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LES RECHERCHES SUR LES INSECTES NUISIBLES AUX FORÊTS

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LES RECHERCHES SUR LES INSECTES NUISIBLES AUX FORÊTS
LES RECHERCHES SUR LES INSECTES
NUISIBLES AUX FORÊTS
DANS LE SUD-EST DE LA FRANCE
P . DU MERLE
NDLR
Le 14 mai 1987, l'Association française des Eaux et Forêts (AFEF) tenait réunion en Avignon,
suivant un programme défini et mis au point par son secrétaire général E .F. Debazac.
Il s'agissait de quelques aspects de la recherche forestière en zone méditerranéenne.
L'AFEF a bien voulu nous donner son accord pour publication, dans notre revue, des quatre
conférences qui avaient spécialement retenu notre attention.
On pourra les lire regroupées par deux dans deux numéros successifs (n° 4 et 5/1988).
En septembre 1987, hélas, E.F. Debazac nous a quittés . Les auteurs ont écrit, notre revue
publie les quatre articles en question en hommage ému à sa mémoire.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Lutter efficacement contre les insectes nuisibles aux forêts nécessite évidemment de disposer
de méthodes d'intervention, curatives ou préventives, qui permettent de diminuer fortement, et si
possible durablement, l'intensité ou la fréquence des pullulations de ces insectes tout en étant
économiquement rentables et sans effets secondaires sur le milieu . Mais cette condition est loin
d'être suffisante . Il faut également disposer de méthodes fiables de surveillance des populations
des ravageurs, et, d'autre part, être capable de prédire ce que sera l'évolution démographique
de ces populations dans les deux éventualités opposées d'une intervention et d'une nonintervention, tout ceci afin d'être en mesure de répondre aux trois questions suivantes : est-il
nécessaire, ou du moins utile, d'intervenir ? Quand doit-on intervenir ? Comment faut-il intervenir ?
Actuellement, dans la grande majorité des cas, il s'avère malheureusement impossible de
satisfaire, ne fût-ce, parfois, que de façon partielle, ces diverses exigences . Ceci tient principalement au fait que nos connaissances sur la biologie (entendue au sens le plus large du terme)
des ravageurs, sur la dynamique de leurs populations, sur les interactions entre ces populations
et les peuplements forestiers, sont encore très souvent fragmentaires, confuses ou incertaines,
même pour des espèces nuisibles parfaitement banales et étudiées depuis longtemps . Approfondir, préciser et compléter ces connaissances est donc un préalable indispensable à la conception de méthodes satisfaisantes de protection phytosanitaire de la forêt.
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Dans ce contexte, les recherches menées à la Station de Zoologie forestière d'Avignon s'ordonnent principalement autour de trois grands thèmes :
• Tout d'abord, la mise au point de méthodes d'échantillonnage et de mesure des populations
qui soient adaptées aux objectifs que l'on se fixe : ainsi, une précision élevée des résultats estelle généralement requise dans les études de dynamique des populations, mais ceci nécessitera
alors souvent d'avoir recours à des méthodes d'échantillonnage de mise en oeuvre très lourde ; à
l'inverse, une surveillance phytosanitaire à grande échelle des peuplements ne peut se concevoir
que si l'on dispose de méthodes très simples, ultra-légères, d'évaluation du niveau de population du ravageur considéré, dût la précision des résultats en souffrir plus ou moins fortement.
• Un deuxième axe de recherche est constitué par l'étude des facteurs qui sont à l'origine des
fluctuations de population des ravageurs et qui déterminent l'ampleur et le rythme de ces
fluctuations . Parmi ces facteurs, les suivants nous semblent spécialement importants et sont
donc tout particulièrement étudiés :
— la physiologie du développement des insectes, et principalement les arrêts de développement de type diapause présentés par certaines espèces à un stade bien précis de leur cycle
évolutif ;
— les processus de dispersion à l'échelle du peuplement des larves et des adultes,
processus qui ont parfois pour effet de modifier considérablement, d'une année à la suivante, la
distribution spatiale de l'insecte dans le peuplement forestier et par suite celle des dommages
subis par ce dernier, avec toutes les conséquences que cela implique pour l'un comme pour
l'autre des deux protagonistes ;
— la dispersion à grande distance des adultes, lesquels, chez certaines espèces, peuvent
parcourir des dizaines, voire des centaines de kilomètres ;
— la variabilité génétique inter- et intra-populations du ravageur, facteur auquel on ne peut
malheureusement accéder que rarement ;
— les relations de diverse nature (comportementales, phénologiques, trophiques . . .) liant
l'insecte et l'arbre-hôte, en y incluant les réactions éventuelles de défense de ce dernier et en
portant une attention particulière aux phénomènes de résistance qui peuvent se manifester chez
des individus, des provenances ou des espèces du végétal ;
— les caractéristiques physiques et climatiques du peuplement, et surtout ses caractéristiques forestières : composition spécifique et infraspécifique, âge, densité, mode de traitement . . .,
l'un des objectifs majeurs de l'étude de ces facteurs étant de déterminer comment ceux-ci
influent sur la susceptibilité et sur la vulnérabilité des peuplements ('), et, en particulier, de
caractériser les peuplements « à risque
• La conception de nouvelles méthodes d'intervention constitue notre dernier thème de
recherches, mais il s'y ajoute, évidemment, la mise à l'épreuve, l'amélioration ou la rationalisation des méthodes de lutte actuellement disponibles ou envisageables, qu'il s'agisse de lutte par
utilisation de préparations insecticides, d'origine chimique ou biologique, de lutte par utilisation
des phéromones sexuelles ou d'agrégation, ou de lutte biologique par utilisation d'insectes
entomophages.
La nature des problèmes qui se posent à l'entomologiste forestier et la démarche que celui-ci
adoptera pour tenter de les résoudre ne diffèrent pas fondamentalement en région méditerranéenne de ce qu'elles sont sous d'autres climats . Mais dans cette région (entendue au sens du
grand Sud-Est, incluant une partie des Alpes, du Massif Central et des Pyrénées), le chercheur
bénéficie de conditions de travail exceptionnellement favorables : remarquable diversité des
milieux, des essences et des peuplements, parfois sur de très faibles distances (exemple bien
(1) La susceptibilité et la vulnérabilité d'un peuplement à un ravageur donné sont respectivement la probabilité que ce peuplement
soit fortement infesté par l'insecte et le degré d'affaiblissement des arbres induit par une forte infestation.
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connu du Mont-Ventoux) ; possibilité d'étudier les effets de conditions de milieu extrêmes (froid,
chaleur, sécheresse, vent, climats de plaine et de haute montagne) ; faible hauteur atteinte par
certains peuplements « adultes « (taillis de Chênes), laquelle simplifie considérablement l'observation et le dénombrement des ravageurs se développant dans les houppiers.
LES ÉTUDES ENTREPRISES
Nous présenterons maintenant brièvement les principaux insectes étudiés à la Station de
Zoologie forestière d'Avignon et certains des résultats les plus intéressants obtenus à leur sujet
ces dernières années :
• La Processionnaire du Pin (Thaumetopoea pityocampa), ennemi majeur des peuplements de
Pins, et parfois de Cèdres, sur tout le pourtour de la Méditerranée et dans une grande partie de
la moitié Sud de la France (travaux de G . Demolin (~)) :
— Amélioration et rationalisation de l'utilisation des préparations insecticides devenues
aujourd'hui classiques : préparations à base de Bacillus thuringiensis, insecticides de deuxième
génération (Dimilin) ; mise au point de traitements hivernaux, et par suite dépourvus d'effet visà-vis du reste de la faune ; essais de nouvelles molécules chimiques.
— Invention d'une méthode très originale et, apparemment, efficace (mais ceci demande
confirmation) d'utilisation, à des fins de protection des peuplements, de la phéromone sexuelle
du ravageur, méthode consistant à attirer puis à maintenir hors de la forêt les adultes mâles
(dont la longévité n'excède guère 24 heures), ce qui a pour effet d'empêcher la fécondation des
femelles.
— Les peuplements de Pins et de Cèdres du Bassin méditerranéen sont attaqués par tout
un complexe d'espèces de Processionnaires, de composition encore mal définie, les unes à
développement larvaire hivernal (cas de la Processionnaire du Pin classique), d'autres à développement larvaire estival (comme l'espèce Thaumetopoea bonjeani, qui commet parfois des dégâts
très importants dans les cédraies d'Algérie).
• La Tordeuse verte des Chênes (Tortrix viridana), ennemi important et souvent redouté de ces
feuillus dans toute l'Europe (travaux de P . Du Merle) :
— La survie de l'insecte nécessite impérativement une bonne coïncidence, au printemps,
entre l'éclosion de ses oeufs et le débourrement de l'hôte . La date de débourrement variant
largement parmi les Chênes, il s'est individualisé, chez la Tordeuse, des populations génétiquement distinctes, différant par la date d'éclosion des oeufs et adaptées chacune à un type
phénologique de Chêne.
— La dynamique de l'insecte est, de ce fait, largement fonction de la structure génétique de
ses populations et de celle des peuplements de Chênes qui les hébergent ; mais il serait sans
doute irréaliste d'espérer découvrir des provenances ou variétés de Chênes présentant une
résistance phénologique autre que circonstancielle, et donc temporaire, au ravageur.
— Les adultes peuvent parcourir des distances très importantes (probablement une centaine
de kilomètres ou plus), leurs migrations » donnent parfois lieu à des invasions massives (donc
possibilité de propagation au loin des foyers de pullulation).
— Le piégeage sexuel paraît bien adapté à la surveillance des populations de densité faible
à moyenne du ravageur.
(2) La dynamique des populations de la Processionnaire du Pin en région méditerranéenne française a également fait l'objet de
nombreux travaux de C . Géri (INRA - Station de Zoologie forestière - Orléans), lesquels ont, en particulier, montré que cette
dynamique est fortement influencée par les caractéristiques physiques et forestières des peuplements.
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• Les insectes nuisibles au Cèdre, presque tous originaires d'Afrique du Nord, comme leur hôte
(travaux de J .P . Fabre) :
— La Tordeuse Epinotia cedricida : elle ne commet des dégâts importants que dans l'étage
supraméditerranéen, où ses pullulations sont plus ou moins cycliques, très rapprochées (tous les
3-5 ans), et manifestement favorisées par certaines interventions sylvicoles (fortes éclaircies).
— Les Pucerons Cedrobium laportei et Cinara cedri : ils ne pullulent qu'au-dessous de
700 m d'altitude, donc dans des milieux où la Tordeuse ne commet pratiquement pas de
dégâts ; introduction et acclimatation réussies, dans de nombreuses cédraies françaises, d'un
ennemi naturel de Cedrobium laportei au Maroc, l'Hyménoptère Pauesia cedrobii, dont l'efficacité dans son nouvel habitat reste maintenant à déterminer (premier exemple, en France,
d'introduction avec succès d'un entomophage en milieu forestier) ; mise en évidence de différences de sensibilité des diverses espèces de Cèdres aux pucerons ; l'état physiologique des
arbres parait influencer la dynamique saisonnière de ces insectes.
— Le Chalcidien déprédateur des graines Megastigmus suspectus : un modèle de la dynamique de ses populations, établi au Ventoux, permet de prédire un an et demi à l'avance le taux
des graines qui seront détruites par l'insecte ; ce dernier ne se montre économiquement nuisible
que dans les cédraies où la production de cônes est toujours faible (exemple du Rialsesse).
• La Tordeuse du Sapin (Choristoneura murinana), défoliateur bien connu de cette essence en
Europe centrale mais presque inconnu jusqu'à ces derniers temps en France (travaux de
P . Du Merle, J .F . Cornic, Dominique Géraud, Sylvie Brunet) :
— Une enquête par piégeage sexuel vient d'établir que l'insecte est endémique un peu
partout dans les Alpes et dans la moitié Ouest (au moins) du Massif Central . Des foyers de
pullulation s'observent actuellement dans plusieurs départements : Savoie, Hautes-Alpes, AlpesMaritimes, Ardèche, Haute-Loire tous paraissent correspondre à des peuplements en situation
chaude ou sèche.
— Mise au point d'une méthode originale, basée sur la mesure des défoliations des pousses
des années précédentes, de reconstitution de la dynamique passée de l'insecte, sur une demidouzaine d'années au moins, laps de temps au cours duquel peuvent se succéder deux
pullulations très sévères (destruction à chaque fois de la totalité des pousses de l'année).
- Réalisation d'un traitement expérimental, par utilisation de Bacillus thuringiensis, lequel a
mis en lumière les difficultés de tous ordres d'une lutte efficace contre ce type de ravageurs.
• Le Matsucoccus du Pin maritime (Matsucoccus feytaudi), responsable d'une quasi-disparition
des individus âgés de cette essence dans les Maures et dans l'Esterel (travaux de
D . Schvester) :
— L'évolution récente des symptômes présentés par les jeunes sujets issus de la régénération naturelle du Pin maritime conduit à n'envisager qu'avec un pessimisme certain l'avenir de
ces arbres.
— Des observations réalisées dans une plantation comparative indiquent que certaines
provenances de Pin maritime, originaires du Maroc (Tamjoute) et d'Espagne (Cuenca), s'y
montrent résistantes à l'insecte . Ces observations ne pourront toutefois être généralisées que
lorsque les provenances en question auront été testées dans des types variés de milieux.
• Les Scolytes de l'Épicéa (travaux de D . Schvester) :
— Le Typographe (Ips typographes) : suite aux chablis de 1982, mise à l'épreuve du
piégeage des adultes, par utilisation d'une phéromone d'agrégation, à des fins de surveillance
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des populations et de lutte ; résultats satisfaisants dans le premier cas, positifs mais nettement
moins bons dans le second (le piégeage ne peut à lui seul résoudre le problème de la lutte).
L'Hylésine géant (Dendroctonus micans), espèce en expansion inquiétante dans les
pessières du Massif Central : cette expansion s'est poursuivie ces dernières années, vers le sud
(Aigoual) et vers l'est (Limousin) ; bien que le cycle du Scolyte soit d'une rare complexité, il est
possible, moyennant un seul relevé annuel, de prévoir l'importance et l'époque des émergences
des adultes, donc du stade infestant du ravageur ; essais prometteurs de lutte biologique, par
lâchers d'un prédateur spécifique, le Coléoptère Rhizophagus grandis (en collaboration avec
l'Université libre de Bruxelles : J .C . Grégoire) .
P . DU MERLE
Station de Zoologie forestière
INSTITUT NATIONAL DE LA RECHERCHE AGRONOMIQUE
Avenue A . Vivaldi
84000 AVIGNON
LES ATOUTS DU BOIS DANS LA CONSTRUCTION
Rappelons que 13 000 logements à ossature bois ont été construits en 1987 . Près de
120 entreprises se répartissent ce marché parmi lesquelles quatre constructeurs produisent plus de 1 000 logements par an.
Les nombreuses qualités du bois : confort thermique, acoustique, gains d'espaces et
rapidité dans les délais d'exécution, lui permettent de s'adapter aux exigences de l'habitat contemporain.
Source : communiqué de presse du 18 avril 1988 du Conseil interfédéral du Bois - Paris.
LE CHAUFFAGE AU BOIS
Avec l'appui de la Région Basse-Normandie et deux délégations (Haute et Basse-Normandie) de l'Agence française pour la Maîtrise de l'Énergie, l'Association régionale Biomasse
Normandie est chargée de promouvoir le chauffage au bois sous différentes formes :
chauffage domestique, chauffage collectif ou industriel à partir de déchets et bois de
rebut, chaufferies à plaquettes de bois déchiqueté provenant de la forêt ou des haies
bocagères . ..
Dans cette optique, son bulletin « Énergie verte
consacré au bois-énergie, a centré son
numéro 19 de février 1988 sur le chauffage au bois (nouveaux matériels, perspectives,
etc . . .).
Association régionale Biomasse Normandie — 42, avenue du Six-Juin — 14300 CAEN.
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