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chronique internationale PANORAMA FORESTIER D'UN ÉTAT DU BRÉSIL : LE PARANA

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chronique internationale PANORAMA FORESTIER D'UN ÉTAT DU BRÉSIL : LE PARANA
chronique
internationale
PANORAMA FORESTIER
D'UN ÉTAT DU BRÉSIL : LE PARANA
A .-J . DOS SANTOS - J .-L. PEYRON
LE PARANA : UNE CERTAINE IMAGE DU BRÉSIL
Le Brésil tient une place importante dans la foresterie mondiale pour deux raisons : d'ordre
écologique pour l'une et économique pour l'autre.
Il comporte en effet tout d'abord de vastes formations végétales naturelles :
— des forêts denses, dont la forêt amazonienne, mais aussi des forêts atlantiques (« mata
atlantica » ), des forêts d'Araucaria (Araucaria angustifolia), et des forêts subtropicales feuillues ;
— des formations arborées, steppiques ou herbeuses (<' caatinga », « cerrado « campos
limpos ,,) ;
— des formations littorales ou alluviales (mangroves, « restingas », « pantanal » ).
Les premières, en particulier, font l'objet d'une attention proportionnelle à leur ampleur au
niveau planétaire, et d'une certaine inquiétude face aux atteintes qu'elles subissent.
Le Brésil est ensuite l'un des plus importants producteurs de bois du monde, en particulier à
partir de reboisements situés dans le Sud du pays et utilisés pour la fabrication de pâte à
papier, ou encore sous forme de charbon de bois par l'industrie sidérurgique . Quant aux bois
issus des forêts naturelles comme l'Amazonie, ils sont plutôt utilisés pour la fabrication de
sciages, placages et contreplaqués . L'exportation de produits dérivés du bois est fondamentale
pour le Brésil qui supporte une dette importante . Elle s ' est beaucoup développée au cours des
dernières années et continuera à le faire . Par exemple, les exportations de pâte à papier ont
doublé entre 1984 et 1990.
Tels sont les deux principaux traits forestiers du Brésil . Mais il s'agit d'une vaste contrée qui
s'étend sur plus de 4 700 km dans les deux sens et dont les réalités sont multiples : il mérite
d'être traité de façon moins générale et plus localisée.
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A.-J . DOS SANTOS - J .-L . PEYRON
L'État du Parana est caractérisé à la fois par un défrichement intensif et récent de sa forêt, et
par une substitution progressive de plantations à but essentiellement papetier à des formations
naturelles . II reflète donc les deux phénomènes précédents, et joue de plus un rôle extrêmement
important dans le Brésil forestier : il mérite à ces titres une attention particulière . II est symbolisé
par l'Araucaria aussi appelé Pin du Parana.
LE CONTEXTE DU SECTEUR FORESTIER AU PARANA
Le Parana : État du Sud brésilien
L'État du Parana est situé dans la partie sud et étroite du Brésil (figure 1, ci-dessous) . II est
encastré entre le Paraguay et l'Argentine à l'ouest, l'océan Atlantique à l'est . Il est traversé par
le tropique du Capricorne.
La superficie du Parana ne représente que le 1/43e du territoire brésilien, mais cependant plus
du tiers de la France (tableau I, p . 179) . Comme l'ensemble du Brésil, il a fait l'objet d'une
colonisation d'est en ouest . II se trouve aujourd'hui entièrement habité, à l'exception de la
chaîne côtière (Serra do Mar).
Le milieu naturel du Parana
Le relief du Parana est relativement doux et 70 % de son territoire sont caractérisés par une
déclivité inférieure à 20 % . Il comprend cependant cinq grandes régions naturelles qui se
succèdent d'est en ouest (figure 2, p . 179) :
— la zone littorale d'altitude inférieure à 50 m et de 10 à 20 km de largeur ;
Figure 1 SITUATION GÉOGRAPHIQUE
DE L'ÉTAT DU PARANA.
PÉROU
BRÉSIL
Figure 2 CLIMATS ET RÉGIONS NATURELLES
DU PARANA .
BOLIVIE
climat tropical superhumide
Tropique du Capricorne
climat subtropical mésothermique
humide et superhumide
climat subtropical mésothermique
® Zone littorale
Q2 Chaîne côtière
® Premier plateau
® Deuxième plateau
® Troisième plateau
n
Chronique internationale
Tableau I
Caractéristiques générales comparées du Parana et du Brésil
Brésil
Caractéristiques
i
Superficie (km 2 )
Population (1 000 000 hab .)
Valeur
absolue
8 511 000
150
Densité (hab ./km2)
18
Parana
Part
mondiale
I
i
Valeur
absolue
6,4 %
200 000
2,7 %
9
Part
brésilienne
2,4
6,0 0/0
45
— la chaîne côtière qui culmine à près de 2 000 m et constitue une barrière naturelle entre
l'océan et l'intérieur des terres ;
— le premier plateau ou plateau de Curitiba (capitale de l'État), s'appuyant sur la précédente, et d'altitude comprise entre 850 et 950 m ;
— le deuxième plateau ou plateau de Ponta Grossa, d'altitude moyenne comprise entre 700
et 800 m, mais se relevant à l'est jusqu'à 1 200 m ;
— enfin, le troisième plateau ou plateau de Guarapuava, s'inclinant vers l'ouest et le rio
Parana
d'altitude moyenne comprise entre 300 et 650 m, mais atteignant 1 250 m à l'est.
Le réseau hydrographique est déterminé par ce relief : 80 % du Parana sont drainés par des
cours d'eau appartenant au bassin versant du Parana, second fleuve d'Amérique du Sud, qui
sépare à l'ouest le Brésil du Paraguay, puis ce dernier de l'Argentine . Les autres cours d'eau
coulent vers l'Atlantique .
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Les sols du Parana sont en général moyennement fertiles, mais souvent aisément mécanisables,
si bien qu'ils deviennent d'excellents sols agricoles . Il convient cependant de distinguer les cas
particuliers du troisième plateau qui comporte, entre autres, des sols volcaniques et hautement
fertiles, et des sols sableux très sensibles à l'érosion malgré une topographie douce.
Le climat est de type subtropical à tropical . Le classement climatique de Kdepen distingue trois
catégories :
— le climat mésothermique, avec parfois moins de 1 250 mm de précipitations par an,
lorsque l'hiver est sec, un été chaud (plus de 22° C en moyenne pour le mois de janvier) ; il
prédomine dans tout le Nord, l'Ouest et le Sud-Ouest lorsque l'altitude reste inférieure à 850900 m ;
— le climat mésothermique humide et superhumide (plus de 1 250 mm), sans saison sèche,
avec des étés frais (température moyenne de janvier inférieure à 22° C) ; les gelées peuvent être
fortes et sont fréquentes d'avril à septembre ; il s'observe principalement dans le Centre, le Sud
et le Centre-Est aux altitudes supérieures à 850-900 m ;
— le climat tropical typique, super humide sans saison sèche et sans gelées ; la température n'est jamais inférieure à 18° C ; on le rencontre essentiellement sur le littoral.
Le milieu socio-économique du Parana
La population du Parana s'élevait à 1,2 million d'habitants en 1940 . Elle était de 7,6 millions en
1980 et on l'estime aujourd'hui à plus de 9 millions . Elle a ainsi augmenté à un taux annuel de
5 % qui se serait réduit aux alentours de 2 % . Ce dernier chiffre est cependant une moyenne qui
rend mal compte des disparités entre populations urbaine et rurale . La première a en effet
augmenté de près de 6 % par an au cours de la dernière décennie tandis que dans le même
temps la seconde se réduisait de 3 à 4 % par an . L'exode rural s'explique par une évolution
technologique liée au développement de cultures agricoles destinées à l'exportation (soja et blé
par exemple).
Tableau II
Évolution de la population du Parana entre 1980 et 1990
1980
Population
(millions d'habitants)
urbaine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
rurale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
totale
.. .. . .. .. .. .. . .. . .. .. .. ..
1990
Valeur
absolue
°/° du total
Valeur
absolue
4,5
3,1
59
41
6,2
2,9
68
32
7,6
100
9,1
100
% du total
(Source Censo Demografico - FIBGE).
L'utilisation actuelle des sols ruraux au Parana apparaît dans le tableau Ill, p . 181 . On y voit
notamment que l'espace physique occupé par les ressources hydriques, des terrains non
exploités, l'urbanisation, les infrastructures, . . . est relativement restreint.
La situation foncière est caractérisée par une grande majorité de petites exploitations agricoles
de taille inférieure à 50 ha mais n'occupant que 30 % des terres agricoles . À l'inverse, 60 % de
la surface agricole totale sont concentrés dans les 5 % des propriétés de plus de 100 ha.
L'économie du Parana est axée sur les activités primaires de l'agriculture, de l'élevage et de
l'extraction minérale ou ligneuse . L'industrialisation est un phénomène récent qui s'est développé surtout dans les villes grandes et moyennes . Encore est-elle fondée largement sur les
produits des activités précédentes : minéraux, bois, agro-alimentaire, textile . À partir des
180
Chronique internationale
Utilisation des sols ruraux du Parana en 1980
Tableau III
Utilisations
Surface (1 000 000 ha)
Cultures agricoles
Pâturages naturels et artificiels
Forêts naturelles et reboisement
Total
%
6,8
34
5,5
28
4,2
21
16,5
83
(Source FIBGE, SEAB-Deral).
années 1960, des entreprises ont cependant investi les domaines des biens intermédiaires, ou
encore de la métallurgie, de la sidérurgie, du matériel électrique, de la chimie, du plastique . ..
LA FORET AU PARANA
Comme le montre le tableau IV, la forêt du Parana n'est qu'une fraction minime de l'immense
forêt brésilienne, mais d'une part elle est le résultat d'une évolution que l'on craint pour d'autres
régions du Brésil dont l'Amazonie, d'autre part elle comporte une partie importante des reboisements productifs de ce dernier.
Tableau IV
Caractéristiques forestières comparées du Parana et du Brésil
Brésil
Caractéristiques
Parana
Valeur
absolue
Part mondiale
(rang)
Valeur
absolue
Part
brésilienne
851
6,4 %
20,00
2,4 0/0
Superficie boisée (1 000 000 ha) 569
15,1 %
4,2
0,8 %
Forêts denses (1 000 000 ha) 358
13,8 %
3,2
Forêts denses exploitables (1 000 000 ha)
301
27,9 %
(2 e )
2,7
Reboisements ( 1 000 000 ha) . . . . . . .
6,0
Territoire total (1 000 000 ha) '
0,8
0,9 %
13,3
(Source Inventaire forestier du Parana, FAO).
Une exploitation récente mais accélérée
L'exploitation forestière au Parana a commencé au début du XIX e siècle, époque à laquelle les
premières scieries se sont installées dans la zone littorale . Elle s'est poursuivie vers l'ouest en
direction des grandes forêts d'Araucaria, à la faveur du développement ferroviaire qui a établi
une liaison entre la zone des plateaux et le littoral, et favorisé ainsi les possibilités d'exportation.
De 1820 à la Première Guerre mondiale s'est déroulé ce qu'on a appelé le cycle du « mate ,>,
caractérisé par l'exploitation de deux essences forestières naturelles : Araucaria angustifolia, et
surtout Ilex paraguaiensis (t) , toutes deux prisées sur le marché international . L'exploitation
d'« erva mate > a ainsi dominé l'activité économique du Parana à cette époque, dépassant même
l'industrie du bois.
(1) Cette essence fournit une sorte de tisane, bue au Brésil et dans toute l'Amérique du Sud
181
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erva mate
A .-J. DOS SANTOS - J .-L. PEYRON
La forêt naturelle semi-décidue au Parana.
Après la crise économique des années 1930, l'industrie du bois a commencé à conquérir les
marchés européens et à occuper une place primordiale pour le développement économique du
Parana.
Parallèlement à l'exploitation forestière, l'agriculture, qui jusque-là subvenait essentiellement aux
besoins de la population, devint source d'exportations et entraîna un défrichement intensif des
meilleurs sols, en particulier dans la région Nord-Est de l'État.
De 1931 à 1970, l'extension du café fut le principal moteur de ce défrichement, avec des
cultures comme le mais, le riz, le coton, le manioc, et les haricots . Lorsque les maladies et
l'arrêt du soutien financier gouvernemental vinrent réduire la culture du café, dans les
années 1970, l'élevage bovin (dans le Nord-Ouest), le blé et le soja (dans le Nord et l'Ouest)
prirent le relais et prolongèrent le phénomène d'extension des terres agricoles.
Ainsi, la superficie forestière du Parana passa de 16,5 millions d'hectares en 1890, soit 83 % du
territoire, à 4,2 millions d'hectares en 1980, soit un taux de boisement de 21 %.
À partir de 1966, fut mise en place une politique fédérale de reboisement fondée sur des
incitations fiscales . Elle permit de planter 780 000 ha au Parana entre 1966 et 1981 et s'est
poursuivie jusqu'en 1988, date à laquelle le soutien fédéral a été arrêté dans un grand nombre
de régions du Brésil, dont le Parana . De 1974 à 1988, une grande partie de ces plantations a
été faite dans un périmètre de reboisement situé au sud-est de l'État et destiné à alimenter
l'industrie papetière.
Finalement, à la suite de la colonisation, la forêt du Parana a subi une réduction énorme et
brutale sous l'effet du développement agricole, et une substitution importante de plantations
industrielles aux formations naturelles pour les besoins de l'industrie papetière (figure 3, p . 184).
Une prise de conscience des rôles de la forêt
Le défrichement réalisé au cours du dernier siècle a eu de grandes répercussions sur les plans
écologique, politique et économique .
182
Chronique internationale
Une
plantation
d'Eucalyptus
au Parana.
II a d'abord induit une érosion des sols, importante malgré une topographie peu accidentée, et
préoccupante dans des régions devenues agricoles . Ce phénomène a été aggravé par la
suppression des formations riveraines, en bordure des rivières, et par de nombreuses pistes
suivant la ligne de plus grande pente (z) .
En réaction à ce défrichement abusif et à ses conséquences sur les sols, les rivières, la faune
sauvage . . ., des mesures conservatoires ont été prises au cours des trente dernières années.
Elles sont le fait au départ du gouvernement fédéral (Code forestier de 1965), face à des
phénomènes généraux au Brésil . Elles visent par exemple à :
— maintenir au moins 20 % des propriétés rurales à l'état boisé
(3) ;
— préserver les formations riveraines des cours d'eau, ou situées sur des sommets et
versants, ou encore supérieures à 1 800 m d'altitude . . . ;
— créer des parcs et réserves.
À cette réglementation fédérale, souvent encore difficile à faire respecter, s'ajoute une politique
de l'État du Parana qui a pris en charge des travaux importants de conservation des sols et de
rétablissement des formations riveraines . Les sociétés de protection de la nature jouent également un rôle non négligeable.
Sur le plan économique enfin, après l'afflux de bois récoltés lors des défrichements ou des
transformations de la forêt naturelle en plantations, les industries du bois d'oeuvre se trouvent
maintenant en présence d'un manque de matière première malgré une compensation partielle
par des approvisionnements plus lointains . Leur production et leur nombre diminuent régulièrement.
(2) La colonisation s'est souvent faite à partir des pénétrantes implantées sur les lignes de séparation des eaux, avec un
découpage des propriétés en lanières étirées entre la crête et le cours d'eau, et desservies par des pistes suivant la pente.
(3) Cette proportion est de 50 % pour les zones non encore colonisées comme celles de l'Amazonie.
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4
Figure 3 ÉVOLUTION DE LA COUVERTURE
FORESTIERE NATURELLE DU PARANA.
Bois de trituration d'Eucalyptus destiné à la
pâte à papier.
Petite scierie traditionnelle du Parana.
Photos A .-J. Dos Santos .
Chronique internationale
Une forêt contrastée
II convient de distinguer nettement la forêt naturelle et les plantations industrielles.
On retrouve au Parana une grande partie des formations naturelles du Brésil, et en particulier
une formation graminéenne (« campos limpos ») et quatre formations véritablement forestières
qui couvrent de l'ordre de 3,4 millions d'hectares : forêts ombrophiles denses (17 %) comprenant
notamment la forêt atlantique dénommée « mata atlantica forêts semi-décidues, subtropicales
feuillues (17 %), forêts ombrophiles mixtes à Araucaria (65 %) et formations d'estuaire placées
sous des influences fluviales et fluvio-marines, restingas » et mangroves (1 %).
La forêt se partage entre des formations exploitables couvrant 1,9 million d'hectares et portant
169 millions de mètres cubes (soit 89 m 3/ha), et des zones de friches ou aires de protection . La
forêt atlantique du versant Est de la chaîne côtière est notamment protégée aujourd'hui, et
constitue le plus grand massif forestier naturel du Parana.
Les forêts exploitables sont privées et font l'objet d'une certaine exploitation par l'homme
(coupes à diamètre limite notamment) . Elles sont soumises à une obligation de plan de gestion,
mais les fondements techniques d'une véritable gestion manquent cruellement.
À l'exception de deux petites forêts nationales, les forêts appartenant aux collectivités publiques
sont généralement classées en parcs ou réserves . L'État du Parana en possède ainsi 25
représentant environ 40 000 ha . Ce dispositif est complété par le Parc national d'Iguaçu qui est
situé au sud-ouest de l'État, aux frontières argentine et paraguayenne, couvre 170 000 ha et
recèle des chutes d'eau parmi les plus belles du monde . Ces zones de conservation jouent un
rôle important sur les plans récréatif et éducatif .
Parc naturel de la a Mata do Godoy » (Parana).
Les peuplements forestiers faisant l'objet d'une véritable exploitation sont les plantations intensives qui ont été réalisées à partir d'un nombre limité d'essences :
— les Pins (Pinus taeda, Pinus ellioti,) dont le bois va principalement à la pâte à papier et
un peu au sciage : 64 % des surfaces plantées ;
— l'Araucaria (Araucaria angustifolia), qui donne des sciages de qualité : 8 % ;
— les Eucalyptus, utilisés tant pour la pâte à papier que comme bois de feu : 7 % ;
185
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A.-J . DOS SANTOS - J .-L . PEYRON
— d'autres espèces, dont le total représente environ 21 % des surfaces plantées, et parmi
lesquelles figure le « Palmito ,> (Euterpe edulis) dont on extrait le coeur de palmier.
Ces essences, particulièrement les Pins et les Eucalyptus, sont généralement douées au Parana
d'une croissance extrêmement forte, de l'ordre de 25 à 30 m 3 /ha/an au maximum de leur
accroissement moyen annuel . Elles sont exploitées entre 7 et 35 ans pour les Pins suivant
l'objectif (trituration ou bois d'oeuvre) et 7 à 20 ans pour les Eucalyptus.
LES UTILISATIONS DU BOIS AU PARANA
Le secteur forestier du Parana est comparé à celui du Brésil dans le tableau V . En outre, la
situation et l'évolution récente des débouchés du bois apparaissent dans le tableau VI.
Utilisations comparées du bois au Parana et au Brésil
Tableau V
Brésil
Production
Part
mondiale
Valeur
absolue
Charbon de bois
(milliers de tonnes)
Parana
Valeur
absolue
Part
brésilienne
8 000
27 %
(1 e )
121
19 700
0,3 %
(6e)
2 400
12,2 %
Panneaux reconstitués
(milliers de m 3)
1 500
2,1 %
230
15,8 0/0
Pâtes de bois
(milliers de tonnes)
4 400
2,9 %
(7e)
975
22,3
Papiers et cartons
(milliers de tonnes)
4 600
2,1 %
(11 e)
1 050
22,6
Sciages, placages et contreplaqués
(milliers de m 3)
.
1,5
(13e)
(Sources FAO ; Syndicat des industries du bois du Parana ; Association nationale des entreprises de pâtes à papier).
Tableau VI
Evolution récente des principaux débouchés du bois au Parana
1979
1987-1990
Principaux débouchés
Industrie du bois d'oeuvre (1 000 m 3)
— sciage et placage — contreplaqué
Industrie des panneaux (1 000 m3)
— panneaux de particules
Industrie de la pâte (1 000 t)
— pâte mécanique
— pâte chimique
Nombre
Production
Nombre
Production
2 300
250
2 250
550
1 300
60
1 800
600
1
150
2
230
64
5
175
264
58
5
420
555
Charbon de bois (1 000 t) 100
(Sources : Syndicat des industries du bois du Parana ; Association nationale des entreprises de pâtes à papier).
186
121
Chronique internationale
Bois d'oeuvre : décadence des essences autochtones et émergence du Pin
Le nombre d'entreprises de sciage, tranchage ou déroulage a largement décru au cours des
dernières décennies . Mais une telle évolution, commune à la plupart des pays, est complétée ici
par une baisse de production . Il s'agit là des conséquences de la raréfaction de la ressource qui
a déjà été mentionnée.
Cette production se répartit en trois quarts de sciages (et placages) et un quart de contreplaqués . Au niveau des essences, une substitution progressive d'espèces introduites, et notamment
des Pins, aux espèces autochtones, parmi lesquelles l'Araucaria, a été réalisée . La première
scierie spécialisée dans le sciage du Pin s'est installée en 1977 . En 1982, on dénombrait plus de
30 scieries de Pin qui produisaient 155 000 m 3 . En 1990, elles sont au nombre de 100, et
réalisent annuellement environ 800 000 m 3 de sciages (et feuilles de placage), soit près de la
moitié des sciages (et feuilles de placage) produits au Parana.
Panneaux reconstitués : la croissance
La production de panneaux de particules était assurée par une seule usine en 1979 et est
maintenant le fait de deux unités . Cette implantation nouvelle a entraîné un bond dans la
production qui représente aujourd'hui plus de 15 % de la production de panneaux reconstitués
au Brésil.
Pâte à papier : l'explosion
Le Parana produit plus de 80 % de la pâte mécanique du Brésil . Sa production s'est accrue
dans ce domaine de plus de 10 % par an au cours des dernières années . Elle consomme
notamment les produits connexes de scierie . La production de pâte chimique, concentrée au
niveau de 5 entreprises, a subi une évolution comparable, quoique légèrement plus faible (8
à 9 % par an) . Elle représente 15 % de la production brésilienne, ce qui fait du Parana le
deuxième producteur national après l'État de Sao Paulo.
Au niveau des papiers et cartons, le Parana occupe également au Brésil la seconde position
avec 22 % de la production nationale.
Le bois : une source d'énergie importante
La forât brésilienne reste une des principales sources d'énergie thermique, à la fois sous forme
de bois de feu et de charbon de bois . La crise de l'énergie, consécutive aux chocs pétroliers de
1973 et 1979, a conduit le Brésil à remplacer ses importations de pétrole par une meilleure
exploitation de ses ressources propres : bois pour l'industrie et alcool de canne pour les
véhicules.
Le Parana est conforme à cette image, notamment en ce qui concerne la production de boisénergie . Celle-ci s'est accrue de 11,2 millions de stères en 1983 à 14,4 millions de stères en
1989.
Ce bois de feu provient dans sa grande majorité de la forêt naturelle . Dans le Sud du Parana,
l'essence principalement utilisée est le « bracatinga » (Mimosa scabrella), essence pionnière qui
pousse en peuplements denses monospécifiques et possède une croissance rapide . Dans la
partie Nord, les Eucalyptus, plantés pour la circonstance, sont venus compenser l'absence de
peuplements naturels exploitables . Mais l'offre y reste insuffisante.
La consommation correspondante se répartit entre les secteurs industriel (51 %), domestique
(42 %), agro-pastoral (6 %) et celui de la distribution (1 %).
187
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CONCLUSIONS
Le secteur forestier est caractérisé au Parana par une dynamique exceptionnelle, tant dans une
optique optimiste que pessimiste . En effet, la déforestation brutale a créé un péril écologique et
suscité en retour la mise en oeuvre d'une politique de conservation fondée sur la stabilisation
des sols, la préservation de la forêt et le reboisement des bords de cours d'eau.
Par ailleurs, la diminution radicale de la surface forestière a conduit à la recherche d'une
meilleure productivité pour subvenir aux besoins de l'industrie et des ménages . La rapidité de
croissance d'essences forestières comme les Pins et les Eucalyptus a permis d'éviter un trou
important de production.
La situation reste cependant préoccupante et il conviendrait :
— de mettre en place un mode de financement des reboisements tant à des fins économiques que de protection ;
— de se donner les moyens (en particulier en personnel) de faire véritablement appliquer la
réglementation ;
— de développer la recherche sur des modes de gestion de la forêt naturelle permettant
une exploitation rationnelle fondée sur des principes de rendements soutenus.
Le Parana est un des États du Brésil dans lequel l'organisation des services forestiers est la
plus avancée . Les efforts déjà accomplis dans ce domaine devront sans nul doute être intensifiés afin d'atteindre ces objectifs dans un délai raisonnable.
J .-L . PEYRON
A .-J . DOS SANTOS
Enseignant-Chercheur
Ingénieur forestier brésilien - Chercheur
Laboratoire de Recherches en Sciences forestières
INSTITUT DE DÉVELOPPEMENT SOCIO-ÉCONOMIQUE
ÉCOLE NATIONALE DU GÉNIE RURAL,
DES EAUX ET DES FORETS
DU PARANA
Rua Maréchal-Hermès 999
14, rue Girardet
54042 NANCY CEDEX
80530 CURITIBA (PARANA)
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