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DÉGÂTS DANS LES COURONNES ET ACCROISSEMENTS DANS LES PEUPLEMENTS FORESTIERS RÉSINEUX

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DÉGÂTS DANS LES COURONNES ET ACCROISSEMENTS DANS LES PEUPLEMENTS FORESTIERS RÉSINEUX
DÉGÂTS DANS LES COURONNES
ET ACCROISSEMENTS DANS LES
PEUPLEMENTS FORESTIERS RÉSINEUX
FRAPPÉS PAR LE RÉCENT
« DÉPÉRISSEMENT DES FORETS
'MM H . KRAMER ~
Depuis quelques années, de grandes surfaces forestières sont frappées, en Amérique du Nord et
en Europe, par un dépérissement dont la pollution atmosphérique serait la cause . L'aspect
extérieur des arbres malades est caractérisé avant tout par l'état de leurs houppiers . Le niveau
de santé des arbres est noté, de façon très voisine en France et en Allemagne, par la densité de
leur feuillage et, en complément, par le jaunissement de leurs aiguilles . On distingue cinq degrés
d'attaque par l'estimation des plus ou moins importantes pertes d'aiguilles, et leur échelonnement, en République fédérale d'Allemagne, ne diffère guère de celui qui est utilisé en France.
Notation des dégâts :
Pertes d'aiguilles (ou de feuilles)
0 (pas de dommages)
0-10 %
1 (faibles dommages)
11-25 %
2 (dommages moyens)
26-60 %
3 (dommages importants)
61 % et plus
4 (mort)
mort
On peut « monter >> la note en cas
de jaunissement plus accentué .
Cet échelonnement est trop grossier pour les recherches scientifiques : on préfère employer
alors des divisions plus fines, faisant par exemple progresser les pertes d'aiguilles de 10 en
10%
Différents inventaires de dégâts en forêt ont été ainsi faits sur des surfaces déjà importantes . On
a pu y ventiler les niveaux successifs de lésions par surfaces et par essences avec une
exactitude suffisante.
Malheureusement, les relations pouvant exister entre l'importance notée des dégâts dans les
couronnes d'arbres, et les pertes corrélatives d'accroissements ligneux restent pratiquement
inconnues . On ne peut donc tirer de ces inventaires les nécessaires décisions en matière de
gestion et d'économie .
124
Accroissements et dépérissement des peuplements résineux
RELATIONS ENTRE DÉGÂTS OBSERVÉS DANS LES COURONNES
ET PERTES D'ACCROISSEMENT DU PEUPLEMENT
Aujourd'hui encore, les recherches menées en matière de production ligneuse ne disposent
d'aucunes données fiables permettant de relier avec sûreté pertes en volume des peuplements
forestiers et niveau des phénomènes de dépérissement observés . La raison principale en est,
avant toute autre, l'absence de peuplements comparatifs de référence demeurés intacts.
Les .dispositifs expérimentaux récents concernant les écartements à la plantation, ou les éclaircies comportent, eux, des placettes-témoins . Pour les dépérissements, il faudrait aussi chaque
fois disposer de témoins dans des peuplements du même type, sur même station, où la seule
variable serait l'importance des dégâts dans les couronnes : nous n'en avons pas.
On compare alors volontiers l'accroissement d'un peuplement donné au cours d'une période
de dépérissement « couvrant plusieurs années, avec ce qu'il était, au cours d'une période
antérieure non soumise à pollutions . Mais il faudrait alors aussi chaque fois prendre en
considération les effets sur l'accroissement du changement d'âge, des différences de densité
relative du peuplement, et de l'évolution climatique.
Athari et Kramer (1985) et Dong et Kramer (1985) ont exploité les données provenant de petites
coupes rases (contenant chaque fois 20 arbres contigus) appartenant à des peuplements résineux adultes fermés, atteints de dépérissement . À partir d'analyses de tiges et de souches (voir
Nagel et Athari, 1982) et d'estimations de l'état des couronnes des arbres, ils ont étudié
l'évolution de l'accroissement annuel dans de nombreux peuplements durant les deux dernières
décennies . L'existence d'une relation relativement bonne entre l'aspect des atteintes dans les
couronnes et les pertes présumées en accroissement, a été ainsi mise en évidence.
Le graphique 1 donne un exemple de ce travail mené dans le centre de gestion forestière de
Witzenhausen (collines du Nord de la Hesse, 550 m d'altitude) ; en abscisse les années, en
ordonnée l'accroissement annuel courant en volume ; sont également figurées les valeurs du
Figure 1
ACCROISSEMENT COURANT ANNUEL EN VOLUME DE
LA PARCELLE « WITZENHAUSEN» COMPARÉ AUX VALEURS CORRESPONDANTES DE LA TABLE DE PRODUCTION « Epicéa, éclaircies modérées de Wiedemann ».
Accroissement courant annuel en volume
16
i„ (m3/ha)
15
14 –
13 –
EKP I, 0
1 fe classe
de fertilité
12 –
11 –
10
EKP II, 0
2e classe
de fertilité
9
8 – 1965
1970
1980
125
R.F.F . XXXVIII - 2-1986
H . KRAMER
même accroissement d'après la table de production de Wiedemann pour l'Épicéa commun
soumis à des éclaircies modérées . Le peuplement en cause est un peuplement d'Épicéa de
93 ans, à couvert très dense (degré de couvert de 1,5) se situant au niveau Il, 2 (t) de la table de
production . II se caractérise aussi par une perte d'aiguilles estimée à 30 %.
On remarquera les oscillations considérables des accroissements annuels en volume . Les causes
en sont, pour une faible part, les éclaircies, et, pour l'essentiel, les variations climatiques
annuelles . L'année 1976, qui fut chaude et très sèche, porte ainsi la responsabilité d'un recul
particulièrement considérable de l'accroissement . Cela montre bien le rôle capital tenu par les
facteurs du climat lorsqu'on compare les accroissements ligneux de deux périodes différentes.
Est également surprenant, l'accroissement courant anormalement élevé de la placette en cause
de 1965 à 1975 : ce peuplement, qui avait avec raison été classé au niveau II, 2 de fertilité, a eu
pendant cette période un accroissement courant largement supérieur aux normes de la première
classe de fertilité.
L'explication doit en être : 1/ la très forte densité et 2/ le « niveau de productivité » élevé qui
caractérise souvent les situations élevées en montagnes moyennes.
Ce même peuplement, après avoir surmonté l'année sèche 1976, montre encore un accroissement courant qui se situe au niveau de la première classe de fertilité . Cet accroissement se
place nettement au-dessus de ce qu'il devrait être pour une classe de fertilité (estimée par le
couple hauteur/âge) II, 2 ; il reste cependant inférieur à ce qu'il fut dans la période 1965-1975, à
laquelle on veut le comparer.
Si l'on prend en compte aussi bien le haut niveau de productivité que la tendance due à l'âge
croissant (estimable par la table de production), le recul de l'accroissement, dans les sept
dernières années, du peuplement en question peut raisonnablement être attribué aux atteintes
subies par l'environnement . Mais il serait bien osé d'aller plus loin, et de tirer d'une telle
comparaison de deux périodes de croissance des pourcentages exacts de perte d'accroissement . Ajoutons que l'impact classique de l'âge croissant sur l'accroissement peut aussi être
sujet à caution et générateur d'erreur (Rôhle, 1985).
Supposons que, dans le cas qui nous intéresse, on se soit borné à mesurer l'accroissement en
volume des seules cinq dernières années, on l'aurait comparé aux données correspondantes de
la table de production pour la classe II, 2, ce qui aurait été une erreur ; en effet, pourquoi ne pas
alors conclure que les émissions atmosphériques nouvelles, bien que marquées par des dégâts
dans les houppiers, avaient pour résultat une augmentation de l'accroissement ligneux annuel ?
Les recherches du type que nous venons d'évoquer coûtent cher, et l'exploitation de leurs
données chiffrées — nous venons de le montrer — reste très problématique . C'est pourquoi, ces
dernières années, de nombreux chercheurs se sont orientés vers l'étude de l'évolution de
l'accroissement, non pas de peuplements entiers, mais d'arbres pris un à un, et très différenciés
entre eux au plan du dépérissement.
CARACTÈRES DE DÉGÂTS DANS LES COURONNES
ET CROISSANCE DES ARBRES PRIS UN À UN
Nous avons fait des recherches sur l'évolution à long terme de la croissance d'Épicéas de même
classe (des dominants, Athari, 1983), mais aux houppiers plus ou moins gravement endommagés . Une bonne corrélation a été trouvée localement entre la classe des dommages et la
(1) donc intermédiaire entre les classes I et Il, mais plus près de la Il que de la I (traduction J . Pardé).
126
Accroissements et dépérissement des peuplements résineux
baisse de l'accroissement . Dans le centre de gestion forestier de Paderborn (Rhénanie du NordWestphalie), pour la suite des dix années précédentes, et par comparaison avec le groupe de
référence des arbres apparemment sains, les pertes d'accroissement en volume sont en
moyenne de 10 % chez les arbres notés faibles dommages ', 43 % pour ceux notés « dommages moyens >>, et 70 % pour les « dommages importants >>.
Fruhwald et al . (1984) ont totalement confirmé cette observation, sur quelques stations . Mais
d'un autre côté, ces auteurs ont prouvé dans un peuplement du Harz, que des Épicéas à état
sanitaire très variable pour ce qui concerne les couronnes (de parfaitement sains à très atteints)
montraient une évolution très largement identique de leurs croissances . Inversement, dans le
Solling, quelques Épicéas notés à égalité pour les atteintes au houppier durant les dernières
années ont vu leur croissance évoluer de façon très discordante.
De même, en Suisse, Schweingruber et al . (1983) ont établi qu'il y avait un désaccord important,
dans le cas des résineux, entre description des dégâts et évolution des cernes annuels . Et
même, Stratmann (1985), pour les Épicéas du Harz, n'a pu prouver l'existence d'une liaison
sérieuse entre accroissements en diamètre et classes de dégâts.
Nos recherches personnelles portent sur 66 Épicéas de Basse-Saxe, Hesse, Rhénanie-Palatinat,
Rhénanie du Nord-Westphalie . Disons tout d'abord qu'il en résulte un tableau très hétérogène
(Athari et Kramer, 1985) . II y a des cas où des arbres d'un même peuplement, appartenant à la
même classe sociale, ayant la même hauteur, mais très différents au niveau des pertes
d'aiguilles, ont pourtant des accroissements très semblables . Mais il y a aussi des cas où des
arbres de classe 1 (prédominants), parfaitement sains, montrent un accroissement plus faible
que des arbres de même classe endommagés.
On peut largement clarifier les discordances de cette première approche, si l'on compare les
dimensions des tiges et des houppiers, l'espace vital, les conditions de la concurrence, et cela
arbre par arbre.
À hauteur égale, des arbres malades, mais à houppier important ont un accroissement considérablement plus fort que des Épicéas sains, mais à houppier réduit.
Ces recherches montrent clairement que le dommage causé aux couronnes n'est qu'un des
nombreux facteurs qui sont significativement importants pour la croissance de l'arbre . Il est ainsi
parfaitement compréhensible que, même dans le cas d'arbre de même dominance, il puisse
n'exister aucune liaison entre valeur absolue de l'accroissement et notation des dégâts causés
aux couronnes.
Sur le graphique 2, qui concerne les Epicéas prédominants et dominants de la place d'expérience Witzenhausen (les pertes d'aiguilles s'y étagent de 11 à 50 %), le dernier accroissement
annuel en volume est représenté d'une part, en fonction du diamètre à 1,30 m de l'arbre en
question, d'autre part en fonction de sa surface latérale de cime . Les classes de pertes
d'aiguilles, de 10 % chacune, sont distinguées les unes des autres par le dessin.
On reconnaît tout d'abord que l'accroissement des arbres, relativement indépendant des pertes
constatées dans les couronnes, croît lorsque croissent aussi les diamètres (graphique 2a) . En
d'autres termes : des arbres égaux en diamètre ont souvent même accroissement en volume,
alors que leurs pertes d'aiguilles sont différentes . D'un autre côté, des arbres qui ont mêmes
pertes d'aiguilles, et à peu près mêmes diamètres, peuvent avoir un accroissement en volume
très différent.
On peut apprécier bien mieux, sur ces mêmes arbres, la véritable influence des dégâts causés
aux couronnes, si l'on représente les accroissements en volume en fonction des surfaces
latérales de cimes (graphique 2b) . Comme on pouvait s'y attendre, l'accroissement par arbre
augmente significativement lorsqu'augmentent ces surfaces latérales . Et les dispersions obser127
R .F.F. XXXVIII - 2-1986
H . KRAMER
i" (m3 )
0,030
0,030
0,025 -
PERTE DES
AIGUILLES
0,025
11-20 %
21-30 %
31-40 %
41-50 %
0,020 =
0,015
0,010
-
0,005
-
y = 0,00563 + 0,00014x
r = 0,69
Sÿ=5,9%
2b
2a
,
25
1
30
35
40
45 d 1,3 (cm)
50
,
1
100
150
surface latérale
de la cime (m2 (
Figure 2
ACCROISSEMENT EN VOLUME i,,
DES ÉPICÉAS PRÉDOMINANTS ET DOMINANTS DE LA PARCELLE « WITZENHAUSEN
L'ANNÉE AYANT PRÉCÉDÉ L'ABATTAGE DES ARBRES-ÉCHANTILLONS, CORRÉLÉ :
2a - avec le diamètre à hauteur d'homme ;
2b - avec la surface latérale de cime.
vées des données par rapport à la droite de régression sont alors le reflet, pour l'essentiel, des
différences de pertes d'aiguilles . À surface latérale de cime égale, les Épicéas plus endommagés
présentent aussi un accroissement plus faible.
Il avait déjà été établi antérieurement (Kramer, 1966 et 1971) que la surface latérale de cime
était un bon indicateur de la capacité de croissance d'un arbre . Récemment déjà, Akça (1984)
avait pu confirmer que de bonnes relations existaient entre cette surface latérale simplement
appréciée sur photographie aérienne et l'accroissement . Il était donc concevable, dans nos
peuplements expérimentaux, de mettre en relation l'accroissement rapporté au m 2 de surface
latérale de cime et le degré de dépérissement de l'arbre . Se référant aux recherches antérieures,
on calcula une surface latérale simplifiée par la formule du cône . Sur tous les Épicéas apparut
une nette tendance : cet accroissement — devenu accroissement relatif — diminuait lorsqu'augmentait la détérioration du houppier . Bien sûr, l'importance de cet accroissement, et sa diminution lorsqu'augmentaient les pertes d'aiguilles, étaient très différentes dans les trois peuplements étudiés . En outre, à l'intérieur d'un même peuplement, la dispersion des valeurs de
l'accroissement pour une notation de perte d'aiguilles donnée, était très forte.
LES CARACTÉRISTIQUES DES PARAMÈTRES DE COURONNES
On a voulu tester si cette dispersion risquait d'avoir son origine dans une saisie inexacte des
paramètres de couronnes, et une estimation défectueuse de la perte d'aiguilles . Pour cela, on a
mis sur pied une expérimentation supplémentaire dans la région côtière, que le dépérissement
des forêts venait de toucher à son tour . En plus des analyses de tige, des mesures très exactes
des couronnes furent faites (2) sur 21 Épicéas, 16 Pins sylvestres, 6 Sapins et 8 Mélèzes d'Europe
(2) Par plombage au sol en six points de périmètre de couronne.
128
Accroissements et dépérissement des peuplements résineux
situés dans deux peuplements résineux mélangés de 85 ans du centre de gestion de Neuenburg.
Ces arbres furent abattus . On mesura alors la forme vraie des couronnes, leur surface latérale,
le volume de couronne occupé par les aiguilles (mesure notamment du diamètre moyen de
couronne vivante à la base de quatre sections de couronnes d'égale longueur) . La perte
d'aiguilles fut chaque fois appréciée avec une exactitude relativement bonne [comptage et
mesure des longueurs de pousses vertes année par année, y compris des aiguilles déjà jaunies,
et comparaison avec les situations parallèles existant chez des arbres sains de même type, de
la même région (Kramer et Dong, 1985 ; Dong et Kramer, 1985)] . Dans le cas du Mélèze, on
procéda par sections comparatives appréciées dans des Mélèzes « malades » d'une part, particulièrement sains d'autre part, en faisant spécialement attention au jaunissement, et au pourcentage de fines branches sèches . Comme sur tous ces arbres-échantillons, on avait déterminé,
avant abattage, la surface de projection des cimes à partir de six points de mesure, et estimé
les pertes d'aiguilles par classes se succédant de 10 en 10 %, il devenait alors possible de
comparer les valeurs des surfaces latérales de cimes et pertes d'aiguilles estimées sur arbres
debout, avec les mêmes données obtenues ensuite avec exactitude sur les arbres abattus
(tableau I, page 130).
Pour ce qui est des surfaces latérales de cimes, elles furent calculées avant l'abattage de deux
façons : par usage de la formule du cône, et par usage de la formule du paraboloïde quadratique.
On s'aperçoit tout de suite, en considérant le tableau, que l'emploi de la formule du cône
conduit à une sous-estimation de la surface latérale de cime, l'écart étant important pour
l'Épicéa, le Sapin et le Pin sylvestre, et moins marqué pour le Mélèze . Si on utilise la formule du
paraboloïde quadratique, on obtient par contre de bonnes valeurs moyennes pour l'Épicéa et le
Pin sylvestre, des valeurs trop élevées pour le Mélèze . Pour le Sapin, les valeurs sont encore
trop faibles . Mieux vaudrait sans doute utiliser la formule du paraboloïde cubique.
Ce qui est particulièrement instructif, c'est, d'un côté, le bon accord des valeurs moyennes
concernant les arbres d'essai pris un à un ; et, d'un autre côté, les différences très marquées
existant entre les valeurs exactes des surfaces latérales de cime, et les mêmes valeurs calculées
simplement à partir des surfaces de projection et des longueurs de couronne . Les différences de
notation des pertes d'aiguilles entre leur estimation sur arbres debout, et leur mesure plus
exacte, par sections successives de cime sur arbres abattus, se comportent de façon très
analogue : les valeurs moyennes pour les arbres-échantillons ne diffèrent que de 2,6 à 3,5 % ;
mais les écarts, lorsqu'il s'agit d'arbres pris isolément, peuvent atteindre 20 %.
Pour ce qui est du classement moyen du niveau de dépérissement pour l'ensemble de l'échantillon d'une essence, il y a accord satisfaisant entre les deux méthodes d'appréciation.
Il ressort clairement, de cette comparaison, que les méthodes le plus généralement utilisées
aujourd'hui pour la détermination de l'importance des dégâts dans les cimes, et des paramètres
de définition des couronnes sont trop inexactes pour autoriser la mise en évidence, arbre par
arbre, des liaisons pouvant exister entre dégâts dans les cimes et pertes d'accroissement . Par
contre, ces méthodes devraient suffire, quand on veut disposer d'estimations moyennes pour un
groupe d'arbres.
LIAISON ENTRE ACCROISSEMENT EN VOLUME RELATIF
ET DÉGÂTS DANS LES CIMES
Nous disposons maintenant de données exactes sur l'accroissement en volume, la surface
latérale de cime et la perte d'aiguilles : nous pouvons donc tester la valeur des liaisons :
accroissement courant annuel par m 2 de surface latérale de cime/dépérissement des cimes.
129
R.F .F . XXXVIII - 2-1986
H . KRAMER
Caractéristiques des couronnes chez I'Epicéa, le Sapin,
le Pin sylvestre et le Mélèze d'Europe
Tableau I
Surface latérale de cime
Essence
(nombre)
Perte d'aiguilles
mesurée
exactement
estimation
formule
du cône
estimation
paraboloide
°lo
°lo
%
Epicéa (21)
100
77
(46-96)
103
(81-116)
en moyenne
34,4 %
en moyenne
31,8 °/o
écarts :
en moyenne
-2,6%;
entre arbres
pris un à un
— 15 à
+9%
1,8
1,6
Sapin (6)
100
68
(63-76)
86
(73-97)
en moyenne
30,8%
en moyenne
33,3 %
écarts :
en moyenne
1,7
1,5
mesurée sur
arbres abattus
estimée
sur arbres
sur pied
Notation du degré de dégâts
après mesure après simple
estimation
exacte
+2,5°A;
entre arbres
pris un à un
-11 à
+15%
Pin sylvestre
(16)
100
77
(54-100)
99
(72-130)
en moyenne
32,8 %
en moyenne
36,3 %
écarts :
en moyenne
+3,5°/° ;
entre arbres
pris un à un
— 12 à
+20%
1,7
1,8
Mélèze (8)
100
88
(80-98)
106
(99-114)
en moyenne
20,0 %
en moyenne
22,5 % ;
écarts:
en moyenne
+2,5%;
entre arbres
pris un à un
-10 à
0% ;
1,0
1,1
Comme on avait pu démontrer antérieurement que cet accroissement relatif est plus important
chez les arbres prédominants et dominants (classes 1 et 2 de Kraft) que chez les codominants et
dominés, du fait de meilleures conditions d'éclairement (Kramer, 1966 et 1971), nous nous
sommes bornés, pour cette première recherche partielle, à étudier seulement les arbres des
classes 1 et 2 . On a trouvé qu'il existait une relation rigoureuse chez l'Épicéa et le Pin sylvestre,
entre l'accroissement relatif en volume (exprimé en cm 3 par m 2 de surface latérale de cime) la
dernière année précédant la coupe des arbres-échantillons et la perte d'aiguilles (graphique 3).
Cela reste valable pour le Sapin, bien que l'échantillon à disposition ne comprenne que 6 arbres.
130
Accroissements et dépérissement des peuplements résineux
i v/surface latérale de la cime (cm 3/m 2)
Figure 3
ACCROISSEMENT ANNUEL EN VOLUME PAR MÈTRE
CARRÉ DE SURFACE LATÉRALE DE CIME RAPPORTÉ
À L'IMPORTANCE DE LA PERTE D'AIGUILLES.
300 -
1
ÉPICÉA
1
200
100 —
Épicéa
Sapin
Pin
y = 251 - 3,78x ; r = 0,81 ; Sÿ = 6,0 %
y = 405 - 5,61x r = 0,94 ; Sÿ = 5,1 %
y=366-4,79x r= 0,73Sÿ=7,6%
i
20
10
40 / perte d'aiguilles
30
Pour le Mélèze, aucune liaison sûre
n'a pu être établie :
cela peut s'expliquer par le peu de
sûreté de l'estimation des dégâts
dans les cimes.
Du fait que l'accroissement absolu par m 2 de surface latérale de cime peut varier substanciellement de peuplement à peuplement en liaison avec l'âge, la qualité de la station, comme il peut
le faire aussi dans un même peuplement en fonction des conditions climatiques annuelles, il est
particulièrement intéressant de considérer ce qu'est la diminution d'accroissement (en ,, pour
cent >>) lorsque les pertes d'aiguilles augmentent . Mais, dans les peuplements étudiés, il n'y avait
pas d'arbres exempts de toute perte d'aiguille . Nous avons alors pris comme « témoin de
référence >' (accroissement noté 100 %), dans notre exemple, les valeurs de l'accroissement
lorsque les pertes d'aiguilles étaient évaluées à 10 % . On peut calculer, à partir du graphique 3,
les valeurs des accroissements relatifs pour des pertes d'aiguilles allant de 10 à 50 % . Le
tableau II indique les accroissements (ou les pertes d'accroissements) auxquels on peut s'attendre pour les notations de dégâts 0, 1 et 2 dans le cas de peuplements fermés.
Bien sûr, il s'agit là de relations obtenues en Allemagne du Nord dans un petit nombre de
peuplements déjà âgés . II n'est pas question de généraliser abusivement . Il faut les tester pour
d'autres essences, et surtout pour des peuplements plus jeunes.
Tableau II
Accroissement en volume pour quelques degrés de dégâts
Notation de dégâts
0
1
Perte d'aiguilles
10 %
11 à 25 %, moy. 18 %
2
26 à 60 %, moy . 43 %
Accroissement
(%)
Perte
d'accroissement (%)
Accroissement
(%)
Perte
d'accroisserrent (%)
Accroissement
(%)
Perte
d'accroissement (%)
Epicéa
100
0
86
14
42
58
Sapin
100
0
87
13
47
53
Pin sylvestre
100
0
88
12
50
50
En moyenne
100
0
87
13
46
54
Essence
131
R .F .F. XXXVIII - 2-1986
H. KRAMER
Pour l'instant, on peut essayer de donner aux praticiens forestiers, quelques chiffres « indicateurs » pour l'appréciation de la réduction d'accroissement en volume subi par les peuplements
résineux fermés subissant des dégâts de cimes . On pourrait ensuite tenter de voir, par un même
procédé expérimental, ce qui se passe dans le cas des peuplements à couvert incomplet ; le
résultat viendrait compléter les tableaux de réduction d'accroissement d'un type bien connu des
aménagistes (Pardé, 1961, page 263) .
Professeur Docteur H . KRAMER
Directeur de l'Institut pour l'Aménagement
et la Production des Forêts
de l'UNIVERSITÉ DE GÔTTINGEN
Busgenweg,5
3400 GÔTTINGEN
RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE D'ALLEMAGNE
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Bestânden des Westharzes . - Tagungsbericht Deutscher Verband Forstlicher Forschunganstalten - Sektion
Ertragskunde Kaelberbronn . - 1985 .
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Accroissements et dépérissement des peuplements résineux
DÉGÂTS DANS LES COURONNES ET ACCROISSEMENTS DANS LES PEUPLEMENTS FORESTIERS RÉSINEUX FRAPPÉS PAR LE
RÉCENT « DÉPÉRISSEMENT DES FORETS » (Résumé).
Il est un indicateur essentiel lorsqu'on veut juger des dégâts causés aux forêts par ce dépérissement nouveau qui affecte déjà de
grandes surfaces, c'est l'état des couronnes des arbres . Vouloir estimer la perte de production au niveau de peuplements entiers,
fait intervenir des problèmes multiples . C'est pourquoi notre recherche a concentré ses efforts sur la comparaison des
accroissements d'arbres pris un à un, et soumis à des dépérissements d'intensités très variées . Récemment encore, on a pu à
nouveau confirmer l'absence de bonnes relations entre l'accroissement et l'aspect des dégâts . On a alors pris en compte les
dimensions des troncs et des couronnes, et aussi l'espace vital et les conditions de concurrence des arbres en cause . On a aussi
étudié et fait entrer en ligne de compte les surfaces latérales de cimes.
Il existe une tendance très claire : l'accroissement en volume des arbres dominants (nous envisageons ici le seul cas des
résineux) rapporté au m 2 de surface latérale de cime diminue lorsqu'augmentent les dégâts dans les houppiers . Nous avons
rencontré une grande dispersion des valeurs unitaires : son origine est l'erreur souvent commise dans l'appréciation « sur pied
usuelle de la surface latérale de cime, et de la perte d'aiguilles . On peut mieux faire par estimation précise, sur arbreséchantillons abattus, de cette surface latérale et de cette perte d'aiguilles, estimation comportant une analyse intensive des
couronnes . Nous l'avons fait pour I'Epicéa, le Sapin et le Pin sylvestre . Nous avons ainsi prouvé l'existence d'une relation étroite
entre l'accroissement en volume rapporté au m 2 de surface latérale de cime et l'importance de la perte d'aiguilles.
THE RELATION BETWEEN CROWN DAMAGE AND INCREMENT IN CONIFEROUS FOREST STANDS AFFECTED BY THE RECENT
« FOREST DIEBACK » (Summary)
When we wish to assess the damage caused to forests by this new dieback that is already affecting large areas, an essential
indicator is the state of the tree crowns . If we wish to estimate the loss in production of whole stands, a multiplicity of problems
is brought into play . It is for this reason that our research has concentrated on comparing the increment of single trees, that are
subject to a very variable degree of dieback . Then again recently we have been able to reconfirm the absence of a good
relationship between the increment and the type of damage . We have therefore taken into account the dimensions of the stems
and of the crowns, as well as the growing space and the competition to which the tree in question is subjected . We have also
studied and taken into account the lateral surface sera of the crowns.
There is a very clear trend : the volume increment of the dominant trees (we are considering here only the case of conifers)
decreases in relation to the lateral surface area of the crown (in m 2) as crown damage increases . We have found a great
scattering of the individual values ; its origin lies in the errors that are often made in estimating the lateral surface area of the
crowns of standing trees, and the loss of needles. Better results can be obtained from accurate estimates of the lateral surface
area and loss of needles, on felled sample trees . These estimates involve a detailed analysis of the crowns . We have done it for
Norway spruce, silver fir, and Scots pine . In this way we have also roved that there is a close relationship between the volume
increment in relation to the lateral surface area of the crown (in m) and the amount of needle loss.
KRONENSCHADEN UND ZUWACHS IN DEN VON DEM JÜNGSTEN WALDSTERBEN BETROFFENEN NADELWALDBESTANDEN
(Zusammenfassung)
Ein wesentlicher Hinweis für die Schàtzung des Waldschadens, den das neue Absterben schon über weite Flàchen hin verursacht
hat, ist der Zustand der Baumkrone . Will man den Produktionsverlust eines Gesamtbestandes errechnen, so sind zalhreiche
Probleme miteinzubeziehen . Aus diesem Grunde hat unsere Untersuchung sich auf den Vergleich des individuellen Zuwachses von
Bâumen konzentriert, deren Absterben mehr oder minder weit fortgeschritten war . Vor kurzem noch hat man erneut das Fehlen
von beweiskrâftigen Zusammenhàngen zwischen Zuwachs und àusserer Erscheinung des Schadens bestâtigen kônnen . Wir haben
daher die Masse der Stàmme und der Kronen in die Untersuchung miteinbezogen und ebenso den Lebensraum und die
Konkurrenzbedingungen der betroffenen Baume . Gleichermassen haben wir die seitlichen Ausmasse der Wipfel untersucht und mit
in Rechnung gezogen.
Es besteht eine sehr klare Tendenz : das Zuwachsvolumen der vorhherschenden Baumarten (wir untersuchen hier einzig den Fall
der Nadelbàume) umgerechnet auf den m 2 des seitlichen Wipfelausmasses, nimmt ab, sobald der Schaden in den Kronen
zunimmt . Wir haben eine breite Streuung der Einheitswerte angetroffen : dem zu Grund liegt der Irrtum, der hàufig bei der
gângigen Schàtzung der Wipfelbreite und des Nadelverlustes „ auf dem Stock » untertauft . Man kann eine genauere Einschàtzung
dieses seitlichen Wipfelausmasses und der Nadelverlustes an Hand von ausgewahlten gefàllten Bâumen erzielen . Diese Schàtzung
schliesst eine pràzise Kronenanalyse ein . Wir haben Fichten, Tannen und Rotkiefern dieser Analyse unterzogen und so das
Vorhandensein einer engen Beziehung zwischen dem auf den m 2 umgerechneten Zuwachsvolumen der seitlichen Kronenausdehnung und dem Ausmass des Nadelverlustes bewiesen.
LESIONES EN LAS CORONAS E INCREMENTO EN LAS POBLACIONES RESINOSAS AFECTADAS POR EL RECIENTE « DECAIMIENTO DE LOS BOSQUES » (Resumen)
Hay un indicator esencial cuando se quieren juzgar los danos causados en los bosques por ese decaimiento nuevo, que afecta ya
grandes superficies : es el estado de las coronas de los àrboles. Querer estimar la perdida de production al nivel de poblaciones
enteras, hate intervenir multiples problemas . Es por lo que nuestra investigation ha concentrado sus esfuerzos en la comapraci6n de los àrboles tomados uno a uno, y sometidos a debilitaciones de intensidades muy variadas . Recientemente aün, se ha
podido confirmer la ausencia de buenas relaciones entre al crecimiento y el aspecto de los danos . Se han tomado en cuenta,
enfonces, las dimensiones de los troncos y de las coronas y tambien del espacio vital y de las condiciones de la densidad de los
àrboles en causa. Han sido estudiadas y entran en cuenta las superficies laterales de las copal.
Existe une tendencia muy clara : el crecimiento en volumen de los àrboles dominantes (aqui consideramos solamente el caso de
los resinosos), en relation con el metro cuadrado de superficie lateral de cops, disminuye cuando aumentan los perjuicios en los
copudos . Hemos encontrado una gran dispersion de valores unitarios : su origen es el error cometido frecuentemente en la
apreciacion « en pié » usual, de la superficie lateral de la cima y de la pérdida de agujas . Se puede hacer mejor por estimation,
sobre los àrboles-muestra abatidos, de esa superficie lateral y de esa perdida de agujas, estimaci6n que implica un anàlisis
intenso de las coronas . Lo hemos realizado para el Epicea, el Pinabeto y el Pino silvestre . Hemos demostrado asi la existencia de
une relaciôn estrecha entre el crecimiento en volumen, con respecto al metro cuadrado de superficie lateral de cops y a la
importancia de la perdida de agujas .
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R.F .F . XXXVIII - 2-1986
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