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A PROPOS DE LA RÉGÉNÉRATION DU CHÊNE DANS LES TAILLIS-SOUS-FUTAIE

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A PROPOS DE LA RÉGÉNÉRATION DU CHÊNE DANS LES TAILLIS-SOUS-FUTAIE
Technique et forêt
A PROPOS DE LA RÉGÉNÉRATION DU CHÊNE
DANS LES TAILLIS-SOUS-FUTAIE
DE LA VALLÉE DE LA SAÔNE
Extraits de la Revue forestière française, octobre 1949, pp . 314-323.
Les peuplements forestiers qui occupent les bords mêmes de la Saône et ses terrasses
alluviales sont constitués en quasi-totalité par des taillis-sous-futaie . Presque tous sont des
propriétés communales ; ils présentent un caractère commun : le recrutement des baliveaux
Chêne, qui s'avérait déjà difficile à la révolution précédente, est devenu aujourd'hui à peu près
nul . ..
Il s'agit là d'un aspect, peut-être plus net et plus grave qu'ailleurs, de la régression générale du
Chêne que l'on constate dans les taillis-sous-futaie de l'Est de la France . ..
Le début de la régression du Chêne dans la région qui nous occupe, semble bien se situer à la
fin du XVlllème siècle ou au début du XlXème siècle . Or, c'est précisément l'époque où les
taillis-sous-futaie communaux ont cessé d'être exploités d'une façon désordonnée à de très
courtes révolutions pour être mis en coupes réglées, assises de proche en proche sur le terrain,
chacune à un âge moyen de 20 à 25 ans.
Ce serait donc le régime lui-même du taillis-sous-futaie, tel qu'il a été conçu et appliqué sans
changement depuis cette époque, qu'il conviendrait d'incriminer.
Pour que l'équilibre ait été maintenu, il eût fallu que la régénération naturelle du Chêne soit
venue contribuer au recrutement des baliveaux et assurer le renouvellement des souches de
taillis.
Or, il n'en a rien été . Bien que la régénération du Chêne, et singulièrement du Chêne pédonculé,
soit très délicate dans les taillis-sous-futaie de la vallée de la Saône, il est curieux de constater
que les forestiers depuis la fin du XVlllème siècle semblent n'avoir rien fait pour l'obtenir et la
conserver . ..
Pour nous, le problème du recrutement des baliveaux se subordonne au problème de la
régénération du Chêne dans le taillis-sous-futaie.
Nous avons cru qu'il pouvait être utile de faire connaître les premiers résultats des efforts du
service local :
1 - Seules sont pratiquement utilisables pour la régénération d'une parcelle donnée les glandées
qui se produisent :
— un an avant la coupe ou dans les quatre années qui la suivent, lorsqu'il s'agit de Chêne
pédonculé ;
— dans les cinq années qui précèdent l'exploitation et dans les cinq années qui lui font
suite dans le cas de Chêne rouvre.
2 - Dès leur installation, les taches de semis doivent être libérées des futaies qui les dominent.
3 - Des dégagements énergiques doivent soustraire la régénération à la concurrence des rejets
de taillis .
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Dans la région qui nous occupe, les glandées abondantes sont rares et ne se produisent que
tous les dix ans environ . ..
Les semis auront à lutter avec les rejets de taillis dont la croissance est extrêmement rapide.
Des dégagements doivent être entrepris immédiatement après l'installation des semis . ..
Ces dégagements doivent être violents, concentrés, répétés.
— Violents, en raison de la grande exigence du Chêne en lumière : les cépées sont sabrées
de façon que les cimes des semis soient en pleine lumière ; aucun tire-sève n'est conservé et le
dégagement déborde de 1 à 3 mètres l'emprise du placeau pour éviter autant que possible
l'ombre portée sur les jeunes chênes.
— Concentrés, car il faut limiter son effort aux seules grandes taches et négliger les semis
isolés dont le sauvetage nécessiterait un sacrifice hors de proportion avec le résultat.
— Répétés, en raison de la grande vitalité des souches de Charme, de Tilleul et d'Aulne, et
de l'exubérance des ronces ; les dégagements sont poursuivis à peu près tous les ans et même,
si besoin est, deux fois par an . Au bout de cinq ans (au moins) à dix ans (au plus), la
régénération est définitivement sauvée et le recrû atteint de 3 à 5 mètres de hauteur . ..
II est bien évident qu'une telle technique ne se conçoit que là où des semenciers existent en
quantité suffisante ; elle n'est pas applicable dans les parties de forêt que la régression du
Chêne, presqu'achevée, a réduites à l'état de taillis simple d'essences secondaires . Force est
alors de recourir à la régénération artificielle, à la plantation.
On pourrait objecter qu'au moment où bien des forestiers français -- et non des moins éminents ! — semblent désireux de faire son procès au vieux régime du taillis-sous-futaie, de tels
efforts pour le restaurer sont difficiles à justifier.
II serait aisé de répondre que ce n'est point le taillis-sous-futaie que l'on s'attache à sauver
mais bien « le Chêne de Bourgogne essence particulièrement précieuse, gravement menacée
de disparition et qui, à quelque régime qu'on l'accommode, fera toujours la richesse des forêts
de la plaine.
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M
Forêt communale de LUX (parcelle 27)
Aspect en 1985 d'une tache de rénovation descendant de la glandée de
1949 dans une parcelle évoluant vers la futaie régulière.
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Technique et forêt
VOLUME CRITIQUE, PLAN DE BALIVAGE
ET COMPOSITION NORMALE
DANS LES TAILLIS-SOUS-FUTAIE
Extraits de la Revue forestière française, septembre 1951, pp . 552-572.
Le taillis-sous-futaie fait actuellement couler beaucoup d'encre . Signe inattendu de réelle vigueur
chez « un mort qui reste à tuer » . ..
La règle d'or, unique pour tous, sera toujours :
Adapter au mieux la production de chaque forêt aux besoins et aux intérêts de son propriétaire ».
Le vieux régime n'est pas à tuer : il saura bien mourir de sa belle mort si son utilité économique
et sociale vient à disparaître totalement.
Malgré d'inquiétants symptômes de dérèglement, les taillis-sous-futaie demeurent encore aujourd'hui des forêts, non de « loi écrite », mais plutôt « de coutume », et de coutume très libérale ! . ..
L'expérience semble bien démontrer qu'au moins en sol riche, le taillis-sous-futaie de Chêne ne
saurait se maintenir en équilibre sans autre intervention humaine que celle de la coupe dite de
taillis-sous-futaie, unique par révolution.
Dégagements de semis et coupes de rénovation doivent bien entrer définitivement dans la
technique normale du traitement, et ne pas être réduits à un correctif intermittent du déficit des
baliveaux.
Composition normale
Ce qui manque presque complètement au taillis-sous-futaie à l'heure actuelle, ce n'est pas un
cadre rigide où les peuplements ne pourraient être introduits de force sans être mutilés, c'est
bien plutôt un modèle idéal, aux formes pures, aux arêtes vives, dont la précision ne serait plus
une intolérable contrainte mais un point d'appui solide, un guide sûr pour orienter au mieux le
marteleur dans le dédale de contingences immédiates souvent contradictoires.
La méthode exposée ci-après s'applique aux forêts de l'Inspection de Dijon-Est, implantées sur
les sols de la plaine de la Saône, tous riches mais à des degrés divers . Peut-être ses résultats
pourraient-ils être étendus à des régions forestières voisines et comparables.
Le taillis-sous-futaie est l'association à bénéfice réciproque de deux régimes intimement mêlés
sur le même sol : celui du taillis simple et celui d'une futaie de Chêne inéquienne.
— Association à bénéfice réciproque car la futaie doit, au moins en partie, la continuité de
son renouvellement à la promotion périodique au rang de baliveaux de nombreux brins de taillis.
En revanche, ce dernier ne peut maintenir en lui-même une proportion indispensable de Chêne
que grâce à la régénération naturelle née de la futaie.
— Futaie inéquienne, nettement distincte de la futaie jardinée, puisque, dans le cas présent,
les âges ne peuvent être que des multiples de la révolution et les cimes sont nécessairement
juxtaposées, sans interpénétration ni étagement.
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Le taillis-sous-futaie en sol riche est un regime essentiellement instable : il évolue inéluctablement par suite du vieillissement de la futaie vers le taillis simple d'essences secondaires.
« La composition normale >> de la futaie, sous peine de perdre sa signification, devra donc tenir
compte de la place à laisser à la régénération naturelle ; d'où l'hypothèse : « dans un peuplement en équilibre, les couverts des différentes classes d'âges multiples de la révolution sont
égaux à la fin de celle-ci.
nR
(n — 1) R
Figure 1
nR
etc .
2R
R
SCHÉMA DE LA SUITE NORMALE AVANT BALIVAGE
(n — 1) R
etc .
2R
R
Semis ---
Figure 2
SCHÉMA DE LA SUITE NORMALE APRÈS BALIVAGE
Si par la pensée, nous groupons toutes les futaies de même âge au lieu de les laisser
mélangées, le peuplement vu à vol d'oiseau peut être représenté schématiquement en fin de
révolution par la figure 1 . Cette figure ne comporte qu'un seul arbre d'âge n R, correspondant à
la dimension d'exploitabilité normale (R étant la durée de chaque révolution) et les couverts des
futaies des différents âges sont égaux entre eux.
La figure 2 montre le même élément de peuplement après le balivage : l'arbre de n R ans
exploité a fait place à la régénération naturelle occupant une superficie égale au couvert du
semencier ; on n'a conservé qu'un seul arbre de (n – 1) R ans destiné, au bout de la révolution, à
remplacer volume pour volume et couvert pour couvert l'arbre de n R ans exploité . . . Ainsi de
proche en proche, le nombre d'arbres réservés dans une classe d'âge étant égal au nombre
d'arbres existant avant le balivage dans la classe immédiatement supérieure . ..
Si la dimension d'exploitabilité est atteinte en n = 5 révolutions, la surface à régénérer sera du
cinquième de la coupe . ..
Le principal avantage de cette norme est à notre avis de fixer trois notions jusqu'alors absentes
des aménagements en taillis-sous-futaie :
— la dimension d'exploitabilité ;
-
la proportion relative des arbres de différents âges à réserver au balivage ;
-
le volume-tige minimum qu'il est raisonnable de garder.
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Technique et forêt
Si on choisit comme critère l'accroissement moyen (en circonférence) des arbres d'élite parvenus au terme de leur exploitabilité, on obtient la classification suivante :
Classe de fertilité
J
II
Ill
IV
V
2,4 et +
de 2 à 2,4
de 1,6 à 2
de 1,2
a16
– de 1,2
60 et +
de 50 à 59
de 40 à 49
de 30 à 39
moins
de 30
ans)
5R = 125
6R = 150
6R = 150
6R = 150
6R = 150
Dimension limite d'exploitabilité
(en cm)
300 et +
de 300
à 360
de 240
à 300
de 180
à 240
moins
de 180
Accroissement annuel
conférence (en cm)
en
cir-
Accroissement totalisé pendant
la révolution de 25 ans (en cm)
Age
limite
d'exploitabilité
(en
La cinquième classe pourrait être négligée car elle correspond à des sols où la culture du Chêne
n'a plus beaucoup d'intérêt.
Conclusion
II est grand temps, croyons-nous, de repenser notre taillis-sous-futaie ; il est grand
temps que la notion (qui n'est pas neuve) de
matériel normal ,> dans de tels peuplements
sorte du domaine de la théorie pure pour
entrer dans celui de la pratique et permette
à tant de belles et riches forêts d'être enfin
rationnellement exploitées pendant la période, longue ou courte — qui le sait ? —
leur restant à vivre sous le vieux régime.
F . DE LEMPS
Forêt communale de SPOY (parcelle 1)
Aspect en 1985 de ce qu'est devenue, après
dégagement, la glandée de 1944.
Photo CRP .F. — BOURGOGNE
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