...

Cette rubrique est dirigée par Ph . MARGERIE

by user

on
Category: Documents
2

views

Report

Comments

Transcript

Cette rubrique est dirigée par Ph . MARGERIE
Cette rubrique est dirigée par
Ph . MARGERIE
Ingénieur en Chef du G . R . E . F.
Sous-Direction de l'Economie du bois
Direction des Foréts
1ter, avenue de Lowendal
PARIS - (7 e )
L'AIDE FINANCIERE
POUR LA MODERNISATION DES SCIERIES
Y.
Class . Oxford 832 .1
POMMERET
794 .41/42 (44)
L'aide financière pour la modernisation des scieries existe depuis 1967. On peut estimer
qu'elle portera ses fruits dans un court délai, mais il est indispensable de penser à un
autre secteur qui a aussi ses difficultés : celui de l'exploitation forestière.
Cet article n'est en aucun cas une étude exhaustive, mais regroupe seulement quelques réflexions
sur la situation actuelle et l'avenir des secteurs de l'exploitation forestière et de la scierie.
SITUATION DU SECTEUR DE LA SCIERIE
Les études des IV° et Vo plans ont clairement montré que le revenu des propriétaires forestiers
et même l'avenir de la forêt dépendaient directement d'une amélioration de la structure des
industries de transformation exerçant leur activité à l'aval de la sylviculture . Certaines de ces
industries sont déjà plus ou moins concentrées suivant les secteurs d'activité et pour différentes
raisons, parmi lesquelles l'importance des investissements à mettre en oeuvre pour la transformation (industries papetières en particulier), et la création relativement récente des méthodes de
transformation (fabrication de panneaux de particules par exemple).
Par contre, parmi les activités anciennes de transformation, celle du secteur de la scierie,
beaucoup moins concentré, est pratiquée par un grand nombre d'entreprises dont beaucoup ne
sont plus adaptées aux conditions actuelles du marché . On risque donc, alors que les industries de trituration n'offrent pas un débouché très rentable aux produits forestiers de petites dimensions par suite de la concurrence internationale au niveau des prix des produits finis, de
voir les prix des grumes d'oeuvre diminuer par suite du manque de productivité d'un secteur en
butte aux offensives des matériaux concurrents et des bois importés.
La structure
C'est ainsi qu'en 1967 :
— La moitié des scieries françaises a produit individuellement moins de 460 m3 de sciages :
l'autre moitié a produit globalement 93 e/0 de la totalité de la production française.
— La production moyenne des scieries se situait à 1 .140 m3 environ.
— 682 scieries, soit 9 °/o de l'ensemble, ont scié plus de la moitié de la production totale.
— Moins de 130 scieries ont eu une production supérieure à 8 .000 m3 de sciages, elles ont
produit 20 °/o de la totalité de la production.
— Enfin, la moyenne du chiffre d'affaires des scieries a été inférieure à 250 .000 F.
Ces chiffres montrent clairement la taille modeste des entreprises dans ce secteur, de structure
encore artisanale ou familiale le plus souvent . Il existe en fait tous les intermédiaires entre la
367
R . F. F . XXI - 5-1969
scierie traditionnelle écoulant sa production sur un marché local qui s'amenuise toujours davantage et la scierie industrielle qui a su, à l'aide de techniques modernes et par suite de son implantation rationnelle, parvenir à une dimension suffisante pour satisfaire une clientèle chaque
jour plus exigeante tant sur la qualité des produits que sur la régularité des livraisons, quelle
que soit l'importance de celles-ci.
En fait, compte tenu des caractéristiques de la forêt française, il ne saurait être question
d'envisager, même à moyen terme, de n'avoir que des scieries de taille importante : l'établissement des scieries dépend étroitement des possibilités d'approvisionnement . Celles de l'ouest de
la France par exemple ne peuvent avoir les mêmes dimensions que dans les régions de grande production forestière . En effet, le seul critère à retenir est évidemment la rentabilité, c'està-dire la marge de l'entreprise : dans les petites et moyennes entreprises, celle-ci dépend
d'abord de la qualité de l'équipe dirigeante et de son « esprit d'entreprise «, des risques
qu'elle assume et de sa nécessaire adaptabilité . Certaines limites existent cependant.
II s'agit malgré tout que les entreprises existantes puissent faire face à l'inévitable adaptation
aux données du marché . II existe plusieurs possibilités, parmi lesquelles :
— L'extension de l'activité pure de sciage lorsque les conditions d'approvisionnement le
permettent.
— Le développement de la coopération entre entreprises au niveau de la commercialisation des produits.
En effet, les entreprises consommatrices étant de plus en plus importantes, il importe de
pouvoir leur assurer régulièrement la livraison des produits qu'elles réclament, ce qui implique
l'existance de stocks suffisants (permettant en outre de livrer les bois secs) ou la possibilité
de fournir dans les délais voulus les produits correspondant à de grosses commandes.
Si l'intégration vers l'amont c'est-à-dire vers l'exploitation forestière est depuis longtemps le
cas le plus fréquent, il est souhaitable de la développer vers l'aval (vers les industries mécaniques du bois) pour valoriser soit certains produits de qualité secondaire difficilement commercialisables, soit au contraire une part importante de leur production dans un secteur en
développement, ce qui commence à se faire dans les entreprises dynamiques.
Une telle intégration doit souvent dans les régions peu forestières être complétée par la création de liens d'association entre entreprises en vue d'une meilleure utilisation des ressources
forestières, qui facilitera la rétrocession réciproque d'une partie de la production ; celle-ci permettra un meilleur amortissement des matériels nécessaires aux opérations de transformation,
toujours plus spécialisées, et finalement une diminution des coûts de transformation.
II semble en fait que seules les entreprises les plus importantes pourront travailler isolément
grâce à leur surface économique et financière et que la survie des petites entreprises passe
dans la plupart des cas par la coopération à un niveau et sous une forme juridique variables,
de manière qu'elles acquièrent une surface commerciale suffisante pour écouler la part de leur
production qui n'est pas consommée sur le marché local, et dégager des bénéfices suffisants
pour réaliser les investissements nécessaires.
La rentabilité
On ne peut faire actuellement que quelques observations sur l'ensemble du secteur de la scierie
qui n'ajoute qu'une faible valeur, de l'ordre de 30 à 35 °/°, au produit d'exploitation forestière.
On voit donc tout de suite que la marge nette des entreprises de ce secteur ne peut qu'être
faible, compte tenu en particulier de la charge financière des stocks.
En fait la situation financière des scieries apparaît généralement assez médiocre, d'autant que
la gestion se trouve dans ce cas directement liée à l'évolution du marché des bois sur pied.
Ceci se traduit clairement dans la comptabilité des entreprises :
— par une insuffisance générale des fonds propres et des trésoreries,
— par un recours fréquent aux sources extérieures de financement, au point que les frais
bancaires absorbent parfois l'essentiel des bénéfices déià faibles . Ce qui est grave, c'est que
ces apports servent à pallier une insuffisance de fonds propres et non à financer les investissements souvent nécessaires,
— par un alourdissement des charges de stockage et des crédits consentis à la clientèle,
— par une faible valeur ajoutée par l ' opération de sciage qui apparaissait dans les comptes
d'exploitation.
Finalement on pourrait presque dire que les scieries pures, qui ne peuvent déjà avoir qu'une
faible productivité, courent en plus des risques importants par suite du délai qui s'écoule entre
l'achat des approvisionnements et la vente des produits transformés . La notion de risque d'entreprise dans ce secteur débouche donc sur une spéculation, inévitable au niveau des prix
368
Economie et Forêt
Fréquence moyenne
per amplitude de
100 mi lan
DISTRIBUTION DES SCIERIES
SUIVANT LEUR PRODUCTION
ANNUELLE
Extrémité
des classes
Effectifs
Pourcentage
Amplitude
100
500
i 500
2000
4000
8000
1598
2484
1283
1097
680
325
128
21,0
32,7
16,9
14,4
9,0
4,3
1,7
100
400
500
1000
2000
4000
indéterminée
Pourcentage
moyen
par 100 m3
21,0
8,17
3,38
1,44
0,45
0,11
—
10%
5%
po«
représente
F '<' 5 % des scieries
(au-delà de 8000 m 3, l'échelle
du graphique ne permet pas
la continuation de l 'histogramme)
0
1000
2000
4000
8000 m 3
d'achat, qui a tendance à fausser l'économie de l'ensemble du secteur forestier . Tout cela
nuit à une amélioration globale de ce secteur compte tenu de la concurrence actuelle au
niveau des débouchés.
Par ailleurs les entreprises les plus sensibles aux variations spéculatives sont les plus importantes, les plus modernes, celles dont la rentabilité dépend beaucoup de leurs conditions d'approvisionnement et qui n'ont pas toujours, maigre leurs caractéristiques et leur dynamisme commercial, la possibilité, lors des ventes des coupes, d'effectuer leurs achats de matière première
selon des règles économiques saines : ce problème a déjà été évoqué dans un précédent
numéro . Mais est-il pensable qu'un industriel ou même un groupement d'entreprises, doive
visiter — attentivement s'il veut diminuer ses risques — des coupes d'un potentiel de 100 .000 à
200 .000 m3 pour trouver les 30 .000 m3 de grumes nécessaires à la marche de son entreprise
ou de celles de ce groupement ?
Que risque-t-il de se passer ?
— La diminution excessive de rentabilité de la forêt entraînera une désaffection totale des
sylviculteurs à l'égard de leurs forêts, ce qui retardera considérablement l'adaptation nécessaire de la forêt face à l'évolution de la consommation possible des produits forestiers . Une
partie plus forte de la production pourra être utilisée avec profit par les industries de trituration mais ce fait entraînera de toute façon une diminution sensible de la valeur globale de
la production du secteur du bois par suite des bas prix d'achat nécessairement pratiqués
par cette industrie.
— Les consommateurs actuels se retourneront vers les produits de remplacement ou les
produits importés, aggravant davantage le déficit de la balance du commerce extérieur dans
le secteur du bois.
— Ou alors les bois de qualité seront écrémés » par des transformateurs étrangers nous
revendant ensuite, avec la plus-value qu'ils auront apportée aux matériaux, les produits dont le
consommateur français a besoin .
369
R. F . F . XXI - 5-1969
— Sans compter les incidences sociales et sur l'économie rurale, les établissements de
scierie des bois métropolitains étant, pour des raisons faciles à comprendre, situés généralement à l'écart des agglomérations importantes.
Actuellement, alors qu'une tendance à la hausse des prix se manifeste depuis le début de
1969, on assiste à un effondrement de la balance du commerce extérieur des produits forestiers . II est dû en partie aux sciages à propos desquels on constate une diminution des exportations et, corrélativement, un accroissement des importations, alors même que la taxe forestière leur est appliquée à l'entrée en France et qu'elle est suspendue lorsqu'ils sont exportés.
II est par ailleurs regrettable que des scieurs étrangers, allemands ou espagnols notamment,
puissent trouver en France malgré des frais de transport importants, une part croissante de
leur approvisionnement en grumes . Or, ceci se produit souvent au détriment de scieries françaises installées à proximité des ressources, mais qui ne peuvent lutter avec leurs concurrents étrangers sur le plan des prix d'achat ou dont la capacité est insuffisante pour absorber
la totalité de la production locale de grumes.
Certes, la pression de la demande intérieure explique dans une certaine mesure cette tendance, mais il y a néanmoins un péril pour l'avenir à voir notre pays s'orienter vers l'exportation de la matière première aux dépens des produits élaborés.
II existe des scieries qui « gagneront de l'argent en faisant des affaires », de taille très
variable et dans toutes les régions . Mais beaucoup d'autres sont gérées par des entrepreneurs qui subsistent marginalement, à l'écart des grands circuits économiques, en l'attente
d'une inévitable cessation d'activité faute de pouvoir à un moment donné renouveler leur matériel industriel.
L'AIDE DE L'ETAT
Ses possibilités
Le décret 66-1077 du 30 décembre 1966, relatif au fonds forestier national a prévu que des
prêts pourraient être accordés pour faciliter l'exécution d'opérations de modernisation, concentration ou équipement des scieries en vue, aux termes de la loi du 30 septembre 1946 instituant le fonds forestier national, de faciliter l'écoulement des produits forestiers . Par ailleurs,
les scieries peuvent depuis 1967, bénéficier de l'attribution de primes d'orientation agricole,
dont l'effet est de diminuer la charge des emprunts bancaires nécessaires à la réalisation d'investissements.
D'après certains renseignements donnés par le centre technique du bois, les besoins de financement de l'industrie de la scierie se situent approximativement à 40 millions de francs annuellement.
Il apparaît donc immédiatement que l'intervention du ministère de l'agriculture par le moyen
de la prime d'orientation agricole ou du prêt sur le fonds forestier national ne pouvait porter,
compte tenu des crédits disponibles que sur une partie relativement faible des réalisations
projetées . L'administration en matière de prêts sur le F .F .N ., a estimé rapidement que, compte
tenu des formalités administratives que nécessite la recherche des moyens de financement, il
convenait d'éviter que les promoteurs dussent faire appel à une autre source d'emprunt bancaire pour compléter leur autofinancement . Aussi, actuellement, n'est-il retenu en fait que des
dossiers « intéressants justiciables d'une aide supérieure ou égale à 50 0(o du montant des
investissements.
Il s'ensuit, dans la quasi totalité des cas, que les prêts ne sont attribués qu'à des entreprises financièrement saines : est-ce à dire qu'on ne prête qu'aux riches ? non ! ou du moins
ce jugement doit être nuancé car les études financières effectuées par le crédit foncier de
France tiennent largement compte des conditions d'exploitations de ce secteur dont nous
avons vu que la marge de rentabilité était étroite.
Par ailleurs puisqu'il est impossible de participer au financement de la totalité des investissements, en raison de la modicité des ressources affectées à cet objet, il s'avère souhaitable
de concentrer l'aide financière de l'Etat dans trois directions principalement :
— pour des projets permettant la mise en place d'unités de production importantes et
utilisant les procédés les plus récents, susceptibles de concurrencer efficacement, lorsque les
conditions d'approvisionnement le permettent, les productions d'autres pays étrangers dont les
caractéristiques de production sont plus favorables.
— pour des projets adaptés sur le plan économique et susceptibles, par le rôle de « cobaye » que peuvent jouer les entreprises responsables, d'améliorer de façon sensible la situation d'ensemble du secteur des produits forestiers de l'amont . C'est par exemple le cas de projets tendant à favoriser l'écoulement de produits forestiers de qualité secondaire.
370
Economie et Forêt
— plus modestement, dans certaines zones où la situation des industries de la scierie est
particulièrement difficile pour des projets susceptibles de faciliter le développement progressif d'entreprises bien situées et gérées de façon satisfaisante, de manière que celles-ci
puissent se maintenir à un niveau de compétitivité suffisant en développant éventuellement des
activités industrielles ' aval „ et jouer ainsi un rôle d'exemple auprès d'autres entreprises
voisines appelées à terme à cesser leur activité faute de transformations effectuées en temps
utile.
Les résultats obtenus
En pratique, les nouvelles dispositions n'ont encore eu que des effets modestes et ce pour
différentes raisons :
— d'abord la procédure relativement compliquée par suite de nécessités administratives
a retardé l'aboutissement des dossiers . Une circulaire récente a modifié le processus d'instruction et on peut affirmer que les promoteurs connaîtront dorénavant, beaucoup plus rapidement
la décision administrative prise à leur endroit.
— par ailleurs, nombre de promoteurs ont retiré leur demande en cours d'instruction, en
particulier du fait que les travaux faisant l'objet des demandes avaient reçu un commencement d'exécution.
— de plus les caractéristiques des projets des premiers dossiers reçus ont obligés les
services à rejeter, au regard des critères indiqués par les circulaires, un grand nombre des
demandes de prêt.
La situation est actuellement la suivante
Prêts du fonds forestier national
Sur une cinquantaine de dossiers examinés, 17 au total ont bénéficié d'un avis favorable du
comité consultatif chargé de l'examen des prêts aux scieries et 7 seulement ont obtenu effectivement des prêts pour un montant total d'environ 3,5 millions de francs, les autres devant obtenir satisfaction dans des délais très courts.
Primes d'orientation agricole
Sur 9 dossiers déjà présentés, 6 ont bénéficie de l'aide financière de l'Etat . Six autres dossiers sont en cours d'instruction.
Mais . depuis quelques mois, on assiste à une recrudescence importante du nombre de demandes, due vraisemblablement à la réforme de la procédure d'instruction et également comme
nous l'avons vu à l'amélioration de la conjoncture économique dans le secteur du bois, entrainant d'importants besoins d'investissements.
Adoptant une politique d'une grande souplesse par suite de la diversité du secteur qui interdit pratiquement la définition de normes générales, l'administration s'est efforcée, en tenant
compte de la situation et des particularismes de chaque région, d'attribuer les prêts d'abord en
fonction de l'intérêt technico-économique . Les caractéristiques financières des entreprises demanderesses étant surtout envisagées sous l'angle de la qualité de la gestion (de toute façon
les sûretés exigées en garantie des prêts assurent la certitude de leur remboursement).
Compte tenu de l'importance du capital humain dans les entreprises où l'activité commerciale
a évidemment une place importante, le dynamisme et la personnalité des équipes dirigeantes
ont eu une influence importante sur les décisions prises par le comité.
Les projets intéressants prévoyaient généralement une amélioration notable de la productivité
axée dans la plupart des cas, vers une mécanisation poussée des opérations de transfert des
produits en cours d'élaboration, opération hautement consommatrices de main-d'oeuvre et donc
très onéreuses . En complément de ces matérieis, étaient parfois installées des écorceuses
améliorant la productivité et la qualité du travail des scies de tète, ou des déchiqueteuses destinées à augmenter la valeur des déchets récupérables . Mais en règle générale, les dossiers
correspondant à un remplacement de matériels amortis n'ont pas été pris en considération.
Quelques dossiers correspondant à un transfert d'entreprises ont été retenus du fait de l'imp ortance des unités de production mises en place dans des régions à forte production forestière . Ces projets permettront, une fois réalisés, un abaissement important des charges de
personnel puisque permettant par exemple un temps de travail de 1 h . 40 d'ouvrier par mètre
cube de grumes alors qu'il n'est pas rare dans une scierie moyenne (1 .500 m3 sciages de production annuelle) d'avoir des rendements horaires de 15 heures par mètre cube de grumes.
On doit constater que les objectifs de regroupement qui devaient bénéficier en priorité de ces
aides n'ont encore été que rarement atteints : parmi les demandes émanant des groupements
d'entreprises, peu ont obtenu une décision favorable de prêt en raison d'une trop grande légèreté dans la conception . Toutefois, plusieurs d'entre eux ont bénéficié d'une prime d'orienta371
R . F . F. XXI - 5-1969
tion agricole . Il est certain que la constitution d'un groupement nécessite de nombreux contacts et études préliminaires, et donc un certain délai . Mais les caractéristiques du secteur
et notamment le comportement individualiste de beaucoup d'industriels, exigent souvent que
la coopération, de plus en plus nécessaire, s'instaure progressivement soit « horizontalement » soit ' verticalement » entre eux . C'est dire qu'actuellement plusieurs groupes de promoteurs dynamiques ont créé des groupements d'intérêt économique, formule souple et très adaptée, limitant leur action commune aux opérations commerciales d'achat et de vente, mais
avec en vue une intégration plus poussée lorsque les circonstances favorables apparaîtront.
Si donc jusqu'à présent moins de 25 projets ont reçu un agrément des pouvoirs publics, il
faut espérer que l'aide financière de I'Etat augmentera progressivement tant par les autorisations de programme allouées par le fonds forestier national que par une augmentation des
crédits à affecter au titre des primes d'orientation agricole.
En effet, depuis 1968 un nombre important d'entreprises d'exploitation forestière et de scierie
ont fermé leurs portes : cet état de chose risque de s'accentuer si les petites entreprises
ne peuvent faire face à leurs besoins de financement et d'entraîner ainsi par une sous exploitation du patrimoine forestier, une aggravation du déficit des échanges extérieurs, une baisse
du revenu des propriétaires forestiers, et même une irréversible dégradation de la forêt dont
le rôle s'élargit toujours davantage autour de sa fonction de production.
La situation, dans un marché ouvert, se rétablira sans doute sur le plan économique ; on peut
craindre que ce soit dans certains cas a u profit d'industriels étrangers ; il est sür que
de toute tacon les difficultés de réadaptation seront nombreuses
Il est donc souhaitable qu'une aide financière importante mais limitée dans le temps, par
exemple pendant la durée du Vie plan, soit prévue pour les scieries, mais c'est évidemment
aux scieurs qu'incombera d'abord l'adaptation de leurs entreprises.
RÉPARTITION DES SCIERIES FRANÇAISES
Département
98 %
90
%
80
%
du
Lot
F r ance
(1967e ntiè re
(1962)
4
//dide
France entière
(1967)
Département
des Vosges (1967)
4/,
70 %
30
°(
20
%
//
/~
/
en
10 %
'®~
5% 00
100
200
Pour la France' entière,
1967, 53,4 % des scieries
ont produit moins de
500 m 3/(s)
'00
300
500
2000
1000
372
3000
5000
10000 m 3 /(s)
par an
Economie et For-6f
SITUATION DU SECTEUR DE L'EXPLOITATION FORESTIERE
Les scieries ne sont toutefois qu'un maillon de la chaîne de transformation des bois sur pied
et une véritable mutation de l'économie du bois ne peut s'effectuer que par la transformation
de l'ensemble des activités industrielles du secteur du bois, en particulier de celles situées à
l'amont du sciage.
Si l'amelioration du secteur de la production forestière est une oeuvre à long terme à cause de
ses implications foncières, celui de l'exploitation forestière présente des caractéristiques très
analogues à celles de l'industrie de la scierie . Les deux activités sont d'ailleurs la plupart du
temps intégrées puisque plus de 80 °/o des scieries pratiquent simultanément l'exploitation
forestière.
En mettant de côté les entreprises d'exploitation de bois d'industrie spécialisées et généralement importantes, on constate qu'il existe un nombre considérable de petites entreprises soit
annexées à des scieries de petites tailles, soit créées par des ouvriers forestiers devenus
indépendants . Si une partie de ces entreprises conviennent aux conditions actuelles de commercialisation des produits de la forêt, fa plupart, nous l'avons vu, ne sont plus adaptées aux
nécessités de fonctionnement des entreprises de sciage importantes.
Il est donc nécessaire que les entreprises d'exploitation forestière existantes se développent de
manière à assumer avec une productivité suffisante l'approvisionnement de celles-ci, c'est-àdire en utilisant des matériels d'exploitation modernes, adaptés autant que possible aux différents types de forêts.
Les besoins de financement correspondants ont été estimés par le centre technique du bois
à 35 millions de francs par an ; or, actuellement, aucune aide financière n'est accordée aux exploitants forestiers ni sur le budget du fonds forestier national ni au titre de la prime d'orien
tation agricole, les investissements n'étant, sauf cas particuliers, pas considérés comme industriels et concernant le plus souvent des matériels mobiles . Or certains de ces matériels souvent hautement spécialisés sont très onéreux tant à l'achat qu'à l'entretien.
CONCLUSION
L'aide de I'Etat dans ces deux secteurs est peut-être nécessaire, elle n'est certainement pas
suffisante à la transformation de l'économie du bois.
Mais les activités industrielles et commerciales de l'exploitation forestière et de la scierie,
dont les rentabilités propres sont fortement dépendantes les unes des autres, ne pourront se
transformer et s'adapter harmonieusement que concomitamment, ce qui implique, dans les circonstances actuelles, une incitation simultanée pour l'ensemble de ces deux secteurs dont
une grande partie des entreprises qui les constituent disparaîtront rapidement faute de cette
nécessaire adaptation aux données du marché . En particulier les petites entreprises ne se
maintiendront que par une étroite coopération entre l'ensemble des activités industrielles de
transformation du bois, que celle-ci soit horizontale ou surtout peut-être verticale, coopération
que l'Etat doit plus fortement encourager.
C'est vraisemblablement la condition nécessaire pour que les produits transformés à partir du
bois métropolitain puissent soutenir la concurrence des nombreux produits équivalents, qu'ils
soient ou non issus de la forêt . La condition que l'on doit considérer comme suffisante ensuite
est que les chefs d'entreprise les plus compétents, avec les moyens de financement dont ils
disposeront, se rendent compte que si l'Etat peut leur apporter une certaine aide, la prospérité
de leur secteur d'activité dépend uniquement de leur dynamisme propre, de leur volonté de
coopération, de leur activité commerciale, en un mot de l' « esprit d'entreprise « qui est
nécessaire pour leur survie dans l'économie moderne .
Yves POMMERET
Ingénieur du G . R . E . F.
Direction des Forêts
1 ter, Avenue de Lowendal
PARIS - (7a)
373
R . F . F . XXI - 5-1969
Fly UP