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LA TERRE ET LA VIE FRANÇAISE

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LA TERRE ET LA VIE FRANÇAISE
LA TERRE ET LA VIE
REVUE
Nouvelle
Série.
-
D'HISTOIRE NATURELLE
Octobre 1931
N° 10
UNE MISSION
AFRIQUE ÉQUATORIALE
FRANÇAISE
EN
par
JEAN THOMAS
Correspondant du Muséum National d'Histoire Naturelle
chargé de mission par le Ministère des Colonifls et le Muséum.
BUT DE
C
LA MISSION
ONTRIBUER, par le développement
des bêtes sauvages pour notre Jardin
des
Plantes
si
de la pêche dans les fleuves im­
délaissé.
•
menses et poissonneux du Tchad et
du Congo, à l'amélioration de la nour­
•
•
Sur le Congo et la Sangha
riture azotée des indigènes, partant,
à travers la Forêt-Vierge.
à la lutte contre la misère physiolo­
Quelques jours d'automne à Braz­
gique de ces populations, telle était,
comme jadis au Niger et en Guinée
zaville.
française, la raison pratique de notre
étale ses quartiers très distants les uns
Capitale
en
formation, qui
des autres, sur la rive droite du Pool,
mission.
Nous avions,
en outre, pour but
là
où,
en
1881,
le
fidèle
sergent
de rassembler des documents et des
sénégalais Malamine, seul représen­
collections pour le Muséum et l'aqua­
tant de la troupe française, cria
rium
«
de
!'Exposition
Coloniale, de
Halte-là 1
»
à
Stanley,
:
conservant
glaner, au passage, des notes destinées
ainsi,. à notre pays,
à mieux faire connaître, aimer, se­
courir notre Afrique lointaine, et,
où Savorgnan de Brazza venait de
sur le chemin du retour, de rassembler
Le gouverneur général Antonetti,
hisser
les
couleurs
l'emplacement
nationales.
580
LA TERRE
ET LA
T
N
g
e
VIE
1
r
HAD
r
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[\
,
A FR 1 �) U E
E 0 u A T ù R L_E F R A N ç �(
.c.
0
__
Itinéraire
de la
l\!ission
de
J.
Thomas.
UNE
l\IISSION EN AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE
581
le secrétaire général Alfassa, le chef
de
de Cabinet Bonnefont nous accueil­
vaste Congo, vers Mossaka. Flanqué
lent avec la plus grande bienveillance.
de deux barges noires d'indigènes, il
Leur
concours
précieux
nous
per­
Fulton,
nous
emporte
sur
le
va, au bruit d'essouffiement de la
mettra, par la suite, de réaliser notre
machine,
mission.
enflammées qui retombent en averse.
Les derniers
jours
à
Brazzaville
vers
M. et de
courageux
Zigerli,
pècheurs
dont
des
escarbilles
Au cinquième jour, nous voguons
sont consacrés, gràce à l'obligeance de
l\Ime
projetant
la
Sangha,
à
destination
de
habiles
et
Ouesso.
nous
ne
équatoriale, les méandres de la rivière
Dans
la
grande
solitude
Chant des pagayeurs Batéké.
voulons pas croire que le Gouverne­
aux eaux noirâtres sans cesse grossis­
ment négligera le concours inespéré,
santes, se déroulent dans un décor
à l'étude de la pêche au Stanley­
Pool. - Mais voici que, sous un ciel
imposant
:
des
futaies
immenses
qu'enchevêtrent des lianes, des plan­
de plomb, parmi les bancs de sable
tes grimpantes, qu'engoncent d'épais
et les îles
taillis. C'est la luxuriante forêt-vierge,
verdoyantes émergés de
l'immense surface grisàtre et lustrée
sombre, écrasante, monotone et hu­
où
mide, où voltigent quelques papil­
glisse
pagayeurs
notre
embarcation,
Batéké
entonnent
nos
sou­
lons
aux
vives
couleurs,
où
des
dain leur mélopée séculaire. C'est l'ap­
singes
pel,
branche, des bonds prodigieux, d'où
semble-t-il,
de l'Afrique
l'irrésistible
appel
sauvage ...
exécutent,
de
branche
en
s'envolent de rares oiseaux : aigles,
martins-pêcheurs, canards-aiguille. La
forêt-vierge
qui
s'emplit,
le
soir,
quand la tornade nous épargne, de
Le 11 octobre 1929, sous un soleil
étincelant, le Colonel Klobb, un ba­
teau
arrière
propulsive,
d'insectes,
de
coasse­
ments de crapauds et de grenouilles,
si
de mille bruits étranges, tandis que
vieux qu'on le croirait contemporain
des barges, s'élèvent les notes mélan-
à
roue
crissements
582
LA
coliques du
gassandji
«
ment vibratoire
à
qu'emploient les
Dans
la
ces
suite
par
mal
la
petit instru­
11,
lame
métallique
noirs.
régions
peut-être
indigène
TERRE ET LA
la
d'une
à
aussi
la
maladie
,
empoisonnements,
Cambier.
Dante
"•
écrit
L'anéantissement
d'années.
Ici, apparaît, éclatante, l'œuvre de
la
traite
la France : œuvre de notre Corps de
Santé
et
colonial
Des
du
sommeil la famine, l'anthropophagie,
les
Père
politique
comprise, mais
p h tisie,
dignes de !'Enfer du
le
complet de la race était une question
dépeuplées,
mortalité infantile, les épi­
di·mit•s,
VIE
et
de
recherches
nos
sont
savants.
entreprises.
Elles aboutissent à la découverte de
combinaisons
arsenicales
rement
de faire dispamître, nous rencontrons,
de loin en loin, un village : quelques
la maladie, le trypanosome, proto­
zoaire
hullt•s
la
assez
lamentables,
groupées
autour d'une factorerie.
nuit
La
d'Hoiles,
venue,
le
la
la
lueur
vendent
l'agent
de
véhicule principalement
tsé-tsé.
contre le terrible fléau
nuit brillante
est alors organisée. Des centres de
traitements sont créés d'où rayon­
de
du
contre
Colonel Klobb s'arrête
indigènes
des
que
mouche
La lutte
auprès d'un de ces pauvres villages.
A
efficaces
particuliè­
aulrl's abus que nous nous efforçons
fagots
enflammés,
d'apparence
manioc,
des
nent, à la recherche des sommeilleux,
les
médecins
et
leurs
auxiliaires.
chétive
Lymphe des ganglions cervicaux,
bananes,
sang, liquide céphalo-rachidien sont
qul'lques poissons fumés et jusqu'à
examinés.
dt's termites. C'êst là toute la nourri­
nosome est-elle révélée : le malade
ture
sous­
reçoit, ou bien seulement quelques in­
Le dixième jour, nous atteignons
puis de la tryparsamide, suivant que
de
ces
êtres
vraiment
a 1 i mentés.
lt•
poste
présence
La
du
trypa­
jections d'atoxyle, ou bien de l'atoxyle
établi
d'Ouesso,
sur
un
le
parasite
n'a
encore envahi que
emplacement défriché, en pleine forêt,
le sang (phase sanguine) ou a déjà
au bord de la Sangha. L'administra­
gagné
lt·ur Gondran, affable, modeste, expé­
nerveuse).
rimenté,
trypanosomé, jadis voué à la mort,
a
su
réaliser
ici,
malgré
les
centres
nerveux
(phase
Peu de temps après,
le
bit.>n
des difficultés et l'étendue de
offre tous les signes de la guérison.
son
territoire,
sera néanmoins surveillé durant une
une
œuvre
remar­
quab le en ce qui concerne l'hygiène
alinwntaire
du
noir,
ainsi
que
la
surwillance et l'organisation du pays.
Il
dizaine d'années.
La
valeur
du
traitement ?
Sur
2.336 sommeilleux soignés à l'Institut
:\lais sa lourde tâ c h e n'est pas ter­
Pasteur de Brazzaville, du l er janvier
mint t . Ouesso est, en outre, un centre
au l er juillet 1930, par le M�decin­
'
'
traitement
dt
•
de
la
maladie
du
sommeil, de la trypanosomiase.
Jadis localisé e, la trypanosomiase
fut
propagée
dans
partie de l'Afrique
la
plus
grande
Ëquatoriale par
commandant Vaucel et ses collabo­
rateurs, on ne relève que 18 décès :
des
indigènes
apportés
au
dernier
le
secteur
degré de la maladie.
Chaque
année,
dans
ks courants humains qui s'établirent
de Ouesso, le Docteur Chapuis sauve
à la suite de l'occupation. Les indi­
des milliers et milliers d'existences.
gènes moumient en masse. Point de
Et,
rt•mède.
commandant
On
assistait,
ù des spectacles atroces,
impuissant,
•
spectacles
sous
l'impulsion du
Médecin­
Muraz, il en est ainsi
dans toute l'A.
E.
F.
UNE
MISSIO:\'
E� AFRIQUE ÉQUATORIALE FHANÇAISE
Quelle abnégation de la part de
ces hommes que nous rencontrerons
durant notre voyage, parcourant la
brousse,
la
marigots
forêt,
et
les
les
fleuves,
déserts
les
brûlants,
583
chages de la forêt submergée, nous
parvenons
à
Nola.
Une case spacieuse m'est offerte.
Une
floraison
de
roses
l'entoure...
Du ciel gris des tropiques, une pluie
se dévouant sans trêve pour essayer
fine tombe. De la forêt, émane une
de suppléer à l'insuffisance numérique
indicible tristesse.
VI. J. 7'/llmuu.
La trypanosomiase.
Les sommeilleux du secteur rassemblés devant l'ambulance de Ouesso (Moyen­
Congo), où ils sont soumis au traitement spécifique. A droite, le médecin militaire
Chapuis qui sauve, chaque année, des milliers d'existences (octobre 1929).
des médecins
moyens
et
à
matériels
la pénurie des
mis
à
leur
dis­
position 1
Les jours suivants sont consacrés
à l'étude de la pêche pour le ravi­
taillement de ces populations.
soir,
*
*
*
à
la
lampe
de
-
chasse,
Un
petit
projecteur assujetti sur la tête, j'aper­
Le
29 octobre, c'est le départ
sur le Sembé, frère pauvre du pauvre
Colonel Klobb, parmi l'océan des
ces
sombres frondaisons qui déferle tou­
plusieurs heures d'épuisantes recher­
jours,
et
les
solitudes
pesantes.
Durant des journées et des nuits,
çois
des
lueurs
diaboliques
:
des
yeux de buffie... Je blesse l'un de
animaux.
Le lendemain,
après
ches à travers la savane et la forêt
bouleversée par les tornades, <<viande,
notre bateau lutte avec une vaillance
viande 1
sénile contre les remous de la Haute­
guide... La bête énorme gît inanimée..
»
s'écrie
joyeusement
mon
Sangha. Malgré de dangereux tête-à­
A la bonne nouvelle, les indigènes
queue sous
de
accourent des campements voisins.
bran-
L'animal est rapidement dépouillé.
brutales
l'effet
incursions
du
courant,
dans
les
LA
584
Rien
n'est
perdu,
pas
TERRE
même
ET LA
revenus, où
le
de
sang.
brousse
de Nola à
C'est en
nous sommes
saluer le
lieutenant
heureux
Boutin,
le
capitaine Puifîoulloux, de courageux
•
• •
Dans la
VIE
artisans de l'apaisement qui ont su
sauvage
inspirer la confiance aux populations
Balbokoum.
tipoye ou à
et les ramener à nous, c'est le retour
pied, suivi
à
d'une quarantaine de dévoués por-
la
vie
semble-t-il.
Les
cultures
deviennent plus nombreuses, les villages neufs, aux cases cir­
culaires, se multiplient, d'où
accourent à notre rencontre,
au son des
tambours, des
B a y a , des K a r r é à peau
d'ébène. Sur une belle route
rouge, ils suivent le tipoye
en criant joyeusement
aïé, commandant
»...
«
aïé,
Ici, le
cauchemar de Karinou est
bien fini.
Et
quelle
mémorable
réception, l e 2 3 décembre,
chez ces beaux Karré, vi­
goureux et sains, au grand
Cl. J. Tlwma1.
:-;uit de Noël
1929
village
dans la grande brousse équatoriale. - Le
de
N' Doll,
situé
dans une région accidentée,
froid est vif : mes dévoués porteurs, tout nus, sous les étoiles,
ont, eux aussi, allumé leurs btlches de Noël.
jonchée d ' é n o r m e s b l o c s
granitiques !... Dans un im­
•
teurs, que j e quitte Nola, l e 2 3 no­
vembre,
à
destination
de Baïbo­
koum sur le Logone.
mense nuage de poussière, la foule
•
exubérante
escorte
notre
tipoye
:
femmes, vêtues seulement de deux
Passé Bania, nous sortons de l'op­
touffes
de
feuilles
suspendues
par
pressante forêt aux sentiers encom­
un
brés de branchages, coupés de mari­
ouïah... ouïah... ouïah... ïah... ïah ...
gots.
Nous traversons des régions,
Berbarati,
Carnot,
encore
emplies
lien
à
sauvages
la
et
taille,
poussant
stridents,
hommes
des
et
jeunes guerriers
aux
des échos de la dissidence, ce mou­
lines,
sagaies,
vement, en partie fétichiste, dont le
de boucliers, négrillons trépignants
armés
de
souplesses fé­
d'arcs
et
sorcier Karinou fut un des meneurs
de joie, vieillards même. Tous chan­
les plus écoutés. Karinou qui rêvait
tent
de
fonder
le
royaume
un royaume féerique,
où,
inlassablement,
après le
entraînant,
dans une course triom­
coulerait à flots dans les ruisseaux
oublieux
et Olt les gazelles viendraient d'elles­
se
faire
prendre, disait-il,
pour encourager les noirs à la révolte.
Au delà de Carnot et dans la région
de
Bozoum
Olt
les
militaires
sont
vertigineuse,
de
leur
des
des
aux
phale,
mèmes
bruit
tams-tams,
d ép a rt des Blancs, le vin de palme
sons
au
Baya,
des
les
clairons,
tipoyeurs
fatigue.
C'est une fantastique chevauchée
qui
va
jusqu'au
Le lendemain,
délire.
24 décembre,
par
les immensités de la savane africaine
semée d'arbustes aux feuilles brûlées,
U.'.'\E '.\IISSIO'.\l" E� AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE
au tronc noirci par les derniers feux
de brousse, les porteurs reprennent
leur chemin, les tipoyeurs leurs cris
par lesquels ils soutiennent leur effort.
rrrrrlembé... hé...
rrrrrtembé.;. hé ...
rrrrrtem bé... hé...
Après cette chaud��'journée, dans
la nuit pleine de sil(i:O�e, -�cinti�îtte
d'étoiles et très froide, ils s·e coucli'ell \ .
�
tout nus, auprès de leurs bûches..., de leurs bûches de Noël, qu'ils ont
allumées au cœur de l'Afrique sau­
vage... sans savoir que c'est la
Noël...
Lia... Paoua, poste nouveau créé
par l'administrateur Fontaine, un
·
Chant
585
Phi�' "lèin, des feux de brousse
s'allumerit ·dans la nuit. Les brin­
dilles enflammées retombent en pluie
d'étincelles. Soudain, des noirs, chan­
tant leur mélopée, surgissent, bran­
dissant des flambeaux de paille. On
marche sur un tapis incandescent.
Ici, point de �viifoge. C'est la jungle
sauvage qµi-"" ·�1s � accueille.
Not!:e. tr�):ail _q_uotidien terminé,
nous •goûteroils,_(l::\!l.s la solitude pri­
mitive, le grand sileh'ce de l'Afrique.
Chaque jour, noû-s rencontrons de
nombreuses antilopes. Mes porteurs
s'arrêtent... « nyama, nyama ». C'est
alors la poursuite mouvementée des
bubales, des damalisques, des anti-
des Karré.
apôtre... puis, nous voilà dans la
grande brousse, patrie des Kaba,
athlètes sculptés par l'air et la
lumière. Populations extrêmement
accueillantes; vivant dans de petites
cases perdues dans la savane.
Les pigeons verts qui chantent
de toutes parts dans la plaine,
semblent fêter le 1er janvier 1930.
Par moment, nous n'entendons
plus que le bruissement soyeux des
herbes que les corps écartent pour
se frayer un chemin, des herbes si
hautes qu'elles forment parfois de
véritables tunnels où la lumière du
soleil flamboyant arrive à peine.
Des sables rouges, une large rivière
«
ruban de moire dans du violet
sombre ». C'est la Pendé, affluent du
Logone.
lopes chevalines, les manœuvres d'ap­
proche, l'utilisation des accidents de
terrain, des rochers, des buissons,...
le coup de feu, la balle mortelle,...
la pluie de sagaies sur la malheureuse
victime, les éclats de rire en signe
de joie, la fuite du troupeau dans un
violent froissement d'herbes. Mer­
veilleux souvenirs de chasse, mais
de chasse exclusivement destinée,
comme toutes celles que nous effec­
tuerons, au ravitaillement des por­
teurs, des pagayeurs, des populations
souvent par trop dépourvues d'azote,
ainsi qu'aux collections du Muséum.
Tuer pour se nourrir est dans l'ordre
des choses naturelles. Mais il faut
mettre un terme aux massacres incon­
sidérés, effectués dans une vue de
lucre ou pour satisfaire seulement
ANTILOPE
r>
TU É E
�
tTl
::c
::c
tTl
POUR
LE
RAVITAILLEMENT
DllS
tTl
�
PORTEURS
r>
<
-
tTl
Cl. J. Tlwmas.
LJ:IŒ
'.\IISSIO'.'\'
AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE
EN
587
des passions cynégétiques qui abou­
ses lignes, il coule lentement à travers
tissent à la destruction de notre
faune africaine. Il est temps de
les
giboyeuse peuplée de fauves et d'an­
réglemeriter la chasse, non pas empi­
tilopes.
riquement
de le
comme
faire,
en tenant
de
la
on
mais
s'étend
la
savane
Les eaux sont basses. De toutes
scientifiquement,
parts, émergent des bancs de sables
dorés, fleuris de palmipèdes non­
des acquisitions
et
des
conditions
ethnologiques.
Suivis
où
coutume
compte
biologie
a
plaines
chalants,
canards armés,
dendrocy­
gnes - à masque blanc, oies d'Égypte,
qui,
pélicans, d'échassiers de toutes tailles,
s'étant attachés à nous, voudraient
ibis, spatules, jabirus, marabouts,
grues couronnées tantales - aux fes"
·nous
par
suivre
quelques
Kaba
jusqu'aux
confins
du
monde, nous atteignons, le
8 janvier, le poste de Baïbokoum où flotte le drapeau
tricolore.
sergents,
Miliciens,
infirmier
indi­
gènes, toutes les autorités
noires et leur peuple, nous.
font un
accueil
enthou­
1
siaste... C'est ici quernous
allons laisser nos tipoyers
pour
emprunter
à
nou­
veau la voie fluviale.
Mais
nous
toujours
song erons
aux
splendeurs
de la brousse, oublieux de
ses
misères,
aux
Cl. J. Thoma1.
beaux
Mon campement d'un soir sur les sables du Logone.
sauvages que nous. avons
à N'Django,
quittés,
enfant
de
la
terre
cet
qui,
le
regard
tons roses.
Sans souci, ces oiseaux
s'ébattent ou se prélassent parmi les
perdu vers sa patrie ensoleillée et
paisible, effieurait les cordes mélan­
innombrables
crocodiles pesamment
coliques
vautrés
le
de
sa
guitare
*
*
primitive.
soleil.
Des
eaux
céruléennes où grouillent des poissons
souvent énormes, capitaines aux yeux
*
de feu, chiens-de-fleuve aux longues
En pirogue sur le Logone.
dents acérées, mormyridés au museau
C'est le 11 janvier... déjà !... Depuis
quelques heures" nous
Baïbokoum.
sous
avons quitté
En direction de
Fort­
allongé
comme
une
trompe
d'élé­
phant, silures aux piquants redou­
tables,
surgissent
Lamy, sise à quelque six cent kilo­
monstrueuses
mètres, nous voguons sur le Logone,
l'expiration
ce beau fleuve de clarté, né en terri­
l'espace.
parfois
les
d'hippopotames
puissante
fait
dont
vibrer
toire camerounien. Filet d'argent qui
Dans
miroite dans l'immensité des espaces,
pirogues,
dans
pièce, taillées dans des troncs d'ar­
un
décor
splendide
par
sa
lumière, sa simplicité, la pureté de
bres,
une pittoresque
têtes
des
de
pirogues
pagayeurs
flottille de
d'une
d'ébène
seule
nous
LA TEHHE ET LA
588
VIE
\
Cl. J. Thoma•.
Pêcheurs
escortent
maintenant,
ment d'une peau de
•
Bananas •(tribu des Massa), sur le Log�ne.
vêtus
cabri
seule­
pendue
aux reins. Fiers enfants du Logone,
vert l'endroit propice à l'installation
de sa
batterie,
dressant
parfois
la
tente verte loin des agglomérations
ils font glisser nos embarcations à
pour dormir,
l'aide
vastes étendues de sable, plus silen­
de
perches
ou
de
pagaies,
chantant joyeusement leur mélopée
cieuses,
sur le fleuve
en
ignition
ses
derniers feux, leurs silhouettes élan­
sur les
aérées.
De village en village, de campement
séculaire. Quand le soleil se couche,
jette
plus
le soir venu,
en
campement, chez les
Laka,
les
Gambaye, les Kabalaï, les Massa, les
cées tremblent et se brisent dans un
Kotoko, malgré bien des difficultés sur
friselis d'or étincelant.
lesquelles nous voulons passer, nous
Sur ces rivages peuplés et heureux,
les
tams-tams
frappent
pour
portons la bonne parole, essayons de
fêter
convaincre les pêcheurs de la nécessité
Pendant des semaines et des mois,
de poissons pour approvisionner leurs
nous voyageons ainsi sur notre che­
frères noirs de l'intérieur qui n'ont
de capturer d'importantes quantités
le passage du Blanc.
repas
pas le privilège du fleuve, souffrent de
quand Siré, mon cuisinier, a décou-
sous-alimentation au point de vendre
min
mouvant,
prenant
nos
UNE
'.\1ISSIO�
E:'\
580
AFRIQUE ÉQUATOHIALE FRA!\ÇAISE
Cl. J. Thooias.
La grande pêche des Gambaye dans le Logone. Les filets immergés sont lentement poussés vers
les berges où le poisson abonde, relevés ensuite par un mouvement de bascule en arrière, du pêcheur.
leurs enfants pour quelques poignées
débattent pêle-mêle dans le fond du
de mil quand sévit la famine. Nous
filet. -Des sennes à bâtons ramènent
nous efforçons enfin, avec démonstra­
vers la terre tout un monde
tion à l'appui, de leur enseigner des
lant
procédés de
marmaille noire et même les adultes,
séchage
et de fumage
vers
lequel
frétil­
précipitent
dans
ter cette nocive putréfaction à laquelle
entrecoupées et de cris joyeux. Voici
ils soumettent actuellement les pro­
plusieurs villages accourus en pro­
duits de leur pêche.
cession de tous les coins de la brousse.
Partout,
la
pêche
bat
son
plein.
exubérance
de
la
très simples, mais susceptibles d'évi­
La saison est propice à nos études.
une
se
phrases
Ils barrent le fleuve, remontent le
courant,
capturant,
au
moyen
de
Des pirogues oü se dressent, pareilles
mille menus engins primitifs : have­
à des voiles transparentes, de grands
neaux,
filets triangulaires montés sur deux
aquatique
antennes,
foule en délire, le concert des cla­
évoluent
et
se
reflètent,
semblables
à un vol d'immenses
libellules. Immergées, ces vastes po­
poussées vers
ches sont lentement
les berges,
qu'accrochés
selantes,
relevées
dans
miroitent
ensuite,
ks
tandis
mailles
ruis­
des fuseaux ar­
paniers,
meurs et
que
harpons,
la
n'efîrayent
les notes
faune
pas
la
aiguës des fla­
geolets.
Chemin
faisant,
pour
encourager
nos classes noires et nos pagayeurs,
nous chassons à leur
intention.
Suivi de quelques indigènes armés
gentés, que des capitaines, des gym­
de sagaies, grands, souples, si légers
narques, des silures gigantesques se
qu'ils
paraissent
effieurer
le
sol
à
TERRE
LA
p l'int'.
nous
parcourons
brùlt·l'. Ce son t de
la
ju n gle
fa ntastiq ues
ch<-...
vaud1t'l's à la pour s u i te de la fa u n e
h· r l'l our au village
diargt:•s de bêtes; la
ho11dissa11lt•;
des por frur s
distribution oit il faut mo d érer les
clé!lirs de chacun.
VIE
que les Grecs et les Romains nous
a vai e n t ensei gn é et que nous avons,
par une coupable indifférence, oublié.
En voyant ce s statues vivantes s'ébat­
tre, plei n es de
comment
j oie,
douter
dans la lu mi ère,
encore
de
l'effet
toni que et es t h é ti q ue du soleil, vé ri­
Caiman, caïman
table
temps
l'orga ni s m e ! Quoi qu'on en dise, crai­
,, m'annoncent,
à a utre, mes pagayeurs.
l>es croc odi les sont en vue . Nous
rusons pour atteindre une bonne
portée. Quand la bête est c louée
par la balle, un hurlement de j oie
s·échappe de toutes les poitrines :
•
dl!
ET LA
ré g ulateur
des
davantag e
gnons
fonctions
de
meurtrier
l'alcool
que l ' astre de la vie, et luttons contre
la
carence
trition
et
chez les
solaire,
noirs
de
cause
d'étiolement
dé n u­
bien
aussi
en contact
avec
la
l]Ucl fe s ti n en perspective pour mes
civilisation que chez nous.
gens !
comme ce
B a ptiste », ce
brave pélican qui se dispose à déglutir
le poi sson que je lui pr é sente, sont
recueillis et soignés avec l'espoir de
les ramener vivants au Muséum.
Mais voici que nous approchons de
la capitale du Tchad. .. « Fôrrr-Lamy ))'
Les
De ma petite p ir og u e, je tire par­
fois deux coups de feu très rapprochés
les
sur
vols
serrés de palmip èdes.
Quatorze, quinze, seize victimes, les
unes tuées, les autr es plongeant de
tous côtés. C'est alors une frénétique
agitation de tous mes sauvages, agiles
d
nerveux,
élancés à
la poursuite
des oiseaux ; une cour se , une nage
vers
les
bêtes
ri vage ;
un
assaut
folles
le
e sca rpées ; une battue
la
savane
farouche ;
qui
des
gagnent
berges
en règle de
ce sont des
volatiles
pélican,
blessés,
sur nommé
cc
m'annoncent, de temps à autre, mes
pagayeurs
me
en
désigner,
sourire de
se
de
retournant
la
tête,
satisfaction, la
pour
avec
un
cité pro­
chaine. Et ils pagaient, ils pagaient,
reprena nt, avec uil fol entrain, leur
rondes extravagantes autour des sar­
chant
celles, des oies d' � ypte, des canards
de l'Afrique.
Des bœufs pâturent sur le rivage,
armés
qui
llottent
sur
les
ondes,
disparaissent au moment où on va
les s:1 isi r ; des att entes fébriles d'une
prochaine a p parition ; des bonds pro­
digieux dans les eaux é c umantes ;
<les p long 'ons qui ramènen t en fin
les ailes brisées clans une explosion
d<! cris et de rires charmants. Tant
splendide
dans
l'éternel
été
les bœufs des pasteurs Foulbé venus
jadis des profondeurs de l'Orient.
Les huttes circulaires au toit pointu
de chaume, du Moyen-Logone, sont
remplacées par les jolies cases-pai n
de sucre ou cases-obus, de Bangadj i,
de Mirbcdem, de Mousgoum. Bâties
de gaîté c..xubérantc, de sou plesse, de
a vec une argile aux nuances rosées à
gni ·e juvénj)e et vigoureuse, c 'est
bien •un rêve de beauté antique da ns
la clarté ... "
certaines
la
heures
du jour,
elles se
dressent, le plus souvent, par groupes
éparssur de vastes étendues, parmi des
Puisse, avant qu'il soit trop tard,
rôniers et des palmiers-doums au tronc
pauvre race blanche entendre la
ramifié en candélabre. Elles abritent
leç o n
de
la
Logone oil
b rousse,
du
des populations Massa dont les femmes
nous avons retrouvé le
port ent, dans leurs lèvres percées ,
des plateaux de bois cerclés de métal.
secret de cette
beauté
la
leçon
antique, secret
UNE MISSION EN AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE
Puis,
apparaissent
des
maisons
en
terrasses, comme au Soudan, mêl ées
à des cases circulaires coiffées d'un
591
De l'aurore à la nuit, nous ne
connaissons guère la monoton ie dé­
crite par les voyageurs q ui descen­
dirent vers le grand Lac. Les pêcheurs,
à eux seuls, les Kotoko, suflisent à
toit de brousse en forme de coupole.
Elles forment les villages de L ogon e­
Gana, de Lo gon e-B irni qu'habitent
nous occuper amplement. .. Et p u is ,
les Kotoko, p êcheurs musulmans que
il faut soigner Bap tiste, le pélican
jusqu'au Lac et
qui dut subir, à l ' h ôp ital de Fort­
dont les ancêtres, des gé ants, étaient
Lamy, une intervention sa n g la n l t' ;
si forts qu'un seul
légende, porter trois ou quatre él é­
augmenter nos collections scien tili­
ques, regrettant de ne pou v oi r y
phants sur le dos.
joindre, à l'intention de notre ami,
nous
retrouverons
Un
soir,
le
pouvait,
chant
du
dit
la
Logone
s'arrête brus quement . .. Nous avons
atteint Kousseri, cé­
'
lèbre par la bataille
du 22 avril 1900, qui
délivrait la région du
savant
parasitologiste
/\
I
-
1
...
-
--
.,,_
a•
Ji-
�
...
san g ui n a i r e Sultan
Dollfus,
les parasites intestinaux du bel hip-
�:11.
•
le
$$
•
Rabah, mais où tom­
bèrent p lusie urs de
nos soldats, le capitaine Cointet et l e
commandant Lam y...
J
"'
:��·§.._,�,������-�-���������
���3
:
w ...
...
·
Par instant, des ru­
�
=
lt•
..
Chant des pagayeurs du Logone.
meurs confuses, loin­
taines,
d'une fête... d'une grande
fête... On célèbre, paraît-il, la fin
popotame que je tuai aux environs
du Ramadan à Fort-Lamy, la Civi­
avaient déjà dévoré ses entrailles . ..
A Goul feï, sur la rive camerou­
lisée ! ...
Le lendemain
4 mars, la flottille
de Douggia, parce que mes in<! igènes
nienne,
j'assiste à
un
incendie
t•n
du Logone s'ébranle en silence, pour
mu sique. Une case flambe. Tous lt's
l'ultime étape. Là-bas, se profilent,
sur la Chari, les maisons de la cité
instruments de mu s iqu e du pays
résonnent, les femmes poussent de
du Tchad...
stridents ouïah... ouïah... ïah... ïah ...
doré vient
Il semble qu'un songe
finir 1
de
*
• •
tandis que, par acquit de conscience,
les hommes projettent que lques cale­
basses d'eau sur les flammes.
Une après-midi, un sa b b at extra­
De Fort-Lamy au lac Tchad.
Q u el ques jours à Fort-Lamy, carre­
four des pistes des déserts africains
ordinaire déchire tout à cou p les
airs. Deux pirogues s'avancent vers
nous, où s'entasse une foule bigarrée,
d ' amples
et de l'Afrique Centrale. - Le gou­
d'indigènes vêtus
verneur de
accueil très
dourah », hurlant, gesticu la n t, bran­
dissant des épées, des bâtons, frap­
Coppet
amical.
nous
fait
un
Le 13 mars, baleinières et pirogues
nous emportent sur le Chari. Nous
pi quons vers le Lac Tchad.
pant
sur
des
tambours,
11
gan­
souillant,
à faire éclater leurs jou es, dans des
« al keita » nasillards, sortes de dari-
592
LA
TERRE
nettes à pavillon élargi et dans des
«
gaschi
'"
trompettes
de
métal
ET
LA
VIE
liquide,
nappe
couleur
blanc d'une prodigieuse longueur, au
<<
beuglement retentissant. C'est la cour
de tant d'explorateurs.
la mer intérieure
du Sultan Moussa, le grand chef de
.'.\lani, qui, sabre au clair, à l'ombre
*
d'un parapluie tenu par un esclave,
vient me souhaiter la bienvenue.
Par
un
soir
coloré,
parmi
de
cobalt,
sans une ride... Nous avons atteint
*
but mystérieux
>>,
*
Sur un îlot de sable,
pêcheurs
Boudouma,
parmi des
venus
de
la
les
région de Bol pour camper ici durant
graminées aquatiques qui envahissent
quelques mois, nous attendrons jus­
le lacis des bras du Chari, vient à
qu'au lendemain, bercés par le mugis­
nous un
sement lointain des flots.
«
taïté
>>,
une de ces élégantes
pirogues en papyrus propres au Lac
Tchad,
dont la proue,
25 mars... Ma pirogue de papyrus,
recourbée à
véritable radeau destiné, par sa sou­
!)0°, évoque la silhouette des antiques
plesse, à résister aux éléments parfois
vaisseaux normands... Et voici, jus­
déchaînés, ondule sur les vagues que
qu'à
la
l'horizon,
une
immensité
brise
soulève...
Toute
terre
a
Cl. J. '1.'/wmus.
Sur le Logone.
-
Toujours heureux, mes noirs pagayeurs à la perspective
de Mau ser : trois crocodiles (Crocodilus nilolicus).
d'un festin
!
Trois balles
UNE MISSIO N EN AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE
593
('/. J. Thoma,.
Au Logon�,
à l'époque des basses eaux. - A droite, un jabiru. A gauche, des oies de Gambie
(Plectopterus gambensis).
disparu... Pas un oiseau dans l'espace
de chèvres, de moutons, de bœufs
infini... La chaleur est pesante... L'éva­
superbes, fortement charpentés, dont
poration intense voile le ·soleil.
les cornes peuvent atteindre un mètre
On aborde, au crépuscule, à un
cinquante
Le
massif impénétrable de papyrus, de
de hauteur.
chef
des
pagayeurs
joncs et d'herbages,. .. havre précaire
«
qu'on
tachent les petits murs
est
heureux
de
rencontrer
cependant. Mais la nuit venue, une
Bol
•
• •
dis que des aboiements lugubres, des
de
trompe
nous ré-
En territoire militaire.
vèlent de mystérieuses existences...
«
des grenouilles et des crapauds
me
déclare
mon
d'enceinte
crénelée du poste militaire.
horde de moustiques nous harcèle, tan­
sons étranges
annonce
Sur une éminence, se dé­
»...
Mao
»
interprète.
Nous sommes chez les soldats du
Les jours suivants, nous cheminons
d'île en île. Quelques-unes sont ha-
Désert...
Le
31
mars,
à
cheval,
nous partons vers Mao, capitale du
bitées par les Boudouma, nom qui
Kanem
signifie
bœufs-porteurs nous suivent, chargés
les
«
Kouri,
jadis,
hommes
races
avant
des herbes '' et
de
pasteurs,
l'occupation,
se
qui,
dis-
de
,
et porte
notre
du
Sahara.
Cinq
matériel...
Des sables roses, des espaces in finis.
putaient, dans de terribles batailles
Dans l'incarnat du couchant et le
navales, les troupeaux qui pâturent
ciel vert pâle de l'orient, s'élancent
paisiblement dans ces îles. Troupeaux
les
fines
silhouettes
des
palmiers-
594
LA
doum.
firmament,
TERRE
LA
VIE
une
Je demeure près d'une semaine à
faucille d'or. Bientôt, c'est une marche
Au
monte
ET
ù l'étoile qui durera très avant dans
Mao, centre de territoires où l'élevage
des bœufs, des dromadaires, des
la nuit... Prélude d'une fort pénible
chevaux, des moutons et des chèvres
randonnée de cinq jours, à travers
est
des régions brûlées où croissent quel­
Rossignol conclut avec raison : «dans
ce pays de sable, le Coq Gaulois
c1ues
touffes de graminées
chloro­
tic1ues, quelques plantes rabougries.
Par
la
veulerie
de
mes
boys,
je
surtout
si
important
que
le
capitaine
n'a pas que du sable à gratter. n
Les bovidés, en particulier, repré­
la
sentent un cheptel de 250.000 têtes
d'un
pour un territoire de 100.000 kilo­
De gnrnds dromadaires roux, dégin­
mètres carrés environ. D'Abecher à
Zinder, on peut estimer que la richesse
gandés, chargé!! de pesants fardeaux
passent. Sur la piste éternelle des
les mêmes proportions qu'au Kanem.
connaîtrai
la
soif
l'implacable
sous
faim
et
soleil
été ardent.
du pays de ce point de vpe est dans
caravanes, ils iront, jusqu'au moment
où, n'en pouvant plus, ils tomberont
pour toujours dans le Désert.
Le 5 avril, au sommet d'une
Malheureusement,
des
épizooties
font, chaque année, de terribles ra­
vages.
La
peste
bovine
décime,
à
la fin de la saison froide et au début
colline de sable et de feu, là-bas,
des fortes chaleurs, plus de la moitié
très loin, apparaît une longue ligne
des troupeaux que la maladie n'a
pas déjà immunisés.
blanche horizontale... le poste mili­
taire
son
Quand songera-t-on à envoyer des
voisinage, le pylône de la T. S. F.
s'élance vers le ciel comme une
du
Mao...,
médecins-vétérinaires dans ces pays,
aiguille...
et enseigner aux indigènes l'art d'amé­
Sous
en fin !
l'astre
Dans
flamboyant,
qui
pourront
les
juguler
les
maladies
nous atteignons les trois couleurs qui
liorer
palpitent à peine au fin bout de
la drisse. Le capitaine Rossignol et
Au bord des oudian, dépressions
où l'eau est retenue à la suite des
races' ?
ses lieutenants accueillent, avec une
orages,
cordialité touchante, le vagabond des
palmiers-dattiers. Ceux-ci forment de
fleuves,
petites oasis où femmes et enfants,
de
la
forêt-vierge,
brousse et des
la
poussant leur bourricot, attenèent,
marigots.
•
«
de
•
autour d'un puits, leur tour de puiser
le précieux liquide.
•
L'Alifa Mustapha, le grand chef
des
Kanembou,
des jardins et les premiers
vient
te
saluer
n
Au matin du 11 avril, mon dernier
jour à Mao, j'atteins, vers le Nord,
m'annonce un tirailleur. Monté sur
son cheval caparaçonné d'étoffes
le cimetière... Des tombes en banko...
brodées et de plaques métalliques,
sommeil. Ils contribuèrent à pacifier
splendide
sous
ses
draperies
Des soldats y reposent de leur dernier
écla­
ces régions, à leur donner ce carac­
tantes, escorté de tous ses cavaliers,
tère d'ordre et d'allant propre aux
territoires militaires...
Je regarde longuement devant moi,
tambourineurs, joueurs de
et d'
«
alkeita
n,
«
gaschi
»
guerriers armés de
lances et vêtus de cottes de maille, . vers le Désert que j'ai connu, aimé
et qui est là tout proche... Mao,
comme des Croisés, iJ
est, sous
l'incendie du ciel, une vision inou­
hélas, dit au Saharien impénitent
bliable.
«
Tu n'iras pas plus avant !
"
UNE
MISSION
EN AFRIQUE ÉQUATOHIALE FHA!\'ÇAISE
Par voie terrestre, nous regagnerons
Fort-Lamy.
accomplie
au train
montures, par
Mes bœufs sont déjà partis, empor­
morables
mortel
d'épuisantes
étapes de 20
tant sur leur dos, dans une fragile
mètres, nous
cage de joncs, deux petites autruches
Fort-Lamy.
sommes
de
;)9;-1
nos
et mé­
à 40 kilo­
retour à
de
Cl . .1. Thüma•.
Derniers jours au Logone (mars 1930). --- Baptiste, le p él i ca n onocrolale, se remet
rapidement de sa blessure à l'aile. Calme et résigné, il s'adapte à sa nouvelle vie.
Doyen des animaux de ma ménagerie, il fera son entré� au Jardin des Pl:rntes,
huit mois plus tard.
que le capitaine Rossignol, avec une
Sur le Chari,
spontanéité charmante, m'a offertes
jusqu'à Fort-Archambault.
pour
le
Muséum.
Pauvres
petites
bètes !...
Comme
Le gouverneur de Coppet assiste à
le
Jardin
des
Plantes
Après le dîner d'adieux, par une
nous
Au
toute
dernières
leçons
aux
pêcheurs
Kotoko. Il les exhorte de toute sa
est loin ...
nuit
nos
irradiée
enfonçons
onzième
de
vers
jour
le
nistrateurs, des circulaires en consé­
marche
il me fait part de son optimisme.
Sud.
d'une
force à mieux faire, adresse aux admi­
nous
lune,
quence. Dans une lettre touchante,
LA
TEHHE
O p ti miste, certes, il faut l'être, mais
à condition que ceux qui r eçoivent
ces instructions sachent et veuil lent
pre11dre les mesures c1ui s'im posent.
J'organise rna nouvel l e croisière
fluviale avec toute l'aide dèsir a b le
ET LA
YIE
dans une des
à
cages
confectionnées
Fort-Lamy.
Il faut pêcher, chasser pour nourrir
mes indigènes, m e s bêtes et constituer
des
p ro visions
prévision des
tailler
ces
de
viande
salée
t•n
dif11cultés
pour ravi­
quand nous
dernières
aurons quitté l'Afrique sauvage. Une
a près-m i di,
je
hippopotame.
blesse
Il
mort
à
cabriole,
se
un
m et
à n ager dans un va-et-vient désor­
Le lendemain, une
masse noirâtre, volumineuse, flottait
sur les ondes à la joie générale.
Chaque soir, sur le sable, mes
.hommes, assis en rond, par groupe,
donné et coule.
font cuire leur mil, les oiseaux, la
chair des mammifères tués chemin
faisant.
Les
feux
s'étei�nent
avec
les voix ; puis on s'e
· ndoft sous les
étoiles
Sur le lac Tchad.
Cl. J. Tlloma1.
ou
les
éclairs.
L'époque des tornades a commencé.
Quand souffient les rafales de vent,
qui menacent d'entraîner à la dérive
de la pa rt du gouve rn eur et de son
chef de cabinet.
Le 3 m ai, notre train de batellerie
glisse sur les eau x vertes du Chari,
il destination de Fôrt-Archambault.
L'existence errante et ense ig nan te
va c o nt inue r.
Lentement, il contre-c o urant , par
la propulsion des perches et des
pagait•s , nous allons, tantôt entre
des J> ords u sc ar pés, taillés à pic,
ourlés d'arbres de ta il le moyenne,
au f " uil l a ge gris iit rn , tantôt dans
un paysage élargi. parmi des sables
d'or peu plés d'oiseaux et prolongés
par des p ra iries immenses de bour­
gou.
Des canards armés (c,ies de Gam­
bie). b le ssés à coups de fusil, sont
cnrolès. après réduction et pansument
des m e m b r e s brisés, dans les col­
lections
vivantes.
De
nouveaux
pélicans
vont
rnmpagnon
rej o in d re
JH'U soC'Ïahle
Baptiste,
au debut,
nos embarcations,
quand s'abat la
pluie diluvienne et glaciale, je plains
mes pagayeurs, car, pour les protéger;
la compagnie de navigation qui les
emploie n'a rien prévu !... Fort mal
rétribués, ils se sauvent parfois pour
échapper
Les
à
autres
cette
existence.
rude
l'endurent
sans
une
plainte...
Près d'un mois s'est écoulé.
Nous
avons dû brOler les étapes dans ce
rapide aperçu de voyage.
Le
ter
lointain,
juin,
apparaît,
dans
Fort-Archambault...
le
Vers
le ci e l qu'embrume une pluie fine
et triste, mes noirs pagayeurs, des
Sara, des Baguirmi aux corps athlé­
tiques, lancent, avec un pittoresque
ensemble, mais pour la dernière fois,
leurs trente-six longues perches...
C'est maintenant l'adieu à la vie
primitive, à
la terre des
doux sau..·ages
dont
on
beaux
et
méconnaît
trop rattachement et la sensibilité,
UNE
:\tJSSIO'.\
.'>!17
AFRIQUE ÉQUATOHIALE FHA:\Ç,\ISE
E:'\
qualités généralement disparues chez
riou du paquebot Brazza, les mauvais
ceux que la civilisation a touchés.
génies traquent,
*
*
Fin
De
*
de
Mission
Fort-Archambault
sur le
chemin
du
retour, nos bêtes infortunées... Avec
quelle tri s tesse Yalto retï're des bacs
les
à
poissons
enlevés
aux
lointains
Bangui,
marigots pour enric hir le remarquable�
des camions nous emportent à une
aquariu m colonial édifié p ar le Pro­
vertigineuse allure. Sous leurs cahots
violents, nos jeunes autruches pé­
fesseur
rissent. Deux charmantes petites pan­
tres hôtes de la b ro uss e
thères, des chèvres naines, une hyène
Service
striée qui sont venues grossir mon
frémissant bagage, pélicans et canards
Gruvel
et
périrent
qui
,
parce que le
C olon ies de ce port
avait jugé i mpossible de leur donner
un abr� !...
ont résisté. Dans la capitale de l'Ou­
des
Doyen de notre ménagerie, Baptiste,
bangui-Chari, ma ménagerie s'accroît
le beau péfican blanc-rosé, si
en nombre par les soins du gouverneur
tant
Prouteaux
le
dont
nous
ne
saurions
de
froid à Bordeaux, ainsi que bien d'au­
que
nous
considérer
avions
comme
un
fini
résis­
par
totem, a
oublier le dévouement pour le Muséum
terminé sa rude aventure... On peut
et pour notre mission. Au cours de
le contempler au Jardin des Plantes,
notre descente de l'Oubangui et du
parmi
Congo,
bassin du Tchad.
à
sur
des
travers
la
vapeurs
à
farouche
roues,
forêt,
et
ses.
Calme,
compagnons
résigné,
moins
ailés - du
que
nous
pendant un séjour à Brazzaville et
il paraît regretter l'intraduisible splen­
à
deur de l'Afrique
Port-Gentil
j'accomplis
où
mes
Equatoriale
sau-
dernières enquêtes sur la pêche,
antilopes,
mandrilles,
chacals, rongeurs,
crocodiles,
oiseaux,
lézards, tortues,
serpents, poissons, viennent
l'enrichir encore.
Le
gouverneur
g é n ér.a l
p. i. Alfassa et bien d'autres
dont je
voudrais citer les
noms, se dépensent de leur
mieux pour nous aider da.us
notre
plus
tâche
en
brave
plus
devenue
de
difficile.
Le
Yalto,
un
caporal
vaillant Sara du Chari, un
courageux
Grande
soldat
Guerre,
de
aidé
la
des
Cl. J. Thorm.11.
Les bœufs, aux cornes parfois prodigieuses. des lies du lac
Tchad (Calotropis proceru).
fidèles Zémé et Bensimba,
consacre, à nos animaux, depuis juillet
vage qui «dort là-bas, éternellement,
jusqu'à
comme
notre
derniers
jours
arrivée à
d'octobre,
Paris, aux
des
soins
une
nymphe
son fleuve de clarté
>),
inviolée
dans
(1)
vigilants.
. .Malgré cela, malgré tous nos efforts,
les prévenances du c,ommandant Ca-
(1) Psic'hari,
meil.
-
Terre.• de soleil et dr som­
AU
t'""
>
CHAnl
>-l
tTl
::0
::0
tTl
(mal 1930),
Une
belle récompense
pour
mes
tTl
>-l
pagayeurs.
r-'
>
<
tTl
Cl. J. 1'homa1.
599
UNE MISSION EN AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE
CONCLUSIONS
abandonner ces régions
S'il est des pages, dans !'Histoire
de l'Afrique Equatoriale, qu'il vau­
drait
mieux
tourner
sans
lire,
il
faut reconnaître que, depuis un demi
siècle, avec des ressources minimes,
souvent
dérisoires,
face
l'enche­
à
vêtrement des problèmes, nous avons
accompli
une
œuvre
méritoire.
Au mépris de leur vie, en héros,
nos soldats ont su pacifier le pays,
arrêter les guerres de tribus à tribus,
supprimer
r anthropophagie,
l'odieuse
traite des esclaves et le régime de
terreur imposé par les potentats de
couleur
ont
leur
à
proclamé
seul
le
profit.
règne
Ils
de la
y
Jus­
tice.
Certainement,
avec
!'Européen,
des maladies nouvelles ont été intro­
duites ;
avec
les
courants
que
le
commerce surtout a établis, d'autres,
localisées, ont été diffusées.
A l'heure
actuelle,
on
peut dire
cependant que ces fléaux, et en par­
ticulier, la maladie du sommeil qui,
à brève échéance, aurait anéanti la
race, ont été enrayés par une poignée
de médecins
sans
qui
se
sont
dépensés
compter.
Ces
suffiraient-ils
eux
à
pas
de
peine
barbarie qui aboutirait, avec la recru­
descence des endémies, à la destruc­
tion
de populations
entières,
mais
notre devoir est de poursuivre inlas­
sablement la rude tâche entreprise
dans
notre
demeure
de
vue
colonie
encore
la
lointaine
Cendrillon
«
qui
à plusieurs points
des
Colo­
nies».
La surveillance de l'indigène, tant
pour
la
police
générale
de
cette
immense colonie que pour la lutte
contre les fléaux est à la base de la
colonisation.
Or,
faute
de
crédits,
bien des postes de la brousse,
sur
notre passage, étaient dépourvus de
médicaments
et
les
de première
malades
nécessité
abandonnés
à leur
misère. L'Institut Pasteur de Braz­
zaville, eu égard à l'œuvre immense
qu'il
poursuit
sans
relâche,
était
très insuffisamment doté.
Le développement des ressources
de la Colonie - ceci est de première
nécessité - doit comporter un pré­
lèvement immédiat destiné à remédier
à cette situation et à réaliser inces­
samment une construction qui n'usur­
pera pas l'appellation d'institut Pas­
résultats,
bienfaits
rnt:s
de revoir s'instaurer la plus atroce
à
uotre
seuls,
ne
teur. Ce sera la condition fondamen­
consacrer
les
tale pour un effort efficace de notre
occupation ?
Il
Corps de Santé auquel tout hommage
faut y ajouter ceux qu'ont obtenus
est superflu en présence des services
nos missions confessionnelles, et bon
qui comptent à son actif depuis la
nombre de gouverneurs, de chefs de
formation
circonscription
en
dépit
la
paperasse
ordres
de
qui
et
de
l'effet
qui
leur
subdivisions,
paralysant
de
les
accable,
des
sont
adressés
par
ceux qui, en haut lieu, méconnaissent
de
la
Colonie.
Quant à l'hygiène alimentaire de
l'indigène,
autre condition de l'ac­
tion médicale et pour laquelle nous
avons
travaillé,
elle
demeure une
des plus graves questions. Les admi­
trop souvent la vie de la brousse,
nistrateurs de la forêt et 9e la savane
et
aux­
s'en préoccupent, généralement. Nous
qu'ils
les avons entendus, dans leurs tour­
commencent à connaître leurs indi­
nées, prêcher pour obtenir des plan­
des
quelles
mutations
ils
gènes et
Non
sont
leur
déplorables
soumis
dès
territoire.
seulement
nous
tations plus nombreuses autour des
ne
devons
villages. Mais, de la carence d'azote
LA
600
s'être
suffisamment
compte.
Aussi,
ne
insister,
trop
nous
Santé du
st•rvice de
saurions­
sinon
d'accord,
médecin-général
ccirtain
avec
ne
certains
pas
paraissent
n·1Hlu
noir,
le
chez
animal
TERHE
Ministère
du
des
Colonies qui nous a déclaré que le
di·veloppement de la p êche en A. E. F.
aurait pour conséquence l'anéantis­
st ment des races de ces· tégions,
du moins avec les médecins de
la brousse et de la Direction des
•
services
sanitaires
de
Brazzaville,
ET LA
les
VIE
hécatombes
et
de
déclencher
le repeuplement, partant, de résoudre
le
problème
de la main-d'œu\Te,
à l'heure présente, toute
considération.
Mieux
vaut,
priment,
autre
comme
l'écrit
le
savant
adminis­
trateur en chef des colonies, Bruel,
retarder de quelques années le déve­
loppement économique de l'A. E. F.
que compromettre l'augmentation de
la population.
Nous connaissons le leit motiv :
les administrateurs doivent surveiller
ne saurions-nous trop insister pour
cl 'immenses territoires qti 'ils ne par­
que la voix autorisée du Professeur
viennent
Gruvel qui consacre son activité à
moyens de transport rapides, à par­
r.:·tude, l'utilisation, pour nos peuples
courir ·durant leurs deux années de
<l'outre-mer,
séjour ; les médecins et leurs auxi­
des ressources
alimen­
pas
toujours,
faute
de
et celles
liaires sont en nombre dérisoire par
de tous les savants qui prirent part
rapport à l'étendue de leur secteur.
taires fluviales et marines,
aux
récents
congrès
des
pêches,
Dans les camps de traitement de
la
trypanosomiase,
près
desquels
à Dongou, à
Imfondo en particulier,
pourquoi
tarder encore à organiser de petits
centres de pêcheurs et négliger des
vivent
Hélas,
ces
arguments ne sont que
trop vrais.
soient un jour entendues.
des pêcheurs,
Et c'est pourquoi, après ce rapide
aperçu,
nous
formons
des
vœux
ardents pour que les initiatives et
les enthousiasmes cessent d'être étouf­
fés et pour que la Métropole - c'est
son devoir impérieux - n'oublie pas
au­
ceux qui peinent là-bas, sur la terre
raient, sur le rétablissement des som­
d'Afrique Équatoriale, sans ressour­
ressources
meilleux
ichthyologiques
dont
l'état
de
qui
cachexie
ces, pour qu'elle s'efforce d'orienter
est parfois avancé, les plus heureux
notre
cllets ?
vers cette France lointaine si pleine
Partout où nous le pouvons, déve­
loppons
la
pêche,
améliorons
les
procédés de conservation du poisson
jeunesse
sage
des rivières et de I'Océan, reçoivent
puissamment à leur sauvetage. Mais,
laborieuse
d'avenir, mais qui a besoin d'énergies
pour panser ses plaies et la rendre
prospère.
a lin que les races chétives, éloignées
l'alimentation azotée qui contribuera
et
Qu'on nous
•
• •
permette
encore un
mot 1
Ceux qui, faisant
fi des préjugés
par contre, cessons de leur apporter,
qui pèsent encore sur ces pays de
par notre ignorance, et sous prétexte
soleil,
de leur« créer des besoins"• les maux
ravis. Par une existence sobre, intel­
et
la
laideur
qui
résultent
de
la
On
ne
saurait
trop
le
répéter
:
ravitaillement et la lutte contre
la maladie,
seuls
ils
seront étonnés
pourront
arriver
à
et
la
santé parfaite du corps et de l'esprit.
carence solaire.
le
ligente,
partiront,
moyens
d'arrêter
Ils se rendront compte rapidement
du
champ
La
conscience
ouvert
des
à
leur
activité.
responsabilités,
UNE MISSION EN AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE
des problèmes à
résoudre,
des ini­
tiatives à prendre - initiatives que
les
rouages
cesser
enfin
administratifs
d'étouffer
-
loin
pour
de
les
les
en eux,
601
de forces latentes pour la
poursuite d'un idéal. Comme l'a écrit
devront
Psichari, l'Afrique est un des derniers
soutenir
refuges de l'énergie nationale, un des
décourager,
stimulera tout ce qu'il peut y avoir,
derniers
endroits
où
nos
meilleurs
sentiments peuvent encore s'affirmer.
Mes porteurs quittant un village de la forêt vierge (Moyen-Congo).
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