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COMPORTEMENT DE DIVERSES PROVENANCES D'ÉPICÉA DE SITKA EN FRANCE WMU. AIMIEW J .-F.

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COMPORTEMENT DE DIVERSES PROVENANCES D'ÉPICÉA DE SITKA EN FRANCE WMU. AIMIEW J .-F.
Cette rubrique est dirigée par
P . MARTINOT-LAGARDE
Ingénieur du G . R . E . F.
Chef du département Sylviculture
Centre Technique Forestier
Domaine des Barres
45 - NOGENT-SUR-VERNISSON
COMPORTEMENT DE DIVERSES PROVENANCES
D'ÉPICÉA DE SITKA EN FRANCE
A
WMU.
AIMIEW J .-F.
LACAZE
Class . Oxford 232.12 : 174 PICEA SITCHENSIS CARR.
1) ÉPICÉA DE SITKA, ESPÈCE DE REBOISEMENT - DESCRIPTION RAPIDE DE SON AIRE
NATURELLE
L'épicéa de Sitka (Picea sitchensis (Bong .) Carr .) se classe parmi les espèces forestières les
plus productives (production de 23,2 m 3 /ha/an à 50 ans en première classe de fertilité d'après
les tables de production anglaises) . C'est la première essence de reboisement en Grande-Bretagne, et en France elle suscite un intérêt croissant dans l'ouest du pays, en particulier en
Bretagne et sur la frange occidentale du Massif Central.
L'aire de Picea sitchensis correspond à une bande très longue (près de 3000 km), mais étroite
(au maximum 200 km dans la partie nord), le long de la côte ouest du continent nord-américain
(voir carte) . Malgré cette énorme variation de latitude, certaines données climatiques restent
à peu près constantes du nord au sud de l'aire . C'est le cas en particulier des précipitations
(généralement supérieures à 2 m) qui sont accompagnées d'un état hygrométrique très élevé
toute l'année (« fog-belt ») . Par contre, la longueur de la saison de végétation varie sensiblement depuis l'Alaska (130 à 160 jours) jusqu'au sud de l'Oregon et au nord de la Californie
(plus de 250 jours).
Il s'agit donc d'une espèce très océanique, qui exige effectivement un climat tempéré et
humide, et qui supporte mal, même dans l'ouest de la France, les étés chauds et secs.
Tenant compte de cette exigence en humidité de l'épicéa de Sitka, on a un peu trop vite
conclu que l'espèce était susceptible de se développer sur sols mal drainés voire asphyxiants,
ce qui se révèle, en France tout au moins, une opération d'intérêt douteux . il est reconnu que
sur de telles stations l'épicéa de Sitka est attaqué par divers parasites.
La forme de l'aire suggère l'existence d'une variabilité génétique infraspécifique . Celle-ci a été
mise en évidence par divers auteurs étrangers, mais en France aucune étude n'avait encore
abordé ce sujet.
Le présent rapport a pour objet de rendre compte des premiers résultats d'une expérimentation sur les provenances, engagée au printemps 1964, à la pépinière d'Amance, près de Nancy.
45
R . F. F. XXII - 1-1910
2) DESCRIPTION DE L'EXPÉRIENCE
Celle-ci avait pour but de comparer le comportement de 24 sources de graines commercialisées, correspondant à un échantillon assez représentatif de l'aire de l'épicéa de Sitka (voir caractéristiques des provenances
sur le tableau ci-dessous) et à divers peuplements artificiels danois et français.
Les graines furent semées en deux temps, en avril et en juillet 1964, ce qui a conduit à deux dispositifs distincts comportant chacun 21 provenances, et organisés en blocs incomplets : 21 blocs, 5 répétitions, 5 parcelles unitaires par bloc, 8 plants par parcelle unitaire pour l'expérience 1 semée en avril et 40 plants par
parcelle unitaire pour l'expérience 2 semée en juillet.
L'élevage en pépinière a duré 4 ans : 2 ans sous forme de semis, 2 ans après repiquage.
Mesures et observations ont été effectuées sur les plants repiqués (troisième et quatrième années) . Elles ont
concerné les caractères suivants :
Caractères quantitatifs
— Hauteur à 3 ans (janvier 1967)
précision : cm
— Hauteur à 4 ans (octobre 1967)
précisions : mm
— Diamètre au collet à 4 ans (octobre 1967)
précision : mm
Echantillon :
8 plants par parcelle unitaire
(expérience 1)
—
30 plants par parcelle unitaire
'
(expérience 2)
— Nombre de semaines d'élongation
de la flèche terminale (1967)
unité : la semaine
— Date d'arrêt de l'élongation (1967)
Echantillon
2 plants par parcelle unitaire
Instrument de mesure : toise
Caractère qualitatif
Débourrement végétatif :
première mesure le 18 avril 1967
deuxième mesure le 24 avril 1967
Echantillon :
8 plants par parcelle unitaire (expérience 1)
30 plants par parcelle unitaire (expérience 2)
Echelle de notation :
0 - pas débourré
1 - moins de 50 °/o des bourgeons latéraux débourrés
2 - plus de 50 °(o des bourgeons latéraux débourrés
3 - bourgeons latéraux et bourgeon terminal débourrés.
Ces plants ont permis d'installer, en 1968, trois plantations comparatives ainsi réparties :
— Forêt domaniale de Coat-an-Noz (Côtes-du-Nord) Bretagne
— Plateau de Millevaches (Corrèze) Ouest du Massif Central
— Forêt domaniale d 'Amance (Meurthe-et-Moselle) Plaine lorraine.
Les informations qui seront présentées concernent uniquement le stade juvénile en pépinière.
Liste des provenances
Nom
de la provenance
Juneau
Sitka
Masset
Queen Charlotte
Island
Bella Cools
N
0
Alberni
N
Pachena Point
N
0
Forks
Hoquiam
0
Raymond Il
Naselle
Long Beach
Clatsop County
North Bend
N
Crescent City
Faarehare Forest
Hovedskov Forest
Nôrreskov Forest
N
Ravnskov Forest
Lesturgant
O
Barsanges
Abréviatiens
Pays
JUNE
SITK
MASS
U .S .A . - Alaska
U .S .A. - Alaska
Canada Colombie britannique
QU-CH Canada Colombie britannique
BE-CO Canada Colombie britannique
ALBE
Canada lie de Vancouver
PA-PO Canada lie de Vancouver
FORK U .S .A . - Washington
HOQU U .S .A . - Washington
RAYM II U .S .A . - Washington
NASE
U .S .A . - Washington
LO-BE
U .S .A . - Washington
CLAT
U .S .A . - Oregon
NO-BE U .S .A . - Oregon
CR-CT U .S .A . - Californie
FAAR
HOVE
NORR
RAVN
Danemark
Danemark
Danemark
Danemark
LEST
BARS
France - Morbihan
France - Corrèze
Longitude
Altitude
(m)
Latitude
Origine
naturelle
ou artificielle
No de
l'expérience en
pépinière
134°
135°
30'
30'
0 58°
0 57°
25'
25'
N
N
N
N
1
1
2
2
132°
20'
0 54°
00'
N
N
1
2
132°
10'
0 54°
00'
N
N
1
2
126°
50 '
52°
10 '
N
1
2
N
1
2
1
1
1
1
2
2
2
2
1
1
2
2
1
1
1
2
2
0 à 150
124°
50'
O 49°
20'
125°
123°
123°
123°
123°
124°
123°
124°
123°
00'
00 '
50'
45 '
45'
00'
45'
10'
50'
0 49°
47°
0 47°
46°
0 46"
O 46°
0 46°
0 43°
0 41°
00' N
150 à 300
54 '
00' N
42' N
40' N
20' N
00' N
25' N
50'
N
10°
12°
36'
02'
E 55°
E 54°
06'
47'
10°
07'
E 55" 58'
A
A
A
A
1
1
1
1
2
2
2
2
01 '
A
A
1
2°
2
2
46
45"
35'
N
N
N
850
N
N
N
N
N
N
N
N
Technique et Forêt
3) RÉSULTATS
Classements pour les divers caractères
• Caractères de vigueur
Hauteur à 3 et 4 ans
Ces deux mesures sont très fortement corrélées (r = 0,83 **' (1) dans l'expérience 2) ; aussi,
nous nous bornerons à présenter les classements entre provenances pour la hauteur moyenne atteinte à la fin de la quatrième année d'élevage.
L'analyse de variance révèle des différences très significatives et permet de classer approximativement les provenances en groupes géographiques distincts.
Provenances
Hauteur
moyenne
(cm)
Forks
Hoquiam
Nôrreskov
Faarehare
Raymond
Lesturgant
Naselle
Hovedskov
North Bend
Pachena Point
Ravnskov
Clatsop
Alberni
Long Beach
Masset
Queen Charlotte
Bella Coola
Crescent City
Sitka
Juneau
58,0
57,3
54,3
53,7
52,0
51,8
49,4
48,1
47,9
47,6
46,6
45,4
45,1
43,2
42,8
41,4
41,0
35,3
32,1
29,8
Lesturgant
Forks
Nôrreskov
Naselle
Barsanges
Raymond
Ravnskov
Faarehare
Hovedskov
Alberni
Bella Coola
Clatsop
Hoquiam
Queen Charlotte
Long Beach
Pachena Point
Masset
North Bend
Juneau
Sitka
45,3
44,5
43,8
42,8
41,7
41,5
41,3
41,1
41,1
40,0
39,3
38,4
38,2
37,8
37,6
37,1
35,8
34,9
27,5
24,3
Différences
significatives
(seuil 5 °/o)
Expérience 1
1
: F = 11,20***
Etat de Washington
et provenances
artificielles
Sud de l'Etat de
Washington
Ile de Vancouver
_
Ile de la Reine Charlotte
et Colombie Britannique
côtière
Californie
Alaska
Expérience 2
F =
13,66**"
Etat de Washington
et provenances
artificielles
Etat d'Oregon et sud
de l'Etat de Washington.
Colombie Britannique
(continentale) et lies de
Vancouver et de la
Reine Charlotte
Alaska
(1) * significatif au seuil 5 °/o
** significatif au seuil 1 °/o
*** significatif au seuil 1 9/oa
47
R . F . F . XXII - 1-1970
Groupes
géographiques
Avant d'analyser les résultats de ces tableaux,
nous ferons les deux remarques suivantes :
— Chacune des deux expériences comporte une donnée manquante : il s'agit de la provenance californienne Crescent City dans l'expérience 1 (pratiquement détruite par des gelées
d'automne) et Barsanges dans l'expérience 2
(erreur sur le lot au moment du semis), ce qui
a conduit à analyser des dispositifs non orthogonaux .
— Par ailleurs, le fait d'élever cette collection de provenances d ' épicéa de Sitka en Lorraine comportait a priori un certain nombre
d'inconvénients . Cette région subit un climat
semi-continental qui ne convient pas à l'espèce
et qui diffère sensiblement de celui de l'ouest
de la France où sont installées les plantations
comparatives principales . Il n'est donc pas impossible que certaines interactions génotypemilieu nous entraînent à tirer des conclusions
qui ne seraient pas valables par exemple pour
la Bretagne.
L'examen des deux tableaux montre qu'un décalage de deux mois et demi de date de semis
se traduit, 4 ans plus tard, par une différence
de hauteur de l'ordre de 20 °/o . Ceci donne
une idée de l'importance de l'erreur qui résulterait d'un mauvais contrôle des dates de germination dans une expérience à court terme.
Musset
Queen
___
Charlot
Bella Coota
Alberni
Pochent'Point
Forks
Roman
Long_Be
Clotso
A
Le classement par zone géographique des provenances étudiées révèle l'intérêt de la plupart
des sources artificielles retenues qu'elles soient
danoises ou françaises, ainsi que le bon comportement des populations de la moitié nord
de l'état de Washington . La provenance Forks
mérite probablement une mention spéciale.
Le deuxième groupe rassemble des régions fort
différentes réparties au nord et au sud de la
zone précédemment définie . On remarquera que
le commerce a très longtemps proposé d'importantes quantités de graines récoltées dans les
Iles de la Reine Charlotte . Il apparaît que cette
source n'est pas la meilleure.
Enfin le dernier groupe concerne les sources
très nordiques de l'Alaska et la provenance très
méridionale Crescent City . Nous verrons ultérieurement que cette dernière a subi des dégàts
de gelées précoces qui expliquent son classement.
Diamètre au collet à 4 ans
Ce caractère est fortement corrélé avec la hauteur à 4 ans (r = 0,82 "' dans l'expérience 2,
entre moyennes de diamètre et moyennes de
hauteur).
AIRE DE L'ÉPICÉA DE SITKA (picea sitchensis)
Technique et Forêt
Le classement correspondant s'identifie pratiquement à celui du paragraphe précédent (F =
3,94 ', maximum = 8,2 mm pour Forks, minimum = 6,3 mm pour Juneau).
• Caractères phénologiques
Débourrement végétatif
Les deux mesures effectuées à 6 jours d'intervalle fournissent deux classements presque identiques (r = 0,89 "') . Le tableau ci-dessous donne la fréquence de plants non débourrés (notés 0) au cours de la deuxième mesure, sur l'expérience n° 2.
Provenances
Plants
non
débourrés
Différences
significatives
(seuil 5 /o)
F = 6,58 **
(°/o)
North Bend
Long Beach
Sitka
Juneau
Lesturgant
Hoquiam
Ndrreskov
Masset
Clatsop
Faarehare
Naselle
Forks
Barsanges
Raymond
Ravnskov
Queen Charlotte
Bella Coola
Hovedskov
ovedkovPoint
Alberni
60,2
42 .3
40,9
37 .4
37,2
37 .0
35,7
35,4
34,8
34,0
32,1
32,0
31,3
31,0
30,0
28,4
27,8
27,5
27,3
26,8
Groupes
géographiques
1
]
Oregon et sud
Washington
Alaska
_
—
— —
ile de Vancouver
J
Une première remarque concerne la place des provenances artificielles . Celles-ci sont toutes
vigoureuses (voir paragraphe précédent) mais sont plus ou moins tardives ; en fait, elles apparaissent de haut en bas du classement de tardiveté . Nous avancerons plusieurs hypothèses
pour expliquer ces résultats.
Le haut niveau de vigueur des sources artificielles peut résulter de la rupture de cercles
de consanguinité existant en forêt naturelle . Les populations issues de graines récoltées sur
reboisement comporteraient une plus forte proportion d'hétérozygotes bénéficiant d'un effet superdominance sur le caractère vigueur.
Au contraire, le caractère date de débourrement végétatif serait essentiellement déterminé par
des gènes à effets additifs et les populations en cause ne devraient pas différer notablement
pour ce caractère des populations naturelles d'origine.
Enfin, il n'est pas impossible que la pression de sélection naturelle se soit exercée assez vigoureusement sur certains jeunes reboisements, en particulier ceux qui auraient subi des gelées tardives répétées, d'où une sélection rapide en une seule génération dans le sens de la tardiveté.
Pour les provenances naturelles, il semble difficile de construire des groupes géographiques
logiques . Ceci ne doit pas nous étonner . BURLEY (1966) remarque que les classements de
tardiveté entre provenances d'épicéa de Sitka, présentés par divers auteurs, sont souvent
contradictoires . Il démontre également que ce caractère ne suit pas une loi de variabilité infraspécifique simple . Il est modelé par des actions du micro-environnement (essentiellement gelées tardives) quelle que soit la position géographique (latitude, etc .) . Selon cet auteur, les populations de bord de mer ou celles situées dans la zone d'influence d'un glacier seraient plus
tardives que celles se développant dans des régions où la remontée printanière de température
49
: . F . F . XXII - 1-1970
est continue . BOUVAREL arrivait à des conclusions analogues pour l'épicéa (Picea abies) en
1962.
L'échantillonnage de provenances étudié n'est pas assez dense pour confirmer ce point de vue
et nous nous contenterons d'examiner les quelques regroupements logiques qui peuvent être
proposés.
Les deux provenances les plus tardives sont en même temps méridionales . En fait, celles-ci
avaient subi des dégâts de gelée à l'automne précédent . Cette perturbation a pu entraîner le
décalage constaté au printemps suivant.
Les deux provenances de l'Alaska semblent également plus précoces, ce qui confirme les conclusions de SCHOBER (1962), mais vient en contradiction avec celle d'ALDHOUS (1961) . Les
populations de l'lle de Vancouver se classent parmi les plus précoces.
L'écart entre les provenances extrêmes pour l'échantillon étudié se situe autour de 10 jours
ce qui n'autorise pas de très grands espoirs de sélection, d'autant plus que les populations
les plus tardives ont une vigueur médiocre.
Nous remarquerons enfin que l'espèce épicéa de Sitka semble d'une manière générale assez
précoce, puisqu'en 1967, dans la même pépinière, la provenance d'épicéa commun (Picea abies)
Gérardmer, réputée précoce, a débourré en même temps que les provenances tardives Sitka et
Juneau.
Durée de l'élongation de la flèche terminale
La première colonne exprime la durée en semaines de l'élongation après déduction des périodes d'arrêt ; la deuxième colonne indique la date d'arrêt du phénomène.
Nombre de semaines
d'élongation
Forks
Faarehare
Crescent City
Clatsop
North Bend
Naselle
Raymond
Hovedskov
Hoquiam
Ravnskov
Barsanges
Lesturgant
Queen Charlotte
Nérreskov
Alberni
Pachena Point
Juneau
Masset
Bella Coola
Sitka
17,1
17,0
16,8
16,7
16,6
16,5
16,3
16,1
15,9
15,8
15,7
15,6
14,8
14,3
14,1
13,1
11,1
10,5
10,4
6,9
Zone
géographique
Washington,
Oregon,
provenances
artificielles .
îles de la
Reine Charlotte
et de Vancouver
Alaska,
Colombie
britannique,
Ile de la
Reine Charlotte .
N" de la semaine d'arrêt
(origine 2 e semaine d'avril)
Forks
Crescent City
North Bend
Naselle
Faarehare
Raymond
Clatsop
Hovedskov
Hoquiam
Lesturgant
Ravnskov
Barsanges
Queen Charlotte
Norreskov
Alberni
Pachena Point
Bella Coola
Juneau
Masset
Sitka
18,4
18,3
17,9
17,9
17,9
17,8
17,7
17,3
17,3
16,9
16,9
16,7
15,8
15,5
15,1
14,2
12,9
12,4
11,7
7,9
Les différences enregistrées sont très significatives (F = 8,5 ** et 8,4 ") : la période d'élongation des provenances nordiques est notablement inférieure à celle des populations plus
méridionales et des provenances artificielles.
II convient également de remarquer que les provenances les plus méridionales (Crescent City
et North Bend,) affaiblies et endommagées par les gelées d'automne 1966, n'ont probablement
pas extériorisé des performances normales (durée d'élongation réduite pour des causes non
génétiques) .
50
Technique et Forêt
• Résistance aux gelées d'automne
Les deux provenances les plus méridionales (Crescent City et North Bend) ont subi d'importants
dégâts de gelée à l'automne 1966 (première semaine d'octobre), les fréquences de sujets ayant
subi des dommages apparents s'établissant respectivement à 80 '/o et 70 °/o.
Cet accident est donc survenu à la fin de la troisième saison de végétation, et alors que leur
croissance en hauteur était apparemment terminée (bourgeon terminal formé) . Nous pouvons
donc attribuer cette sensibilité à un aoûtement défectueux de jeunes rameaux au moment de
la gelée.
Il en est résulté que les mesures et observations effectuées au cours de la quatrième année
de végétation ont été fortement perturbées, ce qui explique leur mauvais classement pour la
vigueur.
Les gelées d'automne précoces sont également fréquentes sur les reliefs du Massif Central occidental ce qui conduit à déconseiller l'utilisation de ces provenances du sud de l'aire pour
ces régions . Par contre, celles-ci présentent peut-être un intérêt pour les zones atlantiques à
longue saison de végétation (Bretagne).
Nous remarquons enfin que les provenances de l'état de Washington ont parfaitement résisté
malgré une période d'élongation prolongée (en particulier Forks) . Ceci indique que d'autres
facteurs que la longueur de la période de croissance conditionnent la résistance aux gelées
précoces . On peut penser par exemple que les plants des provenances du nord de l'état de
Washington présentent l'aptitude à un aoûtement plus rapide des jeunes tissus que les plants
de provenances plus méridionales.
4) LIAISONS ENTRE CARACTÈRES
Liaisons entre les valeurs moyennes de caractères des provenances - Lois de variabilité infraspécifique
Les diverses mesures de vigueur (hauteur à 3 ans et 4 ans, diamètre à 4 ans) sont, nous
l'avons vu, très fortement corrélées entre elles . La seule mesure de hauteur à 4 ans permet
d'établir un classement juvénile correct de populations . Au contraire, les notes de débourrement ne se relient à aucun caractère de vigueur.
Tenant compte de la forme très particulière de l'aire de cette espèce, il est logique d'examiner
les relations entre les divers caractères étudiés et la latitude de la provenance (calculées à
partir des seules provenances naturelles).
On enregistre d'abord une forte relation (négative) entre vigueur et latitude (r = — 0,69 ""
entre hauteur à 4 ans et latitude) . La loi de régression correspondante, représentée sur le graphique 1, révèle le comportement anormal de la provenance méridionale North Bend (voir chapitre précédent).
De même, ii existe une forte relation entre longueur de la période d'élongation et latitude (r =
— 0,74 ", voir graphique 2) et finalement entre longueur de la période d'élongation et vigueur (r = 0,71 voir graphique 3), avec la même exception concernant les provenances
les plus méridionales.
Ces résultats permettent d'avancer l'hypothèse de l'existence, chez Picea sitchensis, d'une
variabilité infraspécifique qui serait en relation avec la photopériode . Sous la latitude de Nancy,
les populations nordiques trouveraient dès le mois de juillet une longueur de nuit suffisante
pour déclencher le mécanisme d'arrêt de l'élongation . En Alaska, cette longueur de nuit identique intervient plus tard en saison . Un raisonnement inverse expliquerait la longue période
de croissance des provenances méridionales . Cette hypothèse a été confirmée par BURLEY qui
a prolongé la période d'élongation de sujets de provenances nordiques en les soumettant à
une photopériode longue.
Ce mécanisme d'arrêt de l'élongation par contrôle photopériodique contribue à adapter la
période de croissance des diverses provenances à la longueur de la saison de végétation de
la station correspondante . Ceci ne s'applique qu'aux populations naturelles, bien adaptées aux
conditions de milieu dans leur station d'origine, grâce à l'action de la sélection naturelle qui
utilise ,, ce mécanisme photopériodique . Le reboiseur utilisant l'épicéa de Sitka, hors de son
aire, doit faire appel à un matériel ayant la période d'élongation maximum compatible avec la
durée de la saison de végétation de la zone concernée . La latitude de la provenance choisie
sera d'autant plus élevée que les gelées d'automne sont plus précoces.
51
R . F . F . XXII - 1-1970
Liaisons entre caractères au niveau individuel
Au niveau individuel, les caractères de vigueur sont fortement liés . Par contre, nous n'avons
pas pu déceler l'existence d'une liaison phénotypique significativement différente de 0, entre
vigueur et tardiveté du débourrement végétatif . Selon les populations, le coefficient de corrélation se répartit entre les valeurs extrêmes — 0,28 et + 0,17, entre hauteur à 4 ans et débourrement . Les deux caractères sont donc phénotypiquement indépendants.
CONCLUSION - CHOIX DES PROVENANCES POUR LES REBOISEMENTS
Cette étude ne permet pas de tirer des conclusions pratiques définitives pour deux raisons
principales :
— les résultats concernent un matériel très juvénile,
— l'essai a été effectué dans une pépinière placée dans une région peu propice à l'épicéa
de Sitka.
Néanmoins, et en tenant compte des résultats déjà obtenus à l'étranger, nous pensons pouvoir recommander — provisoirement — les provenances du nord de l'état de Washington, présentant une forte vigueur, et qui échappent aux dégâts de gelée précoce malgré une longue
période de végétation . Celles-ci sont généralement disponibles dans le commerce . Dans le cas
contraire, on pourrait sans grand risque d'erreur, récolter les graines sur des peuplements artificiels les plus vigoureux et à proximité de la zone à reboiser.
Enfin, la sélection de provenances tardives nécessiterait une étude plus approfondie des populations de l'état de Washington, en faisant appel à un échantillonnage plus dense des populations et après une étude écologique permettant de déceler les stations où la fréquence des
gelées tardives serait élevée .
Jean-François LACAZE
Ingénieur en chef du G . R . E . F.
Station d'amélioration des arbres forestiers
C . N . R . F.
14, Rue Girardet
54 - NANCY
BIBLIOGRAPHIE
ALDHOUS (J .R .) . — Provenance of Sitka spruce : an account of the nursery stage of experiments sown in
1958 . Report on forest research (U .K. Forestry Commission), march 1961, pp . 147-154, tabl ., graph.
BOUVAREL (P .) . — L'influence de l ' origine des graines d'épicéa sur la croissance en pépinière, la précocité
et la fréquence des pousses d'août . Annales de l'Ecole Nationale des Eaux et Forêts, tome XIX, fasc . 3,
3e trimestre 1962, pp . 415-439, graph ., tabl.
BURLEY (J .) . — Genetic variation in Picea sitchensis (Bong .) Carr . The Commonwealth forestry review, vol.
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Forestry, vol . XXXIX, n o 1, 1966, pp . 68-94, graph., tabl ., bibliogr.
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52
Hauteur à 4ons (cm)
Graphique 1
Hauteur moyenne à 4 ans
en fonction de la latitude
du lieu de récolte.
x = Hauteur des provenances
artificielles
Graphique 2
Durée de l' élongation au
cours de la 4e année en
fonction de la latitude du
lieu de récolte.
x = Durée de l'élongation des
provenances artificielles
Durée de l 'élongation
(semaines)
17 ,x FAAR
♦ CR-CT
0 FORK
16 x HOVE
RAVN
BARS
LEST
15
xNORR
14
13
12
11
10
9
8
7
R . F . F . XXII - 1-1970
6
41'40'
45°50'
50°
54°10'
Latitude ,
58 .20'
Hauteur
à 4ons
(cm)
Graphique 3
Hauteur moyenne à 4 ans
en fonction de la durée
de l'élongation.
xLEST
_45
FORK
xNORR
x = Provenances artificielles n'entrant pas dans
le calcul de la régression
,NO-BE
* JUNE
Durée de l ' élongation (semaines)
9
13
14
15
16
17
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