...

forêt technique et DES

by user

on
Category: Documents
1

views

Report

Comments

Transcript

forêt technique et DES
technique
et forêt
A
VIEILLISSEMENTS DES FORETS
ET EFFORT DE RÉGÉNÉRATION
M.
BARTOLI -
G.
LARGIER
En foresterie, ce que nous appelons âge optimum d'exploitabilité et âge limite sont des notions
d'usage fort ancien . Ainsi, dès 1668, De Froidour (in : Huffel, 1927), dans son « Instruction sur
les ventes des bois du Roy » écrit que les « officiers [. . .] doivent s'appliquer à bien connaître [. . .]
l'espèce du bois dont [les forêts] sont plantées jusque à quel âge le bois profite et quel âge il
dépérit » (').
Si, pour un peuplement donné, on peut apprécier son âge limite, il sera possible d'indiquer son
vieillissement » en comparant son âge réel avec cet élément butoir . Le vieillissement va donc
être un des indicateurs de cette « décision essentielle de l'aménagement » (Manuel d'Aménagement de l'Office national des Forêts - ONF, 1989) qu'est la détermination de l'effort de
régénération . Les peuplements d'une forêt présentent, de façon similaire, un vieillissement par
rapport non plus à leur âge limite, mais par rapport à leur âge optimum d'exploitabilité.
Dans le logiciel d'aide à l'aménagiste de l'Office national des Forêts (dénommé AIDAM (2))
(Largier et Bartoli, 1990), la formalisation de ces concepts de vieillissement va permettre au
gestionnaire de connaître pour toute la forêt, à la fois la surface lui permettant de résorber un
éventuel vieillissement excessif et celle lui permettant de minimiser les pertes dues aux sacrifices
d'exploitabilité . Comparer ces chiffres entre eux, et avec celui de la surface à régénérer
d'équilibre (la place à déjà laisser pour les essences objectifs à long terme) lui permettra
d'évaluer, avec raison et précision, l'effort de régénération à adopter dans l'idéal.
(1) Selon De Froidour, cette appréciation des âges optimum et limite est le second point à étudier pour bien gérer un massif.
Bien connaître premièrement la qualité et la nature du fond c'est-à-dire connaître et cartographier les stations forestières est
le, déjà plus que clairvoyant, premier conseil.
(2) Une version de ce logiciel pour la micro-informatique accessible à tous les rédacteurs de plans de gestion est en cours de
mise au point .
237
Rev . For. Fr. XLIV - 3-1992
M . BARTOLI - G . LARGIER
LE CONCEPT DE VIEILLISSEMENT
L'âge, un élément relatif
Descripteur traditionnel d'un peuplement, son âge ne suffit pas à le caractériser . Ce qui importe
réellement, ce sont les durées qui restent à courir avant que le peuplement n'atteigne, ou son
âge limite, ou son âge optimum . Ce dernier correspond souvent, dans les faits, à un diamètre
optimum d'exploitabilité.
Dans le premier cas, ce laps de temps est la ' durée de survie
même si le terme de « survie
est en fait excessif . En effet la notion d'âge limite, désormais usitée, n'est plus tout à fait celle
de De Froidour : il ne s'agit pas de l'âge auquel le peuplement est réellement dépérissant, mais
celui, moindre, pour lequel les défauts deviennent graves : coeur rouge du Hêtre par exemple.
S'il est évident qu'une peupleraie et une chênaie rouvre âgées toutes deux de 25 ans n'ont pas
le même vieillissement, la première étant mûre, la seconde très jeune, ce peut être aussi le cas
pour deux peuplements d'une même essence . Une parcelle d'Épicéa de 50 ans en première
classe de fertilité sera beaucoup plus vieillie qu'une parcelle de même âge en 3e classe, si l'on
veut obtenir le même diamètre . De même, il faut considérer qu'une jeune futaie de Hêtre qui
sera conduite de façon dynamique pour atteindre 60 cm de diamètre à 100 ans, n'appartient pas
au même type de peuplement qu'une futaie plus âgée, qui n'atteindra le même diamètre qu'à
120 ans, alors que ces deux hêtraies sont sur la même station.
Il ne faut pas oublier qu'il est des peuplements pour lesquels l'âge n'a pas de réelle signification :
— les futaies bien jardinées ou les taillis-sous-futaie se renouvelant correctement (c'est
sans doute très rare) ;
— les vides, boisables ou non boisables ;
— les peuplements qu'une décision de l'aménagiste va mettre « hors sylviculture », soit que
les contraintes du milieu lui imposent ce choix, soit qu'il souhaite créer une « réserve biologique
intégrale
Ces peuplements ou ces vides n'imposent en fait aucune contrainte de vieillissement : ils ne
seront pas à prendre en compte dans les calculs qui mesurent ce critère.
Type de peuplement et peuplement
Généraliser et formaliser les exemples cités conduit à définir :
— un type de peuplement à l'aide d'un libellé synthétique, de deux âges (âge optimum
d'exploitabilité et âge limite) et de sa composition en essences,
— un peuplement comme étant un stade de développement d'un type de peuplement . Ce
stade de développement est simplement et complètement déterminé par l'âge du peuplement
décrit.
Notons que l'âge optimum d'exploitabilité, défini alors, est celui du type de peuplement en place
et non celui du type objectif adapté à la station forestière et bénéficiant d'une sylviculture
moderne . Pour reprendre l'exemple cité, 120 ans sera l'âge optimum d'exploitabilité de la hêtraie
actuellement présente alors même qu'une sylviculture plus énergique permettra à la hêtraie lui
succédant d'atteindre un même diamètre à 100 ans.
Le fichier des types de peuplements d'une forêt (ou d'un ensemble de forêts) sera complet s'il
se présente comme celui de la figure 1 (p . 239).
238
Technique et forêt
Le logiciel AIDAM permettra de réaliser très rapidement le rattachement d'un peuplement donné
à un autre type que celui déterminé lors de la description . Cela peut paraître a priori anormal,
mais cette modification est, très logiquement, fréquente . Dans une forêt périurbaine, par exemple, un peuplement de Chêne rouvre de 120 ans sera intégré soit à un type à objectif production
d'âge d'exploitabilité de 180 ans, soit à un type de chênaie à objectif touristique (âge d'exploitabilité de 240 ans) . L'aménagiste fera ce choix après la description et sera très intéressé de
pouvoir juger de ses conséquences : le peuplement est déjà vieilli dans le premier cas, n'est
qu'à mi-chemin dans le second . De la même manière, l'âge limite (tel qu'il a été défini
précédemment) ne sera pas identique dans les deux cas.
Dans cet exemple, le rattachement d'un peuplement au type d'âge d'exploitabilité plus élevé va,
en quelque sorte, le « rajeunir » . Même si, naturellement, son âge réel ne change pas.
Les vieillissements d'un peuplement
En mesurant le laps de temps qui reste à parcourir entre son âge réel actuel et son âge limite
d'une part, son âge optimum d'autre part, le vieillissement absolu et le vieillissement relatif d'un
peuplement sont, respectivement, déterminés.
Le logiciel AIDAM édite histogrammes et tableaux, une fois entrés, pour chaque unité de gestion
(parcelle ou sous parcelle), son type de peuplement et son âge actuel . Ce dernier élément sera
comparé aux âges limite et optimum du type pour conduire les calculs et présenter les résultats.
Dans le premier cas, l'histogramme n'est autre que celui, classique, des durées de survie . Nous
le présentons en classes de vieillissement absolu . Chaque classe a une amplitude concernant
une durée d, celle de l'aménagement en cours d'étude.
Ainsi, d'un seul coup d'oeil, est-il possible d'apprécier le vieillissement absolu de toute une forêt.
La figure 2 (p . 240) présente un cas réel et, en même temps, un tableau (figure 3, p . 240) va
expliciter le graphique en rappelant quels sont les peuplements qui seront à régénérer au plus
tard lors de telle ou telle période . La liste des unités de gestion correspondantes est présentée
à la demande.
De même, sans nouvelle entrée de données, le logiciel édite l'histogramme du vieillissement
relatif (figure 4, p . 241) dans lequel les peuplements sont classés et comparés à leur âge
optimum d'exploitabilité qui devient référence commune.
Deux faits sont à noter :
• Si, par définition même, aucun peuplement ne doit dépasser l'âge limite de son type, il lui sera
possible d'aller au delà de son âge optimum
d'exploitabilité . Aussi, avons-nous noté avec
des valeurs algébriques (— 5 d ou + 2 d par
Type de code : TYPE DE PEUPLEMENT
exemple) le vieillissement qualifié de relatif.
Les valeurs du vieillissement absolu (voir fiCode
: EPC3
gure 2, p . 240) sont, elles, en quelque sorte,
1 Libellé
: Epicéa - classe de fertilité 3
des valeurs . . . absolues.
2 Age limite
100
Dans les deux cas, et dans la version ac3 Age optimum : 80
tuelle du logiciel AIDAM, les vides, les peu4 Composition en essences :
plements ruinés et ceux hors sylviculture
essences
: EPC S.P HET
sont installés à droite de l'histogramme, les
pourcentage : 80 10
10
peuplements jardinés à gauche : ils n'ont pas
de vieillissement comme cela a déjà été siFigure 1
gnalé.
239
Rev. For. Fr. XLIV - 3-1992
M . BARTOLI - G . LARGIER
Surface
250
Age limite
Figure 2
FORET DOMANIALE DE LA
PETITE PIERRE, 3 e SÉRIE.
VIEILLISSEMENT ABSOLU
DES PEUPLEMENTS EN
PLACE (1 111,53 ha)
207,81
P .S.
200
171,28
155,84
HET
150
P .S.
HET
138,16
P.S.
120,02
P.S.
HET
104,11
P .S.
FRC
100
CHR
EPC
CHR
HET
81,06
P.S .
79,08
HET
HET
CHR
HET
HET
50
CHP
CHP
30,80
EPC
EPC
FRC
FRC
CHR
9d
CHP
8d
7d
FRC
23,37
V
CHR CHP
EPC
CHP
EPC
CHP
EPC
CHP
6d
4d
5d
Périodes d'aménagement
3d
2d
1d
Figure 3
Peuplements à régénérer au plus tard au cours de la 5 e période
Surface
Type
Age
Intitulé
4,90
CHP
]60,80]
Futaie de chêne pédonculé
12,22
CHR
]120,140]
Futaie de chêne rouvre de qualité
23,83
EPC
]20,40]
Epicéa fertilité classe 2
36,76
HET
]60,80]
Futaie de hêtre classes 1 et 2
3,35
P .S
]40,60]
Pin sylvestre de Haguenau
81,06
Peuplements à régénérer au plus tard au cours de la 6 e période
Surface
Type
Age
Intitulé
65,13
CHP
]40,60]
Futaie de chêne pédonculé
2,00
CHR
]100,120]
Futaie de chêne rouvre de qualité
32,05
EPC
]0,20]
Epicéa fertilité classe 2
FRC
13,99
]0,20]
Futaie de frêne ou d'érable sycomore
4,90
HET
]40,60]
Futaie de hêtre classes 1 et 2
1,95
P .S
]20,40]
Pin sylvestre de Haguenau
120,02
240
Age limite
160
220
120
160
140
Age limite
160
220
120
120
160
140
Technique et forêt
Surface
200
Figure 4
FORÊT DOMANIALE DE LA
PETITE PIERRE, 3e SÉRIE.
VIELLISSEMENT RELATIF
(1 111,53 ha)
Age optimum
180
180 .25
180,40
P .S .
P.S.
HET
170,61
169 .79
P.S .
P .S.
160 .-
EPC
142,08
HET
140
P .S.
HET
120
HET
CHR
100 —
CHR
HET
79,08
80
73,73
FRC
P.S .
60
HET
FRC
CHR
HET
CHP
EPC
40
CHP
CHR
FRC
FRC
20
23,37
EPC
CHP
CHP
EPC
EPC
CHR
CHP
-6d
-5d
-4d
-3d
-2d
CHP
CHP
-1d
+1d
EPC
V
+2d
Figure 5
Peuplements à régénérer au mieux au cours de la 5 e période
Surface
Type
Intitulé
Age
CHP
]20,40]
Futaie de chêne pédonculé
29,81
Futaie de chêne rouvre de qualité
35,89
CHR
]60,80]
Futaie de frêne ou d'érable sycomore
FRC
]0,10]
13,99
]20,40]
Futaie de hêtre classes 1 et 2
98,61
HET
Pin sylvestre de Haguenau
1,95
P .S
]20,40]
180,25
Peuplements à régénérer au mieux au cours de la 6 e période
Surface
81,00
30,80
54,39
4,42
170,61
Type
Age
CHP
CHR
HET
P .S .
]0,20]
]40,60]
]0,20]
]0,20]
Intitulé
Futaie de chêne pédonculé
Futaie de chêne rouvre de qualité
Futaie de hêtre classes 1 et 2
Pin sylvestre de Haguenau
241
Rev . For. Fr. XLIV - 3-1992
Age
optimum
120
160
90
120
120
Age
optimum
120
160
120
120
M . BARTOLI - G . LARGIER
• Bien que portant sur les mêmes peuplements, il est facile, en comparant les figures 2 et 4
(p . 240 et 241) de voir que les histogrammes sont notablement différents : le laps de temps entre
âge optimum et âge limite est variable d'un type à l'autre.
À l'histogramme du vieillissement relatif est associée sa légende (figure 5, p . 241) : la liste des
peuplements (voire des unités de gestion si l'utilisateur le souhaite) qu'il conviendrait de
régénérer au mieux lors de telle ou telle période . Tous les peuplements qui dépassent ou
dépasseront au cours de la durée de l'aménagement leur âge optimum sont, naturellement,
inclus dans la première période . Les 341,09 ha à régénérer au mieux au cours de la première
période sont la somme des surfaces des colonnes + 2 d, + 1 d et – 1 d de l'histogramme de la
figure 4.
Comme pour le vieillissement absolu, l'histogramme du vieillissement relatif (et sa légende)
permet une vue globale de ce critère au niveau de la forêt ou de la série . En outre le logiciel,
pour les deux vieillissements, peut également éditer des histogrammes pour chaque essence ou
chaque type de peuplement 131, ce qui permet alors de focaliser son attention sur les cas posant
spécialement problème.
LES VIEILLISSEMENTS IMPOSENT DES CONTRAINTES
Contrainte induite par le vieillissement absolu
Les éléments de l'histogramme du vieillissement absolu étant similaires à ceux des histogrammes classiques en durée de survie, ils permettent de calculer la « surface maximum
théorique à régénérer », Sm . Cette surface est l'une des références théoriques de l'effort de
régénération (ONE, 1989) . En anticipant dès à présent la résorption de la colonne la plus haute,
un tel effort va permettre d'éviter les à-coups techniques et financiers de la gestion et améliorer
l'équilibre général des classes d'âge . Nous avons appelé « contrainte absolue » celle dont le
calcul détermine Sm : elle
est induite par le vieillisseForêt Domaniale de LA PETITE PIERRE, 3 e série
ment qualifié d'absolu.
Contraintes liées au vieillissement des peuplements en place
Même si les peuplements
Surface totale : 1 111,53 ha, dont 1 088,16 avec contraintes de vieillissene sont pas spécialement
ment
vieillis, il est toujours posSurface à régénérer par périodes de 20 ans :
sible de faire apparaître
Contrainte absolue (âge limite) :
1
79,08
(79,08 en 20 ans)
cette « surface maximum
2
108,62
(217,24 en 40 ans)
théorique », le logiciel
3
124,36
(373,08 en 60 ans)
AIDAM présente ce calcul.
4
119,30
(477,19 en 80 ans)
La figure 6 (ci-contre) qui
5
111,65
(558,25 en 100 ans)
6
113,05
(678,27 en 120 ans)
l'illustre montre comment
7
126,58
(886,08 en 140 ans)
il est conduit .
8
132,17
(1 057,36 en 160 ans)
Figure 6
120,91
(1 088,16 en 180 ans)
9
En théorie, c'est le chiffre issu de la 8 e période qui va permettre d'étaler au mieux le renouvellement des peuplements, mais la durée (160 ans) qui nous sépare de cette échéance la rend peu
précise . Cela est d'autant plus normal que ces chiffres ne prenant en compte que les peuplements présents aujourd'hui, ils ignorent les surfaces qui seront à nouveau à régénérer avant le
terme de 160 ans . C'est plutôt le chiffre de la 3 e période qui sera la Sm de référence : sa valeur
est du même ordre de grandeur que la Sm théorique (si les chiffres des premières périodes
(3) Les histogrammes sont alors présentés en classes d'âge réel, ce descripteur ayant son sens logique pour un type donné.
242
Technique et forêt
étaient faibles, la forêt ne serait pas vieillie) et, lui, englobe bien les peuplements qui forment la
forêt actuelle.
Il est important de se rendre compte que, bien que qualifié de « maximum », un effort de
régénération porté à ce niveau ne sera pas toujours suffisant . En effet Sm est calculée en
prenant en compte, pour tout peuplement en place, une durée de renouvellement la plus longue
possible puisqu'allant jusqu'à l'âge limite acceptable.
Sm n'est que « le maximum d'une surface minimum » et s'en contenter, si les peuplements ne
sont pas vraiment vieillis, revient à adopter l'âge limite comme âge d'exploitabilité.
Contrainte induite par les critères d'exploitabilité des essences objectifs
Le remplacement à l'identique des peuplements en place n'est pas toujours, loin de là, le but de
la gestion qui doit aussi préparer dès à présent leurs places aux essences principales objectifs :
chaque part de la forêt affectée à un objectif (une essence et un âge d'exploitabilité) doit déjà
être régénérée au rythme de celle-ci . La somme de ces surfaces forme la <, surface à régénérer
d'équilibre » notée Se.
Se a, souvent, une valeur supérieure à Sm si les peuplements ne sont pas anormalement vieillis :
— les stations forestières sont utilisées au mieux avec des essences adaptées, à révolutions
généralement plus réduites que celles prévues jusqu'à maintenant ;
— Se porte sur la totalité des surfaces productrices (vides boisables et peuplements) alors
que Sm est une référence dont on a écarté les unités pour lesquelles n'existait aucune
contrainte de vieillissement . AIDAM rappelle
Surfaces non prises en compte dans le calcul:
ces éléments (figure 7, ci-contre) .
14,00
Peuplements jardinés
8,20
Vides
15,30
Peuplements ruinés
1,00
Hors sylviculture
38,50
Figure 7
Une sylviculture dynamique, une bonne adéquation essence/station vont donc conduire, dès à
présent, à un effort élevé qui, dans de nombreux cas de forêt relativement vieillie, va absorber
très normalement ce vieillissement . On constatera alors souvent que cet effort entraîne la récolte
de peuplements non mûrs risquant ainsi des sacrifices d'exploitabilité.
Contrainte induite par la nécessité de réduire les sacrifices d'exploitabilité
Les sacrifices d'exploitabilité s'apprécient, bien entendu, par rapport à l'âge optimum . II convient donc de revenir à l'histogramme du vieillissement relatif (figure 4, p . 241) . Minimiser les
sacrifices, c'est récolter :
— lors de la première période, tous les peuplements qui ont dépassé cet âge optimum
(colonne + 1 d et suivantes : on a consenti un sacrifice en les conduisant trop loin) et ceux qui
atteignent cet âge (colonne – 1 d),
— lors de la deuxième période, ceux de la colonne – 2 d (ils seront alors juste mûrs),
— etc . ..
Pour étaler ces vagues successives, il faudra régénérer sur deux périodes la moitié des surfaces
à prendre, sur trois périodes le tiers, etc . . . Le chiffre le plus faible conduit ainsi à minimiser les
pertes dues aux sacrifices d'exploitabilité . Le rajeunissement est retardé pour que le trou de
récolte prévisible (la colonne – 3 d dans l'exemple de la figure 4) soit comblé au mieux . Nous
appellerons surface disponible (Sd) ce chiffre économiquement et théoriquement le meilleur.
243
Rev. For. Fr . XLIV - 3-1992
M.
BARTOLI - G . LARGIER
Le logiciel AIDAM présente un tableau des <, contraintes relatives <> où ce chiffre minimum va être à
considérer (figure 8, ci-contre) .
Contrainte relative (âge optimum) :
1
341,09
(341,09 en 20 ans)
2
241,59
(483,17 en 40 ans)
3
185,63
(556,90 en 60 ans)
4
184,33
(737,30 en 80 ans)
5
183,51
(917,55 en 100 ans)
6
181,36
(1 088,16 en 120 ans)
Figure 8
Comme dans le choix de la surface Sm, le chiffre de la troisième période (185 ha) sera en fait
celui devenant la surface disponible à régénérer et ce, pour les mêmes raisons (imprécision sur
le long terme, essence à assez courte révolution à renouveler deux fois en 120 ans), le logiciel
permet de retenir le chiffre le plus correct.
Il est normal, malgré l'aspect paradoxal des chiffres, que la surface Sm (130 ha environ),
qualifiée de maximum 14) , soit inférieure à Sd (180 ha environ) qui est un minimum . La seconde
considère que les peuplements sont conduits jusqu'à leur optimum, la première prend en
compte une durée beaucoup plus longue.
En fait, la forêt n'est pas trop vieillie . Se contenter d'un effort de Sm est insuffisant et, à
l'inverse de ce qu'on souhaite, va perpétuer un vieillissement relatif important.
Cas des futaies à jardiner et des taillis-sous-futaie à convertir
Le cas des parcelles que l'on souhaite traiter en futaie jardinée et qui n'ont pas encore une
structure idéale, mais où l'on peut, par plages, distinguer des types de peuplement d'àges
variés, n'est pas un vrai cas particulier : chaque parcelle doit être assimilée à une série (5) . Les
surfaces Se, Sd et Sm seront simplement applicables à la parcelle comme il se doit dans la
futaie jardinée où l'équilibre des âges est à trouver dans une unité (parcelle) indépendante des
autres.
Par contre, passer d'une futaie vieillie et mal jardinée ou d'un taillis-sous-futaie (aux diamètres
et âges très hétérogènes) à une futaie régulière est un cas où seuls les éléments sur les
vieillissements absolus (durée de survie) sont à prendre en compte (6) . Seuls Se et Sm sont à
considérer même si le logiciel calcule une Sd alors sans signification . Il convient alors de
séparer ce type de parcelles (TSF en particulier) des autres, pour en faire une série 15) au moins
pour conduire les calculs ne venant pas interférer avec ceux, licites eux, des peuplements
réguliers.
LA SURFACE À RÉGÉNÉRER
Insistons au préalable sur le fait que le niveau de l'effort de régénération est à « repenser à
chaque révision d'aménagement » (Blanchard, 1976) . En effet, d'une part les peuplements
actuels seront remplacés par d'autres éventuellement très différents imposant donc des contraintes de vieillissement pouvant fortement déformer les histogrammes . D'autre part l'appréciation du vieillissement pourra être très différente dans 15 ou 20 ans si les croissances ou l'état
physiologique des peuplements ne sont pas ceux prédits aujourd'hui.
(4) Il parait évident que le vocabulaire concernant toutes ces notions serait à revoir :
a absolu ii, „ relatif
durée de survie
n< maximum
etc . . . aucun des termes n'est utilisé avec son sens précis . Cela vaut aussi pour les qualificatifs que nous
employons nous-mèmes.
(5) Le logiciel AIDAM autorise très facilement la création ou la fusion de séries (provisoires ou définitives) individualisant
immédiatement tous les calculs sur chacune d'entre elles.
(6) Le logiciel AIDAM autorise une telle appréciation en acceptant que, ce qui est alors une durée de survie, soit codée n< Sn ,.
(n durée d'aménagement séparent le taillis-sous-futaie de son terme estimé) et affecte à l'unité de gestion un âge fictif.
244
Technique et forêt
L'effort de régénération
Équilibrer les classes de vieillissement, résorber leurs excès tout en minimisant les pertes
économiques exige réflexion et souplesse . Cette souplesse sera apportée par le véritable
amortisseur que constitue la période située entre l'âge optimum et l'âge limite.
Si la surface à régénérer d'équilibre (Se) est l'objectif un peu inaccessible d'une gestion sans
secousse ni accélération, les références permettant de résorber un certain vieillissement (Sm)
sans trop de perte d'exploitabilité (Sd) seront toujours à calculer . Peyron (1991) propose une
démarche similaire dans le cas d'une forêt où l'essence objectif est déjà en place.
Le logiciel AIDAM présente les « contraintes absolues et relatives » en vis-à-vis (figure 9, cidessous) . D'autre part (figure 10, ci-dessous) le maximum de la première (Sm), le minimum de la
seconde (Sd) et la surface à régénérer d'équilibre (Se) sont des références rappelées au moment
de la constitution des groupes d'une série.
Figure 9
CALCUL DES CONTRAINTES LIÉES AUX PEUPLEMENTS
Code FORÊT : SOULAN
Page unique
Surface totale : 400,00 ha
Surface à régénérer par périodes de 20 ans :
Contrainte absolue (âge limite) :
Contrainte relative (age optimum) :
1
50,00
(50,00 en 20 ans) 1
100,00
(100,00 en 20 ans)
2
50,00 (100,00 en 40 ans) 2
175,00
(350,00 en 40 ans)
3
116,67
(350,00 en 60 ans) 3
116,67
(350,00 en 60 ans)
4
87,50 (350,00 en 80 ans) 4 100,00
(400,00 en 80 ans)
5
80,00 (400,00 en 100 ans)
CONSTITUTION DES GROUPES D'AMÉNAGEMENT
Code FORÊT : SOULAN
Surface à régénérer d'équilibre
. 100,00
Contrainte absolue
. 116,67 pour 400,00 ha
Contrainte relative
Figure 10
Aménagement 1992-2011 (20 ans)
100,00 hors vides, etc.
Groupes
Surface
1 Régénération
2 Amélioration
300,00
100,00
Une série peut (pour les besoins de la cause, mais très facilement et de façon provisoire avec le
logiciel), aller de la parcelle (équilibre en futaie jardinée) à la forêt.
Dans ce dernier cas, il convient :
— de séparer les parcelles de taillis-sous-futaie à convertir pour les raisons données
précédemment ;
— de ne prendre en compte que les périodes dans lesquelles on est susceptible de trouver
ensemble tous les types de peuplement : au delà d'une certaine période, seules les essences à
longue révolution seront présentes, par exemple dans une forêt à vocation Hêtre 100 ans et
Chêne 180 ans, seuls les éléments couvrant cinq périodes de 20 ans seront à considérer . On
aura aussi intérêt, parfois, à ' écarter >, du calcul les essences à révolution rapide (Peupliers, . . .)
pour qu'elles n'interfèrent pas avec les autres .
245
Rev. For. Fr. XLIV - 3-1992
M.
BARTOLI -
G.
LARGIER
Tout cela fait, on compare d'abord la contrainte due au vieillissement absolu à la surface à
régénérer d'équilibre puis on regarde si cela entraîne ou pas des sacrifices d'exploitabilité.
• Si Sm est plus grand que Se, la forêt est sérieusement vieillie mais le rajeunissement qui
s'impose peut être :
— urgent : Sm est alors situé dans une période proche et avant la période qui contient Sd.
Il faut alors régénérer Sm.
— moins urgent : Sd apparaît avant Sm et vouloir dès à présent rajeunir au niveau de Sm va
entraîner des sacrifices d'exploitabilité ; Sd sera alors suffisant sauf à admettre ces sacrifices
bien sûr .
Surface
300Age limite
250,00
250 -
Ce cas (repris du Manuel d'Aménagement, ONF, 1989) était illustré par les
figures 9 et 10 (p . 245) . La figure 11
(ci-contre) en montre l'histogramme et
les caractéristiques du peuplement
sont celles de la figure 1.
200-
Age optimum
150 EPC3
100
50 _
50,00
50,00
50,00
EPC3
EPC3
EPC3
2d
1d
Figure 11
FORÊT DOMANIALE DE SOULAN
VIEILLISSEMENT ABSOLU DES PEUPLEMENTS EN
PLACE (400,00 ha)
0
5d
4d
3d
Périodes d'aménagement
• Si Se est supérieur à Sm, il faut tenter, bien sûr, de se rapprocher de Se, mais :
— Si Sd > Se, il ne faut pas encore songer à régénérer vides ou peuplements ruinés mais
des peuplements constitués.
— Si Se > Sd (ce doit être le cas le plus fréquent) :
— Si l'on souhaite minimiser les sacrifices d'exploitabilité des peuplements, on régénérera Sd et
il serait bon de compléter avec des vides ou assimilés (c'est le cas exposé avec les figures 2, 4,
6, 8) . Si la forêt est jeune, la valeur de Sd est égale à 0 bien entendu : aucune surface n'est
encore disponible.
— Si l'on juge acceptables des sacrifices (ils pourront l'être si l'on remplace, par exemple, un
taillis par une essence de futaie dont on est sûr), on porte l'effort jusqu'à Se.
246
Technique et forêt
Les peuplements à régénérer
Une fois fixé le niveau global de l'effort de régénération, le choix des parcelles doit se faire de
manière simple en commençant, cela est une évidence mais doit malgré tout être rappelé, par
celles dont le vieillissement absolu est le plus élevé . En particulier, les unités de gestion situées
dans la colonne e 1 d ,> doivent obligatoirement toutes faire partie du groupe de régénération.
Puis, rappelant en clair les libellés des types de peuplements, les unités à régénérer « au plus
tard >> et « au mieux e, le logiciel AIDAM va permettre un choix facile possible en tri hiérarchisé
automatique.
CONCLUSIONS
Aidés ou pas par des moyens informatiques, les décisions à prendre en matière de surface à
régénérer sont délicates . La prise en compte d'un effort qui permet de réduire les sacrifices
d'exploitabilité prévisibles à terme vient, peut-être encore, un peu compliquer les choses . Mais
l'obtention rapide d'un équilibre idéal ne doit pas se réaliser au détriment de l'optimisation des
investissements forestiers passés . La prise en considération d'une surface disponible, c'est-àdire avec des peuplements mûrs, permettra d'éviter cette difficulté .
M . BARTOLI
Section technique inter-régionale Sud-Ouest
OFFICE NATIONAL DES FORETS
23bis, boulevard Bonrepos
31000 TOULOUSE
G . LARGIER
Formation d ' Ingénieurs forestiers
ÉCOLE NATIONALE DU GÉNIE RURAL,
DES EAUX ET DES FORETS
14, rue Girardet
54042 NANCY CEDEX
BIBLIOGRAPHIE
BLANCHARD (G .) . — Problèmes posés par l'utilisation de la notion de durée de renouvellement en futaie
régulière . — Bulletin technique de l'ONF, n° 8, 1976, pp . 29-41.
HUFFEL (G .) . — Les Méthodes de l'aménagement forestier en France . — Annales de l'École nationale des
Eaux et Forêts, tome I, n° 2, 1927.
LARGIER (G .), BARTOLI (M .) . — Logiciel d'aide à l'aménagiste de l'ONF (AIDAM) . Version expérimentale . —
1990.
OFFICE NATIONAL DES FORÊTS . — Manuel d 'Aménagement / J . Dubourdieu . — 3° édition . — Paris : Office
national des Forêts, 1989 . — 151 p.
PEYRON (J .-L.) . — Méthodes d'aménagement des futaies de peuplements équiennes et inéquiennes . ln:
Séminaire sur les nouvelles méthodes et techniques d'aménagement des forêts . — Conférence prononcée
à Madrid . — 1991 . — 17 p .
247
Rev. For. Fr . XLIV - 3-1992
Fly UP