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RÉFLEXIONS D'UN VIEUX CHÉNIER

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RÉFLEXIONS D'UN VIEUX CHÉNIER
RÉFLEXIONS D'UN VIEUX CHÉNIER
R . FOL
NDLR
Nombreux sont en France — notamment en secteur ligérien — les forestiers ayant connu et
apprécié R. Fol, qui termina, en 1982, sa carrière comme directeur régional de l'Office national
des Forêts à Orléans, après avoir eu la longue responsabilité directe — à Blois notamment —
de ces forêts de Chêne dont la juste réputation dépasse nos frontières.
Monsieur le Directeur général Bétolaud avait alors souhaité ', qu'il mette noir sur blanc son
R . Fol a bien
expérience sur le Chêne «, « qu'il avait pratiqué pendant plus de quarante ans
voulu envoyer à la Revue forestière française les pages ainsi rédigées, nous autorisant à en
reproduire les passages les plus intéressants pour les lecteurs de la RFF.
C'est l'objet de cet article, qui traitera d'abord des taillis, taillis-sous-futaie, et conversions en
Chêne . La suite concernera les futaies : travaux d'entretien et coupes d'amélioration, interventions « artificielles « et ventes.
LE TAILLIS SIMPLE
Ce traitement convient bien au Chêne rouvre et au pédonculé et il a fourni abondamment
autrefois, à une révolution de 30 ans, du bois de feu, un peu de bois de mine et aussi de
l'écorce à tan.
Mes souvenirs vont surtout vers ces coupes joliment exploitées (on pouvait jouer au billard
dessus le parterre disaient les anciens) en saison de sève, où les écorces habilement décollées
à l'aide d'une spatule ou d'une omoplate de cheval s'empilaient en cylindres roulés et odorants.
Le bois écorcé ou « pelard « bien séché et sonnant clair fournissait un chauffage de qualité fort
recherché . On disait alors : du bois d'Inspecteur !
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Les grilles de bois de mine rainés agrémentaient, bien alignées, le bord des layons.
Les anciens forestiers prétendaient que le taillis assurait le meilleur placement forestier . Avant
1914, on atteignait des taux de fonctionnement de 4 %, ce qui battait la rente perpétuelle.
Les choses ont changé et pour obtenir ce taux maintenant, par exemple avec un fonds
générateur de 6 000 F l'ha (minimum) et un rendement de 150 stères à 30 ans, il faudrait vendre
le stère tout venant environ 90 F sur pied ! Les écorces et les bois de mine étant invendables.
Si l'on tient compte de la dépréciation de la valeur du franc, ce chiffre correspond sensiblement
à celui de 8 F/st en moyenne un peu avant 1900, période de grande utilisation du bois de feu.
On sait aussi que, par suite de l'exportation considérable des matières minérales et de l'altération du sol par des découverts brutaux et répétés, ce traitement est appelé à disparaître
pratiquement.
Les anciens taillis simples de Chêne sont alors à convertir directement en futaie régulière par
des nettoiements et éclaircies appropriés . On aboutira évidemment à une futaie sur souche,
mais il vaut mieux s'en contenter que de détruire un peuplement que l'on n'est pas sûr de
remplacer aisément . C'est ainsi qu'ont procédé nos anciens et nous n'en sommes pas tellement
mécontents !
Les taillis subsistants d'une ou deux révolutions sont à intégrer à leur rang dans les groupes
d'amélioration . C'est ce que nous faisons dans le Centre pour maintes forêts des collectivités.
Mais attention ! Il faut bien se faire comprendre des propriétaires et parler aussi le même
langage que les instances forestières.
Enfin, et nous y revoilà, nous avons besoin, pour cette éducation particulière des peuplements,
des ouvriers sylviculteurs de grande qualité, minutieux et persévérants, appliqués à leurs tâches
au bon moment et bien guidés par les forestiers.
J'ai eu un excellent Directeur régional, un expert en travail manuel, qui avait vu d'un coup le
problème, bien que non spécialiste du Chêne, en parcourant de tels peuplements.
LE TAILLIS-SOUS-FUTAIE
Sans doute parce que je pouvais y passer autrefois des heures agréables d'école buissonnière,
de rêverie mais aussi d'études, cette forme de peuplement a toujours été pour moi d'un grand
attrait.
Les coupes bien ordonnées, le bel alignement des stères et des grumes façonnés, l'explosion de
végétation herbacée après l'exploitation, la succession des espèces au cours de la révolution et
finalement le jet de vie puissante du taillis corsetant les réserves, faisaient impression.
Quels couverts, quels gagnages offraient les jeunes tailles où les chevreuils faisaient bombance !
Sait-on qu'une telle forêt pouvait offrir en permanence près de la moitié de sa surface de bons
parcours à gibier ?
L'époque des balivages était un bon temps avec l'appel joyeux des baliveaux, l'annonce plus
sèche et plus appuyée des modernes, le long cri saluant en point d'orgue les vénérables
anciens.
Tout cela a marqué des vies, des époques où les besoins des hommes trouvaient leur satisfaction dans l'étagement de la forêt et la succession dans le temps des formations végétales.
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On a peiné pour établir ce régime, dont le passage à la futaie par voie de conversion a suscité
pendant des dizaines d'années des controverses passionnées.
Tout n'était pas mauvais dans le taillis-sous-futaie . Le tort des forestiers a souvent été — il faut
le dire — de fermer, pour la durée de la révolution, le dossier de chaque coupe dès qu'elle était
usée, négligeant ainsi les nécessaires opérations destinées à la production des futurs baliveaux
de Chêne : coupes de rénovation, dégagements de semis, plantations avec des balivages bien
conduits en toute connaissance de cause après inventaire des réserves . Encore la prééminence
du travail humain !
On peut ainsi stabiliser et même améliorer les peuplements et il est intéressant de savoir qu'en
forêt domaniale de Chambord où 1 200 ha de taillis-sous-futaie ont été maintenus dans un but
cynégétique, on s'efforce de refaire ainsi, mais sous la protection d'engrillagements, un « fonds »
de baliveaux dont le recrutement était devenu impossible par suite des dégâts de gibier.
On est bien content de nos jours de récolter avec les vieilles réserves une belle proportion de
tranche fort appréciée . Il n'est que de voir la concurrence des acheteurs sur les coupes des
forêts communales de l'Indre ou du Cher.
Comme l'a montré une étude publiée il y a une trentaine d'années les réserves de Chêne de
taillis-sous-futaie ne cessent de s'accroître et la courbe de croissance en sigma, bien connue,
ne commence à amorcer un palier que pour les vieilles écorces . J'ai personnellement vérifié le
fait justement dans les forêts de l'Indre précitées . Cela faisait dire d'ailleurs à un vieil exploitant
forestier qu'avec de tels arbres légués par nos prédécesseurs, nous nous régalions « comme des
rats dans du fromage »
Je sais bien qu'en plus des inconvénients signalés ci-dessus, on peut évoquer la dégradation du
sol comme dans le taillis simple et le manque de rentabilité causé par la mévente du taillis ;
néanmoins, je persiste à croire que le taillis-sous-futaie bien conduit a encore sa place,
notamment dans les forêts des collectivités, souvent grevées de droits d'affouage remis en
pratique depuis ces dernières années ou de trop petite surface pour être converties de façon
valable et sans déficit d'exploitation . Il en est de même en forêt privée et de façon plus sensible
pour cette dernière remarque.
LES CONVERSIONS
Quelques années avant la dernière guerre, après une absence de plusieurs mois, je fus surpris
de retrouver une coupe de taillis-sous-futaie que j'affectionnais particulièrement, le taillis complètement rasé et la réserve fortement éclaircie mettant à la lumière de belles brosses de semis.
J'étais, sans le savoir, devant le procédé de conversion dit « direct », mis en oeuvre par un
inspecteur des Eaux et Forêts assez audacieux puisqu'il réussit en peu de temps une centaine
d'hectares de régénération de Chêne, prouesse non renouvelée par la suite.
La conversion est maintenant monnaie courante, tant dans les forêts publiques où l'on parle de
près de un million d'hectares à traiter, que dans les forêts privées où le double au moins peut
être annoncé pour ne pas être en reste.
On assiste à un bouillonnement d'idées économiques et sylvicoles et à l'échafaudage de
programmes ambitieux et c'est tant mieux pour la promotion du bois d'oeuvre, clé de notre
politique forestière.
Depuis une centaine d ' années, tout a été dit sur les techniques des conversions, magistralement
condensées dans le manuel d'aménagement de l'Office national des Forêts . Cependant, je
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conserve du respect pour le traité de Pardé, sans doute parce qu'il fut mon guide dans la
malheureuse déréliction de mes débuts de carrière.
J'ai eu la chance, ces dernières années, de disposer d'une équipe remarquable, spécialisée
dans les aménagements des forêts des collectivités publiques et dont les travaux effectués dans
l'enthousiasme (eh oui ! cela existe . . .) ont permis de dégager des règles de conduite sur
lesquelles on n'insiste pas toujours assez.
Tout d'abord, on n'opère pas en domanial comme en communal ou dans le privé.
L'Etat, qui demeure toujours, dispose de relais de production et de compensations dans le
temps et dans l'espace . Il n'y a donc pas de problème majeur.
La collectivité publique et surtout la commune, par contre, tiennent à un revenu annuel ou
périodique relativement soutenu pour alimenter, même modestement, leur budget qui ne sera
pas toujours bourré de subventions et puis il faut compter avec les droits et les habitudes
locales, on l'a bien vu ces dernières années avec la reprise de l'affouage.
Le particulier enfin, dont la forêt est de dimension modeste, compte souvent sur des exploitations régulières pour payer d'abord ses impôts et ses frais de gestion.
L'art du gestionnaire, notamment pour les deux dernières catégories de propriétaires, sera donc
de veiller à ce que le revenu annuel ne soit pas trop bousculé, ni trop diminué, qu'en fin
d'opération il existe une classe d'âge exploitable et que des coupes de taillis puissent être
maintenues temporairement pour assurer la satisfaction de certains droits.
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Les éclaircies préparatoires à la conversion, le rajeunissement méthodique de la réserve dans
les groupes d'amélioration, indispensable pour assurer le recrutement des semenciers à telle
période prévue, doivent permettre une récolte dont la valeur moyenne avoisine celle des
anciennes coupes de taillis-sous-futaie . Les études faites à l'occasion de l'enquête générale de
l'Office national des Forêts sur les conversions ont même montré, si je ne m'abuse, que le
revenu devait être supérieur à celui de l'ancien régime.
Pour ce qui est de la continuité des exploitations en fin d'opération, nous nous sommes
efforcés, dans le Centre, de fixer une durée de conversion pas trop en-dessous de l'âge
d'exploitabilité des chênes. Audacieux, dira-t-on . Sans doute ! Mais pas téméraire eu égard à la
verte longévité des réserves Chêne.
On a beau dire que la commune est « impérissable », les édiles aiment bien léguer à leurs
successeurs des garanties pour l'avenir, preuves de leur sage gestion.
Le propriétaire privé considérera peut-être le but comme bien éloigné et brumeux, mais c'est
l'expression d'une volonté qui sera peut-être opposable à ses ayants cause dans l'intérêt
général.
Le maintien de coupes de taillis, en même temps que se poursuit l'enrichissement ou le
rajeunissement de la réserve, ne présente pas de difficultés et il était de pratique courante
autrefois : il y avait au moins trois procédés pour le réaliser . Je ne vois pas pourquoi on
n'introduirait pas une telle clause de sauvegarde dans les aménagements . La phobie des coupes
de taillis qui s'est développée depuis quelques décennies ne se justifie pas.
Autre conseil tiré de l'expérience : ne pas aller trop vite, maintenir une sage vitesse de croisière.
11 ne suffit pas de régénérer, il faut encore pouvoir suivre les dégagements, nettoiements, etc . ..
On arrive vite à la limite des possibilités d'action du personnel de terrain et on risque alors
l'échec, catastrophique du point de vue psychologique . Les marins disent que pour manoeuvrer,
il faut avoir de la vitesse ; mais il faut rester maître de sa vitesse . ..
Ne jetons la pierre à personne cependant, car les programmes de conversion sont demandeurs
d'aides financières dont le volume et la permanence ne sont pas forcément assurés, et il faut
donc savoir saisir l'occasion mais sagement, et revenir sans amertume, en cas de disette, à une
oeuvre de « Conservateur », fonction qui a eu ô combien ! ses mérites.
Enfin, l'efficacité des travaux requiert à la fois l'unité de doctrine et l'unité de gestion dans le
cadre d'une région forestière . C'est grâce à elles que sera obtenue l'exemplarité de l'action des
forestiers, en somme la valeur de leur témoignage qui emporte l'adhésion et aplanit les
difficultés qui ne manqueront pas de surgir dans le cours des travaux par le fait de la nature ou
des hommes et de leur langage.
LES TRANSFORMATIONS
Je ne parlerai que de la transformation par enrésinement des peuplements dégradés, la seule
que j'ai pratiquée.
Il faut, en la matière, agir avec circonspection car les temps sont changés et l'engouement
d'après guerre pour l'extension des résineux dans les régions de feuillus s'est fort tempéré
depuis une quinzaine d'années pour des raisons dites écologiques.
Nous nous sommes vus vilipendés en Eure-et-Loir, pourtant sur des terrains ruinés, par des
écologistes passionnés, secondés hélas ! par certains de nos pairs (de très vieux pairs, mais des
pairs quand même . . .) .
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Pour l'instant, il faut agir progressivement dans des terrains vraiment médiocres et en ne
revenant près des premiers enrésinements seulement lorsque le tissu forestier est cicatrisé et la
tache verte reconstituée . Comme dans la conversion, une transformation étalée sur une durée
sensiblement égale à l'âge d'exploitabilité futur « passe la rampe
Se méfier des affirmations selon lesquelles les futaies de Chêne ont été créées partout sur des
sols dégradés . Il y avait sans doute de très mauvais terrains dans les vastes secteurs plantés en
Chêne à la suite des Réformations, mais on les retrouve soit colonisés par les résineux depuis
longtemps, soit couverts de peuplements médiocres (voir Blois, Boulogne, Russy, Loches,
Bercé, Tronçais . . .).
Dans ce genre d'affaire, les forestiers ont été et sont encore restés un peu trop seuls.
LES TRAVAUX D'ENTRETIEN ET LES COUPES D'AMÉLIORATION
EN FUTAIE
Sous le vocable travaux d'entretien, on englobe les opérations qui conduisent à un stade où
l'intervention de l'homme n'est plus nécessaire jusqu'aux premières coupes vendables.
Il s'agit essentiellement de dégagements de semis (stade semis et fourrés) et de nettoiements
(stade gaulis) . Ces opérations sont bien connues mais il convient d'insister sur la fréquence et
les techniques.
Pour ce qui est de la fréquence des dégagements, c'est simple ; il faudrait être tout le temps
dans la coupe mais, bien sûr, pour des raisons d'ordre et d'organisation du travail, les travaux
sont concentrés sur certaines périodes où leur réalisation et leur efficacité sont les meilleures :
de juin à début septembre, mais rien n'empêche d'y revenir de façon ponctuelle en cas de
nécessité.
De l'ensemencement à la définitive, on intervient en dégagement avant chaque secondaire et au
moins une fois entre les coupes . Après la définitive, deux dégagements seront les bienvenus . Au
total, 6 ou 7 opérations, ce qui peut paraître beaucoup, mais plus on intervient fréquemment,
moins les travaux reviennent cher à l'unité de surface ; on est aussi mieux assuré d'être là où il
faut et au bon moment.
Ces travaux vont mobiliser une très grande partie des ouvriers d'entretien et des forestiers qui
les guident et qui doivent rester avec eux la plus grande partie du temps . Mais les choses ne
sont pas si faciles avec l'évolution du mode de vie qui conduit maintenant à des absences d'été
justement en période favorable à nos travaux . Cela n'a l'air de rien mais oblige à une planification et à une concentration des activités dans le temps toujours délicates à réaliser . Cela montre
aussi, comme je le disais, la nécessité d'un certain modelage de la vie du forestier sur le rythme
de la forêt elle-même.
II en est de même en matière d'activités cynégétiques par exemple où il devient très difficile de
trouver des créneaux entre les contraintes de la législation et les obligations d'absentéisme des
chasseurs . On va tomber (si ce n'est déjà fait) dans l'humoristique.
Ayant vu les fréquences, passons aux techniques.
Là, je dois dire qu'après une bonne quinzaine d'années d'expérimentations, ici ou ailleurs, de
méthodes basées sur des découpages mécanisés du tissu de semis de manière à ne traiter
qu'une fraction de la surface correspondant à celle qui devrait être occupée par les futurs arbres
de place, je ne suis pas convaincu de la supériorité de cette façon de procéder . D'abord à
cause de la destruction d'une grande partie de la formation végétale modifiant le microclimat
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auquel les jeunes chênes sont très sensibles, ensuite parce qu'il s'agit d'un pari osé sur le
devenir de petites surfaces dans des dizaines d'années, enfin parce que les résultats constatés
dans ma région ou ailleurs ne me sont pas apparus tellement satisfaisants.
Cela ne veut pas dire d'abandonner ce qui a été commencé, il faut au contraire le continuer afin
de voir comment les choses vont évoluer . Il y a là des idées et des principes à mettre en
réserve pour le cas où nous ne pourrions plus pratiquer qu'une sylviculture systématique ou
passe-partout (je ne voudrais pas dire lugubre) pour assurer, vaille que vaille, la pérennité des
taches vertes.
Je me suis donc tenu aux dégagements en plein mais avec une préparation soignée des
parcelles par un cloisonnement ouvert, le plus souvent à la machine, dès avant la coupe
définitive, afin d'une part de guider les ouvriers et d'autre part d'asseoir les futurs chemins de
service et d'exploitation.
Il y a plus de trente ans que j'ai lancé en forêt d'Orléans le principe du cloisonnement des
parcelles dans les coupes d'amélioration, quel que soit leur âge . J'avais été motivé par deux
faits déterminants : un jour, j'avais passé plusieurs heures à retrouver des chantiers de dégagements dans des dizaines d'hectares de fourrés compacts et pour constater que les ouvriers s'y
étaient forcément égarés ; une autre fois, le spectacle d'exploitation de très grandes coupes de
jeunes éclaircies était déplorable avec des débardages en zigzag et mutilants.
Je préfère les cloisonnements assis dans un seul sens, débouchant sur la meilleure voie de
vidange, avec quelques refends perpendiculaires si la forme de la parcelle l'exige . Un écartement de 25 m d'axe en axe est suffisant, avec au début, de simples filets tous les 12,50 m . La
largeur des cloisonnements, ouverts à la machine, est normalement celle d'un passage d'engin
avec une surlargeur tous les 50 m (futures voies de vidange) . Les ouvriers, bien guidés latéralement, ont donc un front de travail réduit.
Au fur et à mesure de l'avancement en âge, on ne conservera que les cloisonnements à 25 m
(nettoiements) puis tous les 50 m (premières éclaircies) . C'est simple, d'un entretien commode
qu'il ne faut d'ailleurs pas exagérer et l'on ne perd que 10 à 15 % de la surface ensemencée.
Cette pratique n'implique pas le rejet de la mécanisation, même si elle privilégie l'action
manuelle qui, dans les coupes difficiles, peut seule assurer un travail minutieux et de qualité
pour maintenir ou faire revenir le Chêne.
Au cours des secondaires, les deux ennemis, que sont la ronce et la fougère, sont traités de
très bonne façon, le premier par un fort cultivateur à dents qui extirpe tout en laissant glisser les
jeunes semis, le second par un engin de fauchage ou de broyage correctement réglé en hauteur.
On arrive ainsi à bout de ces indésirables en agissant très tôt et fréquemment, alors qu'à la
main, on s'y épuise pratiquement en vain.
Quant aux traitements chimiques, je n'ai pas constaté chez moi de succès, la sélectivité des
produits restant pleine d'aléas . Toutefois, je dois dire qu'un certain succès a été obtenu contre
la ronce par étiolement des tiges (à suivre).
Les nettoiements sont des travaux déjà plus aisés : tout est préparé et on y voit plus clair, mais
rien n'est à négliger et là encore l'action humaine est nécessaire jusqu'aux premières éclaircies
vers une quarantaine d'années, par des opérations programmées très sérieusement au plan de
gestion.
D'excellents résultats sont obtenus avec un passage tous les 4 ou 5 ans : enlèvement des
mauvaises tiges, élimination des morts-bois et surtout dosage du mélange des essences qui,
bien préparé, évitera des erreurs de parcours à l'âge adulte.
Les produits assez disparates, de faible volume, sont maintenant difficilement cessibles et leur
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abandon sur la coupe, presque obligé, n'est pas satisfaisant du point de vue sanitaire, tout en
offrant des obstacles sérieux au passage.
Enfin, il conviendrait de travailler proprement, sans étocs, et la tronçonneuse n'y incite pas et
quel danger dans ces peuplements serrés !
Autrefois, les travaux de nettoiements effectués en échange des menus produits retirés étaient
d'un grand intérêt pour les uns comme pour les autres . N'en parlons plus, pour bien des
raisons, la principale étant que les administrations de protection sociale n'ont jamais pu
comprendre la procédure . ..
On doit aboutir en fin de cycle à un bas perchis bien constitué où le marteleur de la première
éclaircie pourra travailler à l'aise.
Un tel peuplement, qui présente bien, a fait l'admiration des propriétaires forestiers sylviculteurs
en juin 1981, lors d'une tournée en forêt d'Orléans où pourtant la sylviculture du Chêne est
relativement récente . Je tire mon chapeau aux forestiers du coin !
Et voici que nous arrivons aux éclaircies avec leur cortège de théories, de vrais problèmes, de
faux problèmes, de timidités et d'outrances . ..
Il faut commencer tôt et taper dur, avions-nous conclu avec Pierre Cochet, en accord avec
d'éminents représentants de la recherche forestière, un matin en forêt de Blois devant une
bistouille que le chef de district du cru savait offrir comme pas un.
Le Chêne et particulièrement le pédonculé réagit terCiblement dans son jeune âge au desserrement des tiges et le peuplement se referme rapidement . J'en avais eu la preuve en examinant
une opération hardie faite dans un perchis, par un chef de cantonnement de grande compétence
et qui avait doublé le volume extrait habituellement (50 m 3 de bois fort/ha au lieu de 25 m 3 ).
Trois ans après, il n'y paraissait plus . Même audace dans des bas perchis d'un massif voisin,
mais cette fois à l'effroi du conservateur de l'époque qui fut rasséréné un peu plus tard devant
la fermeture rapide des cimes.
C'est pourquoi il me semble que les volumes retirés en éclaircie pour les jeunes peuplements
(40 à 70 ans), figurant aux tables de production du secteur ligérien (1962), paraissent faibles.
Cette hardiesse requiert des forestiers aux réactions bien équilibrées, sans cela c'est la catastrophe et nous en avons fait hélas une expérience, de courte durée heureusement.
Nous ne pouvons aller plus loin sans parler des méthodes de conduite des peuplements, basées
sur la prédésignation des arbres d'avenir et la désignation ultérieure, parmi ceux-ci, des arbres
de place et vous attendez ma réaction.
J'ai été mêlé un peu par hasard à la naissance de cette méthode et surtout à sa vulgarisation
vers l'année 1957, je crois, où cela a fait beaucoup de bruit . Je me vois encore, dans les
couloirs de la Direction générale, être submergé un jour par le flot des membres du Comité des
Aménagements et sommé — je ne sais trop pourquoi — d'étudier ce dossier et d'en faire rapport
sans délai . J'ai effectivement bien pensé à la question, sans grande passion je l'avoue, et je
crois n'avoir pas déposé de rapport . Les choses prirent un tour plus vif et je fus même relancé
dans mon fort de Chambord quelques années plus tard et pressé d'apporter ma contribution à
l'application des nouvelles idées.
Je n'ai jamais très bien saisi pourquoi on avait mis tant de feu à débattre de cette question que
l'on retrouvait pour chaque aménagement et qui donnait lieu, si les hautes instances de Paris
venaient sur le terrain, à des joutes oratoires de fort bon ton et de haut niveau, mais lassantes à
la fin et souvent dérisoires puisque les deux parties restaient sur leur position avec de temps à
autre une décision prise comme à regret, quand ce n'était pas une cote mal taillée.
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En fait, de quoi s'agit-il ? D'arriver par un jeu de desserrement des tiges d'une essence
précieuse à aboutir à un peuplement structuré à l'âge d'exploitabilité, selon les objectifs et les
normes fixés par l'aménagement, tant en ce qui concerne les dimensions des arbres que leur
densité et l'intensité du couvert . En outre, pour la culture du Chêne qui ne paie que par la
production de bois de qualité, l'important est d'obtenir des accroissements réguliers.
Un tel peuplement final a généralement un modèle existant dans la forêt ou à proximité . Il peut
être aussi défini, en l'absence de modèle, par l'étude et l'extrapolation raisonnée des facteurs
de croissance en s'appuyant sur des tables de production qui traduisent la manière d'aboutir à
l'objectif final.
On doit donc de 30-40 ans à 180-200 ans, par des interventions périodiques, diminuer progressivement le nombre de tiges, sans creuser trop tôt la courbe, par exemple de 2 000 à 100 (120),
de manière à réaliser aussi régulièrement que possible la mise à distance, l'égalisation des
diamètres et la croissance des tiges.
Il me semble que pour des gens qui savent marteler (parce qu'on leur a appris), le choix peut se
faire à chaque passage par un travail intellectuel simple qui tienne compte de la situation
toujours changeante du matériel resté sur pied.
Le procédé de désignation d'arbres de place avec ou sans prédésignation fige évidemment la
situation et oblige au pari combiné : l'arbre désigné est le meilleur, il croîtra le mieux et
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subsistera intact jusqu'au bout . Je trouve d'une part que c'est hasardeux et d'autre part que le
martelage au profit des tiges désignées est au moins aussi difficile que dans le premier cas,
sinon plus si l'on veut maintenir une croissance en diamètre régulière.
Les risques encourus par les arbres de place désignés ne varietur ne sont pas une vue de
l'esprit si l'on se réfère aux récents accidents météoriques et aux dégâts permanents du
débardage avec les engins modernes . Et l'on ne peut prévoir d'arbres de remplacement sans
renier le principe même de la méthode.
Aussi, malgré l'engouement des forestiers de tous âges, je suis resté, quant à la généralisation
du procédé, sur une réserve qui n'a pas toujours été bien comprise, sans doute parce que mes
réflexions un peu abruptes, comme toujours, ont heurté des sensibilités et alors je le regrette
vivement.
Comme dans le cas des dégagements de semis, je dis qu'il ne faut pas abandonner les essais
en cours, d'abord parce qu'ils permettront de vérifier les hypothèses avancées et ensuite parce
que là aussi ce sera peut-être le seul moyen de maintenir une certaine sylviculture . ..
Je précise que je n'ai pas été fermé aux méthodes nouvelles puisque j'écrivais en mai 1966 à un
enseignant particulièrement compétent en lui disant que, devant la mévente presque totale à
l'époque des petits bois d'éclaircie, « nos techniques de sylviculture du Chêne devaient être
revues » et j'exposais un procédé consistant en fait à privilégier des tiges dès l'âge de 30 ans et
en grand nombre, avec abandon des petits bois exploités et ensuite reprise des exploitations
normales vers 70 ans avec marquage traditionnel.
J'ai reçu, presque par retour du courrier, une réponse de cinq pages d'une belle écriture serrée
et régulière, véritable panorama de la sylviculture mondiale du Chêne, avec toujours l'objection
du creusement trop précoce de la courbe du nombre de tiges.
Je dois dire qu'un ingénieur de l'époque a essayé de mettre le principe en pratique, mais avec
une sélection de trop faible densité qui obligeait à une désignation ultérieure d'arbres de place.
Il est deux cas cependant où je suis entièrement d'accord et deviens alors un prosélyte : dans
les peuplements d'une exceptionnelle qualité ou, à l'opposé, dans ceux d'une médiocrité ou
d'une complexité telle qu'on ne sait par quel bout les prendre.
Dans le premier cas de figure, il faut absolument protéger les sujets déjà hors du commun que
l'on s'efforcera en tout état de cause de conduire convenablement à l'âge d'exploitabilité . C'est
l'esprit même des très anciennes prescriptions de foresterie qui remontent pratiquement à
l'Ordonnance de 1376 et furent confirmées avec une certaine solennité dans leur pratique par
l'Ordonnance de 1669 . Nous leur devons nos chênes les plus prestigieux.
Dans le deuxième cas, il s'agit de désigner au mieux les tiges que l'on estime valables pour être
menées à terme selon les normes de l'aménagement . Cette désignation a pour objet principal de
couper court à toutes les hésitations des marteleurs successifs devant de permanents problème .>, avec pour conséquences une absence également permanente de décision.
A titre d'illustration, j'ai montré plusieurs fois aux élèves des écoles forestières deux arbres qui
se valaient mais trop rapprochés, subsistant côte à côte depuis des dizaines d'années parce
que l'on n'a jamais pris la décision « d'envoyer » l'un d'eux.
Un conseil : dans les peuplements mélangés Chêne-Hêtre, éviter absolument la réserve de
Hêtres isolés au milieu des Chênes, cette première essence croissant beaucoup plus vite et
portant rapidement dommage à l'autre . Dans une belle forêt où la désignation des arbres de
place était pratiquée depuis une vingtaine d'années, nous avons été obligés de revenir sur nos
marques, ce qui n'est pas recommandé, malgré le consensus du Conseil d'administration de
l'Office national des Forêts qui passait par là .
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Technique et forêt
Telles sont les remarques que j'avais à formuler sur les opérations d'entretien dont chacun
connaît bien la pratique courante et le but.
LES INTERVENTIONS ARTIFICIELLES
Il s'agit des opérations d'assistance à la régénération naturelle ou de régénération purement
artificielle.
Je dis tout de suite qu'en la matière, nous ne reverrons jamais les chantiers de nos Anciens
avec leur main d'oeuvre fourmillante et les énormes quantités de glands repiqués (près de
1 000 kg à l'ha) dont l'avancement méthodique ne laissait aucun pouce de terrain inoccupé avec
ses flux et reflux selon les réussites.
J'ai pu recréer l'ambiance de ces travaux — en plus des lectures des anciens documents — par
analogie avec ce qui se passait au siècle dernier au moment des vastes enrésinements de la
forêt d'Orléans dont j'ai connu encore des témoins . C'était une mobilisation générale de la main
d'oeuvre forestière, agricole, des femmes et des enfants.
Quand bien même le voudrions-nous, jamais nous ne pourrions rassembler de tels effectifs de
travailleurs, leur offrir les conditions de travail et d'hébergement de règle aujourd'hui et assurer
des emplois dans la complexité juridique et réglementaire actuelle.
Il faut donc imaginer des procédures techniques de haute productivité, n'exigeant qu'un personnel réduit et peu consommatrices de semences . Là, je reconnais bien volontiers qu'il n'y a pas
d'autre ressource qu'une mécanisation généralisée, accompagnée d'une régulation dans les
récoltes et la conservation des semences ainsi que dans la production des plants.
Ce sont des voies de recherches et d'expérimentations à explorer à fond en même temps que
les gestionnaires mettront en oeuvre, en vraie grandeur, un certain nombre de méthodes
comparatives proposées.
Bien des choses sont déjà en route et nous sommes sur le bon chemin après trop d'années
d'indifférence aux grandes actions dans le feuillu.
Sur toutes ces questions, je n'ai qu'une expérience assez fragmentaire, mais je puis donner
quelques illustrations vécues.
Pour ce qui est de l'assistance à la régénération naturelle, elle doit être rapide et massive,
comme je l'ai montré ci-dessus . Au stade de l'ensemencement et de la première secondaire, je
ne vois d'efficace que le crochetage avec semis en plein et abondant de glands approchant
400 kg à l'hectare . Les quantités officiellement préconisées (170-220 kg) sont trop faibles eu
égard aux pertes après semis . Dans les stades ultérieurs et notamment à la dernière secondaire,
il s'agit de comblement de vides à opérer par plantations soignées également en plein, à raison
de 4 500 plants (2 + 2) à l'hectare après culture du sol.
Les plants boudent souvent deux ou trois ans ; il ne faut pas se décourager et surtout visiter
souvent et dégager au moins une fois chaque année.
La régénération ou l'extension des peuplements de Chêne par voie artificielle sont à réaliser par
plantations pour épargner la consommation des glands . Naturellement, la culture du sol
s'impose avec préparation à l'avance d'un cloisonnement . Je n'ai d'expérience qu'à Chambord
où, dans des conditions édaphiques défavorables pourtant, nous avons réussi quasiment à 90 %
par plantation à 4 000-5 000/ha de Chêne pédonculé 2 + 2 ou 2 + 1, avec une progression
régulière et nous allons atteindre les 100 ha . C'est déjà un très beau paysage en été et un
impact important pour des visiteurs sévères .
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R.F .F. XXXIX -
3-1987
R. FOL
LES VENTES
Rien n'est plus difficile ni plus éprouvant à vendre qu'une coupe de Chêne, surtout par une
procédure verbale.
Avec le résineux, c'est un peu comme au restaurant avec « un prix selon grosseur ,, . Pour le
Chêne, il n'y a pas de corrélation permanente prix/dimension car d'autres facteurs interviennent,
surtout la proportion de bois de tranche, d'ébénisterie et de menuiserie fine, sans compter la
mode du jour et l'intervention directe ou en sous main des acheteurs étrangers.
On assiste ainsi à des variations brutales de cours par catégories de produits et cela de façon
imprévisible, par faute de connaissance suffisante d'un marché aux rouages compliqués et dont
une partie échappe aux acheteurs eux-mêmes.
Nous sommes sans doute mieux au fait qu'il y a une vingtaine d'années, mais encore avec trop
de retard et de dépendance de renseignements fournis par la seule profession et dont l'appréciation n'est pas toujours aisée.
Je crois que les industries du bois et leur marketing devraient faire l'objet d'un enseignement
disciplinaire plus poussé dans les écoles forestières . Je dirai plus : la connaissance de l'aval
économique, social et écologique de la sylviculture est maintenant indispensable au forestier.
Enfin, il faut en finir avec la théorie insidieuse selon laquelle le bois sur pied, comme toute
matière première, n'aurait qu'une valeur résiduelle . Admettons que cela soit valable au stade de
la cueillette, c'est complètement dépassé avec l'intervention d'une sylviculture poussée qui
ajoute de la valeur à la biomasse à tous les stades de sa croissance.
A tout moment, la matière bois a un prix de revient et je crois me souvenir qu'un des nôtres
avait commencé à traiter le sujet il y a quelque vingt ou trente ans, mais je n'ai pu retrouver le
document.
Il y a bien sûr une difficulté à évaluer un prix de revient au-delà d'une période d'une trentaine
d'années, le calcul d'intérêt perdant alors de sa rigueur . Toutefois, pour des bois comme
certains résineux exploités à 60 ou 80 ans, c'est-à-dire à longueur de vie humaine, on peut
obtenir des résultats assez corrects car les fluctuations monétaires et économiques sont
appréciables par des documents du moment . Ainsi, de 1900 à nos jours, il existe une masse de
données utilisables.
Au-delà, on ne peut procéder que par estimation en se méfiant de beaucoup de choses : du prix
des denrées variable avec l'abondance ou la disette et dont le rendement à la production n'avait
rien à voir avec celui d'aujourd'hui, des salaires d'une main d'oeuvre forestière à travail
temporaire en complément d'autres activités et souvent réglée en nature, de la valeur comparative de l'or par suite des spéculations, etc . ..
Cependant, pour les futaies âgées aujourd'hui de 150-160 ans, c'est-à-dire nées après le
Premier empire, il semble possible d'avoir un ordre de grandeur acceptable . Voilà un bon sujet
de mémoire pour nos jeunes forestiers ! Mais inutile de remonter plus haut dans le passé, trop
d'événements ont bousculé la vie sociale et économique . Les spécialistes avouent que l'on peut
se tromper de la moitié au double de la valeur.
II est absolument normal que le propriétaire, quel qu'il soit, retrouve le fruit des efforts de ses
devanciers ou tout au moins perçoive une rétribution non aberrante . Penser aussi que par le jeu
des frais de mutation, le prix du sol a été payé plusieurs fois en deux siècles ! Tout cela
compte . Qu'on ne vienne pas nous dire que les premières exploitations sont à compter comme
travaux d'entretien . A partir du moment où le bois est utilisable, il doit être payé à un prix
convenable et non pas à une valeur résiduelle dont le principe et le calcul ont d'ailleurs été
202
Technique et forêt
officialisés par l'arrêté du 21 décembre 1943 au temps où le blocage des prix faisait imputer
toutes les pertes à la production sur la matière première.
Certains prix actuels sont pratiquement figés par la contrainte de facteurs nationaux ou internationaux . Si cela résulte d'une politique volontaire de l'Etat, il lui appartient alors de dédommager
le producteur du manque à gagner et non pas de lui faire payer seul la facture, et d'abord pour
ses propres forêts.
Pour revenir au marché du Chêne, il est très probable que les prix des diverses catégories de
bois sont ou sous-évalués ou surfaits, et ceci de façon désordonnée ou par pression consciente
mais furtive de certains utilisateurs.
A ce sujet, j'ai toujours trouvé très hasardeux que des acheteurs s'approvisionnent pour une
année, en quelques minutes, au cours d'une criée pour des sommes dépassant souvent
plusieurs centaines de milliers de francs par coupe . Certaines méprises montrent que finalement
les clients n'étaient pas très fixés sur les prix à payer . ..
Je suis persuadé que tout propriétaire aurait intérêt à vendre les Chênes de haute qualité, par
une procédure calme et réfléchie comme l'appel d'offre écrit . J'ai fait et refait cette proposition
pendant plusieurs années sans trouver d'autre écho qu'une attention polie de part et d'autre de
la barricade.
Enfin, je suis des plus réticents à l'idée d'exploiter la tranche en régie et de la vendre sur coupe
ou à bord de route . Nous pourrions être contraints de vendre sous peine de voir les bois
s'abîmer . De plus, il est des années où le placage ne part pas, même à des prix dérisoires . On a
dit que cela allait très bien en Allemagne, mais il s'agit de petites quantités et . . . nous ne
sommes pas en Allemagne .
R . FOL
Ingénieur en Chef du G .R .E .F . (e .r .)
25, faubourg Saint-Jean
45000 ORLÉANS
INFORMATION
UNE SESSION SUR LES FORÊTS EN ZONE MONTAGNARDE ET ALPINE
L'Université italienne de Trente a organisé et mené à bien, le 13 février 1986, une journée
consacrée au thème suivant :
Les forêts des Alpes : conflits et
ces forêts
équilibre
entre l'exploitation forestière et les autres
fonctions de
Les Actes de cette journée ont fait l'objet d'une publication de 142 pages (Quaderni I .T .L .,
n° 10), qui est l'oeuvre de l'Istituto per la tecnologia del legno [38010 San Michele
all'Adige (Trento) ].
Sont réunies dans ce livret huit communications, et les interventions principales des
participants venus d'Italie, d'Autriche, de Suisse et de France . Toutes ces communications et interventions sont rédigées en italien.
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R .F.F. XXXIX - 3-1987
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