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20 -- Le décor prend une très grande profondeur puisque... constituent des écrans successifs qui diversifient de manière extrêmement sensible
20 -- Le décor prend une très grande profondeur puisque les rideaux d 'arbres
constituent des écrans successifs qui diversifient de manière extrêmement sensible
une grande étendue plate : les larges écrans verticaux s 'opposent aux vastes champs
de culture. Cette disposition rigoureuse s'apparente au d décor d'une scène de
théâtre.
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ROLE DE L'ARBRE
DANS LE PAYS DE CAUX
Y. GAROFALO - B . WARNIER
Class. Oxford 265/266 : U 712.3 (44 NORMANDIE)
L'arbre constitue l'élément essentiel du paysage agraire du Pays de Caux (plateau
agricole compris entre Le Havre, Rouen, Dieppe - Haute-Normandie) . Il marque
l'ordonnance aussi bien de la campagne agricole que des établissements humains
(à l'exclusion des agglomérations importantes : bourgs, villes) ; il est paysage aussi
bien qu'architecture, et cette caractéristique ne se retrouve traduite de cette manière
dans aucune autre région de France.
QUEL EST LE ROLE DE L'ARBRE DANS LE PAYS DE CAUX ?
Constitution du paysage dans le temps
Le paysage actuel est le résultat d'une longue évolution depuis son origine caractérisée par l'individualisme du régime agraire ; le cultivateur cauchois vit le plus généralement au centre de ses terres ; les champs ouverts où se pratique une agriculture
céréalière intensive forment un vaste openfield où se dispersent les unités agricoles.
Et c ' est précisément au «centre de gestion» de chaque exploitation agricole que se
localisent les arbres . En effet, sur le plateau agricole de cette partie de la Normandie
l'on ne rencontre pratiquement pas de forêts et peu de bois (sauf sur les rebords des
vallées).
Mais chaque unité agricole possède sa végétation propre sous la forme d'un vaste
clos-masure (ou cour-masure).
Le clos-masure qui «marque» l'emplacement d'un établissement humain est un
quadrilatère très régulier d'une surface moyenne de 1 hectare (ils peuvent parfois
être de 3 hectares ou plus), fermé d'un talus de 1,50 m à 2 m planté d'arbres de
hauts jets (hêtre, chêne, orme, frêne) sur 1 ou 2 rangées.
Dans la prairie ainsi constituée se regroupent l'habitat et les bâtiments agricoles
d'une unité agricole : le clos-masure favorise dans cette région ventée un microclimat localisé dont bénéficient habitants et bétail.
Cette prairie est souvent parsemée de pommiers à cidre.
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— LE PAYSAGE CAUCHOIS :
vaste openfield où sont cultivées les céréales, et clos-masure réservés à l'élevage
et à l 'habitation.
Aujourd'hui encore, la grande majorité
des exploitations possède son « closmasure », soit isolé dans la campagne,
soit groupé par hameaux ou villages
(qui se composent de 4 à 10 clos-masures).
Ce mode d'organisation agraire s'est
répandu sur l'ensemble du territoire de
cette région de plateaux.
Fonction brise-vent
Des études faites, entre autre par l'Institut national de la Recherche agronomique pour la France ont montré l'importance des brise-vent pour la rentabilité
agricole.
Ces brise-vent peuvent être constitués d'arbres feuillus qui pour le meilleur rendement doivent former une barrière semi-perméable (1 brise-vent de 1 à 2 épaisseurs
de feuillus plantés serrés protège sur 20 fois sa hauteur, soit en moyenne sur
400 mètres) ; deux types d'implantations sont possibles : bocages ou forêts linéaires.
Les brise-vent peuvent aussi se composer de modèles « grille » en matière plastique.
Mais force est de constater que le plateau agricole du Pays de Caux, région très
ventée située à proximité de la mer, bénéficie actuellement d'un système brise-vent
idéal : le jeu d'implantation en chicane des clos-masures constitue un vaste bocage
(système le plus efficace puisqu'il protège des vents en provenance de différentes
directions) où il n'est pas rare de retrouver la dimension théorique de protection sur
20 fois la hauteur du rideau d'arbres protecteur.
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Le rôle de l'arbre dans le Pays de Caux
Le large maillage laisse libre de vastes espaces ouverts permettant à l'agriculture
moderne d'évoluer librement.
Le Pays de Caux semble donc présenter les caractéristiques d'un paysage agraire bien
organisé et à l'échelle des méthodes culturales modernes.
TENDANCES
Néanmoins, il convient de remarquer que le paysage ne semble pas correspondre entièrement à l'évolution de la structure agraire et surtout du mode de vie car les
tendances actuelles tendraient à priori à montrer une certaine inadaptation :
— les arbres sont souvent abattus et non remplacés,
- la clôture végétale est remplacée par une clôture moderne,
— l'habitation sort du cadre traditionnel et l'on constate, dans l'urbanisation, de
simples juxtapositions d ' éléments nouveaux s ' implantant sans tenir compte des structures existantes,ouvrant la voie à la création d'une banlieue classique.
Le clos-masure est en effet un type d'habitat et d'exploitation qui subit de la part de
ses habitants de sévères critiques qui souvent peuvent être justifiées.
Tout d'abord la dispersion de I'habitat,qui s'expliquait autrefois quand le siège de
l'exploitation se trouvait au milieu de son territoire agricole et que la famille vivait pratiquement en économie fermée, est considérée maintenant comme une gêne étant
donné que les équipements commerciaux, scolaires, indispensables sont parfois difficilement accessibles.
La taille du clos-masure et sa forme portent également à critique, d'une part parce
que l'on considère que l'espace enclos est trop vaste, que c'est une terre agricole
perdue, d'autre part parce que les arbres sur talus présentent des inconvénients
(entretien coûteux, perte de rendement des espaces immédiatement à proximité de
l'enclos, humidité trop grande, maigre revenu en cas de vente du bois de l'enclos,
danger éventuel de chutes d'arbres sur les constructions voisines).
Par ailleurs, les arbres des enclos sont, pour un grand nombre d'entre eux, arrivés
à maturité (entre 120 et 150 ans), ils devront alors être abattus dans les 10 ou
20 années à venir.
Abattage, dessouchage, plantation de jeunes sujets sont d'un coût non négligeable.
A ces raisons qui tendent à faire modifier la forme de l'exploitation agricole,
s ' ajoutent d ' autres, plus générales, qui découlent de l'économie régionale et des
phénomènes d'urbanisation :
— le mode de vie des ruraux va s'apparenter au mode de vie des citadins, la
maison n'étant plus obligatoirement au centre de l'exploitation.
— certains citadins choisiront de vivre en milieu rural pour profiter d'un espace
individuel plus large.
Faut-il en conclure que le Pays de Caux est appelé à une transformation complète et
qu'une nouvelle définition de son paysage doit être donnée ?
On peut répondre que oui si l'individualisme persiste.
Cependant, l'agriculture du Pays de Caux a besoin des haies plantées de ses closmasures pour se protéger des vents.
Une solidarité régionale doit donc être maintenue ou promue pour d'une part
protéger, entretenir les haies d'arbres, pour d'autre part modifier le système actuel
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tout én préservant la qualité du paysage qui nous a été légué par la longue tradition
agraire régionale et ceci dans l'intérêt de tous.
VALEUR PAYSAGÈRE DU PLATEAU DE CAUX
Les clos-masures « dessinent» un paysage de plateau très caractéristique et qui ne
manque pas de grandeur.
Il est en effet impossible de ne pas tenir compte de la très grande qualité paysagère
de cette région.
Le paysage de cette partie de la Normandie, constitué par la répétition d'une même
organisation agraire, a formé un terroir d'une grande unité.
Cette unité, confrontée aux tailles très diverses des exploitations (le clos-masure a
toujours la surface du 1/10e de l'exploitation dont il est le centre), à la nature des
cultures individuelles, au moindre accident du relief, crée une architecture paysagère
à la fois très liée et très nuancée.
— Bien que paysage de plateau, l'horizon est limité sur toutes ses faces . La comparaison avec un paysage du Vexin, dont la morphologie est sensiblement identique,
le montre facilement . Cela signifie que sur de vastes étendues, il y a toute chance
pour que le pays de Caux ne soit pas touché par la monotonie.
— Le paysage prend une très grande profondeur puisque les rideaux d'arbres
constituent des écrans successifs qui diversifient de manière extrêmement sensible
une grande étendue plate : les larges écrans verticaux s'opposent aux vastes champs
de culture . Cette disposition rigoureuse s'apparente au «décor» d'une scène de
théâtre .
— Les moindres ondulations du plateau sont accentuées par les masses
verticales des clos-masures, ce qui contribue à enrichir ce «décor ».
— Les alignements d'arbres, arrivés à maturité, prennent l'allure majestueuse
d'allées tracées pour des parcs royaux . L'architecture des bâtiments agricoles : habitat,
granges, étables, etc ., même de dimension non négligeable, prend une importance
tout à fait secondaire.
— D'ailleurs, c'est la végétation qui dessine la silhouette des agglomérations . Le
paysage a pris la place de l'architecture . Par transparence, les bâtiments sont perceptibles au même titre que, dans d'autres régions, la végétation qui d'ordinaire est
enfermée dans les jardins des agglomérations.
— Suivant les saisons le paysage se transforme : en hiver, l'aspect de grandes
colonnades formées par la juxtaposition de troncs rapprochés accentue encore la
majesté de cette architecture naturelle, tandis qu'en été, les masses feuillues et
épaisses dessinent un autre type de volumes «francs et bien taillés» . Si . en hiver, le
paysage est relativement transparent, en été, seule une petite fenêtre «ensoleillée»
au ras du sol permet de distinguer la cour de la ferme.
Le paysage intérieur d'un hameau ou d'un village est, bien évidemment, un paysage
fermé.
Des alvéoles s'organisent par le maillage des clos-masures de chapune des exploitations.
Les chemins sont en creux, une voute de feuillage les recouvre . Le village est donc
davantage un jardin qu'un groupement humain . A cet attrait s'ajoute la création d'un
micro-climat adapté pour l'habitat .
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Le rôle de l'arbre dans le Pays de Caux
A
- Bien que paysage de
plateaux, l 'horizon du Pays
de Caux est limité sur toutes ses faces, évitant ainsi
toute monotonie.
- La comparaison avec ►
le Vexin, de morphologie
sensiblement identique, le
montre facilement .
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- Les alignements d 'arbres, arrivés à maturité, prennent l'allure
majestueuse d'allées tracées pour les parcs royaux . L 'architecture des
bâtiments agricoles prend une importance tout d'ail secondaire.
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- Les moindres ondulations du plateau sont accentuées par
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Le rôle de l'arbre dans le Pays de Caux
Ici c 'est la végétation qui dessine la
silhouette des agglomérations . Le paysage a
pris la place de l'architecture . Par transparence, les bâtiments
sont perceptibles au
contraire d'autres régions où la végétation
est enfermée dans les
jardins des agglomérations.
— Si, en hiver, le*
paysage est relativement transparent, en
été, seule une petite fenêtre m ensoleillée» au
ras du sol permet de
distinguer la cour de la
ferme .
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ÉVOLUTION FUTURE DU PAYS DE CAUX
MODIFICATIONS SOUHAITABLES ET ADAPTATION DU CLOS-MASURE
AUX EXPLOITATIONS AGRICOLES EN ÉVOLUTION.
La protection du patrimoine existant ne veut bien entendu pas dire qu'il ne puisse pas
y avoir remodelage progressif du paysage à partir de principes simples.
Sans perdre de vue les qualités du patrimoine existant et en appliquant sans heurt sur
le sol un parcellaire de dimensions plus vastes et également plus souples, les règles
générales qu'on pourrait promouvoir sont les suivantes :
- la continuité dans le temps d'un système de protection qui s'est avéré efficace
doit être assurée.
- seules les adaptations progressives des clos-masures aux exigences modernes
permettront le remodelage total du parcellaire agricole, évitant de perturber, même
temporairement, l'équilibre climatique, micro-climatique et paysager qu'ils maintiennent de nos jours sur le plateau . Parmi ces adaptations, la plus importante
consiste à trouver une nouvelle vocation aux surfaces intérieures des clos-masures . A
cet égard, il faut affirmer nettement les possibilités de conserver aux clos-masures
leur fonction d'espace spécialisé (siège de l'exploitation, herbage, arboriculture, jardin
- La structure du clos-masure doit être réadaptée aux exploitations agricoles en
évolution . Les enclos plantés pourront conserver leur fonction d'espace spécialisé
(centre de gestion d'une entreprise agricole ou d'une association de plusieurs exploitations) . ..
- Des reboisements sont nécessaires pour que les brise-vent soient efficaces . Les ►
nouvelles plantations seront dictées par le respect des distances (400 mètres environ)
et des vents dominants. Le nouveau paysage ainsi dessiné en lignes brisées empruntera certains éléments au bocage traditionnel mais conservera les caractéristiques
essentielles du paysage cauchois actuel.
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Le rôle de l'arbre dans le Pays de Caux
particulier), mais aussi la liberté offerte aux exploitants d'ouvrir l'enclos sur une ou
deux faces et de renoncer ainsi à sa fonction d'espace caractérisé . Le clos-masure ne
subsiste alors qu'en tant que maille du système brise-vent réparti sur l'openfield du
plateau .
des reboisements sont nécessaires . La recherche d'un parcellaire cohérent ne
peut pas se limiter au simple remodelage des clos-masures et à leurs suppressions
partielles . L'organisation de nouvelles plantations sera dictée par le respect des
distances, de l'ordre de 400 mètres, ainsi que par l'orientation à donner en fonction
+~__
—
. . . mais en offrant aux exploitants la liberté d'ouvrir le clos sur une ou deux
faces, ils renoncent à leur fonction d 'espace caractérisé et ne subsistent qu 'en tant
que maille du système brise-vent réparti sur l'openfield du plateau.
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des directives principales des vents dominants . Le dessin du nouveau brise-vent doit
être en ligne brisée.
Le nouveau paysage ainsi dessiné sera un paysage qui aura emprunté certains
éléments au bocage traditionnel tout en conservant les caractéristiques essentielles
du paysage cauchois actuel.
ADAPTATION A L'URBANISATION
La croissance résidentielle des petites agglomérations rurales risque d'être un phénomène non négligeable et doit être maîtrisée : suivant qu'une politique régionale sera
définie et suivie ou pas, on assistera à la prolifération de «maisons de banlieue» ou à
l'installation de nouvelles « oasis de verdure D.
L'aspect extérieur de ces nouveaux villages sera à l'image des hameaux ruraux
existants ; les lisières de l'agglomération seraient formées d'allées plantées ; les
périmètres d'agglomération ainsi marqués de l'extérieur par des limites franches, sans figer des développements ultérieurs, exprimeraient les différents
contours de l'espace habité.
Les nouveaux rideaux d'arbres, plantés pour répondre à des besoins urbains, collaboreraient à la composition de l'ensemble de l'espace rural.
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- L 'aspect extérieur de ces nouveau)
villages sera à l 'image des hameaux rurau)
existants : les limites seront franches, san:
figer toutefois les développements ultérieurs
Celui-ci se trouverait enrichi :
- de nouveaux et vastes «clos-masures» qui marqueraient le point de
rencontre des activités humaines.
-
d'écrans brise-vent supplémentaires.
L'organisation interne pourrait être un jeu de plantations composé de haies bordant la
voirie, de clôtures végétales isolant les groupements les uns des autres, de mails de
liaison avec les équipements, de sentiers plantés, etc ., constituant autant d'alvéoles
définissant secteurs, quartiers, voisinages, etc . Il en résulterait un micro-climat
favorable et un aspect attrayant, ce qui donnerait aux agglomérations l'aspect de
jardins aux allées bien tracées.
Suivant l'importance de l'agglomération,les espaces extérieurs . la voirie en particulier,
prendraient une importance plus ou moins grande qui ne remet pas en cause les principes de développements .
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Le rôle de l ' arbre dans le Pays de Caux
L'organisation interne des
agglomérations pourrait être un jeu
de plantations composé de haies
bordant la voierie, de clôtures végétales isolant les groupements les uns
des autres et constituant autant d 'alvéoles définissant secteurs, quartiers,
voisinages, etc.
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- Suivant l 'importance de l'agglomération, les espaces extérieurs, la
voierie en particulier, prendrait une importance plus ou moins grande qui ne
remet pas en cause les principes de
développements .
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Y . GAROFALO - B . WARNIER
CONCLUSIONS
L'arbre a été jusqu'à présent une des composantes essentielles du paysage du
Pays de Caux . Sa disparition progressive pourrait modifier dans les prochaines
années l'équilibre de l'agriculture locale.
L'arbre, au contraire, peut rester dans l'avenir un des outils indispensables de l'aménagement.
A ce titre, il redonnera une vigueur nouvelle, à la fois à l'économie d'une région et à
un paysage qui aspire à évoluer .
Yolande GAROFALO
Bertrand WARNIER
Architecte D .P .L .G.
Urbaniste
Architecte D .P .L .G.
Route de Gadancourt
Avernes
95450 VIGNY
268
B .P . 47
95300 PONTOISE
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