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LES CHARTES ITALIENNES DU MOYEN AG E

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LES CHARTES ITALIENNES DU MOYEN AG E
LACS DÉNOMINATIONS DU «
MOULI N
DAN S
LES CHARTES ITALIENNES DU MOYEN AG E
Le problème se pose ainsi : alors que les mots qui servent à dé signer le « moulin », tant dans la langue littéraire que dans le s
dialectes de l ' Italie, remontent, comme dans les autres langue s
romanes, sauf le roumain, à nzölīnunz 1 ; alors que l ' immense majorité des noms de lieu — tons sauf un, à ma connaissance — re présentent, clans la péninsule italique et dans les îles qui s ' y rat tachent, ce même mdlī,ium ou en sont des dérivés, comme Molino ,
Molini, Mulini, ,liolina.ccio, Mulinacci, Molinazzo, Molinasso, Molincllo, Molinella, Molinetta, 111ulinetto et tant d ' autres 2, dans le s
chartes ties xmu° et xiv° siècles par exemple, ce même nzolinunz es t
rare, tandis que la dénomination courante du « moulin », en Italie comme partout ailleurs, est alors nzolendinunz . Mais, fait qu i
porte à la réflexion, plus on remonte clans le temps, plus on s'aper çoit que les cas de nznlendinunz se raréfient, alors que, dans l'Italie centro-méridionale, aquinzolum est fréquent, comme ailleurs ,
dans le nord et dans le sud, mzolinnnz . Molendinum serait-il dé s
lors un intrus, un mot d'origine relativement récente dans le lati n
(les chartes italiennes, un tard-venu qui aurait réussi à évincer l e
nzolinttmz antérieur? Ou bien ce molendinunz peut-il, au contraire ,
se prévaloir de toute une tradition, et ne sera-t-il arrivé à s ' imposer qu'après une lutte d ' égal à égal contre molinum, tous cieu x
ayant appartenu au même fonds latin? C'est à ces questions, e n
particulier, que nous allons répondre .
Je n ' insisterai pas sur les difficultés qu ' il y a à résoudre ce problème en ayant uniquement comme appui les recherches que j'a i
1. W . Meyer-Lübke, Romanise/tes elymologisches JVörterbuch, Heidelberg, 1911 ,
n° 5644, p . '113 .
2. Cf . A . Amati, Dizionario corobrafico dell'Italia, t. V, p . 196-209 et 48G-1189 .
4
BULL . DU CANGE . 1932
50
PAUL AI3IIISCHEI2 .
pu faire, non point même sur tous les recueils de chartes italienne s
publiés jusqu' ici, mais sur ceux qu ' il m ' a été donné de consulter :
recueils qui ne représentent qu ' une partie du trésor diplomatiqu e
conservé—trésor diplomatique qui, dans son ensemble, ne form e
lui aussi, sans aucun doute, qu ' une minime partie de tous les documents qui ont vu le jour au cours des siècles — : ces dilfìculiés ,
je les ai soulignées à propos d ' une recherche analogue que j ' a i
faite naguère l sur le mot capella en Italie . Difficultés qui pro viennent d ' abord de ce q u ' un travail de ce genre, quoi q u ' on fasse ,
est basé sur un nombre restreint de faits ; difficultés dues ensuit e
à l ' interprétation de ces faits : impossibilité de savoir de faço n
précise jusqu' à quel point la langue de tel acte, la langue de tell e
série d ' actes, représente l ' usage véritable, savant ou populaire, de
tel endroit ou de telle région . De sorte que, comme je le disai s
pour capella, les conclusions que je tirerai plus loin sont provisoires et éminemment sujettes à révision : aussi les ferai-je trè s
générales . Mais sur un point, du moins, sur l ' origine extra-ita- .
lionne de nzolenclinunz, pour le dire immédiatement, nous aboutirons à des constatations si précises qu'il ne sera guère possible, s i
je ne me leurre, de songer à une autre explication qu' à celle qu i
sera donnée .
J'ai cru devoir, dans les pages qui suivent, répartir l'étude des
faits suivant les régions . Qu ' on ne m'accuse pas d'ignorance géographique si je situe Bobbio en Piémont ou Gaète clans la cam pagne romaine : ces noms de provinces auront ici une signification très vaste, très imprécise . Si j'ai joint iel endroit à tell e
région, si j'ai coupé l'Ombrie en deux, c'est que j'ai pensé qu'ains i
les conclusions ressortiraient plus clairement .
*
Les actes du vnn° siècle, dans toute l ' Italie septentrionale, son t
peu nombreux . Et il est compréhensible que, dans ces acte s
mêmes, les mots qui désignent le e moulin » ne se rencontren t
que rarement : ce ne pouvait être que rarement que l ' on eût à parler de moulins et de meunerie . Dans une donation qui aurait l a
1 . P . Aehischer, Esquisse du processus de dissémination de « capella » en Italie ,
Bulletin du Cange, L . V (1929-1930), p . 5-te ; sur ces difficultés, cf . spécialemen t
les pages 11-12 .
LES DIíNOMINATIONS DU (( MOULIN
» .
51
prétention d ' être datée du 8 septembre 686, en faveur de la cha pelle des saints Eusèbe et Siria, à Crémone, nous avons — ce serait là l ' exemple le plus ancien de la mention d ' un a moulin »
dans les chartes italiennes cjue je connaîtrais — dans le dispositif ,
l ' énumération suivante : « Cum accessibus et recessibus, cum oasis, campis, vineas, silvis, edificiis et molino et piscari a l » ; mai s
l ' acte est faux . Faux aussi, le diplßme de Liutprand, roi des Longobarcls, en faveur du couvent de S . Petrus in Coelo anreo à Pa vie, daté de 712, où il est question de « xr manses cum decimis . . .
molendinis, piscationibus 2 » . Faux encore, l ' acte de donation, e n
date du 3 mars 753, fait par le Crémonais Ariprandus en faveu r
du monastère de Nonantola, où on lit, dans le dispositif : « Cain
oasis et heclifciis, putois, ortis, areis, pratis, molendinis, pascuis ,
silvis, teri s 3 . . . » De sorte que, pour avoir un témoignage véridiqu e
de la dénomination du « moulin » dans les chartes de cette parti e
de l ' Italie, il faut en arriver à un document de l ' an 765, par lequel un certain Cunimund donne à l ' église de Sirmione (c in Gesenagio prope iluvium Alisionem . . . casaro . . . cum stahulo meo se u
molino ad ipsam curtem pertinentem 4 » . Deux ans après, le ro i
Didier donne au couvent de S . Salvatore des cours d' eau et de s
moulins à Brescia : a Mulinas fluas insimul molentes », et il précise que « potestatem habeat anni in tempore pars predicti monasterii si voluerit ibi rnolinas habeat ve1 si claudere volueritips a
aqua quae ad ipsa mulina clecurrit 5 . . . e . En 768, le prêtre Théodoald donne à la basilique de S . Agata à Monza (c omnem . . .
substaatiam facultatis nieae, tain oasis, carte, orto, area . . . molino ,
movile et immovile ó » ; dans un échange de biens effectué en 77 1
entre l ' abbesse de S . Salvatore de Brescia et le clerc Andreas ,
nous trouvons mentionnée une « terra . . . in locum quod nominatur Regula, una cum molino et omnia edifitia sua . . . in fluvio Meni, F[onti per la] Storia d'if [talia] ; L . Schiaparelli, Codice diplomatico longobardo ,
val . I, Borna, 1929, p . 2t-25 .
LjangobardiaeJ ,
2. H[istoriae] P[atriae] M[onumenta], C[odex] D[iplomaticus]
.
col . 7 . Pour la démonstration du faux, cf . col . 6, note 2
3. F . S, 1 ., L . Schiaparelli, op. cit., vol . 1, p. 30G ; II, P . M., C . D . L ., col . 30 .
C'est très justement que NI, Schiaparelli remarque, p . 305, que ce document n e
parait pas dépendre, « per il formulario, neppure in parte, du documento autentico longobardo N .
tt . H . P . M ., C . D . L ., col . 57 .
5 . H . P . M., C . D . L ., col . 63 .
G . H . P . M., C . D . L ., col . G6 .
52
tie
PAUL A) ISI$CII
R .
1 ; clans un autre échange entre deux clercs nommés Flavia nus et Fortis, il est question d' un a molino [in territorio Mediolani] in loeo illo, ubi ante hos annos mollino habuerunt [deu x
frères], iterum mollino inibi reclificaverit [son frère] 2 » .
A Crémone comme à Brescia et à Monza et comme clans la région de Milan, par conséquent, la dénomination du moulin, dan s
les quelques textes qui nous sont parvenus, paraît avoir été mnlinanz : on trouve une fois seulement mulina à Brescia en 767 . Pa s
trace de nzolendinuna au vue siècle dans cette partie de l ' Italie .
Mais voici que la situation va changer . Il est vrai que soixante an s
ont passé entre la rédaction du dernier acte que nous avons examiné et le document dont nous allons nous occuper . Dans le dispositif d ' un diplôme de 836 par lequel l ' empereur Lothaire donn e
à Ava, épouse de Ugo, le domaine de Locati, sur le Lambro, nou s
trouvons : « Cum omnibus pertinentiis . ., suis, videlicet . . . silvis ,
gratis . . ., molendinis vel ennuis adjacentiis 2 . . . » ; clans un autr e
diplôme du même empereur, daté de 841, est mentionné le « porto ,
coins vocabulum est Vulpariolus, coin multorum transitorie asqu e
in capot Aildue, corn molitura de molendinis et portoribus osqu e
in caput Addue A » : il s'agissait de certains droits accordés à
l ' église do Crémone par Charlemagne . Drues uno confirmation de s
biens et des privilèges de cette église, faite en 851 par l'empereu r
Louis, il est une fois de. plus question du « porto . . . Vulpariolus . . ,
outil molitura de molondini s :l », de même que, dans une donatio n
des domaines de Guastalla et de Lruzara faite par cet empereu r
encore à sa femme Engilberga, sont cités, dans le dispositif, le s
a molendinis, aquis aquarunulue decnrsibus° » .
Mais maintint tenait bon, néanmoins . Il apparaît, dans les doouulouts ayant trait à la Lombardie, vers Io milieu du ix° siècle ,
plus fréquemment encore due son concurrent . Dans le texte qu i
relate qu'en 842 l'évêque de Crémone Panchoardus dut prouve r
devant un envoyé de Lothaire ses droits sur certains biens donné s
par Charlemagne à son église, nous trouvons mémo le nzolendinrznz de l'acte de 8 411 remplacé par molinnnz : il y est question, e n
»
1. Il . P. 07 ., C . D . L ., col . 82 ,
2. II, P, DI,, C . D . L ., col . 106 .
3. II. P . M., C. D . L ., col, 22J ,
II . P . M ., C . D . L ., col. 244 .
6 . II. P . M., C. D . L ., col . 290 ,
6 . 1L P . M., C, D, L ., col, 386,
LBS DTNOMINATIONS
DU
«
MOULIN
».
53
effet, du « porto Vulpariolo et molitura de molinis et navium transitoria » 1 , phrase répétée trois fois clans le document . En 853 ,
deux prêtres donnent à un hôpital « molino . . . in fluvius Lambr o
prope vico Blatenei m 2 a ; en 861, des cousins cèdent a mollino ill o
in fundum Colonea 3 » ; clans une division de biens entre le moin e
Sesebertus et un certain Gaindulfus, en 862, est mentionné u n
« prato Claussura ad molino . . . ; prato et silva castanea prope molino » 4 ; un arrangement entre l' abbé de Saint-Ambroise de Mila n
et le clerc Petrus, en 863, parle d ' un « molino . . . posito in ripa ti e
rivo fluvius Lambro non longe a vie() Colonia 5 » ; un acte concernant les possessions du monastère de Saint-Ambroise cite ce mèm e
moulin ou un moulin voisin : a rnolino illo . . . in fende Colonia, qu i
esset ediflcatum in riva de rio, qui exit in fluvio Lambro 1l » ; e n
867, une division des possessions entre la basilique de Saint-Ambroise et un autre établissement religieux fait mention d' u n
« Campo ad molino 7 » .
Mais, cependant, clans ces dernières décades du lx e siècle, molendinunz se rencontre de plus en plus fréquemment . Dans les dis positifs ties diplômes impériaux et royaux, d ' abord : diplômes d e
Carloman en faveur du couvent de S . Zenone de Brescia en 878 8 e t
de son fidèle FIillo l ' an d ' après° ; privilège de Charles le Gros e n
883, où il est question une fois de plus du « portum . . . Vulpariolus . . .
cum molatura de tnolendinis 1a» ; diplômes de Gui et de Lambert 1 1
de 891 à 898 ; diplômes de Béranger 1° r à partir de 888 12 . Chos e
qui mérite d ' être notée, néanmoins : le mot, en règle générale, n e
figure que dans les dispositifs, dans des formules telles que « aqui s
aquarumve decursibus, molendinis, piscationibus », « carectis ,
paludibus, molenclinis, aquis aquarumque decursibus » et d ' autre s
1. H. P. M ., C, D . L ., col, 250 .
2. II. P . M., C . D . L., col . 310.
3. II. P. M ., C . D . L., col . 352 .
4. I1. P . M ., C. D . L ., col . 372 .
5. H . P . M ., C . D . L., col . 370 .
6. II . P . M., C . D . L ., col . 392 .
7. H. P. M ., C. D . L ., col . 411 .
8. H. P . M ., C . D . L ., col . 468 .
9. H. P . M., C . D . L ., col . 479 .
10. II. P . M,, C. D . L., col . 577 .
,
11. F. S . I., L . Schiaparelli, I diplonxi di Guido e di Lancócrto, Roma, 1906
p . 12, 17, 43, 77 .
,
12. P. S. I., L . Schiaparelli, I diplomi di Berengario I, Roma, 1903, p . 27,36, 43
57, etc .
54.
PAUL AI;ISISCIIl ;It .
variantes encore . Ce n'est qu'exceptionnellement que nzolendiest employé clans le texte proprement dit : comme clans l a
confirmation par Gui, en 891, clos donations faites à l ' église de
Modène, confirmation suivie de la concession de certains droits ,
entre autres de ceux de a fossata cavare, molendina construere ,
pontes erigere' », confirmation qui a été faite, clans les même s
termes, par Lambert en 898 2 , textes oà lnolendinunz, d'ailleurs ,
est employé encore une fois clans une sorte de formule, dans iul e
espèce d ' énumération figée . Et, dans les premières années d u
x° siècle, le mot figure, on peut dire, clans les dispositifs de tou s
les diplômes et les privilèges de Louis III et de Rodolphe II 3 , d e
Béranger I°r encore : dans ces dispositifs, il faut le souligner, molendinztna règne en souverain absolu, puisque jamais il ne cède l a
place â nnolinunz .
Il n'en est pas tout à fait de même, je le répète, en ce qui con cerne le, texte proprement dit de ces documents . Sans cloute, aux
alentours de l'an 900, lorsqu'il y est question d'un moulin, c'es t
le terme nzolondinunz qui est employé : en 901, par exemple ,
l ' empereur Louis, par acte daté de Pavie, confirme les privilège s
et les possessions du couvent deTondoto a iii loto qui dicilur Fui cas tenenteni osque act moleudiva quae suut iu Ticinensi flamin e
stubilita~ a ; en 903, Béranger 1°" concède à l'abbé de Bobbi n
« raolonclinum clued nos eideut abbaii per nostrum praecepttun
concessimus r » ; en 905, le même souverain donne au prêtre Adelbertus u molendinum positura in , . . loco qui dicitur Pcun o 5 u et, e n
909, à l'église S . Giovanni Domnarum de I>avic, a in Gannbar o
mansos duos alun molendin o 7 a, phrase qui se retrouve telle quell e
clans une confirmation dos possessions de cette église par l'empereur Rodolphe Il en 924 3 . Et, par ailleurs, on commence à rencontrer le mot non seulement dans les actes émanant clos chancelleries impériales et royales, mais aussi dans des documents pro lzztnz
5
1. F . S, I ., L . Schiaparelli, I diplomi di Guida c di Lamberto, p . 31 .
2. F . S . L, L . Schiaparelli, op, cil ., p . 09 ,
3. P . S . 1., L . Schiaparelli, T diplomi italiani eli Lodovico Ille Rodolfo Il, Boma ,
1910, p . ü, 9-10, üü, etc .
ü . P. S . L, L . Schiaparelli, op . cit ., p . 251 ,
F. S . L, L . Schiaparelli, 1 diplomi di Berengario 1, p . 118 .
e . F. S . 1,, L . Schiaparelli, op . cit ., p . '1G!c.
7. F. S . 1 ., L . Schiaparelli, op, cit ., p . 187 .
8. F. S. 1 ., L . Schiaparelli, I diplomi italiani di Lodovico III c di Rodolfo II,
p . 105 .
LES DÉNOIYMINATIONS
DO « MOULIN
».
55
venant de particuliers, plus ou moins haut placés . En 879 déjà ,
clans une disposition testamentaire de l ' archevêque de Milan Aripertus, on trouve mentionné a molendinum unum constructum i n
lluvio Lambri s » ; plus tard, en 915, clans un échange de terre s
entre le comte Diclo et l ' évêque de Bergame Aclelbertus, figure l a
formule a ripis, rupinis, molendinis, aquationibus, tolonei 2 », qu i
est un compromis entre une formule locale du dispositif et un e
formule de la chancellerie impériale ; un texte de 918, relatif a u
monastère de Saint-Ambroise à Milan, prévoit qu ' un certai n
Adelbertus « cum suos heredes abitare et resedere debead in molendinum ilium juris ipsius monasterii qui est edi(ìcatum in rip a
lluvio Lambro, non longe ad villa qui dicitur Colonia, cumque es t
iuìbì edificias salaciolas . . . et ipsum molendinum abente molas pa rias duas corn anatidas, roticinos et scutas et homnem paratur a
ad ipsa chias parias molas macinandum 3 n ; en 922, dans le testament d ' un prêtre nommé Restalclus figure la formule « cum molcnclinis et piscariis rl a et, en 924, dans une vente de terres, es t
mentionnée une « vïnea in Casale . . . una cran molendinum, rube a
et cursum adque vasum aque et piscacionibus 5 » .
Mais il parait bien que ce n ' est là qu ' un usage officiel, que c e
mot de molendinum ne représente qu ' un terme savant, sans racines dans la langue de tous les jours . Molinuin, en tout cas, o u
son féminin, reparaît encore çà et là . Dans un inventaire des bien s
et des rentes du couvent de S . Giulia de Brescia, inventaire rédig é
aux alentours de 905 clans une langue pleine de vulgarismes, son t
mentionnées, entre autres, « in Porzano curie clominica casas IV . . . ,
molinas II, quae reddunt in anno de grano modia XXX . . . In carte
Audalvico . . . molina I quac reddit in anno de grano modia XXXX . . .
In curie Calcinade casas II . . . et est molina I . . . In curte Nuvellaria . . . molina I, qui reddit per annum de grano modia XIl » . Dan s
une confirmation, en 910, par Béranger, des privilèges et des possessions de l ' église de Crémone, nous trouvons, une fois de plus ,
le a porto qui dicitur Vulpariolo . . . cum molitura do molinis e t
portoribus usque in capud Acldue », phrase répétée plus loin dan s
1. H . P. M., C . D . L ., col . 493 .
2. H. P . M., C . D. L ., col. 802 .
3. H. P . M., C . D . L., col . 824 .
4. II. P. M ., C . D . L ., col . 854 .
5. H . P . M ., C . D. L ., col . 8GG .
6. H . P . M ., C . D . L., col . 711 .712 .
56
PAUL An1ISCIIEl1 .
l ' acte : mais ces cieux phrases sont suivies, à quatre reprises, d e
la formule « cura molitura de molendinis », ce qui nous montr e
les deux mots s ' affrontant, et ce qui nous fait entrevoir que, à l a
chancellerie du roi, naolendinuna gagnait du terrain, puisque c'es t
par lui qu'un scribe remplaçait le inolinunz probable du texte qu'i l
copiait ou qu'il paraphrasait . Et, quelques années plus tard encore, en 919, Ardingus, archevêque de Brescia, donnait au cler c
Aribertus « oratorium unum, qui est ad onorem sancti Quintini . . .
cum molino et aquario Serinas ibidem pertinentem 2 » . Mais il faut
arriver ensuite jusqu ' en 995 pour retrouver ce mot, clans un act e
par lequel le juge Angelbertus vend au prêtre Petrus, entre autres ,
« pecia de terra prativa cum mulino in alico super abente, cu m
homnis paratura sua da macinandum, clicitur in prato magiore 3 » :
cet exemple, avec tous ses vulgarismes, montre bien que le terni e
continuait à vivre, bien qu'on ne le trouve, pour ainsi dire, plu s
clans les chartes . Désormais, en effet, nzolendinuna triomphe : o n
le rencontre non seulement clans les dispositifs clos actes impériaux, mais dans les formules dues à des notaires quelconques ,
pour des particuliers : « cum molendinis et piscariis adque redibicionibus » clans une vente, en 9'i9, faite par le comte Samson a u
prêtre Leo 4 ; « una cum molendinis et piscationibus sou porto i n
ipso Iluvio Oleo » clans un échange datant de 952, entre l ' évêqu e
de Crémone Dagipertus et le prêtre Lupus 5 ; « fundo Camisiano . . ,
cum piscationibus et molendinis in Iluvio Issio », « oasis et rebus ,
molenclinas et piscationibus » clans un échange de fiefs entre c e
même évêque et le comte Atto en 960 3 ; « molendinis et piscationibus » dans le testament du prêtre Joannes 7 en 975 . Et molendinum figure non pas seulement clans ces formules figées : c'est désonnais le mot usuel lorsqu'il s'agit de rendre l'idée de « moulin »
clans les dipl©mes, cola va sans dire — « coni silva que clicitu r
Orbitula molendinosque ibi silos », dans une donation du roi
1. II. P . M., C . D . L ., col . 757-759 . Cf . également F. S . L, L . Schiaparelli, I diplomi di Berengario I, p . 198-200 .
2. 11 . P . M., C . D . L ., col . 832 .
3. H. P. M ., C . D . L ., col . 1584 ,
4. II . P . M., C . D . L,, col . 911 .
6. Il . P . D1., C . D . L ., col . 1010 .
G . H . P, M ., C . D . L,, col . 1098 et 1101 .
7. II . P . M., C . D . L ., col . 1334 .
«
».
57
Ilugues à S . Remigio de Bereeto en 927 1 , de « molendinum ilium ,
qui est edificatum sub urbem huius civitatis Parma prope port a
qui dicitur Pecliculosa 2 » en 935 ; «tria molendina iumta Ticinensem urbem in fluvio Catarona 3 » dans une donation de Ilugues e t
de Lothaire en 945, et tant d'autres cas du même genre — mai s
aussi dans des actes particuliers : en 968, dans un échange de domaines entre l ' évêque de Crémone et un certain Papius, il es t
question de « petias quattuor de silvis . . . cum molendinum unu m
in fluvio Marla o 4 » ; clans un autre échange, en 970, effectué entr e
Aldegrausus, évêque de Lodi, et un prêtre du nom de Riehardus ,
d'un « molendinum . . . in fluvio Lambro 5 » ; dans une vente, datant de 983, d ' un « molendinum cum ruft et aqua ductula . . . i n
loco Laenno a locus qui dicitur rus Saleno 6 » ; dans un échange de
biens entre Walpertus, archiprêtre de S . Giovanni de Monza, et
Adalhertus, prêtre à Milan, du « molendinum ipsius sancti Iuliano 7 », en 995 ; dans le testament de Landulfus, archevêque de
Milan, de « prope mecliolanensem urbem, ad locum ubi antiquitu s
ires Moros vocabatur, id sunt moleudinas duas et alveas seu clusas et inisolas » .
De sorte que, à la fin du x e siècle, molendinum était très forte ment implanté dans le vocabulaire des chartes de Lombardie . So u
emploi était si fréquent que l ' on pourrait croire qu 'il était le seu l
mot employé pour « moulin », si nous n ' avions le texte de 995 cit é
plus haut et si nous n ' avions telle désignation de nom de lieu ,
comme ce « monasterio Mulinelles . . . cum aqua que dicitur Mulinelles c », dans la région de Mantoue, en 1037 : humbles et rare s
témoins d'un usage ancien du mot .
Et que cet usage de molendinum, à partir du x° siècle, en Lombardie, soit pour ainsi dire exclusif, c ' est ce qui est confirmé pa r
l ' examen des chartes des régions avoisinantes . Lodi, en plein e
LES DÉNOMINATIONS DU
MOULIN
1. I' . S . I ., L . Schiaparelli, 1 diplomi di Ugo e di Lotario, di Berengario e d i
Adalberto, Roma, 1924, p . 23 .
2. F. S. I., L . Schiaparelli, op . cit ., p . 114 .
3. F. S . I., L . Schiaparelli, op . cit., p . 231 .
4. II. P. M ., C. D . L ., col . 123G .
5. II. P. M., C . D . L ., col . 1249 .
G . II. P. M ., C . D . L ., col . 1432 .
7. H. P. M ., C . D . L., col . 1580 .
8. H . P . M ., C . D . L., col . 1648 .
9. 1t[egesta] C[hartaram] I[taliae], P . Torelli, Regesto mantovano, vol . I, Roma ,
1914, p . 45 .
58
PAUL AEBISCIIEIi .
Lombardie, ne connaît naturellement, clans les quelques actes o ù
il est question d'un moulin, que nzolerzdinunz, en 970 et en 1039 1 .
Mais, pour Padoue, un diplóme de l ' empereur Lothaire, en dat e
de 839, contient déjà la formule « cum . . . terris et vineis . . . fluminibus, rivis, molenclinis, portubus, ripatibus 2 », formule que l ' o n
trouve adoptée par des particuliers dès le commencement d u
x° siècle, comme clans l ' acte de 932, où Gontari vend au juge Petrus des biens qu ' il possède aux alentours de Ferrare, « cum universis oasis . . . cum familiis et mollendinis seu piscationibus 3 » :
plus tard, au xn° siècle en particulier, c ' est toujours molendinun z
qu ' on rencontre — il n ' y a pas trace de nzolinunz dans le Codic e
diplomatie() padovano — mais, sous une orthographe un peu trans formée, molandinit,n 4 . Et cependant, là encore, un mot laisse entrevoir que nzolendinunz n'était pas le nom primitif du moulin : u n
acte de 819, par lequel Angnellus et Justinianus, doges de Venise ,
donnent à l ' abbé de S . Servolo l ' église de S . Ilario avec son territoire, parle de «tam de nostris molenariis quam de piscatoribu s
sive colonis e n : il va sans dire que ce nzolenarius présuppose u n
nzolinunz .
Pour le Piémont — auquel j ' adjoins Bobbio — les textes mentionnant un « moulin » sont excessivement rares, antérieuremen t
au x° siècle . Nous aurions, il est vrai, un diplôme daté de Pavie ,
en juin 774, clans lequel se trouve la formule « silvis, pratis . . .
aquarumve decursibus, molenclinis, piscacionibus » : mais c ' es t
un faux, peut-être de facture postérieure à 1233 6 , de sorte que c e
n ' est qu ' en 862 qu ' on rencontre la mention, clans un acte concernant S . Colombano de Bobbio, d ' une « colla in honore sancii Anclree », oìi existait un a molendinumu 7 » . Dans un inventaire de s
biens du même monastère, dressé au Ix° ou au x° siècle, nous li sons s In Ulmeto . . . molendinos . 11 . 0 », de même que, clans u n
1. C . Vigneti, Codice diplomatico laudeuse ; Bibliotheca historica italica cura e t
studio societatis longobardiac historine studiis promovendis, vol . II, Mediolani ,
1879, p . 23 et 48 .
2. Codice diplomatico padovano, vol . 1, Venezia, 1877, p . 17 .
3. Codice diplomatico padovano, vol . cit ., p . 55 .
4. Cf . par exemple le Codice diplomatico padovano, vol . IV, p . 364 (a . 1'147) .
5. Codice diplomatico padovano, vol . I, p. 7 .
6. F. S. I ., C . Cipolla, Monumenta Novaliciensa vetustiora, vol . I, Roma, 1898 ,
p . 59 .
7. F. S . I., C . Cipolla, Codice, diplomatico del monastero di San Colornbano d i
Bobbio, vol . 1, Roma, 1918, p . 205 .
8. F . S . I ., C . Cipolla, op . cit ., vol . I, p . 260 .
LES
DJNOMINATIONS DU ((
i11OULIN
».
59
autre inventaire du x e siècle à peu près, il est question de « in Salesiano . . . molendino .I . 1 )) . Et, en 899, Staurasius, évêque d' Asti ,
donne, entre autres, aux chanoines de son église « in villa qua e
dicitur Quarto . . . molendinum ad eanclem curtem pertinens 2 D . -Dans les formules des dispositifs, les cas de molendinunz en Piémont ne sont pas plus anciens : on trouve, par exemple, l ' expression « partibus molandinis mon abus et vallibus D clans un diplôm e
de Charles le Gros en faveur de l ' église de Verceil, en 882 3 , ains i
que, peu après, en 885, dans un acte privé par lequel le prêtr e
Giselberto fait une donation à l ' église de S . Gaudenzio de No vare : « Tarn oasis curie . . . astallariis et moleudinum ab ipsa cas a
pertinenteln aquarum aquarumque ductibus 4 . » Ce qui nous im porte, d ' ailleurs, c ' est que, postérieurement à cette date, on n e
rencontre jamais molinum en Piémont, tandis que molendinunz est
fréquent, clans les formules en particulier . Mais, pour cette régio n
de l ' Italie encore, il est peu probable que le mot soit très ancien .
Quelques textes, malheureusement non datés, relatifs à l ' abbay e
de 13obbio, laissent entrevoir que c ' était bien nzolinum qui représentait le terme usité par la langue de tous les jours — et qui étai t
le terme antérieur à molendinunz . Un inventaire du 1x°-x° siècl e
dit, en effet, que a in Spariani potest seminare per annum mocli a
C
molino I . massarii .VIII . » : or, ce texte contient précisément beaucoup de formes vulgaires . Et un autre texte, liste de s
biens du même couvent, mentionne le « mulino Alneverti s : cett e
liste serait du x° siècle environ 3. Par ailleurs, clans la région d e
Tortone, un document de 0099 parle d ' un endroit appelé « Molinello 7 », et une autre charte, de 1081, relative à Ivrée et à ses alentours, contient l ' expression «in brayda desuper via n1olinarerç a 3 a .
Pour L'Émilie, heureusement, nous avons des faits phis ancien s
et surtout plus intéressants . En 853, les frères Gariberto e t
1. F . S . l., C . Cipolla, op . cit ., vol . I, p . 376 .
2. Biblioteca della] S[ocietìt di] S[loria] S[ubalpina], vol . XXVIll ; P . Gabotto ,
Le più antiche carte dello archivio capitolare di Asti, Pinerolo, 1904, p . 1e8 .
3. II. P . M ., Chartarunt, t . I, col . 65 .
4. Il. P. M., Chartarun, t . I, col . 69 .
5. F. S . I., C . Cipollu, op . cit ., vol . I, p . 257 . Il convient d'ajouter que naolendi.nunc n'est pas inconnu h cc texte : on le trouve O. la p . 260 .
Ii, F. S . 1 ., C . Cipolla, op . cit ., vol, I, p . 374 .
7, B, S . S . S ., vol . XXIX ; F . Gabotto e V . Legé, Le carte dello archivio capito lare di Tortona, Pinerolo, 1905, p . 42 .
8 . B . S . S . S ., vol . Y ; P . Gabotto, Le carte dello archivio vescovile d'Ivrea fino a l
1ü13, 1 . 1, Pinerolo, 1900, p . 31 .
60
PAUL ALInSCIIEf .
Arioaldo donnent une moitié de l'église de S . Quin tino, à Parme ,
à l ' archidiacre Haribertus, a una cune medietatem de casis vel molino clui ibidem edificatuin es t l » ; en 860, Aralclus, dans une vent e
qu 'il fait à l'archiprêtre Rimpertus, parle de « omnibus oasis e t
rebus sea molino ad . . . basilica de prenominato molino ana cum
aquario 2 » ; la même année, ce même archiprêtre vend au sous diacre Stephanus « basilica ilia Sancti Quintini . . . una cum casi s
et res seu molino cum aquario suo ad ipsa basilica pertinentis 3 » ;
en 890, Petro, archiprêtre de la cathédrale de Plaisance, concèd e
à Iohannes « molino uno iuris ipsius ecclesie Sancti Savini, qu i
est posito loris muro civitatis Placencia in rio publico 4 » : et ce
mot molino revient cinq ou six fois dans ce document . Il est vra i
que, dans ce même cartulaire parmesan, molendinunz est mentionné plus anciennement encore et plus fréquemment : mais ,
presque toujours, dans des textes qui ne peuvent en aucune faço n
nous renseigner sur l ' usage local . C ' est, en effet, un diplÔme de
82G par lequel Louis le Pieux et Lothaire donnent au comte Bob o
ce qu 'ils possèdent à la Corte di Biella, « cum domibus . . . molendinis, mobilibus et immobilibus » ; c ' est, en 835, le testament d o
la reine Cunégonde, testament où se trouve la formule « fluminibus et fontaneis sea molendinis et piscationibus 6 » ; c ' est, en 866 ,
une donation du roi Lothaire à sa femme Teo tburga, où molendinum figure également clans le dispositif 7 ; c ' est encore, en 868 ,
une confirmation de la donation précédente, avec dispositif analogue 8 ; c ' est, en 878, une donation du roi Carloman au couven t
de la S . Resurrezione de Plaisance, où il est question d'un « nmlendinum . . . iuxta baselicam Sanctae Brigide cum solo et de curs u
aquae a. Nura fluentis usque in Fossam Angustam 0 n ; c'est, enfin ,
en 892, dans le testament de Vuihboclus, évêque de Parme, la for mule « cum casis, terris, vinais . . . r . pinis aquarumque de cursibus, molendinis 10 » . Mais, notons-le, il faut arriver jusqu'à cett e
1. U . Benassi, Codice diplomatico parmense, vol . I, Parma, 1910, p, 21 .
2. U . Benassi, op . cit., p . 27 .
3. U . Benassi, op . cit., p . 30 .
4. U . Benassi, op . cit., p . 192 .
5. U . Benassi, op . cit., p . 99 .
6. U . Benassi, op . cit., p . 104 .
7. U . Benassi, op . cit., p . 113 .
8. U . Benassi, op . cit ., p . 123 .
J . U . Benassi, op . cit., p. 164 .
10. U . Benassi, op . cit ., p . 68 .
LES DÉNOMINATIONS DU « MOULIN D .
61
date de 892, soit jusqu'à la fin du Ix° siècle, pour trouver un témoignage de l'emploi local de molendinunz — et encore le mot n e
figure-t-il que clans un dispositif — alors que, d ' autre part, pou r
la période antérieure, tous les actes de Parme ou de Plaisance em ploient nzolinunz pour moulin .
Quant à la région de Ravenne, les actes où il est question d e
moulins sont infiniment plus rares encore qu ' en Piémont et son t
surtout tardifs : de sorte qu'il est impossible, avec les matériau x
que j ' ai eus à ma , disposition, de se faire une idée quelconque de s
mots que l'on employait . Je ne puis citer, en effet, qu'un document ravennate de 1126, dans lequel nzolendinunz figure dans un e
formule 1 . Pour les Marches, j ' en parlerai après avoir étudié le s
dénominations du moulin en Ombrie .
Nous arrivons ainsi en Toscane . La plus ancienne charte tos cane mentionnant un moulin est celle par laquelle le clerc Filipertus vend au médecin Gaidualdus, de Pistoie, en 726, divers bien s
immobiliers, entre autres « omnem portionem eins de mulino qu i
edificatus est in flubio qui dicitur Braina 2 », soit l ' actuel torrent
Braira . Pour l ' année 754, nous avons deux textes : l ' acte de fondation de l'abbaye de S . Piero in Palagiolo (Lucques), dans lequel s e
trouve la phrase « omnem adjacentiam ad ipsa casa vel molino 3 » ,
et l ' acte de fondation du monastère de S . Pietro di Monteverd i
(Massa Marittima), où le fondateur Vualfredus précise que ce couvent « abeat portionetn meam de molino et casa de Caldana . . . et
omnem adiacentiiam ad ipsa casa vel molino 4 » . Vers la fin d u
mémo siècle, en 798, une charte par laquelle un certain Willeramo assigne de nombreux biens à l ' église de S . Pietro à « Vaccole » mentionne « aliuin campum . . . ubi dicitur ad Molinum 5 » .
Au siècle suivant, en 862, l ' évêque de Lucques Hieremias inves tit le meunier Gospert, « Gospert mulinario », d 'une maison ave c
moulin, « casa cum fundamento, curte, orto, sive riparia et sep e
1. A . Tarlazzi, Appendice ai Monumenti Ravennati del Conte Marco Fantuzzi, t . II ,
Ravenna, 1879, p . 5,
2. F . S . I., L . Schiaparelli, Codice diplomatico longobardo, vol . I, p . 132 . — Pou r
l'an 742, F . Brunetti, Codice diplomatico toscano, parte I, t . I, Firenze, 1806, p . 205 ,
donne un diplôme d'Astolphe, roi des Longobards : vrais c'est un faux .
3. F . Brunetti, op . cit ., vol . cit ., p . 551 .
4. F . S . I ., L . Schiaparelli, op . cit., vol . cit ., p . 345 .
5. Memo rie c Documenti per servire all' istoria del ducato di Lucca, t . IV, Lucca ,
1818, p . 180 .
62
PAUL AEBISCIGB .
mulinaria, ubi ego ipsi modo molino abere visu sum' » ; deux an s
après, en 864, le diacre Ghisolfus vend au prêtre Wiliperto, entr e
autres, « portionem de molino . . . in . . . loco Cumpito », et « portionem . . . de uno alio molino in eodem loco Cumpito 2 » ; en 867, Hieremias cède à Ademari « molino illo in fluvio Sala prope Teupascio 3 », en Maremme ; en 874, l ' évêque Gherardus loue un a funclamento de molino qui esse videtur in aqua que dicitur Teupascio . . .
una cum omisi legnamen et machinas, sco edificio suo 4 » ; en 882
enfin, il est question dans un document d'un lieu dit « in loco Pictule, ubi clieitur Campo da Mulina prope fluvio Auserelo 5 » . —
Pour le x° siècle, je connais cieux exemples de molinum au moin s
dans des textes lucquois : un acte de 940 mentionne une « casa e t
molino, cum curte, orto 0 . . . » à Vorno, et une charte de 983, pa r
laquelle l' évêque Teudigrimo inféode diverses possessions à u n
certain Domnucio, donne l ' indication a in loco et finibus Teupaxio
territurio populonense . . . fundamentum et casalino . . . una cum omnibus casis et cassinis . . ., sive cum ornai molina et aqueducia 7 D .
— Au xi° siècle, les exemples cle notre mot sont nombreux en core et épars dans toute la Toscane : UD acte de la région d ' Arezzo ,
en 1041, contient la formule « cum casis vineis et molino et cu m
terra ubi predictus molino edificatus est s » ; un document de l a
méme région, d ' une année postérieur au précédent, soit de 1042 ,
mentionne « tertiam portionem de casa forma et molino illo quo d
est in fluvio Arclano 9 » ; un troisième texte arétin, rie 1 044, parl e
d' une « integra . . . portione de molino et terra in qua estat iuxt a
fluvio Arclano, quod detinent Calvo et Peccio 10 » . Dans une parti e
plus occidentale de cette Toscane, deux textes, datés Cous deux d e
Montevarchi en 1086, mentionnent un lieu dit a Molina 11 » ; u n
autre document, écrit à Coltibuono en 1090, a trait à « tribus petiis de terra, positis a la Spugna de Sexta secus fluvius Marsalane ,
1. Memor ie e Documenti. . ., t . V, parte II, Lucca, 1837, p . 456-457 .
2. Memorie e Documenti . . ., vol . cit., p . 461 .
3. Memorie e Documenti . . ., vol . cit., p . 488 .
4. Dlemor ie e Documenti . . ., vol . cit ., p . 523 .
5. Memorie e Documenti . . ., vol . cit., p . 55 7
6. Memorie e Documenti . ., t . V, parte III, Lucca, 1841, p . 179 .
7. Memorie e Documenti. . ., vol . cit., p . 414 .
8. R . C. I ., L . Schiaparelli, F . Baldasseroni, Regesto di Camaldoli, vol . I, Roma ,
1907, p . 81 .
9. R . C . I., L . Schiaparelli, F . Baldasseroni, op . cit., vol . cit ., p . 85 ,
10. R . C . I., L . Schiaparelli, F . Baldasseroni, op . cit ., vol . cit ., p . 92 .
11. R . C . I„ D. L . Pagliai, Regesto di Coltibuono, Roma, 1909, p . 85 et 83 .
LBS DENOMINATIONS DU (( MOULIN
».
63
ubi iam clictus abbas [de Coltibuono] hedificare vult molinum t » .
— Au xu° siècle, un acte lucquois de 1115 parle de « molina . . .
in illo porto ubi dicitur prope Quercia Georgii 2 » ; une antre
charte lucquoise de 1117, par laquelle Itta fait une donation à l'hôpital de Plotiano, cite une a portionem de uno molino qui esse videtur in fluvio Fredana . . . cum aquiducio et omne deficio ipsiu s
molini 3 » . En 1123, Benedictus et Enricus reconnaissent avoi r
reçu à cens une maison avec a molino super se habentem, et aqueducto et canale et macinis et rebus omnibus eiusdem molino pertinentibus 4 » ; en 1128, toujours dans la même région, un document parle d ' un « secleo di casa di molinum et terra vacua ante
ipsum molinum et presa et acquiducio fini ça presa 5 » . En 1146 ,
un acte dit que « ohm fuit casa . . . cum molino et macinis et marulis et canalibus et aquiductu° . . . » ; en 1163, Mansus et Hildemanclinus vendent leurs parts « de uno molino maneulo cum se dio et sua pertinentia quod videtur esse in loco Massa Macinaia 7 » ;
en 1165, Paganellus donne à un établissement religieux une terr e
où l ' abbé « edificet . . . molina 8 s ; en 1169, Bonafides donne au chapitre de Lucques six pièces de terre, la sixième étant un « campu s
in loco Fredana, prope molinum de subtus, et tenet nnum capu t
in suprascripto molino ° » ; en 1171, un texte mentionne a totu m
Iegnamen molinorum porte S . Donati t ° » ; en 1172, Carione vend
a una petia de terra cum sedio de molino" » ; en 1180, enfin, deux
personnes donnent une pièce de terre a prope molina monasterii 12 » . Dans cette région de Lucques, ainsi, jusqu ' il la fin du
x° siècle, molinum est plus que fréquent dans les textes : c ' est c e
mot qui est usité toujours lorsqu ' on veut parler d ' un moulin .
A l'autre extrémité de la Toscane, clans le voisinage d'Arezzo ,
il semble qu ' il en a été de même . Par acte daté de Tornano, e n
1. R. C . 1., D . L . Pagliai, op . cita, p . 90 .
2. Memorie e Documenti . . ., t . V, parte III, p . 679 .
3. R . C. I., P . Guidi e 0 . Parenti, Regesto del capitolo di Lucca, vol . I, Roma ,
1910, p . 323 .
4. R . C . I ., P . Guidi e 0 . Parenti, op . cit., p . 340 .
5. R . C . I., P . Guidi e 0 . Parenti, op . cit ., p . 373 .
6. R . C . I., P . Guidi e 0 . Parenti, op . cit ., vol . II, Roma, 1912, p . 3 .
7. R . C . I., P . Guidi e O . Parenti, op . cit ., vol . cit ., p . 131 .
8. R . C . I., P . Guidi e 0 . Parenti, op . cit ., vol. cit ., p . 145 .
9. R . C. I., P . Guidi e O . Parenti, op . cit., vol . cit ., p . 166 .
10. R . C . I., P . Guidi e O . Parenti, op. cit., vol . cit ., p . 179.
11. R . C . I ., P . Guidi e O . Parenti, op . cit ., vol . cit., p . 185 .
I2 . R . C . I., P . Guidi e O . Parenti, op . cit ., vol . cit ., p . 342.
64
PAUL AEBISCIIBR .
1133, Uberto vend « unain petiolam de terra cum vinca et mulino ,
positam in vocabulo Tornano 1 a ; en 1138, Petro vend à Azo, ministérial du monastère de S . Lorenzo di Coltibuono, « de mulin o
de Duda integram suam partem 2 n ; en 1156, Guido, sa femme e t
un autre personnage vendent à l'abbé du même couvent a una petia terre . ., quanta est necesse vel exit a sipe et ad omnem utilitatem molini de Tornano s a . Dans un acte non daté, mais que l ' o n
peut attribuer à ce même xn° siècle, acte dont le latin est plein d e
formes vulgaires, Bonico et d ' autres cèdent divers biens au monastère de Coltibuono, en particulier « terra vel orto al [
] tota
et al molino a Duda ad utilitatem predicto molino [
] et [
]
do et a la gualghiera de supra 4 a . En 1205, enfin, un autre document, extrêmement incorrect lui aussi, parle d'une possessio n
cum so molino, cum ortes et cum bineas 5 a .
Ces textes sont si fautifs l ' un et l ' autre qu ' on peut parler, no n
plus de latin, mais d ' italien latinisé, C 'est dire que, du vlll° siècl e
à 1205, nous avons, pour des régions très différentes de la Tos cane, la preuve d ' une tradition ininterrompue dans l ' emploi d e
nzolinunz . Mais ce mot n ' a pas été usité seul : en Toscane encore ,
il a été concurrencé, à partir d'une certaine époque, par molendinunz et même, en ce qui concerne les environs d ' Arezzo, par u n
troisième mot . Voyons comment ces concurrents se sont affrontés .
Le cas le plus ancien que je connaisse de nzolendinnm en Tos cane ne date que des premières années du x° siècle : il se trouv e
dans un diplôme royal, dans une donation de Béranger I°'' à Petrus, évêque d'Arezzo, en 916 . Au surplus, le mot n'y figure qu e
dans le dispositif a una cum oasis, terris . . . aquis, aquarumque decursibus, molenclinis, piscationibus li a . Le second cas, par ordr e
de date, est de 941 : les rois Hugues et Lothaire donnent aux chanoines de Lucques le domaine de S . Petronilla di Massa Macinaja :
nzoleizdi,w,n y est employé de nouveau dans le dispositi f 7 . Viennen t
ensuite : un document de 961, par lequel le roi Adalbert confirm e
1. R. C . I., D . L . Pagliai, op . cit ., p . 161 .
2. R . C. I., D . L . Pagliai, op . cit ., p . 1118 .
3. R . C . 1., D . L . Pagliai, op . cit., p . 197 .
4. R . C . i ., D . L. Pagliai, op . cit ., p . 245 .
5. R, C . I., E. Lasinio, Regesto di Camaldoli, vol, III, Roma, 1914, p . 25 .
6. U . Pasqui, Documenti per la storia della catit di Arezzo, vol . I, Firenze, 1899 ,
p . 79 .
7, illemorie e Documenti per servire all'istoria del ducato di Lucca, t . V, parte III ,
p. 642 .
LES D1NOMINATIONS DU « MOULIN
>.
65
au chapitre d'Arezzo les privilèges accordés par Hugues et Lothaire — il y est question d'un « molendinum . . . constructum i n
Arni alveo, in villa que dicitur Veneris l D ; — un privilèg e
d ' Othon III, de 996, où « molendinis » se retrouve une fois de plu s
clans le dispositif 2 ; un autre privilège du même empereur, de 997 ,
où « molendinis » figure également clans le dispositif 3 ; un troisième privilège d ' Othon III, de 998, où « molendinis est employ é
encore clans le dispositi f 4 . Si bien cjue ce n ' est q u ' après l ' an mill e
que, dans les diverses parties de la Toscane, molendïaz{nz paraî t
faire son entrée dans les chartes locales : en 1003, les frères ßaineri et Berardo donnent au monastère des SS . Salvatore et Alessandro a Fontebuona tous leurs biens, dont 1' « ecclesia Sancti An gneli con donnicato etcum molendin o 5 D ; la même année, donatio n
analogue de deux autres frères qui cèdent à ce couvent, entr e
autres, « in loco et vocabulo Casprino, ecclesia Sancti Angeli cu m
donicato et cum molendino et cuva suis pertinentiis et aqueductum preclicti molendini° » ; en 1028, l ' évêque d ' Arezzo Teodaldu s
confirme à son chapitre les possessions données par ses prédécesseurs, parmi lesquelles a molendinum unum iuæta pontem istiu s
civitatis aretine 7 » ; en 1031, dans un échange de terres entre c e
même évêque et l ' abbé de S . Fiera, il est question de la a tertia m
partent de molendino quam nos ibidem abemus cortem nostrar n
domnicatam de Gragnano . . . et molendinum et ecelesiam 8 » ; e n
1046, un jugement du comte Herimannus impose à Agifredus d e
restituer certaines terres au chapitre d ' Arezzo, parmi lesquelle s
integram terrain . . . de plebe sancte Marie sita Classe . . . except e
vinea et molendino 9 » ; en 1080, Berta vend des biens-fonds au x
chanoines d ' Arezzo : et la formule du dispositif contient les terme s
a terras, curies, castella . . . cuva omnibus adiacentiis earum, ides t
casis, vineis . . . molendinis, aquis 10 D . C 'est là le premier cas d e
nzolendinuna dans une formule locale toscane . La même année ,
1. U . Pasqui, op . cit,, vol . cit ., p . 95 .
2. Memorie e Docunrenli. . ., vol, cit ., p . 58 :3 .
3. U . Pasqui, op. cit., vol . cit., p . 118 .
4. U . Pasqui, op . cit ., vol . cit ., p . 120 .
5. E . Casanova, Tt Cartulario della Berardenga, vol . I, Siena, 1927 . p . + •
0 . E . Casanova, op. cit ., p . 96 .
7. U . Pasqui, op . Cit., vol . cit ., p, 185 .
8. U . Pasqui, op . cit., vol . cit., p . 215 .
9. U . Pasqui, op . cit ., vol . cit ., p . 242 .
10. U . Pasqui, op . cit ., vol . cit,, p . 335.
BULL . DU CANGE . 1932
5
66
PAUL AEBISCREB .
dans un acte daté d ' Arezzo, il est question de a petia una cum medietate de uno molendino l a . Une formule, d ' usage local probablement, d ' un acte arétin de 1080 est conçue ainsi : s Cum oasi s
cascinis terris corn vineis et arborihus olivetis silvis stirpetis montanis planitiis ac vallibus sortibus domnicatis mansis atque molendinis 9 , ., » ; et des dispositifs analogues, avec nzolendinunz, s e
retrouvent clans des chartes de 1095, 1099, 1109, 1114, 1115 3 pal`
exemple, dans cette même région d ' Arezzo . Dès cette époque, l e
mot est plus que fréquent dans les clocumelits de tontes les par ties de la Toscane, et non seulement clans les dispositifs, mai s
aussi dans le texte proprement dit : chartes Iucqu01SCS fi , charte s
du couvent de la Berardenga 5 , du monastère des Camaldules e , d e
Coltibuono 7 .
Mais, à côté de notre nzolendinunz, voici venir, timidement, pou r
se partager les dépouilles de nzolinu,n, un second larron : aquinzvlulrt . L ' exemple le plus ancien que j ' en connaisse en Toscane — no tons qu'on ne le trouve que clans les alentours d ' Arezzo — ne date
que de 1097 : il figure dans le dispositif d ' un texte provenant de Calnaldoli même : a Cum oasis terris vineis prati.s canlpis silvis aqui s
rivis paseuis molcndinis aquimolis cespitibtls foutagnis stangnis`I .
Alors que, dans ce premier texte, il est encore accompagné de nzolendinrun, comme si de par lui-mémo il n ' était pas suffisammen t
clair, nous le rencontrons bientòt seul : dans le dispositif d ' un e
charte de 1104, écrite à Galeata 9 ; dans la formule d ' un acte dat é
de F'ontebuono en 1108 111 ; dans celle d'un document de 9.9daté
de Soci ll ; dans celle d'une charte de 1130 datée de Valbona (Ga 1. R . C . L, L . Schiaparelli e F . Baldasseroni, op, oit ., vol . 1, p . 177 .
2. R . C . I., L . Schiaparelli e F . Baldasseroni, op .
vol . cit ., p . 223 ,
3. R . C . I ., L . Schiaparelli e F, Baldasseroni, vol . 1, p . 241, 256 ; vol, II, p . 34 ,
61 cC 68 ,
Ii . R . C . 1 ., P . Guidi o O . Parenti, Regesto del capitolo di Lucca, vol . 1, p . 311 3
('1134), p . 381 (1131), etc . ; vol . II, p . 8 (1146), p . 84 0142), p . 277 (1180) .
5. E . Casanova, Tl Cartnlario della Bcrardenga, vol . I, p . 103 (1148) ,
6. R . C. T ., L . Schiaparelli e F . Baldasseroni, op . cit ., vol . II, p . 23 (1106), 37
(1110), 42 (1111), 72 (1116), 88 (1121), 103 (1125), 122 (1129), 123 (1130), 129 (1130) ,
133 (1133), 178 (1146), 212 (1154), 224 (1160), 236-237 (1171), 296 (1194) ; E . Lasinio ,
Regesto di Cauaaldoli, vol. III, Roma, 1914, p . 8 (1202), 39 (1208), 166 (1223), etc .
7. R . C. I., D . L . Pagliai, Regesto di Coltibuono, p . 92 (1092), 170 (1138), 18 1
(11471, 207 (1163), 234 (1194) .
8. R . C . I., L . Schiaparelli e F . Baldasseroni, op . cit ., vol . 1, p . 249 .
9. 1t . C. I., L . Schiaparelli e P . Baldasseroni, op . cit., vol . II, p . 13 .
l0 . R . C . i., L . Schiaparelli e P . Baldasseroni, vol . cit ., p . 28 ,
11 . R . C . T , L. Schiaparelli c F . Baldasseroni, op . cit ., vol . cit ., p . 45 .
LES DINOMINATIONS DU (( MOULIN )) .
67
leata) . Ici, de nouveau, il est accompagné, ou mieux il est employ é
en même temps que nzolenclinunz : Rodulfo et ses frères donnent
à Vivenzo, prieur du monastère de S . Pietro in Cortine de Camalcloli, « unam turnaturiam de terra . . . », dont les limites sont « cie l
molendino da Gorgadalto : da uno latere terra ripa de Litilo et d e
super via currente usquc a ribo de Furno, coin aquis aquimolis e t
una parte de la silva de rio de Furno que ad ipso molendino pertinet t » . Dans un autre acte encore, de 1152, même voisinage : l e
prêtre Bernardus confirme à Vigilans la possession de ses terres à
Celle : « Terrain silvas molendinum cura aquis et aquimolis cu m
introitu et exitu suo 2 . » Même voisinage, une fois de plus, dans u n
acte daté de 1171 et provenant d'Arezzo : trois prêtres concèden t
à Rainaldo Tanelli et à Baroncino « integram partem suam ex molendino quod habent in suburbio Aritine civitatis . . . cum iure viarum per quas nunc itur ad molendum . . . et cura iure aquiboli [sic ]
eiusclem molendini 3 a . Même voisinage, enfin, dans un autre text e
arétin de 1213, qui parle de 1' « octavam partem pro indiviso omnium silvarum, stirpatorum, pascuorum totorumque aquimoloruin
positorum in Rumine Arni vel alibi a et emploie aquinzolunz dan s
une énumération plus ou moins figée, mais qui, quand il s ' agit d e
mentionner un moulin donné, dit : « Unam petiam terre posita m
ad molendinum de Mezo 4 a, tandis que, dans une charte du mêm e
recueil, postérieure de quelques années -- elle date de 1228 —
aquinzolunz est seul, puisqu'il ne s'agit que d'une formule : « Tenimentum . . . coin iutroitu et exitu suo, et cum aquis, aquimolis 5 . »
C ' est qu ' en effet, comme je viens de le suggérer, nzolinunz, nzolenclinunz et aquinzolunz, dans les documents arétins, ne sont d e
loin pas affectés au même usage . Aquimolunz, remarquons-le ,
n ' est employé que clans des formules de dispositif et son emploi ,
dans cet usage restreint, est tardif et restreint encore à la régio n
d'Arezzo . Dans tous ces textes, où aquinzolunz figure dans le dis positif, sitôt qu' il s ' agit de parler de tel moulin en particulier —
« molendinum in Rumine A .rni iuxta pontera de Valle, moleiïdinu m
1 . R . C . 1 .,
R . C . L,
3. R . C . 1.,
ti . R . C . I .,
5 . R . C. 1.,
L . Schiaparelli e F. Baldasseroni, op . cit ., vol, cit ., p . 120 .
L . Schiaparelli e F . Baldasseroni, op . cit ., vol . cit ., p . 202 .
L . Schiaparelli e F . Baldasseroni, op . cit ., vol . cit ., p .236-237 .
E . Lasinio, Regesto di Ca,naldoii, vol . III, p . 73 .
E . Lasinio, op . cit ., vol . cit ., p . 254 .
68
PAUL AEBISCHER .
in fluorine Ambre de Pote, molenclina in fluorine Esse de Pede
Montis et de Senzale a, dans une charte de 119 1i 1 par exemple —
c ' est nzolendinunz qu ' on utilise . Mais ce même nzolendin.um, ains i
que cela ressort des exemples cités plus haut, a été employé, lui ,
clans toute la Toscane, et dans le texte des chartes aussi bien qu e
dans les dispositifs : il apparaît, avons-nous vu, dans les formule s
d ' actes impériaux et royaux touchant la Toscane, dès le commencement du x° siècle — c ' est d ' ailleurs un hasard si, dans des textes
de ce genre, nous n ' avons pas de cas antérieurs de notre mot — ,
passe vers l ' an mille dans le formulaire des actes locaux, de mêm e
que clans la langue des scribes, qui l ' emploient très fréquemment ,
dès la fin titi xi° siècle en tout cas . Quant à nzolinunz, c ' est le vieu x
mot, usité clans les plus anciennes chartes toscanes, chartes de
Lucques ou chartes d ' Arezzo . C ' est dans ces deux régions, en effet (peut-être cette constatation n ' est-elle due qu ' au fait que c'es t
pour ces deux parties de la Toscane que nous possédons le plu s
de documents anciens), qu ' il résiste le mieux à la concurrenc e
de nzolendinunz : clans des textes d'un latin très décadent, nou s
le retrouvons encore dans les premières années cltt xnr° siècle .
Mais, là où on ne le rencontre jamais, notons-le, c ' est dans le s
formules : il n ' était pas d ' assez haute origine pour y avoir accès . — En un mot, des trois expressions nzolinum, nzolendinunz ,
aquinzolzznz, la première paraît être la plus populaire et la plu s
ancienne, la plus vulgaire aussi ; molendinum est, à partir d ' u n
moment donné, le terme choisi pour « moulin » clans les chartes ,
dans la langue écrite des scribes et des notaires ; aquiinolum, qu i
apparaît dans la région d'Arezzo plus tard encore que nzolendinunz, est compris comme un mot artificiel, figé dans les formules ,
d'où il ne sort pas : c'est plus une combinaison de sons qu'un mo t
vivant, suggérant une idée . Ce qui s ' explique, puisque, nous allons le voir, Arezzo l ' a emprunté à l ' Ombrie, où il s ' était répand u
grâce à l ' influence de Rome . C ' est pour cela qu ' on l ' écrit aquibolunz, que l ' on parle du « ius aquiboli molendini 2 » sans que le no taire à qui l ' on doit cette expression ait compris ce qu ' il écrivait ;
de là que, hors des formules, c ' était nzolendinunz qu ' on employait ,
ou même molinum .
Au tour de l' Ombrie, maintenant ; ou mieux, au tour de la ré-
1.li.
C . 1 ., L . Schiaparelli e F . 13aldasseroni, op, cil ., vol . II, p . 296 .
2. H . C . 1 ., L. Schiaparelli e F . Baldasseroni, op . cit ., vol, cit ., p . 236-237 .
LES D>NOMINATIONS DU (( MOULIN D .
69
gion de Gubbio . Nous y retrouvons — il fallait s ' y attendre — le s
trois mots de tout à l ' heure . Mais, si l ' on en juge d ' après les
chartes du monastère de Gubbio, leur ancienneté et leur vitalit é
ne sont pas les mêmes q u ' en Toscane : et à cela il fallait s ' attendr e
aussi . Le plus ancien texte qui mentionne un moulin --• mentio n
qui ne figure que dans une formule — date de 921 : c ' est une do nation à l ' évêché de S . Mariano, dans laquelle se trouve le dispositif « in silvis, aquis, aquimolis 1 » . Les formules avec aquinzolunz ont été, au surplus, la règle durant les siècles suivants, le xi °
et le xuc° . C ' était même plus que la règle : toutes les formules ont
ce mot, auquel, comme nous allons le voir, on a adjoint parfoi s
rnolendirzunz . Il est compréhensible, dès lors, que je m ' abstienn e
d ' en citer des exemples 2 . Mais, chose curieuse, tandis qu ' aquiznolanz est si fréquent, qu'il a le privilège exclusif de figurer clans le s
dispositifs, il n' est employé qu ' une seule et unique fois en dehor s
du formulaire : clans un texte d ' ailleurs tardif -- il est de 1197 —
oìI il est question cl ' « unum aquimolum et dimidium quod est positum in flumen Asini 3 » .
Partout ailleurs, au contraire, où il s ' agit de parler d ' un mou lin, c ' est, sauf dans deux cas (l ' un étant le document de 1197), à
molendinum qu'on a recours . Il est vrai que tous les textes qu i
donnent ce mot sont postérieurs à 1046 et que nous n ' en pouvon s
rien déduire en ce qui concerne l ' état antérieur des faits . En 1047 ,
en tout cas, une charte parle d ' une a porcione de . . . molendino 4 » :
et la diversité d ' emploi de nzolendinunz et d ' aquinzolunz ressor t
clairement du fait que cette phrase est immédiatement suivie d e
« cum omnia nostra porcione de aquis et aquismolis, et de omni a
que infra a [predictos] finis, nos est pertinentes », où nous retombons dans le formulaire . Même différence d ' usage dans un texte
de 1084 : « Cum oasis et ortis et vineis . . . aquis, aquismolis, et
medietate de uno molendino, cum omnia sua pertinentia t a ; clan s
un acte de 1092 : « Cum molendino et suis edificiis et aquis, aquismolis et terris et silvis quam pertinet a predicta canonica 6 n ; dan s
1. P . Cenci, Carte et diplomi di Gubbio, Perugia, 1915, p . 32 .
2. Je me contente de citer les exemples suivants, pour le xi° siècle : P . Cenci ,
op . cit ., p . 38 (1047), 43 (1057), 56 (1070), 59 (1071), 69 (1076), 74 (1084) et 78 (1086) .
3. P . Cenci, op . cit ., p . 340 .
4. P . Cenci, op . cit ., p . 38 .
5. P . Cenci, op . cit ., p . 74 .
6. P . Cenci, op . cit., p . 84 .
70
PAUL AEDISCHER .
un autre acte de 1157, par lequel Bonoavere et Zuczalus cèdent a u
prieur de S . Mariano la moitié des moulins qu'ils construiront :
« Medietatem molendinorum de quibus edificare potuerimus . . .
cum aquis aquismolis edifitiis quibus ad molendina sunt necessaria l » ; dans une vente de moulin en 1190 : « Unum . . . molendinum quod habeo et teneo in foce Caminiana, ante molendinu m
Ziliberti . . . cum aqua aquimolo et cum ducimento aqui 2 » ; dan s
une charte de 1193, enfin : « Molendinum (abri . . . cura aqui s
aquismoli s 3 . » Et même usage concret de inolendinuin dans les ca s
suivants : « molendinum quod est edificatum iuxta pontera foce m
Caminiani`k» en 1122 ; « de hedificatione unius molendini 5 » dan s
une convention pour la construction d'un moulin en 11 .56 ; «terr a
videlicet et molendinum 6 » dans une donation de 1163 ; « oct a
vam partem molendini de Crate qui est positus in foce Caminiano 7 » dans un texte de 1163 ; « medietatern unius molenclin i
quod est positum et hedeficatum in !lumen Sabunde cum dua s
partes terre s » en 1197 enfin .
Timidement, et aussi sans succès, znolendinunz a tenté de s'introduire clans les dispositifs, à la faveur sans cloute du fai t
qu'aquinzolunz était par trop étranger au langage ordinaire, qu ' i l
était par trop artificiel . Dans la formule d ' un acte de 1087, nou s
avons, en effet, « cura duo partes de silvis et salictis aquis aquismolis molendinis 9 » ; dans une donation de 1120, « [coni] salecti s
aquis aquismolis niolendinis 10 » ; clans un texte de 1130, « cura oasis, vineis . . . silvis aquismolis et salectis ac molendinis 11 » ; dan s
une charte de 1163, « cura aquis aquimolis et molenclinis et salectis 12 », formule que l ' on retrouve presque telle quelle clans un document de 1188-1194 18 . Mais jamais cependant, répétons-le, nznlendinunz n'a réussi à évincer aquizzzoluin : il a del se contenter, ç à
1. P . Cenci, op . cit ., p . 190 .
2. P . Cenci, op . cit ., p . 308 .
3. P. Cenci, op . cit ., p . 330 .
4. P . Cenci, op . cit ., p . 93 .
5. P . Cenci, op . cit ., p . 189 .
6, P . Cenci, op . cit., p . 202 .
7. P . Cenci, op . cit ., p . 203 .
8. P . Cenci, op . cit., p . 3U .
9. P . Cenci, op . cit ., p . 80 .
I0 . P . Cenci, op . cit ., p . 91 Gis .
il . P . Cenci, op . cit ., p . 1 I0 .
12. P . Cenci, op . cit ., p . 208 .
13. P . Cenci, op . cit., p . 302 .
LES
D tNOMINATIONS
DU (( MOULIN
».
71
et là, de l ' accompagner, de lui servir de doublure . Et c'est à c e
désir d ' explication, sans aucun doute, qu ' est due . l' expressio n
qu'on rencontre clans une charte de 1148, par laquelle l'évêque de
Gubbio, Ubaldus, donnait une vigne et « unum aque molum molendini in foce Camignani l » à l ' église de S . Secondino .
Qu'aquinzolum ait eu une vie tout artificielle, toute figée, dan s
ces chartes de Gubbio, c'est ce dont on peut être assuré . Mais nzolendinum était-il pour cela le terme vraiment populaire désignan t
le moulin? Il est difficile de le croire après ce que nous avons observé en Toscane . Le malheur, c'est que les chartes de Gubbio n e
nous fournissent pas de textes assez anciens, mentionnant des mou lins, pour nous éclairer . Et, cependant, une seule et uniqu e
charte, écrite une fois de plus en un latin des moins académiques ,
datée de 7 .()47, nous laisse entrevoir q u ' en Ombrie aussi molinun z
était, le mot le plus ancien des trois : Iohannes donna au chapitr e
et à l ' évêché de S . Mariano une pièce de terre et sa portion d u
moulin de Colle Alto : «Uno modiorum de terra . . . de ipsa res nos tra que nominatur Alla igsula da Io molino super Colle alto » ; c e
texte, d'ailleurs, . quand il s'agit de la notification de cette donation, continue en disant « cuui nostra porcione de ipso molendin o
[quod] ibi edificatum est » ; et suit la formule « cum omnia nos tra porcione de aquis et acluismolis 2. . . » . Les trois termes, pa r
conséquent, dans un seul acte . Mais ce voisinage même est plei n
d'enseignements : lorsqu'il s'agit de la désignation de l'endroit o ù
se trouve la pièce de terre en question, c'est nzolinoqu'on emploie ,
parce que c ' était lui qui faisait partie du nom de lieu ; quand o n
veut parler d'un bâtiment appelé «moulin », c'est de nzolendinum
que le scribe se sert ; quand, enfin, on fait entrer les « moulins »
dans la formule du dispositif — mais, au fait, savait-on seulemen t
que ce mot signifiait « moulin »? — c'est aquimolunz qui se présente . Et ce seul exemple, je le répète, est assez probant pou r
qu'on puisse en conclure qu'ici encore molinum représentait la
tradition paysanne, clans la dénomination du moulin .
Il n ' en reste pas moins qu'en Ombrie agaimolum, clans les formules, jouissait d ' une faveur singulière : et c ' est peut-être d' Ombrie -- peut-être aussi, et je dirais même plus probablement, sou s
l'influence directe de Rome --- que ce terme a passé dans le for-
i.
P . Cenci, op . ait ., p . 138 .
2 . P . Cenci, op . cit., p . 37-38 .
72
PAUL
AEnisenlili .
mulaire des notaires des Marches et même, nous allons le voir ,
de villes plus septentrionales . Dans cieux textes très incorrects ,
de 1056 et de 1060, en effet, nous trouvons aguinzoluln dans le s
dispositifs : le premier de ces documents, par lequel Rando e t
Berta donnent des terres à l ' église S . Salvatore, a la phrase « cu m
ipsa possecione nostra de iste molina et aquis et aquimollis et decursibus aquarum, et cum omnia ad ipsa molina pertinet t » ; d u
second, je transcris simplement le dispositif : « Cu terris, vineis ,
casi, silvis . . . aquis, aquimoliss, et co decursibus aquarum 2 . »
Dans une charte ravennate de 112G, que j ' ai déjà eu l ' occasion d e
citer, nous lisons une formule semblable : « Cum manso suo integro, cum terris, vineis . . ., aquis, aque molis et molendino 3 . » Et ,
plus au nord encore, et surtout à une date plus ancienne, à Pa doue, en 972 déjà, dans un acte par lequel un certain Garibaud o
donne des terres aux chanoines de Padoue, figure la formule « un a
cum terris casalivis . . . molendinis cum aquimulis suis`' », seule d e
son espèce . Il n' est pas possible de savoir par suite de quelle influence, de quelles circonstances — origine ou formation du rédacteur de la charte, peut-être ; document dont il s ' est inspiré
pour écrire son texte, peut-être aussi — aguinzolunz est arriv é
jusque-là .
Pour en revenir aux Marches, et aux chartes de Chiaravalle d i
Fiastra en particulier, l ' exemple de 1056 cité plus haut montre ,
en même temps qu'une intrusion d ' aquinzolunz clans le dispositif ,
que le ternie plus banal pour « moulin » y était néanmoins molinum, ou mieux le féminin inclina . Et ce terme s ' est conservé longtemps dans les chartes : en 1122, par acte daté de Fermo, les fil s
du comte Off() vendent un terrain propre à la construction d ' u n
moulin, et il y est question tie la « medietate de uno sedio de ma lino macenante 5 » . Mais, si nzolinum ou son féminin paraît ici en core avoir été le mot ancien, nzolendinanz, tant clans le texte proprement dit que dans les formules, apparaît dans les plus ancien s
documents déjà, qui sont d'ailleurs tous postérieurs à l'an mille :
i . Le carte della abbazia di Chiaravalle di Fiastra, vol . 1 Tonti per la stori a
delle Marche, Ancona, 1908, p . 5 .
2. Le carte . . ., vol . cit ., p . 7 .
3. A . Tariazzi, Appendice ai Monumenti Ravennati del Conte Marco Fantuzzi ,
t . II, p . 5 .
4. Codice diplomatico padovano, vol . I, p . 8/t.
5. Le carte . . ., p . 31 .
LES DINOMINATIONS DU
« MOULIN )) .
73
en 1006, Alberto vend à Ianni Alberto et à ses frères une « rota »
avec moulin, à Arano : « Ipsa rota que vocatur Pertucarella i n
curie d ' Arano cum molendinis et own omnia que super se habet 1 » ; en 1153, il est question d ' un « molendinum que fuit Nobelini 2 » ; en 1172, un texte parle de la e quartam partem de molendino . . . in loto qui dicitur Corone 3 » ; en 1184— pour ne cite r
que ces exemples—Manases concède au prêtre Albertus des bien s
dans la région d ' Osimo, entre autres e medietatem de uno molendinum cum elusa, vallatu, catasta, cum forma decessoria et recessoria 4 » . Quant aux formules où figure nzolendinunz, elles son t
fréquentes : on les rencontre dans des actes de 1036, 1082, 114 3 5 .
Qne, dans cette région, nzolinunz ou inclina représente le plu s
ancien de nos trois termes, évincé des actes par nzolezzdinum e t
parfois par aquinzolum, c ' est ce que démontre, si je ne me trompe ,
un fait, en plus du texte de 1056 : dans une donation au monastère de Chiaravalle, datée de 1172 et provenant de la régio n
d ' Osimo, on trouve cette phrase : e Una posta de uno molendin o
in fundo a vocabulo le Molina nove », et cette autre encore : « Ips o
molendino in fundo la Rota da le Molina nove, con elusa, cum vallata, cum recessuru, cum catastu, et cum introitu et essitu suo 5 . »
Nous avons là, en d ' autres termes, la mention d 'un ou de deu x
moulins, situés aux lieux dits le Molina none et la Rota da le Molina nove : d ' où nous pouvons conclure, sans crainte d ' erreur, qu e
nzolina y est antérieur à nzolendinunz .
Continuons notre tour d ' Italie et arrivons dans la région romaine — que j ' étends de Spolète à Gaète . Comme en Ombrie e t
comme déjà un peu dans la Toscane orientale, nous sommes e n
présence des trois inséparables — les trois mousquetaires —
aquinzolunz, nzolinunz et nzolendinunz . C ' est à dessein que je cit e
aquiznolunz en premier : il aurait l ' honneur insigne de figurer déj à
clans un privilège d'un pape Grégoire — les éditeurs du Reyesto
sublacense précisent même q u ' il s ' agit de Grégoire le Grand — d u
28 juin 594, qui, confirmant les possessions du monastère de Subiaco, parle des e rerum etiam et calum in integrem cum pisca1.
2.
3.
4.
5.
6.
Le carte . . .,
Le carte . . .,
Le carte . . .,
Le carte . . .,
Lc carte . . .,
Le carte . . .,
p . '1 .
p . 72 .
p . 123 .
p . 198 .
p . 3, 11 et 51 .
p . 126 .
74
PAUL AERISCHER .
ria et aquimolos suis 1 . . . D . Je ne puis me prononcer sur l ' authenticité et l'antiquité de ce document — antiquité et authenticité qu i
mc laissent un peu sceptique — : le fait est qu ' il a été copié dan s
le regeste par une main du xu e siècle . Mais que le terme ait ét é
usité anciennement, c'est ce dont on ne peut douter : on le trouve ,
dans les formules du dispositif, dans une bulle d ' Étienne V pa r
laquelle il confirme, en 817, les possessions et les privilèges de c e
même monastère — a nunc autem praenominatos funclos, vel uncias suprascriptorum fundorum sou aecclesias, casas, vineas, grata ,
silvas, salicta, rivos, aquas, nec non et aquimolos, oliveta cu m
universis appendicibus suis 2 » — dans une bulle analogue du pap e
Pascal Pr , en 817 aussi 3 , dans un texte relatif à Gaète, daté d e
830, où il est question d' une donation de a quadraginta et quinqu e
die de aquimulum 4 » -- soit de l'usage d'un moulin pendant u n
mois et demi — dans un autre document concernant la localité d e
Scavoli, près de Gaète, qui parle, en 830 — mais la date n ' est pas
assurée — d' un a aquimolum qui ponitur in Scaur i t », dans tin pri vilège de Nicolas l e 1', de 858-867, en faveur du monastère de Falla 8 ,
dans une donation datée dubitativement de 883 7 . Dès cette époque ,
aquimolum, dans l'usage romain, n ' est pas limité aux formules :
on le trouve ailleurs clans le texte des chartes et des bulles . Dan s
le testament de Docibilis, consul de Gaète, en 906, sont citée s
ipsas aquimole — le mot est féminin — positum in Pampilin i 8 » ;
dans un privilège du pape Jean X datant de 926, il est questio n
d'Un a aquimolum . . . in integro qui ponitur in casa Gallorum territorio Ferentinello minore » ; en 959, le duc Joannes concèd e
l ' église de S . Erasmo à Formia « cum toto et inclito suo aquisniol o
posito sub palucle l ) » et, en 963, dans un accord où le monastèr e
de S . Michele à Gaète était partie, il est fait mention d ' un « aquis 1. L . Allodi e G . Levi, Il regesto sublacence dell'undecimo secolo, Roma, 1885 ,
p . 252-254 . Cf . p . 252, note 7 .
2. L . Allodi e G. Levi, op . cit ., p . 185 .
3. L . Allodi e G . Levi, op. cit ., p . 186 .
4. Tabularium Casinense, t . I, C[odex] D[iplomaticus] C[ajetanus], t . I, Monte
Casinii, 1887, p . 3 .
5. C . D . C ., t . I, p . 5 .
6. L . Allodi e G . Levi, op . cit ., p . 14. ; cf . p . 51 .
7. L . Allodi e G . Levi, op . cit ., p . 11 .
8. C. D . C., t . I, Monte Casinii, 1887, p . 32.
9. L . Allodi e G . Levi, op . cit., p . 18 .
10. C. D. C ., t . I, p . 110 .
LICS
DINOMINATIONS
DU « MOULIN )) .
75
molum positura intra Ghuncellum i » . Dans un acte daté de Gaète ,
en 978, on parle d' « eam asquimolum [sic] qui edificatus ess e
videtur in flumicello 2 a ; en 1002, les ducs de Gaète Jean III e t
Jean IV concèdent au pape « unum . . . aquismolum qui ponitur a b
ipso latere in parte hoccidentem de ipso ponte de flumicello frigidi cum tota ipsa insala 3 » ; en 1010 est cité « aquismolum quo d
dicitur maiore positura sub ponte super aquismolum minorem 4 » ,
aux environs de Gaète . — Dans une tout autre région, soit dan s
celle de Farfa, le mot était également connu dans le langage de s
notaires : en 1011, par exemple, un comte Otto donne à une églis e
« unum aquimolum . . . positum iuxta fluvium Currensem . . . cum alveo, et introitu et exitu suo . . . in vocabulo quod dicitur Colli e » ; en
1012 — la date n'est pas tout à fait sûre — Guelto vend au couven t
de Farfa « a levata osque ad pausatam, cum catasto et clausura ub i
ipsum aquirnolum opus fuerit faciendi, et cum aqua in ipsum entrante, et in suum alveum revertente, et cum introitu et exit u
suo e . . . » . Pour Rome même, certains textes nous montrent qu e
dans les chartes c ' était aquirnolum qui était employé pour « mou lin » : en 1006, Stephanus, abbé de Subiaco, concède à Berta e t
à sa mur une vigne et d' autres terrains près de la Porte Majeure ,
à Rome : ces terrains étaient limités « a secondo latere . . . ubi es t
aquimolum 7 » . Et enfin, pour en revenir à la région de Gaète, u n
testament de 1024 parle d ' une « portione de aquismolum quo d
antea construximus icesta riparo fluminis 8 » ; dans une donation à
une église de Formia se trouve la mention « tota . . . portione d e
ipso aquismolu positu in Capu de aqua cum sedio suo cum cortin a
sua ante et retro . ., et cum aqueductu suo l » ; en 1050, Leo, évêqu e
de Gaète, concède à Joannes, prêtre, une « portione de ipso aquis molum de Armenie 1e » ; en 1109 enfin — c' est le dernier exempl e
du mot que je connaisse dans le Codex diploinaticus Cajelanus —
C. D . C ., t. I, p . 118 .
C. D . C ., t . I, p . 135.
C . D . C., t. I, p . 203 .
C . D . C ., t. I, p . 229 .
I . Giorgi e U . Balzani, Regesto di] Far/a, t. IV, Roma, 1888, p . 17 .
Reg. Far/a, t . IV, p . 18 .
7. L . Allodi e G . Levi, op . cit ., p . 150 .
8. C . D . C ., 1 . 1, p . 277 .
9. C . D . C ., t . I, p . 285 .
10. C. D . C ., t. I, p . 375 .
1.
2.
3.
4.
5.
6.
76
PAUL AEBISCuEB .
est citée une route « que yacht ad . . . aquismolum Sancti Geor gii l )) .
La carrière fournie par aquisnzolunz — forme de Gaète — et
aquinzolunz — forme usitée à Farla et à Subiaco — avait été belle ,
d ' ailleurs . Mais les exemples du mot étaient bien plus nombreu x
encore dans les formules : c ' est par dizaines qu ' on les rencontr e
dans les documents de Gaète 2 , dans ceux, en particulier, de Subiaco 3 et de Farfa 4 , dans les bulles papales d'Etienne IV et d e
Pascal l e", comme nous l ' avons vu, de Nicolas ler et de Jean X, d e
Benoît VI, de Grégoire V, de Jean XII, Jean XVIII, Benoît VIII 5 .
Et, fait amusant, de ces dispositifs des chancelleries pontificales ,
aquinzolunz a passé jusque dans les privilèges impériaux : en 840 ,
lorsque Lothaire prend le monastère de Farla sous l' immédiate juridiction impériale et qu ' il lui confirme ses possessions, nous li sons dans une formule : « Fundum Urhanam . . . in quo est aecclesia sancti Viti cum pratis, silvis et aquimolis 5 i) ; mais ce détail
s ' explique tout simplement : ce n ' est que la copie, par la chancellerie impériale, du passage correspondant de la bulle d ' Etienne I V
qui a également : « Fundum urbana, . . . uhi est aecclesia sanct i
Viti, cum pratis, silvis et aquimolis vel omnibus ad eum in integrum pertinentibus 7 . » C' est de la même façon qu ' il faut expliquer la présence — présence toute casuelle, par conséquent —
d ' aquinzolunz dans les privilèges accordés à la même abbaye pa r
l ' empereur Louis Il en 857 ou 859 8 , par Othon I"M en 967 8 .
J ' ai dit plus haut qu ' aquimolum aurait existé, d ' après le Re 4resto sublacense, dans un acte de 594, ce dont je doutais . Molendinum aurait une chance analogue, à en croire leRegesto di Faz fa
1. C . D . C., t . II, p . 185 .
2. Ci . par exemple C. D . C ., L . I, p . 86 (a . 950), 121 (963), 273 (1023) ; t . II, p . 1 9
(1058), 123 (1079) .
3. L . Allodi e G . Levi, op . cit., p, 21 (1005), 28 (998), 34 (973), 38 (1015), 51 (867) ,
56 (1051), 81 (1053), 240 (1010). Cette dernière est tout particulièrement curieuse :
il y est question du territoire de Palestrina, « cum cellis . . . aquismolcntibus cu m
motif; et
».
4 . Reg. Farta, t. II, p . 185 (817), 186 (817) ; t . III, p . 57 (947), 129 (1003) , 16 5
(1004), 243 (1020) ; t . IV, p . 45 (1030), 80 (1031), 81 (1027), 97 (1035), 192 (1046), 22 1
(1050), etc .
5. Pour Nicolas I'° et ses successeurs, cf . Allodi e G . Levi, op . cit ., p . 14, 18, 20 ,
28, 31, 34 et 38 .
6. Reg. Farta, vol . II, p . 234.
7. Reg . Farla, vol . II, p . 183 .
8. Reg. Faria, vol . III, p . 2.
9. Reg. Farta, vol . III, p . 108 .
LES DÉNOMINATIONS DU a MOULIN
».
77
cette fois : il figurait déjà dans le dispositif, « seu et olivetum, e t
vassilecam, et molendinum, omnia et in omnibus l », d' un acte d e
l ' an 749 par lequel deux frères vendaient un cheval au monastèr e
de Farfa . Mais je suis plus sceptique encore en ce qui concerne c e
molendinum de 749 que pour l ' aquimolunz de 594 : il serait extraordinaire, pour ne pas dire impossible, que ce mot ait pu êtr e
connu alors à Rome, à un moment où il n'avait même pas appar u
dans les documents de l'Italie septentrionale . — Quatre-vingt s
ans après, par contre, son arrivée à Rome est on ne peut plus certaine : le privilège par lequel les empereurs Louis le Pieux et Lothaire, en 829, concédaient à Farfa le couvent de S . Stefano a l a
formule « cum aecclesiis, cellulis, territoriis . . . alpibus, gais ,
molendinis, aquis 2 » : et c ' est une formule identique que nous re trouvons dans l ' acte par lequel Lothaire confirme, en 832, Farf a
dans la possession du même couvent de S . Stefano in Lucane . I l
est évident que, par la suite, nous rencontrons le mot clans les for mules d ' actes impériaux ou royaux ayant trait à cette partie d e
l ' Italie : clans un privilège d ' Othon II en 981 4 , dans une confirmation de privilèges par Othon III en 996 5 , clans un privilège du roi
Henri IV en 106 5 6 . Mais, dans la seconde moitié du x° siècle, nou s
voyons apparaître molendinum ailleurs encore : le premier exempl e
que j ' en connaisse, en dehors des actes impériaux, se trouve dan s
la formule du dispositif d'une concession faite au couvent d e
S . Magno par Marinus et Joannes, ducs de Gaète, en 979 ; la voici :
« IIace auteur quomodo diximus et quantum continere videtur i n
oc volumine precepti in giro et giro quantum de a ipse fines et in fra esse videtur ; Ides t fluminibus ; rivis ; aquis ; molendinis ; fontes ,
gurgites 7 . . . » Et, quelques dizaines d ' années après, il apparaî t
dans la région, beaucoup plus germanisée politiquement, de Spolète : clans un texte daté sans cloute de 1012, par lequel un certai n
Trausaricus, de Rieti, donnait des biens ail monastère de Farfa ,
on trouve la formule « cum aecclesiis et ornamentis earum et molendinis, aquarumque decursibus D . Mais, comme pour nous mon 1.
2.
3.
4.
5.
6.
7.
Reg. Far/a, vol . II, p . 36 .
Reg. Far/a, vol . II, p . 224 .
Reg . Far/a, vol . II, p . 229 .
Reg. Far/a, vol . III, p . 117 .
Reg . Far/a, vol . III, p . 123 .
Reg . Far/a, vol . IV, p . 356 .
C . D . C ., t . I, p . 138 .
78
PAUL
AEBISCIIE[ .
trer q u ' il y avait là quelque chose de tout nouveau, nous possédon s
de ce texte un double, avec une formule plus romaine cette fois :
a Cum casis et vineis, terris, aecclesiis, aquimolis et omnibus 1 . . . »
Dans une charte un peu postérieure— elle est de 1038 — où nou s
trouvons le même Trausaricus faisant une nouvelle libéralité a u
même couvent, il est question de 1' e aecclesia sancti Liberati ub i
dicitur Caniccla, in quo sunt ipsa aquimola molendina a ; et dan s
le dispositif figurent les « casis, castellis, aecclesiis, aquimolis ,
molendinis 2 » : double tentative du notaire, dans cet acte, de concilier l'usage de Rome avec l'usage étranger . Mais une preuv e
qu ' à ce moment-là déjà molendinum faisait son chemin et qu ' il n e
se contentait pas de rester figé dans les formules, c ' est qu ' un text e
de 1011 mentionne des « lova molendinorum quanta habebat i n
comitatu reatino iuxta ipsam civitatem ante portam Intedoctrin a
molendinum unum . . . quod vocatur Ianaticum 3 » .
Le succès plus ou moins grand qu ' obtenait nzolendinunz dépendait, selon toute vraisemblance, des villes et des régions où le s
textes étaient rédigés, ainsi que de l ' origine et de la formation de s
notaires qui les écrivaient . Tandis que tel notaire avait déjà adopt é
pleinement le nouveau mot, tel autre de ses confrères hésitait plu s
ou moins . C ' est un témoignage de ces hésitations que nous offr e
une charte de 1030, qui contient trois formules de dispositif :
Cum vineis, terris, silvis, aquimolis, molendini s
Cum vineis, terris, campis, pascuis, aecclesiis, aquimoli s
Cum vineis, terris, aquimolis ° .
Formules qui nous montrent qu ' aquinzolunz se défendait encore, au moins sur certaines positions . Dans cette région deFarfa ,
on a commencé — j ' en ai déjà donné des exemples tout à l ' heur e
— à employer les deux mots dans la même formule ou dans l e
même texte, en opposition : « partem de uno aquimolo molenclin o
quod habemus in fundo Longone 5 » en 1019 ou 1023 ; « cum aquimolis molendinis et conciatura sua° » en 1.035 ; « cum oasis . . .
1. Reg . Tarla, vol . 1II, p . 163 .
2. Reg . Parla, vol . III, p . 277 .
3. Reg. Tarla, vol . IV, p . 27 .
4. Reg . Tarla, vol . IV, p . 45 .
5. Reg . Parla, vol . IV, p . 92 .
G . Reg. Far/a, vol . IV, p . 97 .
LES DÉNOMINATIONS DU « MOULIN D .
79
aquis, aquimolis, molendinis l » en 1050, en 1053, en 1062, e u
1067 . Durant toute cette période, de nombreuses formules d ' acte s
du regesto de Farta ont sans doute encore aquimolunz tout seul :
n ' empêche que ce mot tendait à avoir le dessous, puisque nzolendinunz commençait à s ' employer seul . En 1033 déjà, dans un dis positif naturellement, nous le rencontrons isolé : il s ' agit d ' u n
acte ayant trait au territoire de Pérouse . Tl en est de même e u
1036 ou 1037, en 1048, en 1052, 1069, 1071, 1075 3 : les cas isolés de nzolendinum deviennent d ' autant plus nombreux que le s
mentions isolées d ' aquinzolunz 4 se raréfient, ce dernier mot n e
figurant pour ainsi dire plus que dans les formules où il est accolé à son coucurrent 5 .
Et dans une région toute différente, dans celle de Gaète, il e n
est de même . Nous avons vu qu ' en 979 déjà nzolendinunz figurai t
seul dans une formule : il en est encore ainsi en 1040 8 , en 1071 ,
eu 1093 7 et, en ce qui concerne l ' emploi de ce mot dans la partie
principale des chartes, en 1105 8 . On aurait, à tort ou à raison ,
jusqu ' au sentiment que la lutte a été moins vive qu ' ailleurs entr e
les deux synonymes : je ne connais, en tout cas, qu ' un seul text e
où on les trouve presque ensemble . Il s ' agit d' un acte dans leque l
Atenolphe I ° L' et sa femme offrent à l ' église de S . Martino de Gaèt e
une place où construire un moulin : « Unum sodium pl'opter aquis molum ibidem faciendum de subtus ipso aquismolum quod per
chartula scriptionis olfertutn habemus in ecclesia Beatorum Martirum Iohannes et Paulus . . . Una cum aquis suis et eoncursu s
aquarum suarum . Cum mole et uiolendinis et cum sedia su a i) . . . D ,
texte clans lequel nous voyons encore aquimolunz désigner la chose ,
tandis que nzolendinunz n ' est toujours que raidi, immatériel, clan s
la formule . En tout cas, clans le Codex diplonzaticus Cajetanus ,
aquimolunz disparaît, comme je l ' ai noté, après 11.09 : et, dès lors ,
c'est nzolenclinum qui règne sans conteste .
1. Reg . Faria, vol, IV, p . 223, 240, 326 et 361 .
2. Reg . Faria, vol. IV, p . 89 .
3. Reg . Faria, vol . IV, p . 374, 214, 228, 367 ; vol . V, p . .4, 19, etc .
4. Dans le volume V .du Reg. Faria, je ne connais qu'un exemple, it ln page 19 1
(1104), d'aquinzolum employé seul .
5. Reg. Faria, vol . V, p . 77 (1083), 88 (1085) et 90 (1084) .
f, C . D . C ., t. I, p . 345 .
7. C . D . C., L . II, p . 113 et 150 .
8. C . D . C ., t . II, p . 177 .
9. C . D . C ., t . II, p . 16 .
80
PAUL ABBISCHBB .
Or, nous l ' avons vu, molendinunz est un intrus . Mais oserait-o n
soutenir qu' aquimoluin soit autre chose qu ' un mot du langage
écrit, du vocabulaire des notaires et, auparavant, de la chancelle rie papale? Je ne le crois pas . Ce qui me paraît vraisemblable ,
c 'est que le territoire, qui verra, à un moment donné, la victoir e
d ' agaimolum, territoire qui va de Gaète à Spolète et qui a Rom e
comme centre, me semble avoir été, antérieurement à l'usage courant d'aquimolum dans les textes, divisé en deux aires en ce qu i
concerne la dénomination du moulin : aire septentrionale, ave c
Spolète ; aire méridionale, avec Gaète .
Dans l ' aire septentrionale, le mot antérieur à aquimolum paraî t
avoir été molinum . En 742, Liutprand, roi des Lombards, donn e
à Picco s molinum unum in fluvio qui percurrit prope. muros civitatis nostrae reatinac septus molinum de domo » ; en 778, lorsqu e
Hildeprand, duc de Spolète, donne au couvent de S . Michele d e
Rieti l ' eau nécessaire à un moulin, le texte dit « aquam de alve o
fluvii Mellini, ubi molinum aedificare debeas 2 » ; en 791, Hilderieus et sa mère cèdent, entre autres, au monastère de Farfa « molinum unum ante portam Interocrinam, quod est super molinu m
unum de Sancto Iacobo 3 » ; l ' an d ' après, en 792, Goderisius et s a
femme Aida donnent au même couvent « in Caneria casas, vineas ,
terras seu et molinum ibidem portionem meam de gualdo in Meriano . . . seu et molinum nostrum ante portam Interocrinam 4 » ; e n
802-815, un mémoire rappelle la concession d ' un a molinum sup tus portam interoerinam in illo filo mediano quod fuit antea d e
Sancto Georgio 5 » ; en 821, Aledram et d ' autres, dans un plai d
tenu à Norcia, jugent que Farfa doit rentrer en possession de certains biens confisqués par le duc de Spolète, entre autres « molinum unum septus porta reatina » et « molinum unum in Amitern o
corn molinario suo in Asenano s » ; en 853, Adelbertus cède au couvent certains biens, dont « portionem . . . de molino . . . ad balneu m
vetro 7 » ; en 854, Causarius vend un a molinum quod habuimu s
in loco qui dieitur Parraria, cum alveo et aqua et sedimine ip1. Reg. Faria, vol. II, p . 133 .
2. Reg. Farla, vol . II, p . 94 .
3. Reg. Far/a, vol . V, p . 215 .
4. Reg. Far/a, vol . II, p . 129 .
5. Reg. Far/a, vol . II, p . 170 ,
6. Reg. Far/a, vol. II, p . 208 .
7. Reg. Farfa, vol, II, p . 245 .
MOULIN D .
81
t
sius n ; dans un échange encore, en 957, il est question d ' « ipsius sedis de molinis''- n . En 1019, Tedmarius donne àFarla «portionem de ipso molino et de ipso cursu aquarum 3 » ; en 1026 o u
1027, clans un texte qui livre la liste des hommes et des biens d u
monastère, figure « ad Ilumen de sancto'Heramo . . . molinum 4 » .
Et nzolinu.nz, dans cette région de Spolète, a été si vivace — o u
du moins il semble avoir été vivace, à cause du nombre de texte s
antérieurs à l ' an 800 que nous possédons pour cette contrée -qu'il a été employé jusque dans les formules des ducs de Spolète :
dans une charte de 778, par exemple, nous lisons : « Cum terris ,
vineis, olivetis, silvis, molino, casis, domibus 5 », dans une donation du duc Hildeprand h l ' évêque Guicpert . De la chancelleri e
ducale, le terme a passé peut-être à la chancellerie épiscopal e
d' Arezzo : le fait est qu ' on rencontre la formule « colonos cum coloniciis suis, molinos, aquas aquarumque decursus 6 » dans u n
acte de 877 par lequel l ' évêque d 'Arezzo échangeait quelques possessions avec le monastère de Farfa . Il est même arrivé que nzolinunz s'est infiltré dans des privilèges impériaux : témoin ce text e
de 1050, par lequel l'empereur Henri III confirmait le monastère
dans tous ses droits, qui dit : « In comitatu firmano . . . Castellu m
de Agnanello cum suis pertinentiis et molina 7 . » Mais ici, comm e
pour les aquinzola qui figurent dans des actes impériaux, il doi t
s ' agir d ' une copie du passage d ' une charte locale : dans le dispositif de ce privilège de 1050, en effet, c'est nzolendinunz qu'on em ploie .
Il est difficile d'utiliser, pour étudier les termes désignant l e
moulin dans la région de Farla, le Chronicon far fesse de Gregori o
di Catino . On sait que cet auteur naquit vers 1060 et qu'il écrivi t
sa chronique à l ' âge de soixante-dix ans environ : dans son texte ,
il copie trop mot à mot les documents qu 'il cite pour qu ' on puiss e
rien conclure concernant son usage personnel . Le fait est, néanmoins, si j'ai bien compté, que, dans ce Chronicon, nzolendinunz es t
LITS
DÉNOMINATIONS DU
«
1. Reg. Far/a, vol . II, p . 247 .
2. Reg. Far/a, vol . III, p . 24 .
3. Reg, Far/a, vol . III, p . 67 .
4. Reg. Far/a, vol . V, p . 264 .
5. Reg. Far/a, vol . II, p . 95 .
6. Reg . Faria, vol . III, p . 23 .
7. Reg . Faria, vol . IV, p . 275 .
BULL . DU GANGE . 1932
G
82
1
PAUL AEIIISCIL li .
employé neuf fois t , aquinzolunz sept fois 2 et nzolinunz dix-neu f
fois 3 , en comptant, il est vrai, cinq ou six noms de lieu . Mais ce s
toponymes, de par leur existence même, prouvent que c ' est bie n
nzolinunz qui était le mot ancien, le terme populaire : ces « ad Molina », « alveo Molini », a ecclesie Sancti Iohannis in Molinule » ,
à Assise, « ad Molinule » à Assise également, « in Alniterno . . .
ubi dicitur Molinus Mizi » sont des témoins non suspects de l ' ancienneté de nzolinunz dans la région .
Dans la partie sud de ce territoire romain, partie sur laquell e
nous sommes surtout renseignés par le Codex diplonzaticu .s Cajetanus, nzolinunz ne paraît pas avoir été connu : clans les actes les
plus anciens, c' est aquisnzolunz qu ' on rencontre, et ce mot, asse z
tardivement, n ' a cédé la place qu ' à nzolendinum . Mais aqui.snzolunz, je l ' ai dit, paraît être lui aussi un mot savant, une forme littéraire ; il paraît lui aussi avoir pris la place, dans les documents ,
d ' un mot peut-être trop plébéien pour faire bonne figure dans l e
latin, pourtant assez loqueteux, des scribes de la région . Quel se rait ce terme populaire? Je crois que c ' était nzola . Dans un contrat de location d' un moulin à Gaète on 957, nous trouvons l a
phrase suivante : « Unum aquismolum positum in fluorine Gariliano, qui vocatur Mola da ipsa fico pertinentia . . . sacri episcopi 4 . » Et mon.' hypothèse est appuyée aussi par deux autre s
textes, dans l ' un desquels figure un adjectif dérivé de ce nzol a
c ' est une reconnaissance de donation faite par Miro, à Gaète, e n
1020, où il est question cl ' « omnia et in omnibus quantum ei pertinuit . . . in toto bocabulo Casa molara, quam et omnia quantu m
ei pertinuit in ipsum aquismolum de Caput de aqua 5 » ; et, dan s
le second texte, plus clair ei plus significatif, datant de 1042, s e
trouve mentionné «ipsum aquismolum qui dicitur Mola maiore ti »
etquismolum pour le nom de la chose, mais Mo/a dans le nom d u
lieu dit, nom qui provient certainement du moulin qui se trouvai t
là . — Je croirais même que nzola a été connu jusqu'à Subiac o
1. F. S . I., U . Balzani, fl Chronícon farfcnse di Gregorio di Catino, Roma, 1903 ,
t. I, p . 292, 331, 336 ; t . II, p . 169, 218, 223 et 312 .
2. T . S . I ., U . Balzani, op . cit ., t . II, p . 45, 50, 59, 74, 124, 169 et 198 .
3. P. S . I., U . Balzani, op . cit ., t. I, p . 166, 175, 176, 185, 281, 288, 317, 321 et
362 ; t . II, p . 33, 36, 45, 50, 59, 924, 129, 169, 183, 198 et 288 .
4. C. D . C ., t . I, p . 280 .
5. C . D . C ., t . I, p . 265 ,
6. C . D . C ., t, I, p . 350.
LES
DLNOMINATIONS DU (( MOULIN
D.
83
un texte de 1030, en effet, y parle d'une « portione de mola clin
terra et ligna . . . posita in fluvio iuxta locum qui vocatur Caprano 1 » ; et j ' ai tout lieu de croire que ce moulin de Caprano es t
le même que 1 ' « aquimolum » situé « in fundum Flumieello iuxt a
casale qui appellatur Aprano 2 », mentionné quelques années auparavant, en 1022 .
Avant de passer en Campanie — nous y étions déjà, au fond ,
avec les textes de Gaète — voyons ce que l ' on peut tirer des documents abruzzais qu ' on possède . Dans un précaire accordé par
l ' évêque Landolfus, eu 948, figure une mention d' « ipso molin o
quod edificatum est iuxta fluvium Gomanum 3 a ; le testament de
Iohannes, comte de Penne, en 963, parle d ' une « medietatem de
ipso molino qui ibidem [in ipsa Salina] edificatum est 4 » ; clan s
une donation à l ' évêque Petrus, de Teramo, en 1018, il est question de « ipse molina et ipso cursus aquarum quod mihi pertinet
in fluvio Scalino et flume Viperata 5 » ; en 1027, l ' existence d ' u n
« molino » à Ponzano est assurée par une charte° ; un acte dat é
d'Ascoli en 1039 mentionne des « molina cum cursibus aquaru m
de fluvio Tesino ? », de même qu' un document de 1111, par leque l
un certain Carbo cède des biens dans cette même région d'Ascoli ,
a la phrase « infra istos fines castella et podia et ecclesias et m olina 3 », où il s'agit d'une formule plutôt que d'autre chose . D e
cette existence ancienne de ntnlinum en Abruzze, nous avons pa r
ailleurs une preuve clans la présence, en 1092, d'un « castello d e
Molina° » clans une donation . Il est néanmoins possible que, pou r
désigner le moulin (ou serait-ce peut-être antre chose?), cette pro vince ait connu un autre mot encore, molinare . Un texte de 1130 ,
par lequel Oldriu et Rainaldu vendent à Gualterius, chanoine d e
S . Panfilo, la moitié d ' un moulin, contient ceci : « La meclietat e
de unu molinare nostru, quem nos habemus subto ipsa suprascripta civitate [Sulmona] qui dicitur Macena becza [Macina veechia], abet fines de uno latere molinare Grimaldi et de alio later e
1. L . Allodi e G . Levi, Il regesto sublacense, p . 221 .
2. L . Allodi e G. Levi, op . cit ., p . 219 .
3. Fr . Savini, Il cartulario della Chiesa Teramana, Roma, 1910, p. 91 .
4. Fr . Savini, op . cit ., p . 102 .
5. Fr . Savini, op . cit ., p . 56 .
G . Fr . Savini, op . cit ., p . 51 .
7. Reg. Iaria, vol . IV, p . 148 .
8. Reg. Paria, vol . V., p . 200 .
9. N .-F . Faraglie, Codice diplomatico sulmonese, Lanciano, 1888, p . 23 .
84
PAUL AEBISCHLII .
forma de jamdicto molinare l . » Il faudrait supposer, en ce cas ,
que le nord de l ' Abruzzo aurait eu molinunz, tandis que le su d
aurait connu au contraire molinare . Mais il serait cependant téméraire de disjoindre ces deux aires, en tablant uniquement su r
ce document de 1130 . — D ' ailleurs, molinunz est effacé dans le s
chartes abruzzaises devant nzolendinunz, qui y apparaît pour l a
première fois, dans une formule, en 926, d ' une donation de Mainfredus, comte d'Abruzze : a Cum molendinis et cum omnia supradictas res 2 » . Nous en trouvons un autre exemple, dans un dispositif encore, d' un acte de 1058 3 ; puis, dans deux formules de trois
actes de 1062, 1063 et 1065, il voisine avec aquinzolum et molina :
l ' acte de 1062, en effet, dit « cum cellis et terris . . . sive de molin a
cum sedie sue, seu de lotis molendinis, de aquis, aque moli et d e
usus aquaru m t », et celui de 1065 « de molinis cum sediis suis se u
de lotis molendinis, de aquis aquimolis et de usu aquarum 6 » . E n
1092, on le retrouve seul : « Cum pratis et pascuis cum molendinis' l », dans une charte où le Normand Ugo donnait à une églis e
le monastère de S . Benedetto et toutes ses possessions . Et, dès l e
commencement du xu° siècle, nzolendinunz figure sans aucun con current dans des formules, en 1101, en 1122, en 1134 7 ; dans l e
texte proprement dit, aussi, dès 11.08 8 . Plus tard encore, a u
xn1° siècle, nzolendinunz est seul connu°, tant dans le texte de s
actes que dans les dispositifs .
En Campanie, de Capoue à Salerne et même plus au sud, la situation est heureusement plus simple, au moins dans les commencements . C ' est molinunz qui y règne en maître incontesté, jus qu ' à la fin du xi° siècle . Il serait trop long, dès lors, et surtou t
sans grand intérêt, d'en citer toutes les mentions qu'on y rencontre : je me contenterai des plus anciennes, et aussi des plu s
intéressantes : de celles qui fournissent quelques détails sur l a
1. N .-F. Faraglia, op . cit ., p . 41 .
2. Fr . Savini, op. cit ., p . 7 .
3. Fr . Savini, op . cit ., p . 100 .
4. Fr . Savini, op. cit., p . 95 .
5. Fr . Savini, op .
p . 109 . L'autre texte, celui de 1063, se trouve à la page 62.
6. N .-F . Faraglia, op . cit ., p . 23 .
7. Fr . Savini, op . cit ., p . 97, 74 et 104 .
8. Fr . Savini, op . cit ., p . 18 .
9. Il faudrait ajouter, comme on l'a entrevu, que les Ahruzzes ont vaguemen t
connu aquimoluni, qu'on ne trouve qu'une unique fois employé seul dans une for mule, en 1080 (Fr . Savini, op. cit., p . 15) .
LES DINOMINATIONS DU « MOULIN D .
85
disposition de ces moulins, sur les machines qu'on y employait .
Par acte daté de Lucera — nous sommes par conséquent sensible ment plus au sud — en 842, Petro, fils de Balsamus, cède « un o
molino in Escla ista pars flubio Perticata l ; en 865, Antipertu s
offre à l ' église de S . Massimo, à Salerne — l ' acte est également
daté de Salerne — « ipsum aquarium qui modo badit per terrai n
nostram iuxta flubio Lirinum . . . introendum ipsa aqua ad minanduln ipsum molinum . . . qui a Iosueb medico ibi offertum fuit`' » ;
en 934, dans une concession de moulin à la même église, s e
trouve la phrase : « Ipso molinum quod est medium conciatu m
cum ferratura et mola et cum omni ordine et pertinentiam de ips o
molinum, ut perfectum macenare possam 3 D ; en 951, on lit dan s
un autre acte : a Introitum qui ingredit ad molino » et « cursu s
aque qui decurrit de nominato molino 4 s ; en 980, dans un document daté de Capoue, a terra et aqua de ipso Lirino, in quo mod o
molinum factum et edificatum abemus 5 D ; en 984, dans un e
charte salernitaine, « due pecie de terris campense et silba in lo cum Beteri, . . . ubi propio ad Molina dicitur e D ; en 986, « tribu s
molinis que fatta sunt in ipsa aqua de ipso Saone in Monte Marsico D, et a vigintitribus modus de terris quas presas et terras
et molina et pratum et silvas 7 D . En 987, Sasso Bestatario donn e
à « Ermi molinator . . . unum molinum cum ovuli ferraturia et mol e
et sua pertinentia qui edificatum est in flubio Lirino non longe a b
ano cibitatem [Salerne] 8 D . Parmi les nombreux textes 0 qui con tiennent le mot molinum, dans cette fin du x° siècle et clans le cou rant du xI°, qu' il me suffise de mentionner les suivants : « Ipsu m
molinum cum ferroras et moles suas et cum omnias alias armatu 1. C[odex] D[iplonaatieus] Ca[vensis], t. I, Milano e Nupoli, 1874, p . 22.
2. C . D. Cav ., t . I, p . 76 .
3. C . D . Cav ., L . I, p . 200 .
4. R[egii] N[eapolitanis] A[rchivi] D4[onúncental, t . 1I, Neupoli, 1847, p . 15 .
5. C . D . Cav„ t . II, p . 152 .
6. C. D . Cav ., t. II, p . 204 .
7. R. N. A . M., t . III, p . 62 .
8. C . D . Cav ., t. II, p . 244 .
9. C. D . Cav ., t. II, p . 275 (a . 989), 298 (990), 310 (990), 343 (993) ; t . III, p . 4 7
(996) et 107 (1000) ; t . IV, p . 7 (1002), 67 (1006) et 112 (1008) ; t . V, p . 3 (1018), 5 2
(1022), 132 (1027), 174 (1029), que je cite ici, 206 (1032) et 251 (1034) ; t. VI, p . 4
(1034), 15 (1034), 38 (1035), 157 (1041) et 183 (1042) ; L. VII, p . 17 (1046), 51 (1047) ,
160 (1051), 250 (1054), que je cite également, 260 (1054) et 294 (1056) ; t . VIII, p . 1 4
(1057), 39 (1058), 67 (1058), 140 (1060), 260 (1063), 292 (1064) et 309 (1064) . — R . N.
A . M ., t . III, p . 66 (986), 78 (988), 106 (990) ; t. IV, p . 91 (1016), que je cite aussi ,
199 (1027) et 312 (1044) .
86
PAUL ABBISCIER .
rias a clans un document napolitain de 1016 ; e unum molinum ,
qui edificatum est in fluvio Lirino, in quo sunt alii chia molina i n
una casa et sedium . . . cum omnis ferraturia, quantum ad ipso niolinu pertinet abere et cum canale ibi positu, et lingnaminc de ips o
sedia, et cum tina, et tremola, et roticina, et cum arcaturia, e t
trasita et exita sua 2 n, dans un texte salernitain de 1029 ; « integrum molinum . . . quod eclifieatum est in flubio Lirno, cula mol e
et ferraturiis eins, idest cum becte de ferrum et tribus anellis, e t
securicola et ranola, et cum arcaturia et isclis . . . dualiter ipsu m
molinum legitur macenare possat 3 a, dans une charte de mêm e
origine, datée de 1054 .
Mais si molinum avait une telle vitalité en Campanie et dans le s
régions adjacentes, il n ' en parait pas moins qu ' en un endroit ,
dans la région d'Amalfi,_il a été inconnu dans les chartes, qui on t
au contraire mola, et plus fréquemment encore mola aquaria .
Dans un acte — qui ne nous a été conservé d ' ailleurs qu'en copi e
— de l ' an 907, par lequel le comte Pantaleo vend au couvent d e
S . Benedetto de Scala « deux mois a — soit vraisemblablement l e
droit d ' employer un moulin pendant cieux mois de l' an — d ' u n
moulin, il est question de ces « culi mensi nostri quem habemu s
in ipsa mola quern iam vos . . . erigere seu conciare visi estis i n
flubio Amalfie 4
uu document de 922 (conservé lui aussi en co pie seulement) parle e de ipsa mola aquaria hic in flubio Amalfi e
posita ; . . . ista terra ubi est fatta ista mola propria mea ; . . . ips a
mola cum omnia sua pertinentia et quanta terra vacua avemus ivi dem a feria ipsa mola 5 a ; en 93'1, Leo vend à son cousin Marina s
ce qu ' il possède d ' un moulin : « De ipsa mola aquaria et omnibus ad se generaliter pertinentibus ad molendin um ; . . . plenari a
portionem nostram de ipsa mola aquaria hic in fluvio Amalfie su b
Campulo 6 u ; en 971, Ursus vend à Iohannes le tiers d ' un a mois a
de moulin, « ipsa mola nostra et vestra aquaria hic in flubio amalfitano positam, cum fabricam et iectum suum 7 a ; en 1013, Leo as I>
;
1 . I? . N. A . 114., t . IV, p . 91 .
2, C . D . Cara, t . V, p . 174 .
3. C . D . Cav ., L . VII, p . 250 .
4. R . Archivio di SAU) di Napoli ; R . Pilangieri di Candida, Codicc diplomatic o
anaalfitanl, Napoli, 1917, p . 2 .
5. R . Filangieri, op, cit ., p . 3 .
li, R . Filangieri, op, cit ., p . 4-5 .
7 . R. Filangieri, op, cit ., p . 15 .
LES DûNOMINATIONS DU « MOULIN » .
87
signe à un certain Iohannes « quattuor mensis de ipsa mola nos tra aquaria hic in Atrano posita super Aquola ; . . . cum ipsam portionem nostram de ipsa ferramentam et de ipse mole aquarie l
en 1034, clans un échange, il est question a de ipsa molaquaria d e
bac civitate Atrano 2 » ; en 1036, un acte traite de la vente, pou r
vingt-cinq sous d ' or, d ' un « mois » de moulin, a de ipsa mol a
aquaria hic in flubio posita amalfitano ad ipsa Pumic e 3 » ; en 111 7
enfin, un document parle de ce même moulin, semble-t-il : « Ips a
mola aquaria da la Pumece . . . predicta mola fabricata et ordinat a
coin ipsa iectura et cum ipsa aquaria 4 . »
Il semble bien, d ' après les mentions de 907 et de 922, que l e
mot ordinaire, pour désigner le moulin à Amalfi, était nzola : l e
composé mola aquaria paraît n ' être qu ' une forme usitée dans le s
textes, pour distinguer le moulin à eau du moulin à bras, que deu x
chartes appellent mola at manu : une première, tie 1157, parle e n
effet de « macinare cum mole at manu 5 a ; et une seconde, d e
1161, prévoit que « aliquando tempore non habea potestatem ibidem pisare corn mortario et in pila et macinare cum mole at
manu° » . Si cela était, si mola était la dénomination du mouli n
dans la péninsule sorrentine, il conviendrait de rapprocher de c e
fait l ' existence de mola dans la région de Gaète-Subiaco : on pour rait, dès lors, émettre l ' hypothèse que nous avons là deux lam beaux d ' une aire, jadis compacte, de mola en Campanie . Ce ne serait pas la première fois que des textes amalfitains nous assure raient de l ' existence de mots qui avaient dit avoir antérieuremen t
une plus grande extension 7 . Et ce nzola, clans le reste de la Cam panie, aurait été remplacé par molinunz, à une époque sans dout e
ancienne .
Cet emploi de vola, mola aquaria, est en tout cas très localisé .
1. R . Filangieri, op . cit ., p . 47-48 .
2. R. Filangieri, op . cit ., p . 61 .
3. R . Filangieri, op . cit ., p . 71 .
11 . R . Filangieri, op . cit., p . 199 .
5 . R . Filangieri, op . cit ., p . 290.
fi. R . Filangieri, op . cit ., p . 304 . — Dans ce môme recueil, il existe, dans un document de 1169, une mention d'un « moliniano da Caput de Scanna » . Plutôt que
d'y voir un mot particulier, je penserais que c'est la une faute de lecture pou r
molinum, qui aurait peut•étre fini par pénétrer sur le territoire amalfitain .
7 . Tel le cas de taurus, conservé dans cette région comme dénomination géographique . Cf. mon étude Le catalan « turd » et les dérivés romans du mot prélatin e « tatu•us n, Butlleti de dialectologie cala/ana, vol . XVIII (1930), p . 193-216 .
88
PAUL AEIUSCnliil .
MMolintint était de beaucoup le ternie le plus fréquent dans les documents de cette partie de l'Italie . Mais nzolendijuznz devait arrive r
jusque-1à, nous allons le voir . — Il y avait — et il y a encore — à
une des sources du Sarno, à l ' est de Pompéi, plusieurs moulins ,
dont on trouve une première mention en 1081, dans un acte qu i
parle d'une « terrain . ., in pertinentiis Sarni, in qua antea molin a
facta fuerunt l » . C ' était clone le mot habituel, encore . Mais voic i
venir les Normands : en 1091, le duc Roger concède et confirm e
au monastère de Cava cc totam et integram startiam . . . {et] integr a
duo molendina de decem molendinis nostris existentibus . . . cu m
molis et serraturiis, et sedime ipsorum, et arcaturia, et cursu s
aquarum ad ipsa molina decurrentes 2 » : dans le corps de l'acte ,
acte qui a da être copié, comme en font foi les détails, sur quelqu e
document local plus ancien, c ' est nzolinunz qui figurait dans c e
document antérieur, tandis que le rédacteur du texte de 1091, lui ,
employait certainement nzolenzlinuzrz . Dans le testament du comt e
Richard de Sarno, en 1125, il est question d ' « anum molinum . . .
in Sarnensibus finibus 3 », avec le mot ancien ; mais un acte émanant d'un autre comte de Sarno, Henricus, en 1135, parle au con traire d ' « unum molendintun in loco ubi clicitur La Foce t5 » . O n
aurait l ' impression, en comparant ces textes, que nzolendinunt es t
venu du dehors, cela va sans dire, et qu ' il a été introduit clans l a
région par la chancellerie lies clues normands . Pendant quelqu e
temps, les scribes locaux sont restés fidèles à nzolinunz, pour bienMit adopter, eux aussi, nzolendinunt .
Le fait est qu' à partir de 1080, peut-on dire, nzolendinunt apparaît sur tous les points du territoire napolitain, et que si clans le s
huit volumes du Codex diplonzaticus C.'avensis, qui s ' arrête, on l e
sait, à l'année 1065, il n'y a pas trace de ce mot, les textes d'autre s
cartulaires, textes postérieurs à 1080, ne connaissent, au contraire, plus nzolinunz je ne l'ai rencontré plus qu ' une fois par l a
suite, en 1188, dans une charte relative à Acerra 5 . En 1080 déjà ,
le dispositif d ' un acte écrit peut-être à Melfi porte « cum omnibu s
suis pertinentiis, finibis, territoriis . . ., aquis, molendinis 8 » ; e n
1. A . Verri, Sorgenti, estuario e canale del flume Sarno, Roma, 1902, p . 15 .
2. A . Verri, op, cit ., p . 16 .
3. A . Verri, op . cit ., p . 17 ,
4. A . Verri, op . cit ., p . 15 .
5. A . Gallo, Codice diplomatico normanno di Aversa, Napoli, 1927, p . 25 .
(ii . R . N. A, 113,, t . V, p . 89 .
LES
DÉNOMINATIONS DU
«
MOULIN
n.
89
1080 encore, Gugliellnus de Alno donne au couvent de S . Lorenz o
d 'Aversa le territoire de « Calino », « cum terris, hominibus, e t
molendinis, et cursibus aquarum t » ; en 1082, Robert, duc d e
Pouilles, permet au même couvent de « molendina facere 2 » ; e n
1085, le prince Jordanus confirme à ce même établissement religieux encore, par date daté de Capoue, ses possessions, « molendina, cum clausaris et omnibus instrumentis eisdem molendinis pertinentibus 3 » ; en 1087, ce même prince donne au couven t
de S . Lorenzo à Capoue « unum molendinum quod est in Vulturni fluorine medietatem de uno molendino facto in predicto fluvio quam Iozzelinus ledit predicto monasterio 4 » ; dans trois acte s
de 1092, émanant du duc Robert, nous trouvons encore molendinunz, tant dans les dispositifs que dans le corps du texte 5 . Et, à
partir de cette date, les exemples du mot se font si nombreu x
q u ' il est inutile d'en citer encore . — Ainsi, si nzolinzznz s ' est maintenu longtemps en Campanie, sa défaite a été d'autant plus rapide : nulle trace, comme à Rome, en Ombrie, de lutte entre le s
deux mots . Si ancré qu ' il ait été dans cette région ; il a suffi d e
quelques années pour que molendinum le supplante, non seule ment dans les formules, mais dans le texte proprement dit . Et, à
ce phénomène, il semble bien que les Normands n'ont pas ét é
étrangers .
Quant aux régions plus méridionales encore de l'Italie, le s
chartes y sont peu nombreuses, et surtout peu anciennes, de sort e
que ce n ' est pas facile d ' y étudier les mots employés pour désigner le « moulin » . Nous avons vu qu' un acte du Codex diplomaticns Cavensis, daté de Lucera en 842, se servait de « molino » :
il semble bien que c'était là le mot ancien, en Pouilles . Mais il es t
probable que les conditions hydrologiques de ces provinces em pêchaient l'existence de nombreux moulins à eau : ce qu'il y a de
sî1r, c ' est que, dans les quatre premiers volumes du Codice diplonzatico barese, je n ' ai rencontré qu ' un seul texte où il ait été question d ' un moulin : et cet acte, daté (le 1160, par lequel le prêtr e
Bisantio cédait un jardin à Bernardus, précise que « reservavimu s
1. A . Gallo, op . cit ., p . 3 .
2. R . N . A . M., t . V, p . 100 .
3. A . Gallo, op . cit., p . 6 .
/i . R . N . A . M., t . V, p . 116 .
5 . A . Gallo, op . cit., p . 10 et 12, et R . N. A . M ., vol . V, p . 141 .
90
PAUL ABBISCHEO .
aliquantulum de ipso orto . . . in eodem fine est nominata clomu s
molini t », ce qui est peu clair . En 1134, clans un texte do la région de Bari, on parle d ' « in predicto castello Noa molinum e t
tarpetum 2 ; en 1141, un document dit qu ' « ipse Maurus predicturn molinum . . . ei reclderet 3 » . Pour la région de Manfredonia enfin, un acte de 1129, par lequel Tancredus, fils du comte Goffri dus de Cupersano, concède une terre et des olivètes au couvent d e
S . Leonardo de Siponto, mentionne une limite qui « descendit pe r
ipsam lamam et currit iuxta Molinum veterem usque ad flume n
Candelarii 4 n .
Mais nzolendinum y apparaît dès le commencement du xi° siècle .
Il est vrai que tous les premiers exemples sont fournis par de s
bulles des papes, Jean XIX, Alexandre II, Urbain II, Alexandre III ,
bulles qui ont toutes, dans les formules du dispositif — aquinzolunz avait sans doute été mis au rancart par la chancellerie pontificale -- « massis et massaritiis, molendinis, portubus », o u
« massis et massaritiis atque molendinis 5 » . Une fois de plus ,
l ' usage de nzolendinunz dans des textes locaux apparaît à l ' époqu e
de la domination normande, dans un acte de 1172 6 , pour ne plu s
cesser par la suite 7 . La preuve cependant — s ' il en était besoi n
— que ce n ' était pas là le mot populaire, nous est fournie par un e
traduction en calabrais, datée du 31 décembre 1391, d ' un document grec de l'an 1100, dans lequel un personnage dit : « Dugn u
[= je donne] et firmu a questu dictu monasteru lu mulinu ch e
este allo casale de Stafenda 3 . »
Pour la Sicile, les documents ne sont pas assez anciens : ils n e
nous intéressent point . Reste donc uniquement la Sardaigne :
1. Codice diplomatico barese ; Fr . Carabellese, Le pergamene della cattedrale di
Terlizzi (971-1300), Bari, 1899, p . 109 .
2. Codice diplomatico barese, vol . V ; F . Nitti di Vito, Le pergamene di S . Nicola
di Bari, Bari, 1902, p . 140 .
3. Codice diplomatico barese, vol . cit., p . 161 .
4. R . C . I ., F . Camobreco, Regesto di S. Leonardo di Siponto, Roma, 1913, p . 5 .
5. Codice diplomatico barese, vol . I ; G. B. Nitto de Rossi e Fr . Nitti, Le pergamene ciel Duomo di Bari, Bari, 1897, p . 22, 43, 63 et 100 .
G. S . Santeramo, Codice diplomatico barlettano, vol . I, Barletta, 1924, p . 19.
7. Fr . Pometti, Carte delle abbazie di S . Maria di Corazzo e di S . Giuliano di
Rocca I'allacca in Calabria, Roma, 1902, p . 52 (1210, diplôme de Frédéric II), 5 9
(1225, idem), 63 (1225, idem) . — D . Al g ren, Il C/,artulariu,n del monastero di S . Benedetto di Conversano, vol . I, Montecassiuo, 1892, p . 333 et 349 . — P . Egidi, Co dice diplomatico dei Saraceni di Lacera, Napoli, 1917, p . 23 (acte daté de la Badi n
di Cava, 1291) et 351 (acte daté de Naples, 1302) .
8. Fr . Pometti, op . cit ., p . 30 .
LES DÍ;NO1LINATIONS DU (( MOULIN )) .
91
mais là encore, ils ne sont ni très anciens ni surtout nombreux .
Un texte de 1019, cependant, par lequel Guglielnius, seigneur d e
la Corse, donne divers terrains à l'église de S . Mamiliano, clan s
l ' île de Monte-Cristo, a, comme dispositif, « cum aquis, mola e t
molana sua i » ; en 1021, le marquis Ugo donne, entre autres, à
l'église de S . Maria di Canovaria, « aliant possessionem la Croc e
et Io Sancto . . . cum aquis Acchiola molaria sua"- » ; en 1131, en fin, Gonnari II de Torres fait don à une église de Pise de deux domaines et d ' autres terres, « cum saltu de Mulinu 3 » . Ces textes ,
je le répète, sont trop peu nombreux et peu explicites pour qu' o n
en puisse tirer quelque chose : tout au plus laissent-ils entrevoir
que nzolinum n ' était pas inconnu en Sardaigne, sans qu' on puiss e
toutefois établir son âge, soit sa précédence ou son antécédenc e
sur molaria. et molana — ce dernier mot pouvant n ' être qu' un e
fausse lecture .
*
* *
11 est grand temps de résumer les menus faits cités jusqu ' ici ,
menus faits clans lesquels j ' ai tenté d ' ailleurs de ne point m ' euliser . Résumons donc — nous conclurons ensuite — au moyen d u
tableau qui suit, clans lequel je soulignerai, sous trois rubrique s
— nzolinum, aquimolunz et molendinanz — ce qui paraît ressortir ,
pour chaque grande division territoriale de l ' Italie, des dépouillements dont j'ai rendu compte plus haut .
MOLINUM
LOMBARDIE . Le mot
apparaft dans les ac tes à partir de 765 . U n
féminin mutina se rencontre dans un text e
de Brescia en 767 .
Dans les document s
locaux, molinzun est
très fréquent au Ixe
siècle, moins au x e .
AQUIMOLUDI
MOLL7 NDINUII
LOMBAIIDIE . Ce mo t
Onn'en
un
cas
tout
y
apparaft
pour l a
trouve qu '
à fait isolé, à Padoue, première fois en 836 ,
dans un diplôme d e
en 972 .
l'empereur Lothaire .
On le trouve d ' abord
dans des diplômes impériaux et royaux et ,
à partir de 879, dan s
des chartes locales .
LOMBARDIE .
1. H . P. M., Codex diplomaticus Sardiniac, p . '148 .
2. FI. P. i1F ., Codex diplomaticus Sardiniae, p . 149 .
3. H . P . M ., Codex diplonaaticus Sardiniae, p . 206 .
92
PAUL AEBISCUEtt .
Tous les noms d e
lieu remontent à rnolinum .
PIfbIONT . Le roo t
ne figure que dan s
quelques inventaire s
de Bobbio, datable s
des txe-x" siècles .
Tous les toponymes, sauf un, remontent à molinuni .
En1LuE . Le mot a m
parait, dès 853, dan s
des chartes locales .
Tous tes noms de
lieu en proviennent .
TOSCANE . Apparaî t
en 7 26, et il est employé, anciennement ,
dans toute la région ,
A Lucques, il résist e
jusqu ' à la fin du xrt "
siècle, de même qu' à
l'est. Il parait mêm e
n 'avoir jamais disparu
complètement de l'usage écrit .
Tous les toponyme s
en proviennent .
OMBRIE . Ne se ren contre pour la première fois qu ' en 1047 ,
dans une dénomination locale .
Tous les toponyme s
s'y ramènent .
PI>MONT .
.EntILIE .
Inconnu .
Inconnu .
TOSCANE . Ce mo t
n'y est connu que clan s
la région d ' Arezzo, à
partir de 1007 ; on n e
l'y rencontre d 'ail leurs que dans des dis positifs .
OnmsitIE . Apparaî t
en 921 ; dans les for mules, c'est le mot habituel jusq u ' à la fin d u
xii" siècle . On ne l e
trouve, dans le text e
proprement dit,qu'un e
seule fois, en 1197 .
Dès la fin du x" siècle, c'est le seul terme ,
pratiquement, usit é
dans les documents .
PrrnroNT . Ce mot y
apparaît en 862, dans
un texte concernan t
Bobbio, et est le seul
employé par la suite ,
Émit.' B . Apparaît e n
826, clans un diplôm e
des empereurs Loui s
le Pieux et Lothaire ,
puis dans d'autres diplômes de Lothaire ,
de Carloman, puis, e n
802 seulement, dans l e
testament d ' un évêqu e
de Parme .
TOSCANE . Apparaî t
en 916, dans un diplôme de Béranger 1" .
On le retrouve ensuite
dans des diplômes impériaux d ' abord, e t
seulement à partir d e
1003 dans des chartes
locales . Dès les dernières années du xt"
siècle, c'est pratique ment le seul mot usité
dans les documents .
Oatnuin . Apparaît
dès 1046, dans le texte
propr cm ent dit . A partir de 1087, il s'introduit également dan s
les dispositifs, san s
réussir néanmoins à
évincer aquimoium .
LES DÉNOMINATIONS DU « MOULIN » .
93
MARCHES . On trouve molinum et molin a
dès 1056 .
Tous les noms d e
lieu remontent à ce s
deux formes .
MARCHES . Y exist e
dès 1056, dans les formules .
RÉGION ROMAINE .
RÉGION ROMAINE .
RÉGION ROMAINE . Y
Apparaît dès 742 . Il Apparaîtrait dès 59 4
est fréquent dans le ou, en tout cas, dè s
corps du texte, jus- 817, tant dans les forqu'à la fin du xie siè- mules que dans le texcle, dans la parti e te . A Gaète, le der septentrionale de cett e nier exemple date de
région . A Spolète, o n 1109 ; mais, auparale trouve même dans vant, les cas de c e
des formules, dès 77 8 mot sont extrêmement
et jusqu'en 877 .
nombreux .
Par contre, la partie méridionale de cet te région ne connaî t
pas nzolinzznz, mai s
bien mola, qui apparaît en 957 .
Les noms de lieu remontent, ou à moli-
apparaîtrait dès 749 .
On le trouve certaine ment en 829, dans l e
dispositif d'un diplôme de Louis le Pieux
et de Lothaire . Par la
suite, on ne le rencontre que dans des ac tes impériaux jusqu' e n
979, où il est employé
par les ducs de Gaèt e
et, â partir de 1012 ,
par des particuliers, à
Spolète .
num, ou k
MARCHES . Y appa raît, tant dans le texte
que dans les formules, dès 1006 . Il es t
dès lors fréquent .
mola .
AanuzzEs . Apparaît, dans le texte ,
dès 948 . On l'y rencontre jusqu'au milieu
du xl e siècle . — Il es t
possible que cette région ait connu le clé rivé molinare .
Les noms de lie u
remontent à molinum
ou à son féminin .
CAMPANIE . Y apparaît dès 842, ou mieu x
dès 865, et est trè s
usité jusqu'à la fin d u
xle siècle .
La région d ' Amalfi
Ce mot y
est connu sporadique ment, semble-t-il,
dans des formules,
vers 1060-1080 .
AanuzzES . Paraî t
dès 926, dans le dis positif d'une donatio n
de Mainfredus, comt e
d'Abruzze . Dans l e
courant du texte, i l
est usité pour la première fois en 1108. A u
xllle siècle, c' est le
seul mot connu .
Incon-
CAMPANIE . Ce mo t
y apparaît dès les dernières années du xl e
siècle, introduit par
les Normands, semble-t-il . A partir de
AnnuzzEs .
CAMPANIE .
nu .
94
PAUL AEBISCHER .
a connu non molinum ,
mais mola, ou mola
arluaria .
BASILICATE, POUIL-
BASILICATE, POUIL-
LES ET CALABRE . Y ap-
LES ET CALABRE .
paratt dès842 ; onle retrouve jusqu'au commencement du xu °
siècle . Un texte cala brais de 1391 prouv e
que le mot n'est jamais sorti de l'usage .
Les noms de lieu e n
proviennent tous .
connu .
In -
SARDAIGNE . InconSARDAIGNE . Le mot
figure dans un nom de nu .
lieu, en 1131 .
Deux textes de 1019
et de 1021. donnent le s
mots molana et nzola -
1.1.00, c' est pratique ment le seul term e
employé .
I3ASILICATE, POUIL LES ET CALABRE . C e
mot y apparats dès l e
commencement du xI °
siècle, dans des bulle s
pontificales . Dans le s
textes locaux, il n'es t
employé qu'à parti r
de la domination nor mande, en 1172 ; mais ,
par la suite, il est l e
mot courant .
SARDAIGNE . Incon nu dans les textes dépouillés .
ria .
Et maintenant, quelles conclusions tirer des faits ainsi résumés? Ces conclusions, reconnaissons-le immédiatement, ne res sortent pas toutes avec la même limpidité . Plus que jamais, en effet, on se prend à regretter que les textes n ' aient pas été plu s
nombreux, ni surtout plus anciens . Pour de nombreuses régions ,
il est difficile de se prononcer, quant à l ' antiquité relative de mo linum, aquinaolunz et molendinum, si on ne veut ou si on ne peù t
tabler que sur les documents relatifs à ces régions-là . Pour Le s
Marches, par exemple, les trois termes apparaissent à peu près e n
même temps : oserait-on dès lors soutenir, au vu uniquement de s
chartes si peu nombreuses provenant de cette province, que molinum ou nzolina y soit postérieur à molendinum P Pour l ' Émilie ,
d' ailleurs, ainsi que pour les Abruzzes et pour l ' Ombrie ce serait
une conclusion semblable qui s ' imposerait : or, elle serait radicalement fausse, comme nous allons le voir . Il importe d ' avance r
avec une prudence extrême, de déblayer le terrain en considérant les faits dans leur ensemble, en se servant de tous les outil s
LES
95
— si peu nombreux, malgré tout -- dont on dispose : ce ne ser a
pas trop .
Le ternie dont l ' histoire ressort avec le moins d ' obscurité, d e
prime abord, est agninzolunz . Il est évident que les exemples esseulés de Padoue, de Ravenne, de Teramo et des Abruzzes ne per mettent aucunement de conclure à la vitalité de ce mot au del à
des Apennins : tout nous prouve, au contraire, qu ' il est d'origin e
romaine, que c'est de Rome ou des alentours, où il apparaît ,
plein de force, dès les premiers textes que nous possédions, qu'i l
s ' est imposé aux régions immédiatement voisines au nord : Om brie et Marches . Mais il s ' y est introduit dans les formules presqu e
uniquement, par suite d ' imitation sans doute d ' usages diplomatiques romains, alors que clans son pays d ' origine, son emploi
était beaucoup plus général . Et ce serait de l ' Ombrie, peut-être ,
qu ' il aurait passé clans la région d ' Arezzo, dans les dispositifs en core, ainsi que sporadiquement dans les Abruzzes . En dehors de s
environs de Rome, bref, aquinzolnnz est un terme inerte, figé, fix é
clans les formulaires seulement : il est logique, dès lors, de lui attribuer Rome comme lieu d'origine, puisque là seulement nous l e
trouvons en plein épanouissement ,
Restent molinum et molendinzznz . Molinum apparaît antérieure ment au second en Lombardie, où nous le trouvons dès 765 ; e n
Toscane, où il est employé dès 726 ; dans la région au nord de
Rome, où il figure dans les textes dès 742 ; en Campanie, où on l e
rencontre dès 875 ; en Pouilles, oh on en a un exemple qui dat e
de 842 . — Molendinunz, lui, précède molinunz en Emilie, où il apparaît en 826 ; en Ombrie, clans les Marches, les Abruzzes : mais
dans ces trois dernières régions, je l ' ai dit tout à l ' heure, les textes
sont si récents qu'il est imprudent d'en tirer des conclusions qu i
seraient trop précipitées . Pour le Piémont, enfin, si molendinnn z
s ' y trouve dès 862, nzolinum y est connu dans des inventaires d e
Bobbio du Ix°-x° siècle, de date non précisée : il n'y a rien à tire r
non plus, par conséquent, de cette confrontation .
Mais — et c ' est de cette façon, je pense, que se résout le problènie — il faut remarquer que partout où nous avons des texte s
antérieurs à l'an 800 en assez grand nombre, c'est nzolinum qu e
nous trouvons . Et surtout, l ' origine même des actes qui nous fournissent les premiers exemples de nzolendinunz nous renseigne sur
DÉNOMINATIONS DU (( íMOULIN )) .
96
PAUL AEBISCHER .
l 'origine clu mot : en Lombardie, c ' est dans un diplôme impéria l
qu ' il apparaît pour la première fois en 836 ; en Emilie, c ' est dan s
un diplôme impérial qu ' il apparaît pour la première fois en 826 ;
en Toscane, c'est clans un diplôme royal qu ' il apparaît pour l a
première fois en 916 ; à Rome, c'est dans un diplôme impéria l
qu ' il apparaît pour la première fois en 829 ; dans les Abruzzes ,
c'est clans une donation du comte Mainf redus qu'il figure d ' abord ,
en 926 . Laissons ce dernier exemple de côté, de même que le ca s
toscan, trop tardifs à mon avis pour être concluants : pendant d e
longues dizaines d'années, en Lombardie, en Emilie, en Toscane ,
à Rome, ce n ' est que dans des diplômes impériaux ou royau x
qu' on rencontre molendizzunz . Et, dans ces mêmes régions, c ' es t
très lentement, le plus souvent, qu' on le voit gagner la faveu r
des notaires qui, avant de l ' utiliser comme terme courant pour l a
dénomination du moulin, le parquent, le mettent en quarantain e
— le mettent derrière une vitrine, comme un objet provenant d e
quelque lointain pays — clans les formules des dispositifs .
Il s'ensuivrait, en un mot, que mzolendinunz ne serait dans l a
langue, le vocabulaire des chartes italiennes, qu ' un emprunt ,
qu' un terme venu du dehors, introduit dans la péninsule par le s
chancelleries germaniques . Nous aurions là, par conséquent, u n
cas semblable à celui de capella qui, ainsi que je l'ai montré ail leurs, a été poussé dans cette même Italie par cette même chancellerie impériale, à peu près à la même époque, le premier ca s
de capella que j'aie relevé dans des documents italiens datant d e
835 1 et se trouvant dans un diplôme de Louis le Pieux . Ce que j e
disais de capella s 'applique exactement à nzolendinunz : e Des
actes des chancelleries impériales et royales, des diplômes impériaux et royaux, il a dû passer tout d'abord dans les actes privés ,
soit que les notaires royaux eux-mêmes eussent été les rédacteur s
de ces actes, et que pour les rédiger ils eussent employé lo s
mêmes termes que ceux qu'ils utilisaient dans la rédaction d'acte s
plus importants, soit que ces notaires royaux, et les autres notaires, conformassent leur usage à celui des chancelleries impériales et royales' . » Mais là s'arrête l'analogie, dans la carrière d e
capella et de nzolendinunz . Tandis qu' en effet, pour le premier ,
j'ajoutais que « c'est vraisemblablement des actes privés que, pe 1. P . Aabisalier, art, cité, p . 14 .
2. P . Aebischer, art . cité, p . 38 .
LUS DPNO\IINATIONS DU
a
MOULIN
97
».
tit à petit, le terme a passé dans le vocabulaire courant », évinçant presque complètement basilica, oratorium, oraeulunz, l e
terme nzolendinum, lui, est resté strictement un mot de la langu e
écrite : il n ' a rien donné à la langue de tous les jours ; il n ' a rie n
donné, selon toute probabilité, au vocabulaire toponymique .
J ' ai dit déjà, en effet, que tous les noms de lieu italiens, sau f
un, représentent nzolinum, nzolina, zrzola ou leurs dérivés : autr e
preuve, et combien importante, de l ' ancienneté de ces mots, et d e
sa préexistence à mvlendinum . Sauf un, ajouté-je : il s ' agit d'u n
Molencllina, écart de la commune de Sabbia (Novare) I . Mais est-c e
même snrement un dérivé de nzolendizzzznz ." Il s ' eu faut de beau coup pour qu ' on en puisse être certain : on ne peut exclure, e n
effet -- il faudrait examiner les formes anciennes du nom et le s
formes dialectales aussi — qu ' on ne soit en présence d ' un nzolinnnz, avec la préposition de et, peut-être, un nom de personne .
Si done, pour terminer cette partie de la présente étude, o n
jette un coup d ' oeil d ' ensemble sur les dénominations du moulin
dans les chartes italiennes, on aboutit aux conclusions suivantes :
molinum a occupé clans les documents la presque totalité de l a
péninsule, la Lounbardie-Vénitie n le Piémont, l'Émilie, la Ro magne, la Toscane, l' Ombrie, la région romaine, la Campanie ,
les Abruzzes, les Pouilles et les terres plus au sud, sauf, semble t-il, quelques aires très restreintes : dans les Marches et le s
Abruzzes, on a connu peut-être aussi nzolina — dont il y a quelque s
vagues traces dans des textes lombards — ; sur l ' un ou l ' autr e
point des Abruzzes, on a lu peut-être encore le terme molinare ;
dans les régions de Gaète et d'Amalfi — restes possibles d ' un e
aire anciennement plus étendue — molinum semble être inconnu ,
et remplacé par man ; en Sardaigne enfin, on a eu, c'est possible ,
nzolana et malaria .
Cela pour la langue écrite, à une époque ancienne : aujourd ' hui, dans la langue parlée, molinunz a tout envahi, et depui s
longtemps . Mais, pour la langue écrite, clans la région romaine ,
presque aussi loin qu ' on peut remonter, les documents emploien t
un terme savant, non productif dans le langage quotidien : aquimolunz ou aquisnzolunz, jusqu ' aux alentours de 1100 ; dans le nord .
à partir des premières années du rx e siècle, s ' introduit nzolendi1 . Arnati, Dizionario corografico dell'Italia,
sv~t . nu awxcs . 1932
t. V,
p . 194 .
i
98
PAUL AUBISCnEn .
nnm, terme savant lui aussi, qui demeure également un mot d u
vocabulaire diplomatique, et qui évince petit à petit molinunz dan s
la plaine du P6 et en Toscane, puis aquinzolunz à Rome, puis mo linunz en Campanie . En Lombardie, il se substitue complètemen t
à molinunz dès la fin du x° siècle ; en Piémont — s ' il est permis d e
tabler sur les rares documents qui peuvent nous servir — dès l a
fin du Ix° siècle ; en Émilie, il apparaît dans des textes locaux de s
dernières années du x° siècle ; en Toscane, il évince complète ment molinunz dès les premières années du siècle suivant ; en Ombrie, il est fréquent à partir de la même époque, et un peu plu s
tôt clans les Marches ; à Rome, il écarte aquimolum à peu prè s
clans le même temps ; clans les Abruzzes, nous ne pouvons qu e
constater son usage constant au xin° siècle ; en Campanie, comm e
à Rome, c ' est vers 1'1.00 qu ' il triomphe .
Nous voyons ainsi nzolenclinunz progresser et s ' imposer lentemen t
d ' abord clans le Nord, conquérir la Toscane au x° siècle, de mêm e
que l'Ombrie ; puis, soudain, sans qu'on puisse constater des différences sensibles dans la chronologie, il bat et molinum et (zquinzolzzm clans la région romaine et le sud de la péninsule, à la fi n
du xI° siècle . La Campanie elle-même, dernier boulevard de molinum a da se rendre elle aussi et accepter le nouveau venu qui ,
dès lors, était maître cle toute l ' Italie .
*
Comme capella, bref, mnolendinum est un germanisme, e n
quelque sorte, dans le vocabulaire des chartes de la plus grand e
partie de la péninsule . En Campanie seulement — et c'est peutêtre là encore un point de l ' histoire de ce mot qui est parallèle à
celle de capella' — nzolendinum semble avoir été introduit par l a
chancellerie des ducs normands : il y serait dès lors, si l ' on veut ,
un gallicisme .
Ce n ' est là, en tout cas, qu ' une différence de degré : en France ,
nzolendinum a été mis à la mode, comme en Italie, par le vocabulaire des diplômes impériaux . Le plus ancien exemple de nzolendinum dans la péninsule, avons-nous dit, serait fourni par un act e
de 826 provenant de la chancellerie de Louis le Pieux et de Lo 1 . P . Aebischer, art . cit ., p . 30 .
LES
DPNOMINATIONS DU (( MOULIN
H.
99
thaire 1 ; et cet exemple est bientôt suivi d ' un autre, figurant dan s
un nouveau diplôme de ces deux empereurs en faveur de Fada, e n
829 2 : il est inutile de mentionner ceux qui suivent . Si nous constatons qu ' en Allemagne même ou ailleurs dans l ' empire nzolendinnnz a été usité à partir de cette époque seulement, il faudra e n
conclure que noire hypothèse de l ' origine relativement moderne ,
et extra-italienne, du mot, a toutes les chances d ' être exacte . E t
ce serait là aussi, éventuellement, l ' occasion de nous débarrasse r
du texte romain de 749 qui, dans la formule, utilisait précisémen t
molendinunz 3 .
Or, clans tous les diplômes de Charlemagne publiés clans le s
Monanzenta Gernzaniae /zistoriea, il n ' y a pas un seul texte authentique ayant ce mot . Sans doute, un diplôme non daté, par leque l
l ' empereur donnait à un certain Friderichus, comte palatin, la localité de Barclina et d ' autres possessions, contient-il la formul e
« flutninibus molendinis aquis aquimolis pedagiis . . . 4 » : niais c ' es t
un faux . Un faux encore, cet autre diplôme, par lequel Charlemagne dotait l ' église de S . Salvatore in Civitate Nova, en 797, e t
qui donne le mot at/uinzola 5 . De sorte que, clans les document s
authentiques provenant de la chancellerie de cet empereur, pou r
désigner le moulin, nous n 'avons qu ' une seule fois nzolinunz, dan s
un diplôme daté d ' Aix-la-Chapelle en 799 11 , et partout ailleurs ,
clans les dispositifs, farinaria, antérieurement aussi à Charlemagne 7 : ce mot, je ne l'ai pas rencontré en Italie . Dans les capitulaires datant du règne du grand empereur, c ' est nzoliniim qu i
est le mot pour a moulin a : le Capitulare de p i/lis a la phras e
« quid de molinis, quid de forestibus 8 » ; le Capitulare aquisbranense, datant de 801-813, « vivaria cum pistes, vennas, molina 9 a ;
1. U . Benassi, Codice diplomalico parmense, vol . I, Parma, 1910, p . 99 .
2. 1 . Giorgi e U . Balzani, It regesto di Tar/a, vol . II, p . 224 .
3. L Giorgi e U . Balzami, op . cit., vol . II, p . 36 .
M[onunaenta] G[ermaniae] II[istorica], Diplomatum Karolinorum, t . I ; Die Gr óunden der Karolinger, Bd . I, Hannover, 1906, p . 477, 35 .
5, M. G . II ., op . cit ., vol . cit ., p . 36610 .
6. M. G . Il ., op . cit ., vol . cit ., p . 252 28 .
7. M. G. 13 ., op . cit ., vol . cit ., p . 4 I (a . 752), 31 21 (a . 766), 32 3.4 (a . 766), 74 32 (a .
771), 113 31 (a. 774), 119 44 (774 environ) .
8. M. G . II., Alfr . Boretius, Capilularia regain /rancorum, t . I, Hannoverae, 1883 ,
p . 89 2 .
9. M . G . IL, AUr . Boretius, op . cit ., vol . cit ., p . 172 21 .
100
PAUL AEBISCIIEI1 .
ailleurs encore, dans un texte datant de 810 environ, molinum, a u
singulier, et molina, au pluriel 1 .
Il est dommage que pour Louis le Pieux nous n ' ayons pas u n
semblable recueil de diplômes . Mais ceux simplement qui son t
publiés dans le Recueil des historiens des Gaules permettent de s
constatations intéressantes . Dès 814, Louis le Pieux, dans un e
charte en faveur du monastère d 'Aniane, se sert de la formul e
« pascuis, garricis, molendinis, aquis aquarumve decursibus 2 » ,
et c' est cette formule qu ' on trouve presque toujours, en 817, e u
818, en 820, en 822, plus tard encore 1 : deux fois seulement j ' ai
retrouvé farinaria, en 816 et en 825 4 . Mais — c ' est ce qui est plu s
important — l ' exemple de 814 n ' est point le premier, clans de s
actes émanant de ce fils de Charlemagne : clans une charte d e
-807 en faveur du monastère de Gellonc, déjà, alors qu ' il n ' étai t
que roi d' Aquitaine, nous rencontrons le dispositif « pascuis, molendinis, aquis aquarumque clecursibus 5 » . Et que plus tard, à
partir du règne de cet empereur, Inolenclinunt ait été le term e
consacré pour « moulin », c ' est ce que suffisent à prouver les formulaires : les Formulae Parisienses, qu' on ne peut dater, donnen t
« quenclam molendinum cum octo arripenuis ex prato in pago Parisiacensi 6 a ; les Formulae imperiales e carier Ludopici pii, d e
817-821, ont, comme la plus grande partie des diplômes eux mêmes, « aquis, aquarumve decursibus, molendinis 7 » ; clans l a
Collectio pataviensis, pour m ' en arrêter là, nous trouvons égale ment « aquis aquarumve decursibus, molendinis, acliacentiis . . . » ,
et « de pratis ad carradas tantum, et molendinum 1 8 », ce qu i
montre que le mot n'était pas uniquement employé dans les dis positifs .
Puisque molendinum apparaît clans les diplômes de Louis l e
Pieux, alors qu' il est complètement inconnu aux actes émanant d e
la chancellerie de son père, on peut, semble-t-il, en conclure qu e
1. M. G. IL, Alfr . Boretius, op . cit., vol . cit ., p . 252 10, 253 31 et 30, 254 20 .
2. Recueil des historiens des Gaules, t . VI, Paris, 1749, p . 1157 .
3. Recueil des historiens des Gaules, vol . cit ., p . 501, 514, 521, 528, 539, 561 e t
566 .
4. Recueil des historiens des Gaules, vol . cit ., p . 498 et 546 .
5. Recueil des historiens des Gaules, vol, cit ., p . 454 .
6. M. G . H ., Legum sect. V, Formulae ; K, Zeumer, Formulae 3lerovin, ici et Karolini aevi, Iiaunoverae, 1886, p . 263 30 .
7. M, G . H., K . Zeumer, op. cit., vol . cit ., p . 294 O .
8. M . G. H ., K . Zeumer, op. cit,, vol ; cit,, p . 460 5 et 459 io .
LES
DANO6IINATIONS DU
«
MOULIN
».
10 1
l'adoption de ce mot a été l'un des changements, l'une des trans formations dont la cause fut le changement, la transformatio n
qui s ' opéra dès le début du règne de Louis Ier dans la chancelle rie impériale . « Demnächst — a écrit Bresslau — erfolgte unte r
Ludwig dem Frommen eine wesentliche Veränderung . Währen d
die Marculíschen Formulare, auch in dem unter Karl dem Gros sen modifizierten Fassungen, in seiner Kanzlei nicht mehr angewandt worden, fand bald nach Ludwigs Thronhesteigerung i n
der Kanzlei oder in dem mit ihr damals in naher Verbindun g
stehenden St . Martinskloster zu Tours, vielleicht unter der leitung des Fridugisus, eine durchgreifende stilistische Umarbeitung der Diktate statt, die namentlich auf eine Reinigung de r
Sprache, auf eine geregelte Konstruktion und einen einfachere n
und verständlichen Satzhau abzielte t . » Sur un point seulement ,
ces remarques générales concernant la réorganisation de la chancellerie de Louis le Pieux ne concordent pas avec les conclusion s
que l ' on peut tirer du remplacement de molinunz ou farinaria pa r
nzolenclinanz à ce moment précis : il n'est pas possible d'attribuer
ce changement à l'influence, directe ou non, de Fridugise ,
puisque celui-ci ne fut chargé de la direction de la chancelleri e
impériale qu'en 819 2 , alors que plusieurs diplômes antérieurs ,
nous l ' avons vu, ont déjà nzolendinum . Et le fait même que ce mo t
apparati dans un acte de 807, alors que Louis était roi d'Aquitaine, laisse croire que cette innovation lexicale a été introduit e
par sa chancellerie d'alors — on sait qu'en tant que roi d'Aquiet
taine Louis avait et sa cour et sa chancellerie propres 3
de
la
chancellerie
impéqu'elle aurait passé ensuite dans l'usage
riale, cela d' autant plus aisément que son chancelier aquitain Helisacher le suivit à Aix, et fut chargé immédiatement de la direction des bureaux impériaux 4 .
Selon toute vraisemblance, cette date de 807 doit être très voi sine de celle de l ' introduction de molendinum dans le formulaire
de la chancellerie de Louis le Pieux . Mais les diplômes de ce sou1. H. Bresslau, Handbuch der Urkundenlehre für Deutschland und Italien, 2 . Bd . ,
1 . Abt ., 2' éd ., Leipzig, 1915, p . 232 .
2. Th . Sickel, Lehre von den Urkunden der ersten Karolinger (751-840) ; Acta re gum et imperatorum digesta et enarrata ; Die Urkunden der Karolinger, Erste r
Theil : Urkundenlehre, Wien, 1867, p . 89 .
3. Th . Sickel, op . cit ., p . 85-86.
4. Th . Sickel, op. cit ., p . 86 .
102
PAUL AEIISCHPR .
verain, en tant que roi d ' Aquitaine, sont si rares, et nous sommes
si mal renseignés sur les chanceliers et les notaires royau x
d ' alors — ce ne sont que quelques noms que nous connaissons —
qu ' il est impossible de préciser plus la date de cette innovation ,
et de savoir à qui elle est due . Quant à son passage clans les for mules de la chancellerie d ' Aix, il a del se produire --- et nous e n
avons une preuve dans la présence de nzolendinu.nz clans un diplôme de 814 déjà — dès cette date ; un des premiers soins de l a
chancellerie de Louis, a remarqué Sicicel, a été incontestablemen t
de réviser les formulaires au point de vue du style : « Marls Bemühungen um Verbesserung der Sprache und des Stils wirkte n
nun endlich auch auf das Diplomenwesen ein, und was vielleich t
schon seit Jahrzehnten der geliiuterie Geschmack Biner gebildeteren Generation gefordert hatte, geschah als nach dols Tod e
Karls neue und bereits in dem Schulen herangebildete Miinne r
in die Kanzlei eintraten I . » Le fait est que, selon `Megan, dès 814 ,
le nouvel empereur « jussit . . . renovare omnia praecepta, quae su b
temporihus patrum suorum gesta erant ecclesiis Dei, et ipso man u
propria ea cum suhscriptione robovarit 2 » .
Que le chancelier de Louis, roi d ' Aquitaine, qui a fait adopter nzolenclinunz, ait appartenu à cette nouvelle génératio n
d ' hommes cultivés et lettrés, c ' est ce qui est plus que probable .
Si nous avions des renseignements moins parcimonieux sur co s
fonctionnaires ei sur leur formation, nous saurions peut-être auss i
oà l ' introducteur de nzolendinnm a pu puiser ce mot . Car — c ' est l e
point le plus obscur de toute l ' histoire de ce vocable — il est excessivement malaisé de reconnaître ses origines : et, dans le s
lignes qui suivent, je no veux que signaler certains détails et certains faits, sans avoir la prétention de résoudre le problème .
a Ganz spiitlateiniscli -- a dit très justement Krebs 3 — ist molendinum in der Bedeutung Mühle . » Fabretti, en citant c e
moto , donne comme références deux passages de saint Augusti n
que nous verrons tout à l ' heure ; Forcellini mentionne ces deu x
mêmes passages, auxquels il ajoute un troisième cas, tiré d u
1. Th . Sickel, op . cit., p . 159 .
2. M . G. IL, Scriptorum, t. II, Ilannoverae, 1828, p . 593 ; Thegani, Vita
Hludo 'ici imperatoris, 14.
3. J . Ph . Krebs, Antibarbarus der lateinischen Sprache, vol
. 2, 7' éd ., Basel, 1907 ,
p . 95 .
4. Fabretti, Glossarium italicum, L . II, col . 1183 .
LES DI:NOMINATIONS
DU (( MOULIN
».
103
même auteur s ; Du Cange, clans l ' édition Favre, ajoute, aux citations de saint Augustin, les indications suivantes, que je transcri s
telles quelles : « Utuntur passim Gregorius Turon . de Vitis Patrum cap . 18 . Flodoard . lib . 1 . IIistor . siemens . cap . 14 . 15 . Petrus Damian . lib . 1 . Epist . 9 . Ivo Carnot . Epist . 77 . 259 . Fulbertus Epist . 14 . Aimoinus Rb . 3 . IIistor . Fr . cap . 61, Radevicu s
Lb . 4 . cap . 5 . Baldricus lib . 1 . cap . 25 . Constantinus Afric . lib . 2 .
de Morbor . curai . cap . 7 . veteres chartae apud Chiffletiu m 2 . .
.Voilà,certsunmpaéiderfncs
. Mais il est évident que, si l ' on veut enquêter sur l ' origine du mot et son emploi
antérieurement à 807, tons les auteurs postérieurs à cette date —
vérité de La Palisse — doivent être éliminés : il semble qu ' assez
têt le mot a dU être adopté un peu partout par ceux qui se piquaien t
d ' écrire un latin correct et de manier un vocabulaire choisi . S i
bien que, de la liste fournie par Du Cange, il ne reste que sain t
Augustin et Grégoire de Tours . Mais, clans l ' édition des oeuvres
de ce dernier parue dans les Monamenta, on ne trouve — nous l e
verrons * Glue molina ou molinus : ce sont les seuls termes qu i
soient cités et étudiés par Max Bonnet', qui rejette dans une note ,
en ayant Lou', l ' air de les considérer comme des corrections postérieures, les leçons nzoletzdinunz . De sorte que saint Augustin entr e
seul en ligne de compte .
Il est vrai que Krebs, citant à son tour, comme nous l ' avons vu ,
molendinenz, renvoie à un passage du Pseudo-Cyprien . Dans l e
De Pascha computes, en effet, on lit : a Eum in Babyloniam duc i
iussit, et in molendino constituit, ubi est mortuus est 4 . » Mais o n
connaît toutes les excellentes raisons qu'il y a de croire que c e
traité n ' est pas de saint Cyprien : le texte est établi sur deux manuscrits du u n siècle, qui ont parfaitement pu être corrigés ; c ' est à-dire que, dans le cas qui nous occupe, les scribes, par souci d e
purisme, ont pu le mieux du monde remplacer par molenclimon ,
seul correct à leurs yeux, le mot qui aurait figuré dans l ' original .
1. Porcellini, Totias latinitatis lexicon, t . IV, p . 157 .
2. Du Cange, Glossarium mediae et in/fume latinitatis, éd . Favre, L V, p . 443 .
3. M . Bonnet, Le latin de Grégaire de Tours, Paris, 1890, p. 208.
4. G . Martel, S . Thasci Caecili Cypriani Opera omnia, pars III, Opera spuria ;
Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum, vol . III, pars III, Vindobonae, 1871 ,
p . 259 .
5. Cf . G. Martel, op . cit., vol . cit ., p . Lxv ; cf . également P . de Labriollo, Histoire
de la littérature latine chrétienne, Paris, 1920, p . 223-224, et tout particulièremen t
P . Monceaux, Histoire littéraire dc l'A/ripe chrétienne, L II, Paris, 1902, p . 99 sqq .
104
PAUL AUBISCHI,R .
Une fois de plus, par conséquent, nous en sommes réduits ,
comme témoignages antérieurs à 807 de l ' emploi de molendin.unz ,
aux deux ou trois passages de saint Augustin, passages que je cit e
en entier :
De tribus enim ipsis generibus dictum est : a Duo in agro ; unes assumetur, et unus relinquetur : et duo in lecto ; unes assumetur, et unu s
relinquetur : et cluae in molendino ; una assumetur, et una relinquetur n (Luc ., XVII, 34, 35) . . . Duae item in molendino ex nomine gene ris feminini appellavit ; plebes enim intelligi voluit . Quare in molendino? Quia in isto mundo versantur, ubi rnolendinum intelligitur ; qui a
sic vertitur mundus isle, quomodo moly : vae enim quos eonterit;
In molendino erge Gluas dixit (Matt11 ., XXIV, 41), non duos ; credo ,
duod haec figura ad plebes pertineat : quia praepositi regunl., t aches re guntur . Et rnolendinum puto dictum mundum istum ; quia tote quada m
temporum volvitur, et amatores suas contera' .
Mais ces cas de,nolenclinnni sont si esseulés, si éloignés dans l e
temps du diplôme de 807 et des exemples postérieurs de ce mot ,
qu ' il convient de ne les accueillir qu' avec circonspection . Esseulés, en effet, parce qu ' entre ces exemples, qui seraient du commencement du v e siècle, et notre diplôme de Louis le Pieux, il n ' y
aurait pas un seul autre cas de rnolendinum, taudis quo, nous le verrons, les exemples d ' autres mots pour désigner le moulin, pend un i
cette période, ne sont pas rares . Esseulé aussi, parce que ce vocabl e
n 'a aucun dérivé connu, semble-t-il, durant toute celte période .
Soit molendinarium, soit molendinaria, cités par Du Cange 3 , n e
figurent que dans des documents très postérieurs à l ' an 800, et n e
peuvent par conséquent nous être d ' aucun secours . — Il est vrai
que, par contre, l 'adjectif inolendinarius serait attesté dès la fi n
du Iv° siècle, puisqu 'Ammien Marcellin l ' aurait employé : il parl e
quelque part d ' un « obeliscus diu pensilis, hominum minibus multis tamquam molendinarias rotantibus metas, cavea locatur in me dia eique sphaera superponitur 4 », et on a voulu voir le substan 1. S . Augntini, Gnarratio in Psalmum. CXXXII; Aligne, Pair. lai•, t. XXXVII ,
col . 1730-1731 .
2. S . Augustini, .Gnarratio in Psalmum XXXVI ; Migne, Pair. lat ., t . XXXVI ,
col . 356.
3. Du Cange, op . cil ., éd, cit., t. V, p . 443 .
4, Ammiani Marcellini, Rerun, gestarurra . . ., roc . Fr . Eyssenharclt, oct . miner, Berolini, •1871, p . 70 ; XVII, 4, 15 .
LES DÉNOMINATIONS
DU « MOULIN » .
10 5
tif correspondant clans une inscription, conservée par l ' Anonyme s
Einsiedlensis, inscription datant de 488 et mentionnant des mnlendinarios, selon certains éditeurs : niais c ' est que le manuscri t
de Saint-Gall donne nzolelldarios, et que nzolendinarios n ' est, un e
fois de plus, qu ' une conjecture et qu ' une correction relativemen t
Inoderne l . Et comment a été établi le texte d ' Anullien Marcellin ?
illrtlendinclrnls n ' y serait-il pas aussi une correction? — 11 est vra i
encore que ce même radical molend- se retrouverait clans le verbe
,nnlellrlare, employé par Pompeius, grammairien du v° siècle 2 ,
dans son commentaire au De barbarisnzis (le Donat3 : l ' existence
de ce mot assurerait un peu la possibilité de la présence de nzn 1el1linant ehev, saint Augustin .
Peut-on, dès lors, admettre que le latin de la fin du Iv" siècl e
ou du conune:ncement du v e ait connu des formations nzolendare ,
ntolelzl'lcr,rins et, rnolendinumi' Co n ' est pas impossible . Sans doute ,
n'avons-nous pas encore de texte critique des Enarralieues de sain t
Augustin : on ne peut exclure, par conséquent, que ces exemple s
do nzolendinuin ne soient dus qu ' à des copistes très postérieur s
qui, persuadés que nlolendin1111z seul était le mot classique, aien t
cru devoir émonder le texte qu'ils copiaient ; sans doute a-t-il p u
en être de mémé avec le texte d ' Amnlien Marcellin, et aussi ave c
celui de l'onlpeius, bien que ce mo1e/1(lare n'apparaisse plus pa r
la suite, me semble-t-il . Mais nous avons là, malgré tout, u n
groupe d'indices, de témoignages d'origine diverse, qui laissen t
supposer la présence de dérivés de molend- dans le latin de c e
temps .
De tous ces témoignages, le plus sen . , je crois, est l'inscriptio n
de 488, avec le substantif nzolendarias . Mais il n ' est pas impossible que ce mot ait été usité â une époque antérieure : le Digeste ,
en effet, a le passage : « Asinam molendariam, et molam nega t
i . C . I . L ., VI, 1711 ; I . Gruteri, Inscripliones antiquac latins orbis romani . . . ,
nouv . êd ., t . II, Amstelaedami, 1707, p . 1114, n° 6 . Cf . la note du C . I. L,, vol .
cit ., p . 373 .
2. Cf. Porcellini, op . cit., t . I, p . mu .
3. Je cite d'après Forcellini : « Frugesque receptas Et torcere parant flammis e t
frangera saxo . Ecce prias dixit coquere panem, postea molondare triticum hoc dicit (Virg . 1 . Aen . 178) ; histerologia est . s Par ailleurs, commentant ce même passage de l'Lnéide, Donat emploie, lui, macre : « . . . Frangere saxo hoc est moles ,
postea varo torcere flammis quasi panem caquera. . . e (Tiberi Claudi Donati, Inlerpretationes Vergilianae, dd. II . Georgi, vol . 1, Bibliotheca Teubncriana, Leipzig ,
1005, p . 41) .
PAUL AEBISCHEB .
106
Neratius instrumente fun di contineri s, et, ailleurs encore : a Scaevola consultas de metamolendariarespondit l ., . s Or, le mot, d ' un e
part, est attesté par le manuscrit florentin, cju ' on date de la seconde moitié du vi e siècle 2 ; et, d ' autre part, ces textes semblen t
se référer — mais les reproduisent-ils mot pour mot? — à de s
passages de Neratius et de Scévola, qui auraient employé molendarins, adjectif : or, Neratius a écrit à la fin du premier siècle d e
notre ère, et Scévola à la fin du siècle suivant . Si cela était, il faudrait en conclure naturellement que naolendarins a été connu, d u
latin juridique tout au moins, dès cette époque .
Sa formation, du reste, est explicable . Ce serait vraisemblable ment le dérivé d' un neutre pluriel du gérondif substantifié molenda, connu encore de l ' italien, avec le sens de a salaire du meunier n, et de l ' espagnol, molienda « blé à moudre s, sens qui au rait été également connu anciennement, d ' après M . Meyer-Liibke 3 ,
du mot italien, à côté de la signification qu ' il a aujourd ' hui encore . Les mots de ce genre, par ailleurs, sont assez fréquents e n
italien : q u ' il suffise de citer chiuclenda a clôture s, filccenda « affaire s, filanda a filature a, lavanda a lavage s, locanda a htltel s ;
on trouve par exemple clans les dialectes italiens : matit . nzdanda
« moisson aa,regg . podanda « rognure s, seganda « fauchage a ,
abruzz . vrukanna a incubation s, sic . fb rJanna a mise-bas s ; e n
ancien français : buvande a boisson s — d ' où l 'italien bevanda — ;
en français viande, provende ; en ancien provençal rozenda «gourmandise n, rniranda a observatoire » ; en espagnol bebienda, hacienda, nzolienda, vivierada a demeure 4 s . De sorte qu ' il ne serai t
pas impossible d' admettre que ç ' ait été là une formation déj à
connue du latin . Sur ces mots, rien n ' était plus facile et plus explicable de faire des dérivés en -arias, pour désigner ceux qu i
procédaient à telle opération, qui s'occupaient cle telle chose : d ' o ù
ntolendarins, de même qu ' on a eu, mais sans cloute plus tard, e n
français, buandier, louandier, taillandier, provendier 5 — dési-
1. Paul ., Dig., XXXIII, 7, 18, ,H 2 et 5 .
2. Cl ., par exemple, F . Schulz, Ria/abritai; in das Studium der Digesten, Tübingen, 1910, p . 2 .
3. W, Meyer-Lübke, Grammaire des langues romanes, t . II, Paris, 1895, p . 600 (i01 .
4. Tous ces exemples sont mentionnés par M . Meyer-Lübke, op . cit ., loc . cit .
5. Kr . Nyrop, Grammaire historique de la langue -française, t. III, Copenhague ,
1908, p . 179. Par contre, d'autres mots, comme brelandier, dinandier, faisandier ,
n'ont qu'un d analogique : cf . Kr . Nyrop, op . cit ., p . 54.
LES DÉNOMINATIONS DU
e
10 7
MOULIN D .
gnant d ' abord celui clui fournit une provende aussi bien que celu i
qui la reçoit — curandier, ferr•andier i .
Ce serait sur ce même nzolenda qu ' aurait été formé molenilirzunz, que je soupçonne d' avoir pris son suffixe à nzolinunz qui, j e
vais le montrer, existait certainement à cette époque .
S ' il est possible, nous l ' avons vu, que nzolendinurn ait réelle ment fait partie du vocabulaire de saint Augustin, il faut constater, par ailleurs, que par la suite il n ' apparaît clans aucun autr e
texte jusq u ' au diplôme (le 807 . On serait tenté d ' en conclure que ,
pendant ces quatre siècles, il avait disparu de l ' usage : et, au moment de la renaissance des études latines sous le règne de Charlemagne, il n ' est pas invraisemblable que les latinistes d'alor s
l ' aient trouvé dans saint Augustin précisément . On pourrait sup poser aussi, si les exemples de nzolendinurn dans les Eiiar•rationes
devaient être considérés comme des corrections tardives, qu ' au x
alentours de l ' an 800, les lettrés, connaissant grâce aux textes juridiques l ' existence de nzolendarius, en aient conclu à l'existence ,
à la belle époque latine d ' un nzolendare qui, par croisement ave c
maintint, aurait donné rnolendinurn .
Ce ne sollt là d 'ailleurs que des hypothèses . Ce qu ' il y a de certain, c ' est que les diplômes de Charlemagne ont un cas de olilzurn, à côté d ' ailleurs de farinaria, beaucoup plus fréquent . C e
devait être, sans doute, avec nzolina et rnolinus, le terme couran t
en France : c ' est rnolinus en tout cas e , et nzolina 3 , qu ' emploi e
Grégoire de Tours, pour qui le meunier est un nzolinarius r4 . Il est
évident, comme on l'a déjà dit depuis longtemps, que rnolinus, -a. ,
-uni est un adjectif substantivé : Bonnet explique dès lors les deux
formes de Grégoire comme étant le résultat de l ' ellipse de substantifs de genre différent 5 . Cette explication est d ' autant plu s
sûre que chez Tertullien rnolinus, -a, -ein est précisément un adjectif : « Si molino saxo ad collum deligato praecipitatus est i n
m
1, A . Hatzfeld, A . Darmesteter et A . Thomas, Dictionnaire général de la langue
française, 5° éd ., t . I, p . 66 .
2. M. G . II., Scriptores remit merovingicarum, t . I, Hannoverae, 1885, p . 734 25 ,
735 23 et 735 5 .
3. M. G . H ., vol . cit ., p . 129 15 (var, mutinas), 299 is (var. nzolinos), 306 21 (var.
mutinas et molinos).
4. M . G . IL, vol . cit ., p . 299 20 (var. mulinarius) .
5. M, Bonnet, op, cit., p . 354 ; cf . p . 345-346.
108
PAUL AEBISCHER .
profundu m l . n Mais Cassiodore déjà l ' emploie comme substantif :
a Influit vobis arte moderatus, ubicumque necessarius judicatur ,
et hortis vestris suiiciens et molinis'2 .
Reste à dire un mot du terme romain acjainzolum ou aquisnzolum . On sait que le moulin à eau — mola aquaria, Izydromnula ,
hydraletes — était fort employé dans l ' antiquité déjà, et qu ' au témoignage de Pline on en trouvait de son temps partout en Italie n . Tandis que mola était le mot latin clans son acception la plu s
générale — bien qu ' il ait pu désigner aussi le moulin à eau e n
particulier, témoin ce passage d ' Anastase le Bibliothécaire, qu i
dit que le pape Honorius « constituit mola in murum in loco Trajani, juxta murum civitatis, et formam quae deducit aquam in la cum Sabbatinum, et sub se formam quae conducit aquant Tiberis 4 n — et que dans ce sens le mot s ' est conservé longtemps —
nous l ' avons rencontré encore dans des chartes campaniennes —
il paraît avoir été doublé en partie, et même remplacé dans l ' usag e
diplomatique romain par aquaemola, dont on trouve dans le s
glossaires les variantes aquaemolum, aquaenzolns, aquaeinollas 5 ,
aquaemolina 6 et aquae mulina 7 , aquae inclinas 8 ; et c ' est très justement que M . De Bartholomaeis a remarqué que tous le s
exemples d ' aquaemola, -us, -um que donne Du Cange sont d e
provenance italienne° : on pourrait même préciser en disant romaine, ou tout au moins centro-méridionale . Toutes ces variantes ,
1. Tertulliani, Adversus Marcionem, lib . III, 35 ; Corpus scriptorum ecclesiaslìrorum latinorum, vol . XLVII ; Q . Sept. Florent . Tertulliani, Opera, ex rec . Aem . Kroymann, pars III, Vindobonae et Lipsiae, 1906, p . 538 .
2. M . Aurelii Cassiodori, De Institutione divinarum litterarum, cap . xxix ; Migne ,
Pair, lat ., t . LXX, col . 1143 .
3. A . Baudrillart, in Saglio et Pottier, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, t . III, it, p . 1961 . Sur la construction de ces moulins, cf . R . Cagnat e t
V . Chapot, Manuel d'archéologie romaine, t . II, Paris, 1920, p . 233-234 .
Anastasii Bibliothecatii, Historia de vitis romanorum Pontificium ; Migne, Pair .
lat., t . CXXVIII, col . 699 . Ce même passage se retrouve dans le Liber pontificalis :
cf. l'édition de Mommsen, M . G . Il ., p . 172 1S .
5. Cf. Du Cange, éd . cit ., t . I, col . 369 ; Thesaurus linguae latinae, t . II, col . 365 ;
Forcellini, op . cit ., t . I, p . 347 .
6. Du Cange, éd . cit., col . 369 ; Forcellini, op . cit., t . I, p . 347 .
7. Corpus glossariorum latinorum, vol . II ; G. Goetz et Gotth . Gundermann, Glossac latinograecae et graecolatinae, Lipsiae, 1888, p . 46217 .
8, Dans les Hermeneumata Montepessulana, conservés dans un manuscrit du
ix' siècle, publié dans le Corpus glassariorurn latinorum, vol, cit ., p. 30653 .
9 . De Bartholomaeis, Contributi alla conoscenza dei dialetti dell' Italia meridionale ne' secoli anteriori al XIII. Spoglio del « Codex diplomalicus Cajetanus e, Archivio glottologico italiano, vol . XVII (1902-1905), p . 19 .
109
».
représentant les unes comme les autres des composés d ' aqua et d e
mola ou nzolinus, -a, ont été, je pense, forgées, à une époque relativement tardive, sur le modèle grec úôpopúkq . Cette hypothès e
paraît d ' autant plus vraisemblable que, nous l ' avons vu, aquimolum n ' a jamais eu qu ' une existence factice, qu'il n'a , jamais été
employé que dans la langue écrite, puisque les noms de lie u
montrent que, clans cette partie de l ' Italie oh on trouve aguimalunz ,
c ' était mola ou nzolinuaz qui représentaient le terme populaire .
Tels sont donc les mots désignant le « moulin » qui ont été usi tés clans les chartes italiennes . Mola, nzolinunz, molen(linum, aquinzolum . Deux mots qui ont leur racine clans la langue vivante ;
deux autres mots figés, gelés clans la langue écrite . Mais figés e t
gelés jusqu'à un certain point : dans cette atmosphère factice, il s
vivaient de leur vie propre, et se faisaient par conséquent l a
guerre, l ' un étant guelfe — aquimolunz — et l ' autre gibelin —
uzolendinunz .
Paul AESISCHER .
LES DÉN011INATIONS DU ((
MOULIN
Fly UP