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C Planète blanche Les glaces, le climat et l’environnement

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C Planète blanche Les glaces, le climat et l’environnement
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62
La Météorologie - n° 65 - mai 2009
Planète blanche
Les glaces, le climat et l’environnement
Jean Jouzel, Claude Lorius et Dominique Raynaud
et ouvrage est sorti aux Éditions
Odile Jacob en mai 2008, juste au
moment où un communiqué nous
apprenait que les archives du climat
permettent de remonter jusqu’à 800 000
ans dans le passé, dans le cadre du
forage européen Epica. Les trois
auteurs, qui sont des acteurs importants
de cette recherche, racontent cette aventure scientifique qu’est l’exploration
des glaces en Arctique, en Antarctique
et au Groenland.
C
C’est ce double aspect d’exploration et
d’aventure scientifique qui caractérise
ce domaine de recherche devenu une
thématique scientifique majeure : le
déchiffrage du climat passé dans les
archives glaciaires. Cette science se
joue dans un contexte international
depuis l’Année géophysique internationale de 1957-1958 : Européens, Russes,
Américains (et plus récemment
Chinois) y collaborent étroitement et les
Français y jouent un rôle important. Les
auteurs sont des glaciologues de réputation internationale. Ainsi Claude Lorius
a reçu le prix « Blue Planet » en 2008,
prestigieuse distinction internationale
dans le domaine de l’environnement et
il est le premier Français à le recevoir
(voir La Météorologie n° 64, p. 2).
L’ouvrage est structuré en quatre parties,
avec des aspects originaux. La première
partie, « Le monde des glaces hier et
aujourd’hui », pose le décor. Ainsi, les
glaces de la planète sont de trois sortes :
glaciers de montagne, calottes de glaces
(il y en a soixante-dix, de quelques
milliers à 50 000 km2) et immenses calottes du Groenland (1,7 million de km2) et
de l’Antarctique (12,3 millions de km2)
qui sont appelées « inlandsis ». Puis un
chapitre présente le bilan de masse d’un
glacier qui diagnostique son état de fonctionnement (équilibre entre l’ablation due
à la fonte et l’accumulation due aux précipitations de neige) et l’applique aux
trois régions d’intérêt : l’océan Arctique
(vulnérable), le Groenland (bilan de
masse de plus en plus négatif) et
l’Antarctique (bilan incertain). Cette partie se termine par l’évolution des glaces
au cours des âges, avec la découverte des
glaciations pour la période récente (par le
Suisse Louis Agassiz) et la théorie astronomique des glaciations du quaternaire
(par le Serbe Milutin Milankovitch).
Vient la deuxième partie qui présente la
méthode de reconstruction des climats
passés en datant les bulles d’air enfermées dans la glace avec une technique
isotopique, puis fait l’histoire des sites
successifs de l’Antarctique et du
Groenland, où elle a été appliquée (le
Groenland permet de comparer des sites
dans les deux hémisphères). La moisson
de ces campagnes Epica s’illustre au site
Vostok, qui est surnommé « la corne
d’abondance » (chapitre 7), à la suite de
la grande découverte en 1987 – à
laquelle les auteurs ont participé – où
l’on a pu tracer l’évolution simultanée
de température et gaz carbonique
sur plusieurs cycles de glaciations
(160 000 ans). Trois chapitres discutent
alors les courbes globales de température et de gaz à effet de serre reconstituées maintenant jusqu’à 800 000 ans
dans le passé et le rythme des glaciations associées à la circulation océanique, tout en insistant sur les
10 000 dernières années caractérisées
par une grande stabilité.
La troisième partie traite des projections du climat dans le futur, en utilisant
le récent rapport du Giec (2007), mais
développe aussi deux points plus originaux. D’abord cette remarque : les
pôles sont aux avant-postes du changement climatique, et là il faut distinguer
le pôle Nord et le pôle Sud. L’Arctique
est très impacté ainsi que le Groenland,
alors que la calotte antarctique donne
des signes de réchauffement à l’ouest
(péninsule comprise) avec des pertes
notables (comme la plaque Larsen B en
2002), mais sa dynamique est encore
mal comprise. L’autre point est le
Grenelle de l’environnement, dont
J. Jouzel était l’un des acteurs : il a présidé le groupe « Climat » avec le climatologue E. Bard, l’économiste N. Stern
et l’architecte Y. Lion. Il nous livre sa
vision de cette réunion écologique, qui
s’est appelée « Grenelle » parce que
l’on a réuni tous les acteurs autour de la
table.
Nous voici arrivés au terme de cette lecture avec la quatrième partie, « Les
pôles et la planète », qui redit l’importance de la recherche et de l’observation
dans cette région cruciale pour la planète. On note aussi le suivi des pollutions d’origine humaine qui y est
réalisé. On ne pouvait mieux dire en
cette fin de l’Année polaire internationale (mars 2009). La conclusion brosse
un large panorama des relations homme
et climat sur le thème de l’Anthropocène (période « où l’homme joue un
rôle »), introduit par le chimiste allemand P. Crutzen (prix Nobel 1995).
Voilà un livre important pour mieux
connaître cette épopée scientifique des
carottages en Antarctique, avec les références scientifiques à la fin du livre. On
y trouve notamment la référence de la
découverte clé du lien entre croissance
de la température et du gaz carbonique
(trois articles dans la revue Nature en
1987). Je renvoie au site de l’Année
polaire internationale (www.anneepolaire.fr/api) pour des illustrations que
l’on aurait appréciées dans un tel
ouvrage, qui comporte tout de même
quelques dessins !
Régis Juvanon du Vachat
Planète blanche
Les glaces, le climat et l’environnement
Par Jean Jouzel, Claude Lorius
et Dominique Raynaud
Éditions Odile Jacob, 2008, 301 p.
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