...

chronique internationale FORÊT ET FILIÈRE BOIS EN NOUVELLE-CALÉDONIE

by user

on
Category: Documents
1

views

Report

Comments

Transcript

chronique internationale FORÊT ET FILIÈRE BOIS EN NOUVELLE-CALÉDONIE
chronique
internationale
A
FORÊT ET FILIÈRE BOIS
EN NOUVELLE-CALÉDONIE
D . BAVARD
RAPPELS GÉOGRAPHIQUES ET ÉCONOMIQUES
L'archipel de Nouvelle-Calédonie, territoire français du Pacifique, est situé à l'extrémité de l'arc
mélanésien, entre 20 et 23° de latitude Sud . Il comprend d'une part la Grande terre, escarpée,
avec près de 17 000 km 2 et d'autre part les dépendances (environ 2 000 km2 ) : à l'est, les trois
îles Loyauté principales — Maré, Lifou, Ouvéa — plateaux calcaires résultant d'atolls surélevés
sur soubassement volcanique, et l'île des Pins à l'extrême sud qui possède un socle éruptif plus
apparent.
La Grande terre est une longue chaîne montagneuse orientée sud-est/nord-ouest, de 400 km de
long sur 50 km de large, dont les plus hauts sommets atteignent 1 600 m . Elle est entourée par
un récif barrière délimitant un vaste lagon . La côte Est est élevée, la côte Ouest et le Nord ont
un relief peu marqué.
Après la forte activité minière (débutée vers 1870) des années 50, le « boom ,> économique de la
fin des années 60 fut un événement capital pour le développement économique du territoire . De
nos jours encore, et malgré la récession, l'économie du territoire est encore principalement
basée sur l'activité minière, l'Île demeurant un des plus gros producteurs de nickel . L'élevage et
l'agriculture tiennent un rôle encore modeste malgré les efforts entrepris depuis la fin du
miracle minier ,> . La superficie des terres cultivées est particulièrement faible : cultures céréalières, vivrières et caféières occupent à peine 5 % des sols . L'élevage, principalement bovin, est
pratiqué de façon très extensive . Les pâturages, sur 250 à 300 000 ha, occupent près de 95 0/0
de la SAU, qu'au total 12 000 exploitations, dont la moitié pratique une agriculture exclusivement
vivrière, mettent en valeur .
231
Rev . For. Fr. XLI - 3-1989
D . BAVARD
La Nouvelle-Calédonie est largement tributaire de ses importations . Les exportations résultent
presque exclusivement de l'exploitation du nickel ; l'agriculture exporte café et coprah en petites
quantités.
LES FACTEURS NATURELS DE LA RÉPARTITION DE LA VÉGÉTATION
Climat
Les saisons obéissent au déplacement du front intertropical et la Nouvelle-Calédonie est
caractérisée globalement par un climat subtropical à deux saisons sèches : la grande saison des
pluies s'étale de janvier à mars et la grande saison sèche de septembre à décembre avec des
variations d'une année à l'autre et des décalages fréquents dus au passage de dépressions en
début d'année . Le régime des alizés du Sud-Est est dominant ; il détermine la répartition des
pluies.
La côte Est et la chaîne centrale sont très arrosées et soumises à un climat tropical humide,
avec localement des faciès montagnards, alors que la côte Ouest et le Nord connaissent un
climat subtropical sec . Un tiers du territoire reçoit moins de 1 500 mm et des superficies
significatives ne bénéficient pas de 1 000 mm.
Toutefois, dans le détail, la diversité des expositions liées au relief montagneux de la Grande
terre explique une grande hétérogénéité spatiale des précipitations et des températures . Il y a,
par ailleurs, de grandes variations interannuelles de pluviométrie en un point donné . Les
passages de dépressions cycloniques accentuent encore l'irrégularité de la lame d'eau annuelle.
Les cours d'eau ont un régime essentiellement torrentiel . L'intensité des précipitations engendre
différentes formes d'érosion en l'absence de couvert végétal.
Les sols
L'histoire géologique de la Grande terre est ancienne, marquée par diverses phases de volcanisme, de sédimentation et de métamorphisme . Parmi les formations éruptives, le complexe de
roches ultrabasiques, péridotites et roches associées (serpentinites), qui occupe un tiers du
territoire, est une particularité à l'origine des grands massifs miniers du Sud-Est et de ceux plus
morcelés de la côte Ouest, où se localise l'exploitation du nickel.
La pédologie est également d'une grande complexité sur la Grande terre avec une mosaïque de
caractéristiques morphologiques, minéralogiques et physicochimiques qui contribuent comme la
topographie et l'irrégularité climatique à la difficulté de mise en valeur agricole du territoire . Les
conditions édaphiques sont dans l'ensemble hostiles.
LA VÉGÉTATION
L'hétérogénéité des conditions naturelles, d'où résulte d'ailleurs une difficulté à identifier des
stations expérimentales représentatives, explique le morcellement des aires de répartition, la
différenciation et l'originalité de la flore riche d'environ 3 500 espèces répertoriées et plus d'une
centaine arborescentes dont la phénologie est souvent compliquée . Le taux d'endémicité est
particulièrement élevé, proche de 80 %, ce qui traduit l'isolement très ancien.
Les Gymnospermes sont bien représentées notamment sur les terrains ultrabasiques et en
altitude, où les conditions édaphiques et climatiques sont sévères . Elles apparaissent comme
des reliques de l'ère Secondaire, abritées du développement des Angiospermes au Tertiaire par
une insularité ancienne .
232
Chronique internationale
INFLUENCES ANTHROPIQUES
D'une manière générale, du fait d'une faible population, le défrichement agricole n'a pas atteint
les situations alarmantes que connaissent de nombreux pays tropicaux . Toutefois l'utilisation
abusive du feu constitue une réelle menace, et les processus de dégradation sont semblables.
Ainsi l'origine anthropique de l'extension actuelle des savanes à Niaouli et maquis est vraisemblable.
Les extractions et prospections minières ont contribué souvent de façon irréversible, et là aussi
en grande partie par les feux qui ont accompagné cette activité, à la dégradation des formations
naturelles ; en particulier de grands peuplements d'Arillastrum gummiferum du Sud ont disparu.
L'exploitation forestière n'a dans l'ensemble pas fortement dégradé le couvert forestier car elle a
été essentiellement sélective et elle ne disposait pas de moyens très importants . Néanmoins le
Sud et les autres zones accessibles les plus riches ont été fortement appauvries.
LES FORMATIONS FORESTIÈRES
D'après les inventaires menés par le Centre technique forestier tropical (CTFT), la couverture
végétale de Nouvelle-Calédonie se décomposait, comme suit, au milieu des années 70 :
Formations
Grande
Terre
Lifou
Maré
Ouvéa
Superficie totale (km2)
Forêt dense sempervirente (%)
Formations à Niaoulis boisées ou arborées
(%)
Autres formations forestières (%)
Diverses formations sub-forestières (2) (%)
Cultures (°/o)
Autres terrains )3) (%)
16 390
23
1 130
0,5
650
1
148
0
14
1
55
5
2
0
46 (1)
51
2
0,5
0
46 (1)
42
8
3
0
24 )1)
35
37
4
Ile des
Pins
159
3
2
47 (1)
36
11
1
(1) Les Îles possèdent des formations spécifiques développées sur calcaire.
(2) Autres savanes, maquis, fourrés.
(3) Terrains urbanisés, non occupés, lacs, zones inondables . ..
Les différentes formations forestières couvrent 35 à 40 % du territoire.
La forêt dense ombrophile avec environ 350 000 hectares, dont près des trois quarts en domaine
territorial, représente aujourd'hui un cinquième du territoire, essentiellement dans la chaîne
centrale.
Les savanes arborées à Niaouli (Cherrier, 1981), couvrant environ 250 000 hectares, et les
diverses formations para-forestières qui occupent plus de 850 000 hectares, sont dans l'ensemble improductives au plan forestier.
La savane à Niaouli (Melaleuca quinquenervia) pénètre profondément sur les crêtes la forêt
dense humide climacique de moyenne altitude.
Très ubiquiste, cette espèce occupe des terrains très variés, notamment les sols fersiallitiques, à
l'exception en général des sols serpentineux . Son aire, plus limitée à l'origine, s'étend actuellement sur plus du tiers du territoire sous l'action des feux de brousse . Elle joue un rôle important
dans les phénomènes pédogénétiques .
233
Rev . For . Fr. XLI - 3-1989
D . BAVARD
Les faciès sont variés et vont de la savane arbustive à la forêt claire . Les savanes herbeuses à
Niaouli sont vraisemblablement une étape dans un processus de désertification entretenu par les
feux d'origine anthropique qui mettent les sols à nu avant les violentes pluies tropicales . Le
retour progressif à la forêt « climacique » en cas de protection contre les feux serait possible
selon certains observateurs.
La forêt ombrophile de moyenne altitude de la Grande terre a un très fort taux d'endémisme . La
grande diversité des conditions écologiques engendre une spécialisation et des localisations
restreintes des espèces . La composition floristique et le potentiel forestier de la dizaine de
massifs principaux est par conséquent variable.
On note dans l'ensemble une richesse particulière en Ptéridophytes et surtout en Gymnospermes : 15 genres présents, 44 espèces dont 43 endémiques . C'est le cas tout particulièrement
de la famille des Araucariacées avec 5 espèces de Kaoris appartenant au genre Agathis (se
reporter à Cherrier, 1981), et 13 espèces pour le genre Araucaria.
Les Angiospermes sont nombreuses, mais les familles considérées comme primitives sont assez
courantes . D'autres critères traduisent le caractère archaïque de la flore . La faible compétitivité
des espèces locales serait aussi le signe d'une évolution très lente et expliquerait la rapidité
d'extension d'espèces adventices.
Ces formations tropicales humides sont caractérisées par une voûte forestière assez peu élevée,
20 à 30 m, d'où émergent certaines espèces d'Araucariacées pouvant atteindre 40 m, et parfois
aussi Houp, Tamanou . ..
Les peuplements naturels les plus riches en bois d'oeuvre sont les forêts riches en Kaoris et
Araucarias, espèces en général grégaires . On retrouve des Araucariacées mélangées avec
Tamanou, Hêtre, Houp et diverses autres espèces principales représentant couramment 15 à
20 m 3 /ha commercialisables . En y ajoutant des espèces secondaires qui pourraient être utilisées, des chiffres de 30 à 40 m 3 grumes/ha, atteignant le diamètre d'exploitabilité (50 à 60 cm
selon les essences) ne sont pas rares avant exploitation . Toutes essences confondues le volume
ayant atteint ce diamètre est compris dans une large fourchette, 50 à 100 m 3 /ha, ce qui traduit
l'hétérogénéité du manteau forestier . Les potentialités accessibles en certaines espèces nobles
(Araucaria, Chêne gomme, Kaoris . . .) sont beaucoup amoindries et l'exploitation classique se
concentre depuis le début de la décennie sur les espèces demeurant abondantes : Hêtre, Houp,
Tamanou . ..
La zone littorale possède une flore ubiquiste océanienne occupant les mangroves à Palétuviers
(principalement sur la côte Ouest), les sols coralliens des îlots, les alluvions des estuaires et les
collines basses sédimentaires . Parmi les espèces endémiques, Acacia spirorbis ou Gaiac est
encore abondant dans les formations climaciques sèches de la côte Ouest . Les forêts basses et
ouvertes ne subsistent que par lambeaux sur la Grande terre . On trouve un arbre remarquable
par sa taille : Araucaria columnaris, en peuplements presque purs au Sud de la Grande terre et
dans les dépendances où la forêt primaire développée sur sols coralliens occupe environ
90 000 ha.
La savane herbeuse et le maquis à épineux (Acacia farnesiana) de la côte Ouest sont découpés
par des forêts galeries le long des cours d'eau, qui se prolongent par des forêts de vallée.
Les formations édaphiques sur Serpentine (sols ferrallitiques ferritiques) sont regroupées pour
l'essentiel sous le terme de maquis minier, formation ligneuse sclérophylle de petite taille . Les
forêts de Chêne gomme, autrefois importantes dans le Sud ont beaucoup souffert de l'exploitation forestière ancienne et des feux qui ont accompagné les prospections minières, il n'en reste
que de rares îlots . De même, Araucaria lanceolata et ovata ont beaucoup régressé.
234
Photo D. BAVARD
Peuplement d'Araucaria columnaris (Nouvelle-Calédonie) .
ILES BELEP
NOUVELLE-CALÉDONIE ET DÉPENDANCES
CARTE ADMINISTRATIVE ET FORESTIÈRE
OUVÉA
Fayaoué
MARE
Isohyète moyenne annuelle (mm)
Foret dense humide
V Principaux reboisements
Forêt primaire sur sols coralliens
ILE DES PINS
50km
/
V
235
Rev. For. Fr. XLI - 3-1989
Vao Jr V Ile
Champ de bataille
des Pins
D. BAVARD
PRINCIPALES ESPÈCES FORESTIÈRES DE NOUVELLE-CALÈDONIE
Nom de famille
Nom scientifique
Nom commun
Usages (*)
ARAUCARIACÉES
Agathis lanceolata et spp
Kaori lanceolata
C, E, M
LÉGUMINEUSES
Albizzia granulosa
E, M, P
LÉGUMINEUSES
Albizzia lebbeck
Aleurites moluccana
Acacia
Bois noir
Bancoulier
Cl, C2, M
C, E, M, P
EUPHORBIACÉES
MELIACÉES
ICACINACÉES
ARAUCARIACÉES
MYRTACÉES
SAPOTACÉES
GUTTIFÈRES
BURSERACÉES
CASUARINACÉES
APOCYNACÉES
LOGANIACÉES
RHIZOPHORACÉES
LAURACÉES
CUNONIACÉES
PODOCARPACÉES
ELAEOCARPACÉES
RUTACÉES
CUNONIACÉES
HERNANDIACÉES
LÉGUMINEUSES
PROTÉACÉES
SAPOTACÉES
MYRTACÉES
MYRTACÉES
GUTTIFÈRES
EUPHORBIACÉES
MYRTACÉES
SAPOTACÉES
SAPOTACÉES
LÉGUMINEUSES
ARALIACÉES
(')
D'après
E
Amoora balanseana
Apodytes clusiaefolia
Lilas de forêt
Anisomallon - Koka
Araucaria columnaris et spp
Pin colonnaire
Chêne-gomme
C, E, M
C, P
Azou
M, E
C, E, M, P
Arillastrum gummiferum
Bureavella wakere
C, M, P
Calophyllum caledonicum
Tamanou
Canarium oleiferum
Casuarina collina
Bois absinthe
Bois de fer
C, M
Cerberiopsis candelabra
Candelabre
E, M
Couthovia neocaledonica
Crossostylis multiflora et spp
Graine blanche
Crossostylis
Cryptocarya elliptica et spp
Cunonia austrocaledonica
Citronnelle et moustiquaire
Chêne rouge
Cl, C2
C
C, C2, M, P
Decussocarpus comptonii
Elaeocarpus angustifolius
et spp
Flindersia fournieri
Podocarpe
Cerisier bleu
C,C1,M
Chêne blanc - flindersia
C, M, P
Geissois racemosa et spp
Hernandia cordigera et spp
Faux tamanou
Bois bleu
Intsia bijuga
Kermadecia sinuata et spp
Manilkara dissecta
Melaleuca quinquenervia
Kohu
Hêtre
Buni
Niaouli
C, E, M
C2, M
E, M
C, M
Carpolepis laurifolia
Faux teck : teck de
Nlle-Calédonie
C, M, P
C, E, M, P
E, M
E, P
C,C1,M
E, M
Montrouziera cauliflora et spp Houp
Neoguillauminia cleopatra
Faux noyer : noyer de
Nlle-Calédonie
Piliocalyx laurifolius et spp
Goya
Pycnandra cornptonii et spp
Marronnier : faux marronnier
E, M, P
Pyriluma sphaerocarpum
Bois cochon
Bois noir de Haïti
Cl, C2, M, P
E, M
Ralia
Cl, C2, M
Samanea saman
Schefflera gabriellae et spp
E, M, P
C, M, P
C, M, P
Les principales essences forestières de Nouvelle-Calédonie „ CTFT - Service des Eaux et Forêts, 1981.
E
M
P
C : charpente - construction
Cl : coffrage
C2 : caisserie
236
: ébénisterie
menuiserie
: poteaux
Chronique internationale
En altitude, de 1 000 à 1 500 m, on peut trouver d'autres formations : des forêts d'altitude qui
sont souvent des formations ouvertes de résineux, ou encore des maquis d'altitude à végétation
rabougrie.
LES CONDITIONS DE L'EXPLOITATION FORESTIÈRE EN FORÊT DENSE HUMIDE
L'exploitation de la forêt naturelle a débuté vers 1870 dans le Sud de la Grande terre, puis
autour des centres de colonisation qui se développaient sur la côte . Les conditions d'exploitation favorables dans le Sud de la Grande terre expliquent les exportations de Kaori et de Chêne
gomme vers l'Australie durant la première moitié du XX e siècle . Puis, dans les années 50,
l'exploitation se déplaça dans d'autres localisations, notamment la Chaîne centrale . Il fallut
attendre la création en 1956 et progressivement le renforcement du service des Eaux et Forêts
pour que le contrôle soit assez efficace . L'exploitation n'a sans doute pas concerné des
volumes considérables mais a touché et souvent détruit les peuplements les plus riches et les
plus accessibles.
Elle s'est faite principalement dans le domaine du territoire, et accessoirement dans les réserves
autochtones et les forêts privées relativement réduites, à l'intérieur de permis temporaires
attribués pour quelques années, de quelques centaines à 2 ou 3 000 hectares . L'exploitation est
régie par un cahier des charges et des martelages . Depuis la dernière guerre, environ 40 à
50 000 ha ont été exploités de façon plus ou moins sélective, à raison de 15 à 20 m 3 grumes/ha,
en moyenne.
Au cours des quinze dernières années, 90 % de la production de grumes ont concerné une
dizaine d'espèces . Il s'agit, par ordre décroissant d'importance, du Tamanou, du Houp, des
Kaoris, du Hêtre et assez loin derrière des Araucarias, de l'Acacia puis du Chêne gomme, du
Bois bleu, du Ralia, du Kohu . . . On pourrait doubler les volumes moyens exploités à l'hectare par
la promotion d'environ un tiers de la centaine d'essences forestières secondaires . Toutefois les
surfaces susceptibles d'exploitation sur la Grande terre sont morcelées en raison de la topographie marquée, qui limite de surcroît l'accessibilité : environ 50 000 ha seraient réellement économiquement exploitables à l'heure actuelle.
Dans les autres îles de l'Archipel, quelques espèces relativement grégaires ou autrefois bien
représentées telles que Araucaria columnaris et Kohu, ont été exploitées dans le passé . La
rareté des peuplements résiduels et la nécessité de les protéger réduisent la rentabilité de
l'exploitation des forêts sur sol corallien, abondantes en superficie mais partiellement secondarisées, et en outre pauvres en gros diamètres et en espèces de valeur . De plus, les nombreux
blocs rocheux, qui parsèment le sol, constituent souvent un obstacle important . Enfin le faible
nombre d'habitants et leur pouvoir d'achat limité y créent un marché local extrêmement étroit ne
justifiant pas actuellement à lui seul des investissements fixes.
PRODUCTION ET TRANSFORMATION
La production grume a été en moyenne durant les quinze dernières années de 14 000 m 3 dont
80 % représentés par 4 essences (Tamanou, Houp, Kaoris, Hêtre) . L'exportation de bois en
grume est étroitement contrôlée depuis 1981 mettant fin à des exportations sporadiques représentant des volumes relativement importants notamment en Kaoris puis en Tamanou . Ces
dernières années, seule l'exportation de faibles quantités de Santal a été autorisée . Les exportations de sciages sont insignifiantes .
237
Rev. For. Fr . XLI - 3-1989
D. BAVARD
Dans la décennie 70, une dizaine d'exploitants, presque tous également scieurs et souvent
négociants, se partageaient les permis d'exploitation ; cependant quatre sociétés sortaient déjà
près des trois quarts des volumes . L'intégration verticale résultait des handicaps propres au
territoire cités précédemment mais aussi de la dispersion des 150 000 habitants et des massifs
forestiers . Il existait à l'époque également une dizaine d'importateurs dont quelques-uns concentraient aussi l'essentiel du marché . La production annuelle de sciage, proche de 9 500 m 3
jusqu'au début des années 80 a régressé depuis . Cette situation résulte des difficultés de
l'exploitation forestière, de la fermeture de plusieurs scieries et de la conjoncture économique . II
subsiste à l'heure actuelle quatre exploitants scieurs, qui ont produit en 1987, 7 000 m 3 de
sciages, dont les deux tiers par l'un d'eux, et cinq négociants commercialisant la quasi-totalité
du bois local ou importé . La seconde transformation compte environ cent-cinquante entreprises.
La filière bois fournit au total 450 à 500 emplois.
Jusqu'au début des années 80 n'existaient pratiquement que des scies de chantiers à ruban
horizontal . L'absence de matériel adapté au sciage des bois tropicaux pénalisait la productivité
et la qualité des débits . À l'image des équipements, la production locale a été dans l'ensemble
artisanale et peu rationnelle, satisfaisant au coup par coup des commandes variées de bois
débité (il n'y a pas de marché de grume) . Elle présente de ce fait, vis-à-vis de l'importation, de
nombreux handicaps.
Les importations ont complété la production locale : elles ont couvert, dans les quinze dernières
années, plus des trois quarts des besoins en bois de charpente et de coffrage, la production
locale satisfaisant en priorité les besoins en menuiserie, ébénisterie et la production de palettes
pour l'industrie du nickel . Les importations de sciages résineux (Pseudotsuga menziesii, Tsuga
sp ., Thuya plicata, Pinus nigra et radiata en provenance de Nouvelle-Zélande ou d'Amérique du
Nord) pour la charpente et le coffrage, ou secondairement d'avivés feuillus (Meranti, lnstia sp .,
Castanospermum australe de la zone indo-pacifique) pour la menuiserie, offrent les avantages
d'une régularité d'approvisionnement, de dimensions normalisées ainsi que de séchage et de
traitement de préservation, cependant parfois illusoires.
Exploitation minière de nickel à ciel ouvert (Nouvelle-Calédonie) .
238
Photo D. BAVARD
Chronique internationale
La consommation moyenne annuelle de bois d'oeuvre (sciages locaux et importations de bois
bruts, sciés, tranchés, déroulés), voisine de 23 000 m 3 de 1971 à 1981, a été couverte à 35 ou
40 % par les bois de pays avec des fluctuations liées à l'économie territoriale fortement
dépendante du marché du nickel ; elle a chuté en 1982 . Au cours des six dernières années, le
marché du sciage a été en moyenne de 13 000 m 3 dont à peine plus de la moitié couverte par la
production locale, bien que les pouvoirs publics aient cherché à l'encourager . La filière bois
s'est concentrée et améliorée, mais les efforts entrepris pour la rationaliser ont été partiellement
contrecarrés par l'instabilité sociale et économique.
Le secteur bois représente 3 à 4 % des importations du territoire, les produits finis ayant une
part prépondérante . Ainsi, en 1985, la production locale représentait à peine plus du cinquième
du tonnage de l'ensemble du marché du bois (20 000 tonnes) et seulement 15 % en valeur ; les
bois bruts, sciages et poteaux importés, à peine plus de 10 % en valeur . Mais près de 90 % des
importations en valeur étaient dus au papier (environ 50 %), aux meubles et aux panneaux.
En raison des possibilités actuelles limitées d'exploitation de la forêt naturelle et des résultats
peu probants des reboisements menés sur le territoire, les importations de sciage continueront
dans la prochaine décennie à compléter la production locale . Continueront également à être
importés papiers, cartons et de nombreux objets en bois : le marché calédonien est trop limité
pour justifier à lui seul des unités de première transformation autres que le sciage . Toutefois, la
production de panneaux reconstitués, la fabrication de mobilier en bois locaux (un cinquième
des importations en valeur), la production à terme de sciages et poteaux issus des reboisements, et peut-être une activité de tranchage pour l'exportation, permettraient de réduire le
déficit.
Actuellement, la possibilité d'exportation de bois d'oeuvre ou de trituration est minime et se
heurterait à la concurrence des pays producteurs voisins : Nouvelle-Zélande, Australie et Fidji.
Le marché polynésien qui pourrait être privilégié se trouve à 5 000 km . Il subsiste une petite
production irrégulière de bois de Santal provenant surtout de l'île des Pins, atteignant 100 à
300 tonnes/an ces dernières années . Les réserves y sont limitées ainsi que dans les îles Loyauté
autrefois productrices . Des inventaires menés en 1987 et 1988 vont permettre de fixer les
quotas d'exploitation . L'administration encourage les reboisements de cette essence . La production de goménol à partir de feuilles de Niaouli subsiste mais à un niveau, 1 à 2 tonnes/an, très
inférieur à celui du début du siècle, le marché étant devenu très limité.
LES REBOISEMENTS
Les reboisements ont débuté en Nouvelle-Calédonie au début des années 60 et ont pris la forme
soit d'opérations individuelles, soit d'opérations territoriales.
Les reboisements individuels ont été pour la plupart réalisés grâce à un fonds spécial, le Fonds
forestier de Nouvelle-Calédonie (FFNC) . Une autre forme de reboisement a été introduite à partir
de 1978 consistant à fournir des plants mais également des fonds à un taux d'intérêt très bas,
nécessaires à la plantation et aux premiers entretiens . Dans ce cas, les surfaces unitaires étaient
plus importantes, de l'ordre de quelques hectares.
Ces deux formules, conduites toutes deux en milieu mélanésien pour l'essentiel, ont donné des
résultats discutables pour diverses raisons : choix des espèces et provenances, sites, densités,
conditions édaphiques, mortalité, entretiens insuffisants, absence de sylviculture, inadaptation
de la durée des prêts . Le rythme de ces reboisements privés a régressé ces dernières années.
Les espèces utilisées ont été initialement des Kaoris et surtout Pinus elliotii puis caribaea et un
peu d'Eucalyptus . Une certaine diversification des espèces et des efforts de vulgarisation ont
été récemment menés .
239
Rev. For. Fr. XLI - 3-1989
D. BAVARD
Les superficies totales plantées en opérations individuelles ont dû être de l'ordre de 1 500 à
2 000 ha, mais quelques centaines d'hectares ont de l'avenir . Ces reboisements individuels n'ont
pas globalement de vocation industrielle compte tenu de leur petite taille, de leur grande
dispersion, de leur accessibilité rarement aisée, ou encore de la complexité de la propriété
foncière.
Les chantiers de reboisement collectif, menés en régie par le Service des Eaux et Forêts, ont
connu deux périodes :
— de 1962 à 1974, des boisements surtout en Pinus elliotii, Kaoris, puis Pinus caribaea ont
été réalisés dans le Sud, à l'île des Pins, sur la Côte Est, la Chaîne centrale et très peu dans le
Nord . Ces quelque 2 500 ha n'ont en majorité pas d'avenir commercial excepté en partie à l'Île
des Pins . ;
— depuis 1975, trois zones de reboisement plus importantes ont été sélectionnées et
reboisées essentiellement en Pinus caribaea hondurensis :
— le chantier de Tango, dans la Chaîne centrale de 1975 à 1982 (4 000 à 4 500 ha) ;
— le chantier de Néhoué au Nord de 1979 à 1982 (250 à 300 ha) ;
— le chantier de Ouenarou-Faux Bon Secours au Sud de 1977 à 1980 (environ 800 ha).
La décision de reboisement à Tango s'appuya sur les résultats des introductions des Pins
exotiques faites à partir de 1960 (Pinus elliotii, puis Pinus caribaea) et sur des perspectives de
débouché extérieur pour du bois de trituration . La lutte indirecte contre le chômage était aussi
un but immédiat recherché . il était prévu de planter à l'origine 8 000 ha sur terrains territoriaux.
Toutefois, dès 1978, une première étude indiquait d'une part que l'implantation d'une usine de
pâte à papier en Nouvelle-Calédonie était économiquement exclue et que l'exportation de
copeaux ne pouvait couvrir les coûts de production dans la conjoncture de l'époque . Dès lors, la
production principale de bois d'oeuvre était conseillée et, le marché intérieur étant étroit, un
hypothétique marché extérieur était envisagé.
Une seconde étude importante, en 1981-1982, s'appuya sur divers acquis de la recherche
d'accompagnement menée par le CTFT à Tango et ailleurs . Elle indiqua que, si globalement
Pinus caribaea var . hondurensis étaient l'espèce et la variété les plus adaptées aux conditions
de Tango et assez généralement à celles de la Nouvelle-Calédonie, les caractéristiques des
peuplements du périmètre étaient cependant peu encourageantes : grande sensibilité au vent se
traduisant par une conformation du tronc rarement satisfaisante . La provenance du Guatemala,
la plus utilisée, était en cause . En outre, les accroissements, acceptables dans les premières
tranches, étaient médiocres dans les suivantes.
Sur les relatifs constats d'échec des autres périmètres, et en raison de la médiocre qualité des
peuplements de Tango, de la nécessité mais aussi de la difficulté de mise en oeuvre de la
sylviculture puis de l'exploitation dans des pentes de plus en plus fortes, il fut conseillé de
poursuivre les plantations à Tango en continuité de l'ancien périmètre mais sur des terrains plus
favorables et avec des semences améliorées de la même espèce . L'orientation de production de
sciage, destinée principalement au marché intérieur, était maintenue.
Cette révision du plan de reboisement n'a pas été mise en oeuvre et il est apparu de plus en
plus difficile de tirer parti du périmètre de reboisement initial . La rentabilité même de l'exploitation, envisagée en grande partie par câble sur des hypothèses économiques déjà limites en
1981, devenait très incertaine après la réalisation en 1984 d'un inventaire confirmant les craintes
exprimées sur la qualité des produits, la croissance moyenne des peuplements, et les pentes.
De plus des revendications foncières étant formulées, l'extension du périmètre devenait difficile.
Tout cela s'est traduit par la difficulté de trouver de nouveaux financements.
Les perspectives actuelles d'utilisation des reboisements de production sont réduites . Il conviendrait de trier les meilleurs peuplements, d'y concentrer là où cela est encore possible les travaux
240
Chronique internationale
Périmètre de reboisement de Tango en Pinus caribaea hondurensis (Nouvelle-Calédonie) .
Photo D. BAVARD
de sylviculture et de classer le reste en séries de protection . L'implantation de nouveaux
périmètres importants est difficile en raison de conditions topographiques, édaphiques ou
climatiques défavorables et des difficultés qui tiennent à la situation foncière, à la couverture de
forêt dense naturelle qu'il faut préserver, au coût de la main-d'oeuvre . Toutefois, en favorisant
des groupements de producteurs et des reboisements communaux, il devrait être possible
d'assurer, de façon cohérente, les besoins complémentaires pour le marché intérieur en palliant
les aspects fonciers coutumiers qui compliquent la mise en valeur forestière dans les réserves.
ÉTAT D'AVANCEMENT DE LA RECHERCHE FORESTIÈRE (TRAVAUX DU CTFT)
Comportement et sylviculture des pins exotiques
Pinus caribaea variété hondurensis s'avère être l'espèce de base de reboisement dans la
majorité des cas en raison de ses performances de croissance et de sa meilleure résistance aux
feux . Sur sols dérivant de roches ultrabasiques, la nécessité absolue d'une fertilisation de départ
et d'entretien est démontrée mais elle reste à préciser ; les aspects de mycorhization sont aussi
très importants . L'étude des conditions de nutrition minérale est en général indispensable . Les
études sylvicoles effectuées à l'île des Pins, dans la chaîne centrale et surtout à Tango où en
1982 ont été mis en place des dispositifs d'élaboration de tarifs de cubage, de tables de
production et d'étude des régimes d'éclaircies, ont permis de préciser les normes à préconiser
et les productivités potentielles.
L'amélioration génétique de Pinus caribaea hondurensis
L'utilisation de semences améliorées est une nécessité prouvée par les résultats de l'utilisation
jusqu'en 1982 d'une provenance peu adaptée en particulier vis-à-vis des effets des dépressions
241
Rev. For. Fr. XLI - 3-1989
D. BAVARD
cycloniques . La production locale sera possible dans quelques années grâce au suivi et au
développement d'un programme prometteur d'amélioration, mené depuis une douzaine d'années.
Un approvisionnement en Australie devrait permettre d'assurer la soudure.
Comportement des Eucalyptus
Plusieurs campagnes d'essais, portant sur plus de trente espèces et diverses provenances,
principalement dans le Nord et sur la côte Ouest de la Grande terre, ont été suivies jusqu'en
1985 . D'autres essais, réalisés de 1982 à 1986 dans le Sud, le sont toujours . Cela a permis
d'avancer notablement dans la connaissance des contraintes et des possibilités d'utilisation des
Eucalyptus : travail du sol, apport de fumure et entretiens sont notamment indispensables.
Globalement le maintien d'un programme de recherche sur les Eucalyptus n'est pas prioritaire
compte tenu de l'absence de débouché actuel en bois de trituration et des résultats observés.
Certaines utilisations (brise-vent, bois de service) peuvent justifier une expérimentation plus fine
sur des provenances de certaines espèces (Eucalyptus camaldulensis et tereticornis), sur les
fumures les plus appropriées, ou dans certaines zones (Sud, Loyauté).
Les études sur les essences locales
Elles se sont développées dans la première moitié des années 80, dans le cadre d'une politique
de promotion des essences locales : dispositifs d'étude de la croissance et d'observation en
forêt naturelle ; étude des conditions de germination et de conservation d'une trentaine d'essences forestières d'intérêt économique, de leur tempérament au stade juvénile et des techniques de production en pépinière ; réalisation d'essais de comportement et d'ombrage ; plantations conservatoires et création de vergers (notamment sur Agathis lanceolata) ; synthèse approfondie des connaissances sur les Araucariacées ; inventaires pilotes en forêt naturelle ;
recherches de plantes hôtes pour le Santal ; publications sur les propriétés physiques et
mécaniques, complétées par des clefs de détermination et une xylothèque.
En matière de plantations, les axes de recherches devraient porter en priorité sur la poursuite
des techniques de plantation et la sylviculture de quelques essences . La protection du patrimoine génétique des espèces devenues les plus rares (surtout Agathis lanceolata) doit être
activement poursuivie . Les dispositifs d'études mis en place pour pallier la méconnaissance
quasi totale de la dynamique des forêts naturelles se heurtent à la difficulté de trouver des
zones représentatives homogènes.
Les études de réaménagement du milieu naturel après exploitation
L'exploitation minière a nécessité des interventions autrefois très destructrices pour le milieu . La
végétation ne s'y réinstalle qu'exceptionnellement de façon naturelle . L'ORSTOM, puis le CTFT
ont conduit des travaux, sur le choix d'espèces et la mise au point de techniques de revégétalisation qui ont permis d'identifier quelques espèces (Acacia spirorbis et Casuarina coltina,
notamment) par la régularité des résultats observés au moins à basse altitude . Des opérationspilotes menées avec ces deux espèces sur des plates-formes d'exploitation anciennes, afin de
confirmer les coûts et les conditions de faisabilité, ont été conseillées . D'intéressantes études
du ruissellement et de l'érosion, amorcées dans le Sud, n'ont pas été poursuivies faute de
financement . La mise au point de techniques économiquement adaptées aux talus de piste et
aux zones inaccessibles (qui constituent les principales atteintes paysagères et localisations
d'érosion) mérite d'être poursuivie.
L'utilisation énergétique de la biomasse
Malgré des études de mise au point d'un gazogène, bien avancées et assez encourageantes, un
projet pilote de centrale à bois à Lifou s'est heurté à des difficultés d'exploitation forestière et
242
Chronique internationale
d'accord local sur la mise en valeur de la forêt . Par ailleurs des études et inventaires faits sur le
Niaouli n'ont pas abouti à la possibilité économique d'utilisation énergétique industrielle des
peuplements naturels . Enfin, l'utilisation énergétique de Leucaena leucocephala (faux-mimosa),
espèce abondante sur les collines sèches où elle a un rôle antiérosif certain, n'est pas
envisageable : les terrains ultrabasiques du Sud, seuls terrains disponibles suffisamment vastes,
plats et proches du pôle de consommation ne lui conviennent pas.
CONCLUSIONS
Alors que développement agricole et aménagement rural sont nécessaires à l'équilibre socioéconomique du territoire, les conditions naturelles se prêtent globalement mal à une intensification de la production agricole et forestière . La possibilité de mise en valeur de la forêt naturelle,
caractérisée par une remarquable originalité botanique et une grande diversité écologique, est
limitée en raison de superficies économiquement exploitables réduites et des signes d'épuisement en réserves accessibles d'une partie de la dizaine d'espèces régulièrement exploitées dans
le passé.
Une bonne gestion du domaine forestier naturel doit s'attacher à divers impératifs :
— évaluation des potentiels par des inventaires localisés complémentaires ;
— délimitation des permis tenant compte de l'exiguïté du domaine encore exploitable mais
aussi de la nécessité d'apporter des garanties d'approvisionnement aux entreprises ;
— poursuite de la promotion d'essences peu utilisées sans lesquelles le volume actuel de
production locale ne pourra être maintenu longtemps ;
— renforcement de la rationalisation de cette production : restructuration des entreprises,
constitution de stocks, normalisation des débits, conditionnement et traitement à l'instar des
sciages importés, production locale réservée au maximum à des usages valorisants ;
— des mesures administratives d'accompagnement pour garantir le débouché du bois
local ;
— large sensibilisation contre le fléau du feu.
Le contexte difficile qui s'est instauré depuis plusieurs années, qui a pesé sur les aspects
fonciers, mais aussi les problèmes techniques qui sont apparus dans les reboisements individuels ou territoriaux remettent en question les actions de reboisement entreprises depuis 1960
pour accéder à un marché d'exportation, d'ailleurs étroit et incertain dans le cadre du Pacifique.
La satisfaction des besoins locaux devient l'objectif majeur de ces opérations.
Les futurs reboisements devraient être limités à des zones soigneusement identifiées et effectués avec l'espèce exotique la mieux adaptée (Pinus caribaea hondurensis, à condition d'utiliser
du matériel génétiquement amélioré) et un petit nombre d'essences locales sur lesquelles la
recherche concentrerait ses efforts . Le territoire pourrait alors à terme récupérer partiellement
les 10 % du marché que constituent les bois d'oeuvre importés . Cependant, l'exiguïté du marché
intérieur ne permet pas d'envisager une filière bois complète, le territoire ne peut réduire que
partiellement la part des produits finis importés qui représentent les trois quarts en valeur.
L'exploitation minière du nickel a considérablement dégradé les paysages et engendré des
problèmes importants d'érosion . Le souci actuel de protection de l'environnement des pouvoirs
publics et des sociétés minières se concrétise par de nouvelles techniques d'exploitation minière
et de stockage des stériles, limitant l'agression . Par ailleurs, des possibilités techniques de
revégétalisation des plates-formes existent ; cependant des recherches sont encore nécessaires
pour aboutir à des procédés extensifs et adaptés aux diverses situations . Mais peut-on mobiliser
les sommes considérables que justifieraient ces recherches et le traitement des centaines
d'hectares laissés dénudés ou décapés par l'activité minière ancienne ?
243
Rev. For. Fr. XLI - 3-1989
D . BAVARD
La forêt devait, à l'origine, couvrir sous ses différentes formes, la quasi-totalité du territoire . Elle
a fait place à des formations végétales substituées importantes, signe de prédispositions arides
démontrant la fragilité des conditions d'existence de la forêt dense humide . L'état actuel du
couvert végétal justifie la poursuite des actions et des mesures de protection.
D . BAVARD
Ingénieur du GREF
Chargé de Mission
Affaires internationales et Coopération
DIRECTION DE L'ESPACE RURAL ET DE LA FORET
78, rue de Varenne
75007 PARIS
SOURCES PRINCIPALES
BAILLY (Y .), BAVARD (D .), NASI (R .), SIGAUD (P .) . — Étude de la germination et de la conservation des
semences d'essences forestières d'intérêt économique . — Centre technique forestier tropical, ORSTOM,
1985.
BAVARD (D .) . — Bilan de 10 années de recherches par le CTFT sur les possibilités de revégétalisation des
terrains miniers en Nouvelle-Calédonie . — Centre technique forestier tropical, 1987.
BAVARD (D .) . — Bilan de la recherche forestière sur la période 1980-1985 . Orientations sur la poursuite des
recherches . — Centre technique forestier tropical, 1986 . — Autres rapports d'activités annuels et publications du CTFT en Nouvelle-Calédonie.
BAVARD (D .) . — Étude de faisabilité d'un plan de reboisement en Nouvelle-Calédonie . Aspects techniques . —
Centre technique forestier tropical, 1981.
BAVARD (D .) . — La forêt, la filière-bois et la recherche forestière en Nouvelle-Calédonie . Bilan et perspectives . — 1987.
BOYER (P .), CHERRIER (J .-F .), DOUHERET (J .), LEDROIT (B .) . — Filière et marché du bois en NouvelleCalédonie . — Service des Eaux et Forêts de Nouvelle-Calédonie, 1983.
CENTRE TECHNIQUE FORESTIER TROPICAL . — Inventaire des ressources forestières de la Nouvelle-Calédonie . — 2 volumes . — Centre technique forestier tropical, 1975.
CENTRE TECHNIQUE FORESTIER TROPICAL . — Inventaires d'exploitation pilotes . — Centre technique forestier tropical, 1984.
CENTRE TECHNIQUE FORESTIER TROPICAL . — Propriétés physiques et mécaniques des bois de NouvelleCalédonie . — Centre technique forestier tropical, 1985.
CHERRIER (J .-F .) . — Le Niaouli en Nouvelle-Calédonie (Melaleuca quinquenervia S .T . Blake) . — Revue
forestière française, vol . XXXIII, n° 4, 1981, pp . 297-311.
CHERRIER (J .-F .) . — Les Kaoris en Nouvelle-Calédonie . — Revue forestière française, vol . XXXIII, n° 5, 1981,
pp . 373-382.
DIRECTION DU DÉVELOPPEMENT DE L'ÉCONOMIE RURALE DE NOUVELLE-CALÉDONIE (DIDER), SERVICE
TERRITORIAL DES EAUX ET FORÊTS . — Rapports d'activités.
GUINAUDEAU (F .) . — Croissance de Pinus caribaea var hondurensis en Nouvelle-Calédonie et normes
provisoires de sylviculture . — Centre technique forestier tropical, 1978.
LATHAM (M .), QUANTIN (P .), AUBERT (G .) . — Etude des sols de Nouvelle-Calédonie . — ORSTOM, 1978.
MUSEUM D'HISTOIRE NATURELLE . — Flore de la Nouvelle-Calédonie . — XV tomes . — 1967 à 1987.
NASI (R .) . — Essai pour une meilleure connaissance et une meilleure compréhension des Araucariacées dans
la végétation calédonienne . — Centre technique forestier tropical, 1982.
NASI (R .), BAVARD (D .) . — Inventaire et données de croissance du périmètre de Tango et autres périmètres
(annexes) . — Centre technique forestier tropical, 1985.
ORSTOM . — Atlas de Nouvelle-Calédonie.
SARLIN (P .) . — Bois et forêts de la Nouvelle-Calédonie . — Nogent-sur-Marne : Centre technique forestier
tropical, 1954 . — 303 p ., 131 planches (Publications, n° 6).
SCET - CENTRE TECHNIQUE FORESTIER TROPICAL . — Étude de faisabilité d'un plan de reboisement en
Nouvelle-Calédonie . Aspects économiques . — 1982.
VERGNIER (L .) . — Les conditions actuelles des industries forestières de Nouvelle-Calédonie et leurs perspectives d'évolution . — Centre technique forestier tropical, 1977.
VIROT . — La végétation canaque . — 1956 .
244
Fly UP