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LES ENTREPRISES FRANÇAISES MONDIALES ET L'USAGE DU FRANÇAIS... Michel Franck

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LES ENTREPRISES FRANÇAISES MONDIALES ET L'USAGE DU FRANÇAIS... Michel Franck
Michel Franck
Chambre de commerce et d'industrie de Varis
LES ENTREPRISES FRANÇAISES MONDIALES
ET L'USAGE DU FRANÇAIS...
Pour une entreprise immergée dans une compétition mondiale chaque jour plus acharnée, le choix d'une langue de
communication - aussi bien dans ses rapports internes que dans ses relations avec le « reste du monde » - n'est pas seulement
une question pratique. C'est une variable essentielle dans son jeu stratégique. Vecteur essentiel d'une relation commerciale
équilibrée et dynamique, la langue utilisée au sein des entreprises évolue au gré de facteurs extérieurs à celles-ci, notamment
lorsqu'elles exercent une activité internationale.
Dans le contexte actuel, caractérisé par l'ouverture des marchés et l'internationalisation des activités de production et
d'échange, les entreprises doivent adapter l'ensemble de leurs modes de fonctionnement à la recherche de la plus grande
efficience. La question linguistique se posant alors nécessairement, l'entreprise doit définir une politique d'usage. L'addition
de ces choix crée un mouvement général tout à fait considérable, caractérisé notamment par un recul relatif du français
dans la vie des affaires.
Contre la tendance naturelle, qui pousse, bien sûr, à privilégier la commodité immédiate en adoptant l'anglais, la Chambre
de commerce et d'industrie de Paris (CCIP), depuis plus de cinquante ans, participe activement à la promotion de la langue
française comme outil au service des échanges économiques. Il ne s'agit pas là seulement de politique linguistique, à laquelle
une chambre de commerce n'a pas spécialement vocation à concourir, mais d'une action en faveur du développement d'un
environnement linguistique et culturel propice à l'essor de nos entreprises à l'étranger.
À cet effet, la CCIP, et plus particulièrement sa Direction des relations internationales de l'enseignement (DRI/E), a
mis en place un ensemble de certifications en français des affaires ainsi qu'un instrument de mesure destiné, pour les étrangers
dont le français n'est pas la langue maternelle, à évaluer leur niveau dans notre langue. Au travers d'établissements
d'enseignement qu'elle gère à l'étranger en tant qu'opérateur du gouvernement français, elle offre également, outre les
disciplines spécifiques enseignées, toute une série de formations comprenant un apprentissage du français.
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Les entreprises françaises mondiales et l'usage du français...
Cette action est reconnue tant par les entreprises que par les pouvoirs publics. Toutefois, afin de disposer d'une vision
claire et étayée des enjeux en vue d'améliorer encore l'adéquation de son offre aux besoins des entreprises, la CCIP a souhaité
analyser la place de l'usage du français dans les entreprises françaises exerçant leurs activités à l'étranger. Cette étude a
donné lieu à la rédaction d'un rapport, en juin 2003, sur les pratiques linguistiques dans ces entreprises.
Le rapport réunit les enseignements tirés d'une enquête effectuée par l'Observatoire de la formation, de l'emploi et
des métiers (OFEM) de la CCIP auprès d'un panel représentatif de quelque 500 entreprises françaises.
L'échantillon a été sélectionné de manière aléatoire selon la méthode des quotas, en fonction de la taille des entreprises.
Un redressement sur la base de la taille de l'entreprise a été opéré afin d'obtenir une représentation significative du tissu
des entreprises exportatrices françaises.
Cette enquête étudie l'usage des langues et leur apprentissage dans les entreprises françaises intervenant sur un marché
international. Elle analyse avant tout les choix linguistiques stratégiques de ces entreprises et les répercussions sur leur
fonctionnement, leur organisation et leur compétitivité. Il en ressort que, si la maîtrise de l'anglais apparaît, sans surprise,
comme une valeur ajoutée pour les entreprises françaises intervenant sur des marchés internationaux, la place du français
et son usage au sein de l'entreprise n'en restent pas moins essentiels et apparaissent comme des avantages concurrentiels
dans leur stratégie de marketing.
Trop faiblement partagé, ce constat mériterait donc de bénéficier d'une politique active d'incitation et de sensibilisation
des entreprises.
La maîtrise de l'anglais, un avantage concurrentiel
dans les relations avec une clientèle non-francophone
l'anglais : un avantage concurrentiel, mais non indispensable
Plus de 52 % des entreprises françaises réalisent au moins la moitié de leur chiffre d'affaires avec une clientèle non
francophone et 16 % des entreprises interrogées déclarent en réaliser plus de 90 % avec cette même clientèle. L'importance
des relations entretenues par les entreprises françaises avec des interlocuteurs non francophones dicte, dans une certaine
mesure, leur stratégie en termes de choix de langue de communication, avec pour critère l'efficience dans les relations avec
les clients et partenaires.
Parallèlement, on constate que la langue anglaise est parlée par 89 % de la clientèle non francophone - qui n'est pas
nécessairement issue d'un pays anglophone - devant l'allemand (44 %), l'espagnol (36 %) et l'italien (17 %). Ces proportions
ne sont guère surprenantes et confortent a priori la perception de la maîtrise de l'anglais comme facteur de compétitivité
sur la scène internationale.
C'est d'ailleurs un avantage concurrentiel fort pour la moitié des entreprises interrogées (51 %), contre seulement 9 %
pour l'usage du français. 63 % des entreprises pensent en outre que substituer l'anglais au français comme langue courante
dans les entreprises travaillant avec l'étranger faciliterait leurs activités commerciales. En d'autres termes, il paraît aux entreprises
plus efficace de se concentrer sur une langue pratiquée, à titre maternel ou non, par la majorité de la clientèle, ce qui leur
semble être un facteur de gain de compétitivité sur le marché mondial.
Toutefois, il est important de noter que 76 % des entreprises interrogées ne constatent pas de barrière linguistique
dans leurs activités à l'export et estiment que l'anglais est un élément supplémentaire sans être nécessaire.
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Michel Franck
La formation
aux langues étrangères
comme outil du développement
international
Toutes les entreprises interrogées incitent leurs collaborateurs à se former à une langue étrangère et un tiers des entreprises
françaises (32,8 %) a même financé ou organisé une formation à l'anglais dans l'année écoulée. En termes budgétaires, la
majorité des entreprises octroie moins de 10 % du budget formation à l'apprentissage de l'anglais. Seul 10 % en affectent
plus de la moitié.
La taille de l'entreprise influe de manière significative sur les politiques d'apprentissage des langues étrangères. Les
petites entreprises consacrent plus de 50 % de leur budget de formation à l'apprentissage de l'anglais, contre 0,5 % pour
les grandes entreprises.
Dans les trois quarts des cas, la formation à l'anglais a été jugée efficace, permettant aux employés de maîtriser
suffisamment l'anglais pour les besoins de l'entreprise où l'usage du français reste néanmoins primordial.
La place prédominante du français
dans les relations internes de l'entreprise, avec la clientèle francophone
et en tant qu'élément indissociable de l'image de marque
Le français:
la langue incontournable
dans la communication
interne
Suivant l'article 2 de la Constitution, «la langue de la République est le français» et, selon la loi du 4 août 1994, dite
«loi Toubon», «elle est la langue de l'enseignement, du travail, des échanges et des services publics». À ce titre, l'usage
du français au sein des entreprises est une obligation légale pour la rédaction du contrat de travail, du règlement intérieur
et de tout autre document portant sur les conditions de travail, les conventions et accords collectifs.
Pour 77 % des entreprises interrogées, le français reste d'ailleurs la langue de travail naturelle, contre 7 % pour l'anglais.
La grande majorité (80 %) considère en outre que le français n'a rien perdu de sa suprématie. Les entreprises reconnaissent
l'anglais comme un outil de communication commode, voire incontournable dans la pratique du commerce international,
mais ne considèrent pas que le français soit amené à disparaître pour autant. Pour 53 % d'entre elles, les logiciels sont en
français ; pour 69 %, l'usage d'Internet convient aussi bien au français qu'à l'anglais, bien que cet outil se soit principalement
développé aux Etats-Unis. Ce constat est relevé dans toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. Elles n'hésitent pas
à recourir à des plaquettes commerciales bilingues (pour 74 %) et à des sites Internet multilingues (61 %), mais le français
demeure néanmoins largement prédominant.
Le français:
un avantage
réel dans les rapports
avec la clientèle
francophone
La maîtrise du français trouve, en outre, toute sa force et tout son intérêt dans les relations entretenues avec la clientèle
francophone. La moitié des entreprises interrogées jugent la pratique du français dans ce type de marché comme un
avantage fort, voire crucial. La moitié des entreprises actives à l'international considèrent donc explicitement le français
comme un atout dans leur environnement concurrentiel.
En termes de marketing, l'appartenance à une même communauté linguistique facilite la communication, les négociations
et permet l'instauration de relations pérennes.
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Les entreprises françaises mondiales et l'usage du français...
Le français: un élément indissociable d'une image de marque
Et si la pratique de cette langue est évidemment un atout dans les relations avec une clientèle francophone hors de
France, elle l'est également lorsque des entreprises françaises traitent avec certaines entités non francophones. En effet,
certaines entreprises mettent en avant leur «label français» pour se positionner sur un marché étranger. Dans le secteur
des services, du transport, des technologies de pointe ou les industries du luxe, l'image de qualité française est bien souvent
un facteur propre à renforcer une présence sur un marché. Air France, à titre d'exemple, utilise «l'exception culturelle»
comme argument commercial en projetant des films français lors de ses vols long-courrier et en s'efforçant d'honorer la
gastronomie française dans ses plateaux-repas.
Conscientes de cet atout, plus de la moitié des entreprises interrogées (65 %) reconnaissent que le français est un
élément indissociable de leur image de marque. Pour autant, elles ne sont que 5 % à considérer le français comme un avantage
concurrentiel concret dans leurs relations avec une clientèle non francophone.
Comment renforcer l'usage du français dans la vie des affaires ?
Trois types de rapport à la francophonie
Les résultats de l'étude de l'OFEM ont mis en évidence l'existence de trois groupes d'entreprises réunies dans un
même type de rapport à la francophonie.
Le groupe intitulé «identité francophone » (164 entreprises) rassemble plutôt des sociétés des secteurs du textile, de
l'habillement, des matières premières et des produits alimentaires, réalisant entre 50 % et 90 % de leur chiffre d'affaires
avec la clientèle non francophone. Ces entreprises ont conscience de l'image très positive et génératrice d'avantage comparatif
de leur « francité ». Celles-là doivent être encouragées dans leur pratique linguistique francophone, qui est un vecteur privilégié
de leur identification. Elles doivent également être présentées et promues comme modèles auprès de la communauté
d'affaires française et assistées si besoin est.
Les entreprises du groupe intitulé «image de marque» (161 entreprises) appartiennent plutôt aux secteurs des services
aux entreprises et du commerce de gros. La pratique du français y est toujours dominante, mais l'anglais y est considéré
comme un avantage concurrentiel important. Dotées d'une forte capacité d'adaptation, ces entreprises sont susceptibles
de se laisser tenter par l'adoption de l'anglais comme langue de travail et de communication avec leur clientèle. S'exposant
à un risque de perte d'identité et d'image de marque, elles devraient faire l'objet d'actions de sensibilisation.
Le groupe intitulé «identité non francophone » (159 entreprises) concerne plutôt les services financiers, les secteurs des
transports, de la communication, le BTP, la chimie. Ces entreprises disposent généralement de succursales à l'étranger et
d'équipements de production ou de technologies employés en langue anglaise. Elles bénéficient d'une grande capacité
d'intégration aux marchés internationaux et d'une latitude importante dans les choix de localisation de leurs activités. Il
s'agit avant tout, pour celles-là, de communiquer sur les atouts de la pratique du français.
Des préconisations générales pour inciter les entreprises à renforcer l'usage du français
- Aider les entreprises à disposer des outils nécessaires pour développer les avantages commerciaux inhérents au français
dans les domaines pertinents. Pour le tiers des entreprises, le label « français » constitue un avantage du point de vue marketing
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et, pour les deux tiers, la langue française est un outil indissociable de leur image de marque. Aussi, cette image positive
de la place du français dans leur politique marketing ne fera que se renforcer par la mise à disposition d'outils de promotion
commerciale performants.
- Prévoir des formations au commerce international en français. Il serait, par exemple, intéressant de prévoir des formations
au commerce international en français, en s'appuyant sur l'étude de problématiques interculturelles accompagnées d'un
apprentissage en anglais consacré à l'étude spécifique du lexique propre aux mécanismes du commerce international.
- Créer un portail Web bilingue à l'usage des PME françaises présentes à l'international. Ce site, bilingue pour en
garantir une meilleure lisibilité, servirait de lieu de veille sur l'actualité des échanges économiques internationaux, permettant
ainsi la constitution d'une communauté francophone virtuelle. Cet espace de rencontre deviendrait un lieu de mise à jour
de l'actualité des marchés, de la concurrence internationale, des salons, des recherches de partenaires...
Le maintien du français comme langue de communication professionnelle au sein même des entreprises francophones,
ainsi que sa promotion en tant qu'avantage concurrentiel indissociable d'une politique marketing efficace, passe avant tout
par la mise en place d'actions concrètes et dynamiques.
Sensibiliser ces entreprises à l'exploitation de la langue française comme avantage concurrentiel dans la stratégie marketing
et dans la pérennisation des entreprises françaises présentes sur les marchés internationaux placerait cette problématique
au cœur de leurs préoccupations et les inciterait à se regrouper en tant que réseau d'entreprises partageant une spécificité
culturelle liée à l'emploi majoritaire d'une même langue : le français.
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