci-contre, en haut :
Photo 5
Plantation de 11 ans de plants issus de semis (longueur du jalon : 1,50 m).
Photo 6
Plantation de 11 ans de plants de « belle forme » issus de boutures.
Photo 7
Plantation de 11 ans de plants de « mauvaise forme > issus de boutures.
Ci-contre, en bas :
Photo 8
Plantation monoclonale de 8 ans - clone « Orléans ».
Photo 9
Plantation monoclonale de 8 ans - clone « Champenoux ».
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Comportement en forêt de plants de Chêne issus de boutures
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• De plus, bien que déjà mentionné ci-dessus, il faut remarquer qu'il est nécessaire de
sélectionner les boutures à planter ; même si leur forme s'améliore avec le temps, certains
défauts demeurent (fourche, grosses branches plagiotropes, ...).
Dans ces travaux, il n'a pas été pris en compte la qualité intrinsèque du bois. C'était une
expérience en vraie grandeur testant la reprise et le comportement des boutures en forêt.
Des expériences analogues sont maintenant nécessaires pour des études de qualité de bois.
Pour cela, il faudra utiliser des clones pour lesquels on connaît les caractéristiques intrinsèques
du bois adulte des arbres-mères. Une collection de tels clones existe à l'INRA de Nancy.
J. GARBAYE
Françoise HUBER
Laboratoire de Microbiologie forestière
Station de Recherches sur la Qualité des Bois
CENTRE DE RECHERCHES FORESTIÈRES (INRA)
CHAMPENOUX 54280 SEICHAMPS
BIBLIOGRAPHIE
CORNU (D.), DELRAN (S.), GARBAYE (J.), LE TACON (F.). — Recherche de meilleures conditions d'enracinement des boutures herbacées de Chêne rouvre et de Hêtre. — Annales des Sciences forestières, vol. 34,
n° 1, 1977, pp. 1-16.
COURTOISIER (F.). — Étude des relations entre stations et qualité du bois de Chêne en forêt de Bride et de
St-Jean. — Champenoux : CRF - Station de Recherches sur la Qualité des Bois, 1976 (rapport de stage de
3e année ENITEF).
GARBAYE (J.), KAZANDJIAN (B.), LE TACON (F.). — Développement des boutures racinées de Chêne rouvre.
Premiers éléments d'une technique de production de plants. — Annales des Sciences forestières, vol. 34,
n° 3, 1977, pp. 245-260.
MOUREY (J.-M.). — Les Chênes de la vallée de l'Ognon (Franche-Comté). — Besançon : Office national des
Forêts, 1979 (rapport de stage de 3e année ENITEF).
POLGE (H.). — Production de chênes de qualité en France. — Revue forestière française, vol. XXXVI, n° spécial
<• Dialogue forestier par dessus le Rhin », 1984, pp. 34-48.
POLGE (H.). — Qualité du bois et largeur d'accroissement en forêt de Tronçais. — Revue forestière française,
vol. XXV, n° 5, 1973, pp. 361-370.
POLGE (H.), KELLER (R.). — Qualité des bois et largeur d'accroissement en forêt de Tronçais. — Annales des
Sciences forestières, vol. 30, n° 2, 1973, pp. 91-125.
VENET (J.). — Le Chêne de tranchage et les utilisateurs. — Revue forestière française, vol. XIX, n° 10, 1967,
pp. 585-597.
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