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LA DES FORET MAURES

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LA DES FORET MAURES
LA
FORET
DES
MAURES
*i
L . CHAUTRAND
Class . Oxford 181 .1 (44 x M2 - 57 E)
LE MILIEU
S'opposant à la blancheur plus ou moins décharnée des régions calcaires voisines, le Massif
cristallin des Maures se distingue par la teinte foncée qu'il doit à son couvert végétal . Il en
tire son nom, du moins s'agit-il d'une explication, par dérivation du mot provençal « Maouro »
qui signifie : bois sombres.
Le massif étire ses chaînons parallèlement à la côte entre les dépressions d'Hyères et de
Fréjus . Il s'étale sur environ 80 000 hectares, bastion du plissement hercynien, isolé des collines et plateaux pré-alpins par la profonde dépression permienne.
Formé par quatre lignes de relief orientées du Sud-Ouest au Nord-Est, la plus méridionale
constituant les îles d'Hyères, il culmine au Nord à 780 mètres.
Ces chaînes principales délimitent des vallées longitudinales, mais des accidents géologiques
et l'érosion ont découpé des vallées perpendiculaires formant un compartimentage complexe.
Le socle des Maures est formé de roches cristallophyliennes, phyllades dans la région Ouest
limitée par une ligne La Londe - Les Mayons, micaschistes et gneiss avec quelques formations granitiques à l'Est.
Sous l'effet des agents atmosphériques, la roche mère a donné naissance à un sol siliceux,
pauvre et froid, mais à vocation forestière marquée.
La roche se désagrège rapidement, constituant des horizons superficiels, favorables à la
végétation . La fissuration profonde facilite la pénétration radiculaire.
Par contre les grès et poudingues permiens qui entourent le Massif donnent naissance à des
sols superficiels et compacts.
Climatiquement, la région des Maures est soumise à un type de climat méditerranéen, comportant à la fois des vents périodiques violents et froids et une pluviosité abondante à précipitations fréquentes en dehors de la longue sécheresse estivale.
Une bonne partie des précipitations tombe en hiver par une suite de journées pluvieuses,
avec des périodes de violentes averses.
La hauteur d'eau totale est de l'ordre de 700 à 800 mm sur la bande littorale, de 1 000 mm
au centre du massif, atteignant 1 500 mm sur les reliefs dominants (la Garde-Freinet).
Le ruissellement provoque une érosion actuelle très vigoureuse dont l'efficacité est accrue
par la dégradation du tapis végétal.
La moyenne thermique annuelle est de l'ordre de 15 à 16°C, les extrêmes atteignant 0 et
34"C sur le littoral, — 6 et 37"C à l'intérieur.
La neige est fréquente sur les sommets . Elle ne persiste pas mais les chutes, parfois abondantes, causent des dégâts importants dans les peuplements de pins et de chênes-lièges.
L'orientation des chaînons détermine sur les versants des microclimats exceptionnels : fraicheur des ubacs occupés par la châtaigneraie, sécheresse des adrets couverts de végétaux
xérophiles.
L'influence des vents dominants est un facteur essentiel du climat . Deux flux s'affrontent :
— le mistral qui souffle avec violence du Nord-Ouest amenant une plus grande transparence de l'atmosphère, des minima plus bas l'hiver, des maxima plus élevés l'été ;
— et le vent du Sud-Est doux et humide qui apporte la pluie en hiver et rafraîchit en
été.
235
R . F. F . XXII - N . spécial " La lutte biologique en forêt " - 1970
I
MUY
LES ARCS
LA FORET DES MAURES
GONFARON
E
FRÈJUS
St-RAPHAËL
LES MAYONS
•
Ste-MAXIME
St-TROPEZ
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GASSIN
O
COLLOBRIÈRES
•
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PIERREFEU
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BORMES
LE
LAVANDOU
LA LONDE
Zone de Pin Maritime et
Chérie Liège
HYÈRES
Châtaignier
00000
1 00000
Pin Parasol
LE PAYSAGE FORESTIER
La Forêt des Maures laisse au promeneur l'impression de diversité mais aussi de vigueur et
de continuité du manteau végétal . Si de nos jours, MAURIN, héros de Jean Aicard, ne pourrait
plus se déplacer de Gonfaron à Bormes dans l'ombre continue d'une épaisse futaie, la nappe du maquis, largement dominée par les pins, les chênes et les châtaigniers étend partout
son emprise.
L'homme, lui-même, autrefois dispersé dans le Massif et vivant des produits de la forêt qu'il
entretenait régulièrement, s'est réfugié dans les agglomérations périphériques où les ateliers
artisanaux et les cultures riches ont supplanté les fermes forestières.
Le Massif des Maures est principalement couvert de chênes, de pins et de châtaigniers . Les
résineux se sont largement développés à [époque contemporaine . Ils sont probablement spontanés, malgré les doutes émis à propos du Pin pignon et du Pin d'Alep, mais le climax est
représenté par la chênaie comme l'a souligné le Professeur MOLINIER qui écrit en 1948
dans un rapport sur les Maures et l'Estérel :
L'association climacique des Maures, c'est-à-dire le groupement végétal qui dans les conditions naturelles et en dehors de toute intervention de l'homme couvrirait cette région, est
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La Foret des Maures
la forêt de chêne vert . A l'origine, en tous cas, après les grandes glaciations quaternaires,
les Maures devaient comporter de vastes forêts de cette essence avec le chêne-liège subordonné, et sur les points les plus secs, du Pin maritime et du Pin d'Alep.
Vingt années d'études en Provence m'ont convaincu que les pins n'ont pris leur grande extension actuelle qu'à la faveur de la destruction par l'homme des forêts de chêne originelles.
Il poursuit en ces termes
L'action de l'homme a été dans l'ensemble essentiellement destructive ; aux forêts climaciques détruites par défrichement et par le feu ont succédé d'abord des forêts de chêneliège puis des maquis denses et élevés à arbousier et bruyère arborescente, puis des maquis
bas à myrte, calycotome épineux et bruyère à balai . Détruites par le feu, celles-ci ont donné
des cistaies . . . puis des landes à asphodèles et enfin lorsque fut éliminée la strate arbustive,
des pelouses à hélianthèmes . . . >,
Au début par conséquent était le Chêne vert qui, recouvrant certainement la majeure partie
du terrain, a reculé sous l'effet de l'incendie pour se cantonner dans des taches d'inégale
importance mais surtout dans les vallons frais . Le cortège floristique du chêne vert est caractérisé par la bruyère arborescente, l'arbousier, le phyllaria, la viorne tin.
L'essence qui occupe actuellement la plus grande superficie est le Chêne-liège ; elle domine dans la majeure partie du massif mais couvre principalement les versants Sud . Le chêne-liège, typiquement silicicole, prospère dans cette région chaude et humide . La composition
floristique de la forêt de chêne-liège est variable : la strate arbustive, la plus riche, comporte
essentiellement l'arbousier, la bruyère arborescente, la bruyère à balai, le calycotome, les
cistes, le phyllaria.
La substitution du chêne-liège au chêne vert s'explique plutôt par sa résistance au feu lorsqu'il n'est pas démasclé, plutôt que par son extension sous l'influence humaine en vue de
l'exploitation du liège.
Le Chêne pubescent se trouve par pieds isolés ou en bouquets sur de nombreux ubacs à
l'intérieur du Massif . La forêt de chêne pubescent paraît cantonnée à l'origine sur les versants
les plus frais et les plus élevés . Le cortège des plantes associées comprend : le petit houx,
le lierre, la clématite, le sorbier domestique.
Il semble que le châtaignier se soit développé sur les ubacs au détriment du chêne pubescent.
Un aspect de la foret des Maures
PHOTO LANIER
L. Chautrand
Les Pins représentent en quelque sorte dans les Maures un néoclimax.
— Le Pin maritime, quoique non exclusivement silicicole, est l'espèce caractéristique
de la Provence cristalline . Il s'agit de la variété mésogéenne » différente de la race des
Landes . D'une croissance très rapide, d'une végétation vigoureuse et d'un port élancé, il atteint souvent 30 mètres de hauteur, de 2 à 3 mètres de circonférence . Sa fructification apparait vers l'âge de 15 ans et la régénération s'effectue facilement par ensemencement naturel
même après incendie.
On le rencontre depuis le littoral jusqu'au sommet des Maures, croissant à toutes les expositions, mais son exigence en humidité lui fait préférer les versants Nord alors qu'il abandonne volontiers les adrets au chêne-liège et même au Pin d'Alep.
Le caractère spontané du Pin maritime a été parfois contesté et son adaptation à la Provence
cristalline mise en doute . Toutefois, le naturaliste Pierre BELON le décrivait en 1553 dans
les Maures et une « visite générale des Bois de Provence de 1720 à 1725 » par le
Commissaire de la Marine décrit des peuplements de Pin maritime dont l'importance et la
répartition sont très comparables à celles de nos jours.
Le Pin maritime occupe 60 °/o du massif des Maures, soit en peuplements purs, soit en
mélange avec le chêne-liège, plus rarement avec le Pin d'Alep et le Pin parasol, mais il
n'a cessé de gagner du terrain.
Ces peuplements, traditionnellement jardinés, sont conditionnés par les incendies qui provoquent la régularisation de la futaie . En raison des incendies catastrophiques de 1943, 1950,
1962, 1964, les semis, gaulis et jeunes futaies sont superficiellement les plus importants . Jamais éclaircis, ils ont été livrés à la lutte pour l'existence, lutte d'autant plus dure que la
densité au départ est exceptionnellement forte.
— Le Pin d'Alep, peut-être importé par les Grecs qui fondèrent Marseille, mais plus probablement spontané, est relativement rare dans la forêt des Maures . On le trouve surtout le
long du littoral sur les sites les plus secs.
— Le Pin parasol, au port majestueux, actuellement recherché pour l'ornement, est localisé sur les grès permiens et les sables de la côte des Maures . Les peuplements affectent
la forme de taches allant du simple bouquet de quelques arbres au petit bois de quelques
hectares . La régénération est capricieuse, souvent nulle.
Le Châtaignier est considéré comme introduit dans les Maures au 10' ou 11 e siècle,
soit par les Sarrazins, soit par les moines de la Verne . Il est abondamment représenté sur
les schistes, â l'origine de sois profonds, sur les ubacs les plus élevés et les plus frais.
Le traitement en taillis est très limité et la châtaigneraie à fruit, plus ou moins bien entretenue depuis quelques dizaines d'années, se présente sous forme d'une forêt cultivée dont
la superficie pour les Maures dépasse 3000 hectares répartis en îlots autour de Collobrières,
et sous forme de bande étroite entre Pignans et la Garde-Freinet.
Malgré une forte attaque actuelle d'endothia, le châtaignier est largement utilisé pour réaliser
la couverture incombustible des pare-feu ouverts dans les périmètres de protection contre les
incendies.
Le maquis envahit très rapidement les espaces où la forêt a été détruite . Différentes formes de dégradation se succèdent :
— le maquis élevé et dense à dominance d'arbousiers et de bruyère arborescente ;
— le maquis bas et sec à bruyère à balais et à cistes ;
— le maquis à cistes ;
— la lande à romarin et à asphodèles ;
— et finalement la pelouse à hélianthèmes.
Cependant les conditions de milieu dans l'ensemble des Maures (écrit le Professeur MOLINIER) sont favorables à la reconstitution naturelle des associations végétales arbustives et
arborescentes qui, si leur destruction périodique par le feu surtout était un peu moins fréquente, se reconstitueraient assez vite.
Les phyllades, micaschistes et gneiss constituant la presque-totalité des Maures se délitent
en effet rapidement sous un climat comportant des précipitations atmosphériques relativement
abondantes . Ainsi se reconstitue rapidement un sol meuble sur lequel la végétation naturelle
s'installe ou se réinstalle . »
Telle est la forêt des Maures sous l'équilibre précaire de forces naturelles, qui sont d'une
part l'action humaine dégradante, de l'autre des conditions de milieu très favorables à la
reconstitution naturelle .
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La Foret des Maures
LE DEPERISSEMENT DU PIN MARITIME
Si l'on excepte l'incendie qui de tous temps a causé d'immenses ravages aux forêts de Provence, il ne se passait rien dans la forêt des Maures.
La situation sanitaire des peuplements n'appelait pas d'observations particulières . On se contentait de citer les dégâts sporadiques de la chenille processionnaire et de certains bostryches
rencontrés à l'état dispersé.
Mais, à partir de 1957, on constate le dépérissement inexplicable des pins maritimes en deux
points du massif des Maures : Bormes-les-Mimosas et Saint-Tropez Gassin.
Le phénomène se manifeste par le jaunissement, la dessication des aiguilles, la chute de
petits rameaux qui jonchent le sol au pied de l'arbre, l'exsudation de perles de résine sur
l'écorce des jeunes tiges, la coulée massive de résine le long des fûts . Finalement, le pin
meurt sur pied.
Le dépérissement progresse lentement tantôt à la manière d'une tache d'huile, tantôt en poussées explosives . Les deux taches primaires se rejoignent en 1962 : la superficie contaminée
couvre plus de la moitié des Maures.
Simultanément, des attaques dispersées sont détectées dans l'Esterel et à l'Ouest de Toulon.
En 1966, le dépérissement atteint les limites du massif des Maures et se manifeste au Nord
et à l'Ouest sur des peuplements de la zone calcaire . En 1968, la contamination apparaît dans
le département des Alpes-Maritimes.
Après quelques soupçons sur la responsabilité physiologique des froids exceptionnels de
février 1956, les spécialistes des stations de recherches forestières analysent la population
d'insectes ravageurs . Le Professeur CHARARAS, dans le lotissement de Beauvallon, cherche à
démontrer l'action déterminante des scolytides et préconise des traitements basés sur le piégeage alors qu'un entomologiste amateur, M . VEYRET, reprenant une technique américaine, préconise les injections d'insecticides systémiques contre les parasites subcorticaux.
Il fallut attendre le début de l'année 1963 pour que les spécialistes de la station de recherches forestières voient le résultat de deux ans de recherches minutieuses et patientes au
coeur de la forêt des Maures, en découvrant la culpabilité de la cochenille Matsucoccus
teytaudi.
Depuis cette époque, des moyens chimiques, efficaces, mais d'un emploi délicat, coûteux
et dangereux, sont utilisés pour détruire la cochenille.
Le Service de la Protection des Végétaux organise et surveille de véritables campagnes.
Celles-ci malheureusement, malgré des progrès incessants, ne peuvent concerner que des
sujets isolés, des arbres de parcs ou de jardins.
Il reste à découvrir un remède pratique, les éléments d'une lutte biologique qui assure le
rétablissement de l'équilibre antérieur .
Louis CHAUTRAND
Ingénieur des Eaux et Forêts
Service régional d'aménagement forestier
16, rue Léon Paulet
13 - MARSEILLE - (8 e )
BIBLIOGRAPHIE
BLANCK (A .) . — Le rôle de la cochenille Matsucoccus teytaudi dans le dépérissement de la forêt des
Maures . Phytoma, n" 175, février 1966.
CHAUTRAND (L .), ROUX (L.) . — A propos du dépérissement du pin maritime dans les Maures . Controverses
sur l'ancienneté du pin maritime dans les Maures . Revue Forestière Française, n" 6, juin 1964, pp . 506510.
MASUREL (Y .) . — La Provence cristalline . Gap . Louis Jean, 1964.
MOLINIER (René) . — Rapport administratif de 1948 sur les associations végétales du massif des Maures.
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R . F. F . XXII - N . spécial " La lutte biologique en foret " - 1970
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