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LE REBOISEMENT EN FRANCE. QUELS CHANGEMENTS ENREGISTRÉS DEPUIS 20 ANS ? STEINMETZ

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LE REBOISEMENT EN FRANCE. QUELS CHANGEMENTS ENREGISTRÉS DEPUIS 20 ANS ? STEINMETZ
LE REBOISEMENT EN FRANCE.
QUELS CHANGEMENTS ENREGISTRÉS
DEPUIS 20 ANS ?
G . STEINMETZ
Comme ce fut le cas pour la plupart des techniques, le reboisement a enregistré au cours des dernières décennies d'importantes évolutions . Quel regard peut-on, avec le recul du temps, porter sur
les changements intervenus et quels sont les domaines où les marges de progrès sont encore possibles et souhaitables ?
LE CHOIX DES ESSENCES
Tout bon reboisement commence par un bon choix d'essence . La querelle "feuillus/résineux" étant
volontairement mise de côté, progresser dans ce domaine suppose une amélioration des connaissances de l'autécologie des espèces et des potentialités des stations . Des efforts parfois importants
ont été faits depuis une quinzaine d'années dans ces deux directions : je pense notamment aux catalogues de stations et aux études autécologiques . Mais, si les premiers commencent à couvrir une
fraction non négligeable du territoire national, ils ne peuvent véritablement servir à mieux choisir les
espèces de reboisement que couplés avec des études de relations "station/production" sur une
gamme d'espèces suffisamment large, ce qui n'est pratiquement jamais le cas . Quant aux études
autécologiques, elles sont d'une utilité pratique plus directe mais elles ne concernent encore que peu
d'espèces et peu de milieux, exception faite de la zone méditerranéenne . De gros efforts restent donc
à faire, en soulignant toutefois que les études autécologiques et les études de relation "station/production" ne sont susceptibles de concerner que les espèces pour lesquelles il existe sur notre territoire un échantillon suffisamment représentatif de peuplements d'âge suffisant . Elles ne peuvent donc
renseigner sur l'intérêt d'essences nouvelles ou encore peu employées . Sauf à se sentir une âme de
pionnier, mieux vaut alors laisser aux organismes dont c'est la mission le soin de découvrir les
espèces "miracles".
Autre leçon à tirer de l'expérience passée : ne pas vouloir à tout prix reboiser ou mettre en valeur
un terrain quand les risques encourus avec la gamme des espèces "connues" sont trop grands . Tel
est le cas notamment des zones les plus hydromorphes qu'il est d'ailleurs plus judicieux de laisser
au repos, comme le souhaitent les naturalistes .
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LE CHOIX DES PROVENANCES
Mettre en oeuvre la provenance la mieux adaptée et la plus performante suppose réunies deux conditions :
- connaître la réponse à la question "Laquelle choisir ?",
— trouver sur le marché, en quantité suffisante, la provenance retenue.
Pour lever la première de ces conditions, il est nécessaire de disposer de bonnes connaissances sur
la variabilité naturelle de l'espèce dans son aire d'origine, puis de tester sur l'ensemble des milieux
d'utilisation envisagés les performances de chaque entité définie.
La variabilité intraspécifique
L'étude de la variabilité intraspécifique d'une essence forestière a été longtemps fondée sur les
caractères morphologiques et adaptatifs . Les caractères adaptatifs les plus importants pour le reboiseur étaient examinés dans ce que les chercheurs appellent les plantations comparatives de provenance . Bien sûr, comme ces essais sont longs, coûteux, et présentent des contraintes techniques
propres, les provenances comparées ne représentent en général qu'un sous-ensemble réduit de l'aire
de répartition et ne concernent qu'un nombre limité de milieux . Pour les principales espèces de reboisement, l'INRA a toutefois installé, dans les trois dernières décennies, un réseau de telles plantations comparatives . Il s'agissait, au début, d'espèces résineuses autochtones ou non autochtones,
plus récemment d'espèces feuillues . Les premières ont fourni des résultats, les dernières n'ont pas
fini de parler . Cet effort est-il suffisant et permet-il de répondre correctement à cette première condition ? Pour les espèces sur lesquelles on a travaillé, la réponse est globalement positive, même si
on peut envisager de faire encore mieux . En effet, ou bien l'on reboise dans l'aire d'origine (espèces
autochtones) et la provenance locale est toujours recommandée, ou bien l'on reboise hors de l'aire
d'origine et il existe presque toujours un ou plusieurs vergers à graines productifs ou proches de
l'être, établis à partir de la ou des provenances les meilleures (cas des espèces résineuses principalement) . À défaut, des récoltes, sur peuplements naturels ou artificiels appropriés dont l'intérêt
aura été révélé par les plantations comparatives de provenance, voire sur les plantations conservatoires de provenance, pourront donner satisfaction.
Est-ce à dire que les recherches sur la variabilité naturelle soient à abandonner ? Certainement pas.
Ce qui vient d'être dit se rapportait au minimum nécessaire et suffisant pour les problèmes de reboisement et ce dans un proche avenir (les vingt prochaines années) . Mais il faut voir plus loin dans le
temps et ne pas se limiter à la gamme d'espèces actuelles . Cela est d'autant plus vrai que des
moyens nouveaux d'investigation de cette variabilité (marqueurs génétiques et biochimiques) existent . D'un maniement plus souple, ils offrent en effet des voies nouvelles même s'ils ne constituent
pas la panacée . Leur utilisation paraît en effet prometteuse notamment comme guide en matière de
conservation des ressources génétiques.
Les disponibilités du marché
La mise en place, aux environs des années soixante-dix, de la nouvelle réglementation sur les
graines et les plants a eu deux conséquences principales :
— réduction des potentialités de récoltes, celles-ci ne pouvant dorénavant, sauf dérogations,
s'effectuer hors des peuplements sélectionnés ;
— diversification des zones de récolte qui, auparavant, ne concernaient par espèce que très peu
de sites.
Si cette dernière conséquence allait dans le sens d'une meilleure adéquation aux besoins des reboiseurs, la première faisait planer le risque d'une pénurie . Il faut le reconnaître et rendre hommage au
formidable effort d'adaptation manifesté par les marchands grainiers, tant du secteur privé que du
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Le reboisement en France . Quels changements enregistrés depuis 20 ans ?
secteur public, facilité, il est vrai, par un effort concomitant non moins louable du secteur public en
matière de classement de peuplements porte-graines . Toujours est-il que, sauf pour un nombre limité
d'espèces, le plus souvent exotiques (Douglas), l'approvisionnement en catégorie sélectionnée des
provenances les plus intéressantes a été globalement satisfaisant . Mais on peut avoir des ambitions
plus poussées . S'organiser pour tirer parti au mieux de la variabilité naturelle est déjà un gros
progrès . Faire mieux que la nature serait encore plus satisfaisant . C'est le pari qu'a lancé la Direction
des Forêts en 1969 en lançant le premier programme de vergers à graines financé sur les crédits du
Fonds forestier national.
Les variétés de demain
Sortir de l'ère de la cueillette et entrer dans l'ère de la production de graines est une étape qui a
déjà été franchie pour certaines espèces résineuses même si la totalité des besoins du commerce
ne sont encore que partiellement couverts de cette manière . Cette tendance ira en se renforçant dans
les prochaines années . Cependant, pour la plupart des essences feuillues à fructification tardive, la
récolte sur peuplements sélectionnés sera encore de règle de nombreuses années . Dans le même
temps, il est vraisemblable que les obtenteurs auront tendance à mettre sur le marché des variétés
de plus en plus spécialisées obtenues par voie sexuée ou par multiplication végétative . Quelles
conséquences en résulteront pour le reboiseur et quelles précautions faudrait-il prendre ?
Les premières générations de vergers à graines, en gros celles dont l'entrée en fructification est
amorcée, ont une base génétique large, ce qui leur confère une grande plasticité . Issues de provenances bien adaptées à nos conditions de milieu, sélectionnées sur un petit nombre de caractères
cibles (essentiellement la vigueur, parfois la forme ou la qualité technologique du bois mais avec un
niveau d'amélioration modeste), elles sont susceptibles d'êtres mises en oeuvre sans qu'il soit nécessaire, pour elles, de concevoir et de mettre au point des conditions particulières d'utilisation voire
d'étudier de nouveaux modèles de sylviculture . Il suffira que l'espèce en cause soit dans sa station.
Il s'agit là d'un avantage essentiel mais qui n'est pas sans aller de pair avec une certaine tendance
à la culture monovariétale et à une perte de réserve de variabilité sur l'ensemble des peuplements
de l'espèce . Aussi a-t-on commencé à s'entourer de quelques précautions en engageant un programme national de conservation in situ des ressources génétiques forestières.
Mais ce que certains reprochent surtout à ces premières générations, c'est leur niveau d'amélioration modeste . Ils envisagent beaucoup mieux . Or, qui dit hautes performances, dit spécialisation car
on ne peut être bon en tout et qui dit spécialisation dit réduction de la base génétique . En évitant, là
aussi, de s'engager dans la querelle "génératif/végétatif", il faut bien reconnaître que, plus la base
génétique est étroite, moins en général la variété est plastique, ce qui signifie qu'elle n'exprime ses
qualités que dans des conditions de milieux bien définies . Là est, à mon sens, la difficulté majeure
car définir les conditions d'utilisation d'une nouvelle variété "pointue" est une oeuvre de prédéveloppement de longue haleine qui aura toujours du mal à marcher au rythme de la création variétale.
Savoir dans la gamme de variétés offertes laquelle choisir et savoir comment la conduire deviendra
un problème ardu qui risque d'amener nombre de reboiseurs à se fourvoyer.
Personnellement, j'aurais donc tendance à penser que la ou les premières générations de vergers à
graines n'auront pas lieu d'être mises à la réforme de sitôt, ce qui d'ailleurs sur le plan de l'amortissement des frais engagés est plutôt satisfaisant.
LE CHOIX DES PLANTS
Disposer de plants de bonne qualité génétique est essentiel, mais les qualités dites "extérieures" sont
également fondamentales . À cet égard, parmi les facteurs qui entrent en jeu, de très gros progrès
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ont été accomplis dès les années soixante grâce aux normes du Fonds forestier national . En imposant le respect d'un rapport hauteur/diamètre au collet satisfaisant qui a d'ailleurs été repris depuis
au niveau européen, elles ont amené les pépiniéristes à contenir les densités de repiquage dans des
limites acceptables . Je serais plus réservé sur une autre conséquence de cette normalisation qu'est
le tri des lots en catégories de hauteur . Il est certainement satisfaisant pour l'esprit de commercialiser des lots homogènes mais il se confirme que cette pratique, bien qu'effectuée à un stade juvénile,
aboutit à un tri de vigueur qui se répercute sur toute la période de croissance des peuplements créés.
Comme expliqué dans un article déjà ancien (il , il s'ensuit, du fait de la nécessité des éclaircies et
en raisonnant au niveau macroéconomique, une certaine perte de production.
Autre évolution constatée au cours de ces dernières décennies : une certaine tendance à utiliser des
plants plus petits, donc, à technique de production identique voire améliorée, plus jeunes . Cette évolution qui s'explique par le fait que les petits plants sont moins sensibles que les grands à la crise
de transplantation, a été rendue possible par l'amélioration des conditions de lutte contre la végétation concurrente, notamment par l'utilisation des phytocides, point sur lequel nous reviendrons . Cette
même raison est aussi à l'origine d'un certain essor, pour quelques espèces (Pin laricio, Pin maritime), des reboisements utilisant des plants produits en petits conteneurs et ce, hors zone méditerranéenne.
Quelles sont les marges de progrès possibles en matière de qualités extérieures des plants ? Sans
aucun doute, c'est dans le domaine de l'appréciation de la qualité physiologique des plants qu'un
gros effort reste à faire . Mis à part les mauvais choix d'espèce ou de provenance, la principale cause
d'échec est en effet à imputer à la mise en place de plants morts ou moribonds . Mieux organiser la
chaîne de conservation qui va de l'arrachage en pépinière à la plantation mais aussi pouvoir en bout
de chaîne définir, de façon sûre et opérationnelle, l'état physiologique des plants pour en tirer les
conséquences pratiques, voilà certainement le progrès le plus tangible à espérer pour les prochaines
années.
LA DENSITÉ DE PLANTATION
Si l'on excepte le cas des Peupliers, dans ce domaine aussi l'évolution a été particulièrement
marquée, la densité de plantation étant en moyenne, pour bon nombre d'espèces, réduite de moitié.
Plusieurs facteurs ont motivé ou justifié ce courant . Au premier rang de ceux-ci figure certainement
le problème des premières éclaircies . À défaut de rendre cette intervention culturale rentable, au
moins allait-on ainsi dans le sens d'une réduction des coûts . Un autre argument souvent invoqué a
été l'allègement des charges d'installation du peuplement . Je suis beaucoup plus circonspect sur le
bien-fondé de cet argument . Sans doute y a-t-il là matière à quelques économies immédiates sur le
coût global du reboisement, encore que très limitées en valeur relative . Mais en réduisant, cette fois
fortement, les possibilités ultérieures de choix des tiges d'avenir, il est vraisemblable que, si l'on ne
tenait pas compte de l'économie corrélative réelle sur le coût des éclaircies, le taux de rentabilité
interne du boisement s'en trouverait diminué . En effet, même si l'on admet que l'élagage artificiel est
une opération aujourd'hui incontournable, ce qui n'est pas prouvé, et à payer quelle que soit la
densité de départ, trouver, au moment où cet élagage doit débuter, suffisamment de tiges d'avenir
de valeur, suffisamment bien réparties, pose problème . On tire souvent argument à cet égard des
progrès effectués depuis vingt ans en matière de qualité génétique des semences . Pour y avoir
contribué, je me sens autorisé à dire qu'il faut les relativiser . Même pour les espèces qui ont fait
l'objet de sélections individuelles, l'effort a surtout porté sur l'adaptation et la vigueur, relativement
(1) DELION (D .), MONNEYRON (J .-M .), STEINMETZ (G .) . — Les Normes de qualité de plants forestiers . Validité et insuffisances . —
Revue forestière française, n` 3, 1984, pp . 211-220 .
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Le reboisement en France . Quels changements enregistrés depuis 20 ans ?
peu sur la forme sauf peut-être pour le Pin maritime . En outre, l'hérédité n'est pas seule à intervenir
sur la forme : les accidents climatiques, les parasites, les dégâts de gibier, et j'en passe, y contribuent largement . Ne serait-ce que vis-à-vis des grands animaux, aucun doute qu'il faille s'entourer
de précautions . Aussi convient-il, à mon sens, de ne pas aller trop loin dans le phénomène de balancier où, d'une génération à la suivante, on passe d'un excès à l'autre . Je pense qu'on est déjà allé
assez loin.
LA FERTILISATION
Nous ne parlerons ici que de la fertilisation des jeunes peuplements qui a parfois été désignée sous
le vocable de fertilisation "starter" . L'objectif était notamment une meilleure croissance initiale permettant au reboisement de se sortir plus vite de la concurrence . Que peut-on dire avec le recul du
temps ? Tout d'abord, que l'élément fertilisant qui, de loin, est le plus efficace, est presque toujours
le phosphore et, dans les terrains acides, le phosphore associé au calcium (scories) . Le bilan global
intégrant coûts et avantages est beaucoup plus discutable pour les autres éléments, notamment
l'azote et le potassium . Cela, bien entendu, n'exclut pas les cas particuliers, où tel autre élément,
voire tel autre oligo-élément, peut s'avérer bénéfique, mais il n'est généralement pas facile de diagnostiquer cet effet à l'avance . Ce que l'on peut dire ensuite, c'est que certains milieux ou plutôt
certaines associations "milieu x essence" telles que "Pin maritime x Landes de Gascogne",
"Peuplier x stations alluviales", "landes à Callune x Épicéa", tirent avantage quasi systématiquement
de la fertilisation . Je n'en dirais pas autant de tous les cas de figure, entre autres des anciennes
terres de cultures . Enfin, la fertilisation forestière, même bien conduite, présente deux inconvénients :
— elle profite bien évidemment à la végétation concurrente même si elle est appliquée de façon
localisée . Elle suppose donc un renforcement des mesures d'entretien chimique, mécanique ou
mixte, faute de quoi elle conduit à une aggravation de la mortalité ;
— chez de nombreuses espèces, elle aggrave la fréquence des défauts de forme (fourchaisons,
sinuosités) et semble sensibiliser à certaines attaques d'insectes sur les pousses terminales.
En résumé, sauf dans certaines situations généralement bien connues où elle s'impose sans
conteste, la fertilisation forestière doit donc être manipulée avec une certaine circonspection justifiant
analyse (foliaire ou de sol) et interprétation par des spécialistes.
LES MYCORHIZES
Personne ne peut nier que les associations mycorhiziennes peuvent jouer, dans l'alimentation en éléments minéraux et en eau, un rôle fondamental pour les arbres forestiers . De nombreuses expériences indiscutables le prouvent . Ce qui, à mon sens, est moins bien connu, c'est l'importance
relative de ces associations pour le bon développement des plants en fonction de la richesse chimique de la station, de la pluviométrie, des souches mycorhiziennes en place et, autrement dit, en
fonction de la station . On constate, en effet, notamment en pépinière mais aussi en forêt ou en
ancienne terre de culture, des réponses très contrastées à l'utilisation de plants mycorhisés artificiellement avec des souches réputées performantes . C'est parfois spectaculaire mais c'est aussi
souvent peu convaincant et ce, semble-t-il, sans qu'on puisse actuellement dire pourquoi et prévoir
à coup sûr les cas où la réponse sera nette et ceux où elle ne le sera pas . Sachant l'influence non
négligeable de la mycorhization contrôlée sur le coût des plants, j'aurais tendance, pour ma part, à
estimer que nous ne sommes pas encore au stade de développement qui permette de préconiser
l'utilisation de cette technique, à échelle commerciale . Il faut, par contre, poursuivre les recherches
et développer à petite échelle cette technique afin de disposer de références de plantation suffisamment nombreuses pour pouvoir se prononcer sur la question.
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LES PHYTOCIDES
L'utilisation des phytocides, que ce soit en préparation de station ou en entretien, est l'un des
domaines où l'évolution a été la plus rapide au point qu'on peut presque dire aujourd'hui que c'est
devenu un outil incontournable du reboisement . Mises à part les réticences d'ordre écologique dont
il est difficile de mesurer l'impact à plus ou moins long terme, le frein le plus sensible à la généralisation de l'emploi de ces produits est certainement la technicité indispensable à leur mise en oeuvre
car les accidents peuvent être dramatiques . C'est là la grande différence avec le progrès génétique
qui, du moins tant qu'on utilisera les variétés plastiques, ne suppose aucune formation particulière
du reboiseur . Sous ces réserves, on peut prévoir une extension progressive de l'utilisation de ces
produits, mais il est indispensable que les pouvoirs publics conservent, comme c'est le cas actuellement, un regard sur l'intérêt dans le domaine forestier des molécules nouvelles apparaissant sur le
marché . Les débouchés de la forêt ne sont en effet pas suffisamment porteurs pour susciter l'intérêt
des firmes productrices et les amener à déposer d'elles-mêmes des dossiers d'homologation.
LES PROTECTIONS CONTRE LES DÉGÂTS DE GIBIER
Deux facteurs ont joué simultanément, dans les dernières décennies, sur l'importance et la nature
des moyens utilisés pour la protection contre les dégâts de gibier : la part croissante des feuillus,
notamment des feuillus précieux dans les reboisements, l'augmentation des populations de grands
animaux, chevreuils en particulier . Souvent limitée il y a une vingtaine d'années à la prévention des
dégâts de lapin, la protection était alors le plus souvent assurée, lorsque nécessaire, par une clôture
périmétrale . La recrudescence du chevreuil a considérablement changé les données du problème et
rendu ce type de protection excessivement onéreux sans qu'il se montre pour autant toujours parfaitement efficace . Aussi a-t-on vu progressivement se développer les protections individuelles sous
diverses formes : tubes rigides pour la protection des feuillus contre les grands animaux, grillage
plastique pour la protection des résineux contre les lapins . Mais ces protections, sûrement plus efficaces, sont cependant encore chères, ce qui a conduit les reboiseurs soit à diminuer les densités de
plantation, ce qui va dans le même sens que les problèmes d'éclaircies évoqués précédemment, soit
à s'en passer chaque fois que, grâce à l'existence d'un recrû qu'on ménage, on espère à la fois faire
baisser à un niveau acceptable l'impact des dégâts et améliorer la forme des tiges d'avenir . Comme,
dans ce dernier cas, on rend plus difficiles les entretiens, il s'ensuit que, globalement, la part des
dépenses de reboisement consacrée à la protection contre le gibier s'est notablement accrue.
CONCLUSIONS
Des progrès tangibles ont été accomplis en matière de reboisement au cours de ces dernières décennies . Dans de nombreux domaines, des améliorations sont encore possibles . De manière assez inexplicable cependant, c'est certainement sur l'un des aspects dont on connaît depuis longtemps
l'importance et pour lequel les remèdes existent et sont économiquement supportables, que les
choses ont le moins évolué : je veux dire le conditionnement des plants entre leur sortie de pépinière
et leur mise en place . La raison en est sans doute à rechercher dans l'apparence trompeuse qu'il
s'agit là d'un objet de dépense dont on peut faire l'économie . Si c'est quelquefois vrai et lié à un
concours plus ou moins aléatoire de circonstances favorables, c'est souvent faux et c'est alors
l'exemple typique des fausses économies.
Parmi les évolutions dont il n'a pas été question ici, parce qu'elles sont relativement récentes et
parce qu'elles ne sont pas générales, figure un certain recul de l'emploi des engins et notamment
des engins lourds dans la préparation des terrains avant reboisement.
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Le reboisement en France . Quels changements enregistrés depuis 20 ans ?
Ce recul est loin d'étre général et ne se justifie pas toujours sur le plan technique mais, dans certaines situations, notamment en terrain humide et lorsque le sol a une structure fragile, c'est une
bonne chose.
Enfin, bien que ce ne soit encore que peu tangible, il est vraisemblable que la prise en compte des
problèmes paysagers et environnementaux aura dans les années qui viennent des retombées non
négligeables sur les reboisements, notamment dans le domaine du choix des essences et sur leur
conduite ultérieure .
G . STEINMETZ
570 B, rue des Bleuets
F-45200 AMILLY
LE REBOISEMENT EN FRANCE . QUELS CHANGEMENTS ENREGISTRÉS DEPUIS VINGT ANS ? (Résumé)
L'auteur analyse les causes et les conséquences des modifications souvent importantes enregistrées en France dans les vingt dernières années en matière de qualités génétiques des plants et de techniques de reboisement et tente d'esquisser les évolutions à
venir. Il note en particulier les efforts louables mais encore insuffisants développés dans le domaine du choix des essences et dans
celui de l'amélioration génétique des semences mises sur le marché . Se projetant dans un avenir proche, il s'interroge sur les conséquences possibles de la tendance qui s'amorce à l'utilisation de variétés à base génétique étroite . Au titre des techniques de reboisement, il souligne la baisse considérable enregistrée dans les densités de plantations et se demande si l'on n'est pas allé trop loin.
Quant à la fertilisation et à l'utilisation de plants mycorhizés, sans en dénier l'intérêt, il tente d'en situer les limites actuelles . Enfin, il
met en avant les bouleversements engendrés par l'apparition de deux phénomènes nouveaux : l'utilisation des phytocides et l'explosion des populations de grands animaux.
REFORESTATION IN FRANCE. CHANGES OBSERVED IN THE LAST TWENTY YEARS (Abstract)
The author discusses the causes and consequences of often considerable changes recorded in France over the last twenty years as
regards the genetic properties of seedlings and reforestation techniques and attempts to sketch future developments . In particular, he
draws attention to the praiseworthy yet still inadequate efforts made in choice of species and genetic improvement of marketed seeds.
Considering the near future, he ponders the possibles consequences of the recent trend towards use of varieties with a naroow genetic
base . As to reforestation techniques, he points to the considerable drop in plantation densities suggesting that it may have gone too
far . While not denying the significance of fertilization and the use of mycorrhized seedlings, their present limitations are outlined.
Finally, the author underlines the major changes generated by two recent phenomena : the use of phytocides and the population explosion among large animals.
DIE AUFFORSTUNG IN FRANKREICH . WELCHE VERANDERUNGEN HAT MAN IN DEN LETZTEN ZWANZIG JAHREN VERZEICHNET ? (Zusammungfassung)
Der Verfasser untersucht die Ursachen und die Konsequenzen der oft bedeutenden Modifikationen, die man in den letzten zwanzig
Jahren auf dem Gebiet der genetischen Eigenschaften der Pflànzlinge und der Aufforstungstechniken verzeichnet hat und versucht die
kdnftigen Entwicklungen zu skizzieren.
Er bemerkt insbesondere die lobenswerten aber noch ungenügend entwickelten Anstrengungen auf dem Gebiet der Artenwahl und der
genetischen Verbesserung der auf den Markt gebrachten Samen.
Indem er sich in Bine nahe Zukunft versetzt, stellt er die Frage nach den moglichen Folgen der sich abzeichnenden Tendenz zur
Verwendung von Varietaten mit genetisch enger Basis . Bei den Aufforstungstechniken unterstreicht er die bedeutende Abnahme der
Pflanzungsdichte und fragt sich, ob man dabei nicht zu weit gegangen ist . Was die Düngung und die Verwendung von MycorrhizaPflanzlingen angeht, so versucht er — ohne deren Nutzlichkeit abzuleugnen ihre Grenzen aufzuzeigen . Zuletzt unterstreicht er die
UmstOBe, die durch zwei neue Erscheinungen hervorgerufen worden sind : die Verwendung von Pflanzengiften und die Explosion der
GroBwildbestande.
LA REPOBLACION EN FRANCIA . LOUÉ CAMBIOS SE HAN REGISTRADO DESDE HACE VEINTE ANOS ? (Resumen)
El autor analiza las càusas y las consecuencias de las modificaciones, a menudo importantes, registradas en Francia durante los
veinte ailes Oltimos, en materia de cualidades genéticas de las plantas y de las técnicas de repoblacién e intenta esbozar las evoluciones del porvenir . Sehala, en particular, los esfuerzos laudables, pero aun insuficientes, desarrollados en el sector de la seleccién
de variedades y en el de la mejora genética de las semillas ofrecidas al mercado . Proyectàndose hacia un prOximo porvenir, se interroga sobre las consecuencias de la tendencia que se insinua sobre la utilizacién de variedades de estrecha base genética . Bajo el
titulo de técnicas de repoblacién, subraya la baja considerable registrada en las densidades de plantaciones y se pregunta si no se
ha ido demasiado lejos . En cuanto a la fertilizacién y al uso de plantOn micorizado, sin desdenar el interés, intenta situar los limites
actuales de todo ello. En fin serials los trastornos engendrados por la aparicidn de dos fendmenos nuevos : la utilizacidn de los fitocidos y la explosiOn cuantitativa de los grandes animales .
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