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L'HABIT A TI ON INDIGÈNE POSSESSIONS FRANÇAISES UN

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L'HABIT A TI ON INDIGÈNE POSSESSIONS FRANÇAISES UN
L'HABITATI ON INDIGÈNE
DANS
LES
POSSESSIONS
FRANÇAISES
L'AFRIQUE DU NORD (1)
par
AUGUSTIN BERNARD
Professeur
à la Faculté des Lettres
de Paris.
N
U
des
caractères les plus
frap­
Parmi
les
ruraux
eux-mêmes,
il
c'est la coexistence sur son sol de
distinguer les nomades et les
sédentaires. C'est la division fonda­
populations parvenues à des degrés
mentale, celle qui explique la struc­
pants
de
l'Afrique
du
Nord,
faut
de civilisation très différents. L'écart
ture actuelle de la société nord-afri­
est formidable entre un citadin de
caine et presque
Fès ou de Tunis et un sauvage mon­
pays.
toute l'histoire du
C'est une erreur manifeste de
tagnard de l'Atlas ou du Rif. Sans
croire que le nomadisme a été apporté
doute,
dans l'Afrique du Nord par les inva­
en Europe même, il y a de
grandes différences entre les citadins
sions arabes. Hérodote distingue très
et les paysans,
nettement les pasteurs, qui
ne
sont
pas
mais ces différences
du
même
degré,
ni,
semble-t-il, de la même nature qu'en
Afrique.
Ici,
ce sont
deux mondes
des
Virgile,
des
comprennent.
de
fait
ne
date
pas
dans
Géorgiques,
toit et leur
des
Armenlarius
larem q u e .
cités
pénétrées
de
l'influence punique ou romaine, il
s'était conservé des indigènes que
ces influences n'avaient pas atteints
et qui constituaient comme des îlots,
les
un
passage
parle
célèbre
des
pasteurs
Libye qui portent avec eux leur
d'hier; déjà, dans l'antiquité, à côté
brillantes
habitent
transportables, et
cultivateurs qui ont des maisons fixes.
distincts, qui ne se pénètrent ni ne se
Le
demeures
foyer
Afer
Ibn-Khaldoun
Omnia
secum
agit,
tectumque
,
mentionne
à
plu­
sieurs reprises des Berbères nomades,
qu'il oppose aux Berbères sédentaires.
des réserves de barbarie.
Les
(1) Conférence faite
1 e 11 février 193 t.
conservé de l'antique souche berbère,
sont les plus nomades de tous les
à
!'Ecole
coloniale,
Touareg,
le
rameau
le mieux
L'HABITATION INDIGËNE EN AFRIQUE DU NOHD
545
Tente arabe sous une palmèraie.
nomades.
L'invasion arabe a seule­
réfugier dans les massifs montagneux.
ment accru le nombre des nomades
En réalité, il y a eu dans l'Afrique
et assuré leur prépondérance sur les
sédentaires, qu'elle a obligés à passer
du Nord à toute époque des pasteurs
et des laboureurs, parce qu'il y a des
à se
régions qui ne se prêtent qu'à la vie
eux-mêmes
au nomadisme ou
3
LA
546
TERRE
VIE
LA
ET
nomade et d'autres qui ne comportent
rement
que la vie sédentaire. Cette différence
fondamentale se reflète dans les types
mètres et de longueur variable sui­
d'habitation, les nomades ayant néces­
sairement des demeures mobiles, les
sédentaires
I.
-
des habitations
Les nomades
fixes.
et les tent!l'B·
La tente (khaïma) est l'habitation
noires,
larges
de
75
centi­
vant les dimensions de la tente que
l'on
veut
construire
(ordinairement
6 à 8 mètres). Ce sont les femmes qui
tissent les flidj avec de la laine préala­
blement
des
filée
par
teinturiers
mélangée de
elles, ·teinte
de
profession
poils de
Femmes devant une tente.
Cl.
chèvre ou
OO.
par
et
de
Gou�. gén • .dlgirie.
des populations pastorales de l' Afri­
chameau. Chez les pauvres, on utilise
que du Nord. Il n'en a pas toujours
aussi la fibre de palmier-nain, l'alfa,
été
ainsi
et
la
tente
paraît
s'être
répandue assez tardivement chez les
l'asphodèle.
Les
flidj.
sont
cousus
ensemble; ils sont soutenus par des
Berbères. Dans l'antiquité, leurs de­
perches
meures mobiles, qu'on appelait ma­
la
palia,
forme le sommet de la tente; d'autres
faites en
matières
végétales,
(rekiza)
poutre
sur lesquelles s'appuie
horizontale
(gontas)
qui
asphodèles, joncs, roseaux, chaume,
perches
étaient,
pourtour. La tente se divise en deux
semble-t-il,
des
sortes
de
parties,
plus
le
courtes
côté
des
cages que l'on plaçait sur des chariots.
On a bien souvent décrit la tente.
côté
Elle
couverture de laine
est
essentiellement
constituée
par des fl i dj, bandes d'étoffe ordinai-
des
lement.
femmes,
supportent
hommes
séparées
le
et le
par une
tendue· vertica­
547
L'HABITATION INDIGÈNE EN AFRIQUE DU NORD
Les tentes présentent peu de va­
étant nécessairement les moins peu­
riété et sont partout d'un modèle à
plées. Leur présence est toute natu­
peu près identique. Les tribus riches
relle dans le Sahara et dans les steppes
ont
spacieuses,
où la vie permanente et l'agriculture
faites d'étoffes solides dont la lon­
ne sont possibles qu'autour des points
des
tentes
vastes,
gueur peut atteindre 18 mètres sur
d'eau.
8 mètres de largeur. Les tentes des
dans des régions
Ouled-Sidi-Cheikh se distinguent par
elles semblent une survivance et un
les
bouquets
de plumes d'autruche
qui les surmontent et qui sont plus
Mais
on les
rencontre aussi
plus favorisées,
où
anachronisme.
contre
Au Maroc, on ren­
.
nomadisme d'un
genre
un
Campement arabe à Toul(gourt.
ou
moins
gros
selon la
qualité du
particulier,
qui rappelle la transhu­
propriétaire. Les tribus pauvres ont
mance alpine : les pasteurs sont chas­
des tentes beaucoup plus médiocres.
sés de la haute montagne pendant
Les Touareg ont de
petites
tentes
de cuir et se contentent souvent d'un
l'hiver par la neige, comme ils le sont
des steppes par la sécheresse.
abri plus sommaire encore, une peau
La tente possède des qualités d'abri
ou une natte tendue sur des piquets
dans la direction du vent dominant.
très sérieuses. Elle garantit bien du
Dans toute l'Afrique du Nord
tentes occupent des
les
froid
par
et
la
ne
se
pluie ;
étendues consi­
C'est
une
et
laisse pas traverser
elle
est
habitation
bien aérée.
relativement
dérables, mais la densité de la popu­
chère
lation n'est pas en rapport avec la
Notre mépris de sédentaires pour la
surface,
tente n'est pas entièrement
les
régions
de
nomadisme
relativement
confortable.
j ustifié.
548
LA
TERRE
ET
LA
VIE
Telle est la séduction de la vie pasto­
ment, augmentation des cultures et
rale et de l'existence sous la tente
des ressources nécessaires pour cons­
qu'elle s'exerce même sur les Euro­
truire une maison.
péens.
des
On
connaît
des
professeurs,
ingénieurs, qui ont
acheté une
II.
-
femme et des moutons et se sont mis
à mener la vie des pasteurs. « Chaque
jour, écrit Maupassant, peu à peu,
le désert silencieux _vous envahit,
vous pénètre la pensée, comme la
dure lumière vous calcine la peau, et
l'on voudrait devenir nomade à la
façon de ces .hommes qui changent
de pays sans jamais changer de pa­
trie, au milieu de ces interminables
espaces toujours à peu près sembla­
bles. »
Les tentes se groupent en cercles,
nommés
douar (de medouer,
rond).
On rentre chaque soir les troupeaux
dans le rond des tentes et c'est un des
plus jolis spectacles de la vie pasto­
rale
que
ce retour des animaux à
la nuit tombante.
Tous les nomades vivent sous la
tente,
mais
tous
les
habitants
de
la tente ne sont pas nomades. Beau­
coup d'indigènes du Tell qui ne se
déplacent
pas
font
usage
de
cette
habitation. Dans nombre de régions,
la tente, le gourbi et la maison s'as­
socient dans des proportions variables.
Certains indigènes habitent
alterna­
tivement la tente et le gourbi; ils
ont une résidence d'été et une rési­
dence d'hiver. On ne peut donc pas
plus opposer d'une manière absolue
les habitants des tentes
aux habi­
tants des gourbis que les pasteurs
aux
agriculteurs.
Il
y
a
entre les
uns et les autres des transitions et des
·
gradations. L'abandon de la tente
n'est pas toujours un progrès ni un
signe
de
prospérité,
l'imagine
trop
résulter soit d'un
diminution
du
comme
volontiers;
on
se
A y regarder de près, la division
des indigènès en no­
mades et sédentaires ne suffit pas à
rendre compte de toutes les particula­
rités de leur vie économique et de leurs
habitations.
Il faut distinguer les
pasteurs, les cultivateurs de céréales
et les cultivateurs d'arbres à fruits.
L'agriculture européenne est essen­
tiellement sédentaire, parce qu'elle
a besoin de bâtiments ruraux pour
le personnel, pour le bétail, pour la
conservation des récoltes. Chez les
indigènes, l'influence de l'agriculture
s'arrête souvent à mi-chemin : au lieu
de provoquer la construction de vé­
ritables fermes, elle se borne à faire
creuser des silos ou construire des
greniers sur le lieu de culture, à y
faire établir des huttes sans valeur
et sans importance, qu'on abandonne
sans difficulté et sans regret. Pour
cette catégorie
de
demi-nomades,
très nombreuse dans l'Afrique du
Nord, il existe un type d'habitation
intermédiaire entre la tente et la
maison: c'est le gourbi.
traditionnelle
On a
ter­
fixes
même terme de mapalia paraît leur
que ces habitations dont parle
Sal­
luste, qui ressemblaient à des coques
de navire retournées, comme celle des
pêcheurs d'Etretat.
Ce qui caractérise le. gourbi, c'est
maire.
des
huttes
avoir été appliqué par les Latins.
Ce sont sans doute aussi des gourbis
appauvrissement,
et
dû édifier des
dès une antiquité très reculée et le
d'être
rains de parcours, soit d'un enrichisse-
demi-nomades.
Gourbis et noualas.
peut
cheptel
il
Les
un
abri
Mais,
provisoire
tandis
qu'il
et
som­
n'existe
qu'une catégorie de tentes, il y a beau­
coup d'espèces de gourbis, suivant la
L'I-IAlllTATIO'.'! 1::-.IDH&l'\E EN AFRIQUE DU l'\OHI>
nature
des. matériaux
La
servent généralement plutùt à l"em­
couverture est généralement en diss,
magasinement du fourrage qu'à l'ha­
ou
bitation proprement dite.
en
roseaux,
utilisés.
;).19
ou en
chaume de
céréales. On peut distinguer, d'après
les
matériaux
murs,
le
employés
gourbi en
pour
les
branchages,
Tandis que la distinction est tou­
jours
facile
entre
la
tente
mobile
le
et le gourbi fixe, elle est parfois clit­
}e. gourbi
ficile entre le gourbi et la maison.
en pisé. Du gourbi, on peut rappro­
cher la zéeriba du· Sud-Tunisien et
Ce qui caractérise le gourbi, c'est sa
Algérien,
misère même que les habitants des
gourbi
en
pierres sèches,
constituée
par
des troncs
pauvreté et sa misère; c'est sur cette
Cl. J, 1'honm•.
:'\fatmata, village de troglodytes (Sud-Tunisien). Pièce servant d'abri aux animaux.
de palmiers. En Tunisie, on connaît
gourbis,
généralement
le
répartis
par
kib, hutte en branchages, et la
maamra, dont les murs sont en pierres
ou en terre battue.
·
Dans le Maroc occidental, on ren­
très
dispersés
petits
ou
groupes,
comptent pour les préserver du pil­
lage.
Le
gourbi
est
moins
confortable
contre une forme assez
spéciale de
et moins sain que la tente, il témoigne
gourbi,
est un
d'un moindre bien-être. Si pauvre que
la
nouala,
qui
cy­
lindre surmonté d'un cône en roseau
soit
ou en paille. Les constructions coni­
du gourbi est encore plus misérable :
ques,
quelques nattes d'alfa, quelques vases
assez
exceptionnelles
dans
le
mobilier
de
la
tente,
celui
l'Afrique du Nord, se retrouvent en
de
quelques points du Sud-Tunisien et
La tente, à cause des flidjs néces­
saires à sa construction, est relative-
même
en
Kabylie ;
mais là,
elles
terre,
quelques
plats
de
bois.
LA
550
TERRE
ET
LA
VIE
ment chère. Le gourbi ne coûte rien,
pierre, une partie des indigènes habi­
il suffit de se procurer des pierres,
taient des cavernes ou des grottes.
du bois et du diss, matériaux dont
la
valeur
vingtaine
peut
de
être
francs.
évaluée
En
à une
quelques
Plus tard, les auteurs grecs et latins
mentionnent assez souvent des
tro­
glodytes à proximité du Sahara ou
dans
le
coup
mêm e .
S ah a r a
Aujourd'hui
encore,
d'indigènes
beau­
habitent
des grottes ; d'autres se sont
creusé des habitations sous
la terre.
Les plus remarquables de
ces
demeures
souterraines
sont celles du pays des Mat­
matas, dans l'extrême Sud­
Tunisien. Les indigènes ont
tiré parti des qualités parti­
culières du limon rouge qui
couvre la région ; ce limon,
très épais, est assez tendre
pour être
facile
à
creuser,
assez résistant pour ne pas
s'ébouler et se tenir en parois
verticales,
tout
au
moins
dans un pays ou il ne pleut
presque jamais. Ils creusent
dans cette terre
qui
ont
une
des
puits
dizaine
de
mètres de largeur avec une
profondeur de 5 à 10 mètres;
le fond du
puits constitue
la cour de la maison, autour
de
Cl.J. Thoma1.
laquelle
s'ouvrent
des
chambres en nombre et de
l\fatmata. Parois maçonnées pour retenir la terre
et escalier d'accès aux chambres supérieures.
dimensions variables suivant
l'importance et la richesse de
heures, il peut être démoli, la char­
la famille, taillées elles ·aussi dans le
pente
limon. Ainsi les Matmatas n'habitent
et
le
mobilier placés
sur
le
dos des bêtes de somme, et, le lende­
pas à proprement parler des cavernes:
main, un nouveau gourbi reconstruit.
ils vivent au fond d'un trou. L'objectif
Les gens de la tente ne sont souvent
essentiel de ces demeures souterraines
pas riches ; mais il ne semble pas dou­
paraît bien être la défense, la protec­
teux que le gourbi recèle des misères
tion contre les nomades et les cava­
bien plus atroces.
liers. Le couloir d'accès, fort étroit, est
III.
-
Les
Les
sédentaires.
maisons.
Au temps de la civilisation de la
facile à fermer. Au dire des indigènes,
ces demeures sont en outre très
fraîches
paie
de
en
été.
Cette
quelques
fraîcheur se
inconvénients;
L'HABITATION INDIGÈNE EN AFRIQUE DU NORD
quand
une
averse
vient
les cours intérieures
à
tomber,
mortier, mais on
551
bouche
les inter­
deviennent des
stices avec de la boue argileuse. Dans
mares de boue, où nagent les poules,
l'Aurès, le mur est partagé de place
les paniers et les plats
en place par des assises de bois qui
à couscous;
l'eau envahit les chambres et
les couloirs.
Si
le
troglodytisme
s'est
conservé çà et là, c'est par la
force
des vieilles coutumes.
Mais, malgré ces avantages, il
est
assez
exceptionnel.
maison typique
des
La
séden­
taires de l'Afrique du Nord
est construite en terre ou en
pierres et couverte en terrasse.
En beaucoup d'endroits, d'ail­
leurs, les maisons à terrasses
et les grottes sont associées,
ces dernières ne servant plus
dans ce cas que de greniers
et de débarras.
La maison s'appelle dar en
arabe, akham chez les Kabyles,
taddert ou tazekka
tiguemmi,
dans
d'autres dialectes
ber­
bères. Les murs sont en terre
ou en pierre .. Les murs
terre se
de
font
de
deux ma­
nières. Tantôt on pétrit des
sortes
de
pains,
dits
loub,
dans lesquels l'argile est mé­
langée de paille hachée et de
petits cailloux pour lui don­
ner plus de consistance; après
avoir exposé ces petits cubes
·-··i
t: . J. 1'#1G'ntdl.
Matmata. - Habitations souterraines. A 7 ou 8 mètres l\e
profondeur, des pièces s'ouvrent dans le pat\o. D'autres·
forment un étage et servent de ma g asins à graines.
au soleil pour les faire sécher,
on les juxtapose et on les superpose
renforcent la
comme nos maçons le font pour les
qu'on
briques.
Tantôt on tasse de l'argile
mouillée
dans
des
coffrages
en
lière ;
connue
à
carthaginoise.
la
queue
il
une signification
était,
l'époque
paraît-il,
Méditerranée
le
encore aujourd'hui en
Djerid,
le
Souf,
qualité,
le pisé,
devient
d'excel­
une véritable
maçonnerie, le tichemt. La construction
en
pierres
pierres
ne
est
sont
moins
pas
usitée ;
liées
avec
orientale
particu­
déjà
préhellénique
Dans certains pays, comme le Mzab,
lente
c'est ce
d'aronde,
procédé auquel certains archéologues
attachent
planches; c'est la construction en pisé,
dès . l'époque
construction ;
appelle
et
usité
dans
il
la
l'est
Abyssinie
et
dans l'Yémen.
Une série de piliers, simples troncs
les
d'arbres écorcés, au sommet desquels
du
est
encastrée
une
solide
traverse,
552
LA
TERRE
Ghardaïa.
la
mesbaâ,
soutiennent
la
Cette traverse rappelle une
-
terrasse.
disposi­
tion des temples de l'ancienne Egypte.
ET
LA
VIE
Vue générale.
Cl.
OU.
Gouv. gén. Algérie.
édifices en briques crues de la Méso­
potamie ;
l'usage
de
terre est très ancien,
la
maison
en
aussi bien sur
La terrasse est formée de terre bien
!'Euphrate que sur le Nil. Ce type de
battue,
couche
construction atteint d'ailleurs sa per­
de diss, reposant elle-même sur des
fection dans les régions voisines du
supportée
par
une
perches de genévrier. La maison est
Sahara, au Djerid, au Mzab, dans le
plus longue que large, en forme de
Sud Marocain, ce qui plaide en faveur
boîte à cigares, parce que les perches
de son origine saharienne.
qui soutiennent la terrasse ne peuvent
La terrasse protège
largeur. Au Mzab, la maison a ordi­
sives;
nairement
violents ; en été, elle offre un espace
étage.
Au Souf, les
maisons sont surmontées de voûtes
et de coupoles maçonnées; ce mode
de couverture s'explique par le man­
que de bois et par la bonne qualité du
plàtre, qui permet des constructions
difiiciles.
La maison à murs de terre et à toit
en terrasse paraît venue d'Egypte
par le Sahara ; c'est la maison du
fellah égyptien. Elle s'apparente aux
les
températures
qu'un
toit
un
contre
mieux
s'étendre beaucoup dans le sens de la
exces­
elle résiste mieux aux vents
frais pour le repos du soir et le som­
meil de la nuit; elle est un observa­
toire et au besoin un poste défensif.
On y fait sécher les figues les abricots,
.•
les piments rouges. Ce mode de cou­
verture convient surtout aux climats
chauds et secs, car la terrasse sup­
porte mal les fortes chutes de neige
et les pluies torrentielles. Cependant
on le rencontre dans des régions où
L'HABITATION INDIGÈNE EN AFRIQUE DU NORD
l'on s'attendrait plutôt à trouver des
toits,
comme
lages
du
l' Aurès,
Djurjura,
certains
l'Atlas
553
trouve que dans des districts assez
vil­
-limités. Rien ne contribue autant que
maro­
leurs toits de tuiles rouges à donner
cain. Visiblement, c'est l'architecture
aux
du pisé et le toit en terrasse qui cons­
physionomie quasi européenne qui a
villages
de
la
Kabylie
cette
tituent le mode de construction tra­
tant frappé les observateqrs et qu'ils
ditionnel de l'Afrique du Nord.
ont même exagérée. La maison à toit
Le toit à double pente est inconnu
de
tuiles
représente
incontestable­
dans tout le Sud ; il ne se rencontre
ment un type plus récent, plus évolué
que dans les régions du Nord et en­
que la maison à terrasse. Elle suppose
core pas
l'industrie de la tuile, qui est fabri­
dans
toutes. Beaucoup de
ces régions n'ont pas dépassé d'ail­
quée dans le pays même. La couver­
leurs le stade du gourbi. Les maisons
ture de tuiles paraît bien être d'im­
des Rifains sont ordinairement coif­
portation
fées de toits de chaume, débordant
du Nord ; peut-être son usage doit-il
largement
sur
la
diss.. en
palmier-nain, en plaques de' liège.
Dans les Beni-Snassen, sur le ver­
couverture est
sant
chaque
façade ;
parfois en
Nord, les toits
sont
à double
pente ; sur le versant Sud, les maisons
sont couvertes en terrasse.
La maison à toit de tuiles ne se
étrangère
dans
l'Afrique
être attribué aux Romains. Le vieux
Ténès, Mila, Constantine
et d'autres
anciennes villes romaines où dominent
les toits en tuiles témoignent en ce
sens. En Tunisie, les villages fondés
par
les
Andalous,
comme
Testour,
Slouguia, sont également couverts en
tuiles. On peut dire en somme que
Ghardaïa. - Vue sur la palmeraie.
l'i.
OU. GouD. gin . .Hgérie,
554
LA
TERRE
ET
LA
VIE
c'est la maison des populations médi­
pas
terranéennes et occidentales, la maison
ou sur la rue du village. Elle est précé­
directement
sur
la
campagne
à terrasse étant celle des populations
dée d'une cour plus ou moins grande,
sahariennes et orientales.
qu'entourent un mur en pierre sèche,
La maison indigène
ment
qu'une
n'a générale­
chambre.
La
baie
de
la porte est la seule ou presque la
seule
ouverture;
seulement
pas
de
fenêtres,
une ou plusieurs
petites
des épines de jujubiers
de
figuiers
de
ou
une haie
Barbarie. Cette cour
isole le logis et le préserve des regards
indiscrets.
En général, la porte
qui
y donne accès n'est pas dans l'axe de
lucarnes ménagées dans le haut des
celle
murs. Pas de cheminée non plus; un
nuit dans cette cour les moutons et
trou circulaire creusé au
milieu
les chèvres.
la
foyer
chambre
mestique
sont
y
constitue
ou
le
trois
kanoun;
disposées
en
de
do­
pierres
triangle
de
la
maison.
On
Telle est la maison
parque
berbère
sa forme la plus simple.
la
dans
Parfois, il
pour ' existe plusieurs chambres isolées les
porter les plats et les marmites. La
unes des autres,
fumée s'échappe par la porte ou par
elles par des murailles formant une
les
lucarnes,
quelquefois
aussi
par
notamment
en
reliées
Kaby­
entre
enceinte autour de la cour. Chacune
de ces chambres abrite
un trou s'ouvrant dans le toit.
Souvent,
mais
Le
désir
un ménage.
d'un peu plus de bien-être a
lie, l'unique pièce de l'habitation est
créé aussi dans quelques cas des locaux
divisée en deux par un petit mur;
accessoires, relégué l'écurie et ,l'étable
une partie est habitée par la famille,
dans des bâtiments particuliers
l'autre sert d'écurie et d'étable pour
fiés en branchages ou en pierre sèche;
les chevaux et les bœufs. Au-dessus
d'autres annexes sont des magasins,
des
logements
serviteurs,
des
pour les hôtes.
édi­
pour
les
chambres
De là des
types de maisons assez variés. Les maisons ont quel­
quefois
un
véranda ;
étage
ou
une
dans ce cas,
le
rez-de-chaussée est réservé
aux bêtes, l'étage supérieur
aux humains.
Dans le choix des empla­
cements
de
leurs
habita­
tions, les indigènes séden­
taires de l'Afrique du Nord
se sont montrés préoccupés
avant tout de leur sécurité.
Un village kabyle.
En
de l'écurie se trouve une
dans
laquelle
sont
soupente
emmagasinés
la
raison
condition
de toute espèce.
eux toutes les autres.
dorment les femmes et les
.Ln
maison
d'ordinaire
ne
enfants.
s'ouvre
l'anarchie
pétuelle, des invasions réitérées, cette
provende des bêtes et les ustensiles
C'est là aussi que
de
permanente, de l'état de guerre per­
pratiquent
a
le
toujours
pillage
primé
pour
Les nomades
ou
s'y
sous­
traient par leur mobilité; les habitants
L'HABITATION INDIGÈNE EN AFRIOlJE DU NORD
Un village de !'Aurès (Tagoust).
des gourbis comptent sur leur misère
pour être épargnés ;
les sédentaires
Off.
Cl.
555
Gouo. gin. Alyhù.
les plus typiques est la Kalaâ-es-Se­
nan,
dans la Tunisie
centrale,
bloc
se réfugient dans des localités inac­
de calcaire formidablement défendu ;
cessibles ou s'entourent de murailles
on n'accède .au village qui couronne
défensives.
la plate-forme que par un étroit esca­
Il y a un nom qui revient souvent
lier; lorsque le bey leur faisait récla­
géographique
mer
l'impôt,
de la Berbérie : c'est celui de guelaâ
aux
assiégeants
ou kalaâ, qui se retrouve dans Koléa,
disant :
dans la nomenclature
«
les
habitants
un
chien
jetaient
crevé
en
Voilà la diffa que nous en­
El Goléa, etc... Ce nom s'applique à
voyons à votre maître.
»
des modes d'habitation très différents
des
la
les uns des autres, mais désigne tou­
des Babors, n'était également acces­
jours un emplacement situé en haut
de falaises abruptes. Quelquefois, la
le roc. D'ailleurs, le site bien connu
guelaâ n'est qu'un refuge temporaire
de
en cas de danger, comme les oppida
parts par le profond ravin du Rum­
mel et ne tenant au reste du pays
gaulois ; tel le plateau de la Mestoua,
Beni-Abbès,
dans
La Kalaâ
'
Kabylie
sible que par un escalier taillé dans
Constantine,
isolée
de
toutes
dans le massif du Bellezma, forteresse
que par· un isthme étroit, réalise le
naturelle presque imprenable où les
type
indigènes se sont souvent retirés, d'où
!'Aurès, les guelaâ sont d'une autre
ils ont bravé bien
des
conquérants,
parfait
nement,
qui fut un des derniers refuges des
tout à l'heure.
en
1871.
Une
des
kalaâs
la
guelaâ.
Dans
sorte; ce sont des lieux d'emmagasi­
romains, arabes, turcs et français, et
insurgés
de
En
sur
lesquels
Kabylie,
les
je
reviendrai
villages,
appelés
LA
556
TERRE
ET
LA
VIE
Une Guelaâ dans !'Aurès.
des
maisons
qui
les
l ie
ladderl, couronnent les crêtes,
et
chacun d'eux est une petite place
de guerre. Bien qu'il n'y ait pas à
aux autres,
proprement
avons rencontrée en Kabylie.
parler
de
de
fortifications,
les
les
unes aux autres,
murailles
et
une
de
forteresse
maisons,
liées
les
maisons
tournent
leur
coteau,
manière
naturelle,
s'étagent
elles
les
à
flanc
une
de plates-formes, la terrasse de
d'issue que sur les ruelles du village,
formant
de
loin, l'aspect
sorte
qu'elles
constituent
une
imprenable forteresse.
Dans
le
groupées
Sud,
dans
ksour,
les
des
est
de
celui
nous
Lorsque
à
constituent
plancher
faire
que
face aveugle vers le dehors et n'ont
le
unes
en
de
série
l'une
l'autre ; de
d'une
ruche
avec des cellules. Les ksours qui, par
maisons
bourgs
sont
fortifiés
exception,
ne
sont
pas
entourés
murailles, sont presque toujours
de
des
murs
ksours maraboutiques ou des zaouïas,
d'enceinte flanqués de tours d'angle.
que la sainteté du lieu suffit à proté­
La plupart de ces ksours, les plus
ger.
anciens
dans
quelques autres districts méridionaux
des positions déjà défensives par elles­
du Maroc, au milieu des cultures se
appelés
.
surtout,
entourés
sont
de
établis
Dans
l'Oued
Dadès
et
dans
mêmes: lorsqu'ils se trouvent dans des
dressent des tours carrées en
vallées, c'est en haut de falaises qui
sèches de 10 à 12 mètres de
surplombent et commandent le cours
agueddim.
Du haut
guet et on
échange des coups de fusil. On retrouve
de
l'oued.
les
ksours
On
retrouve dans tous
du Sud cette disposition
qu'on
appelle
de ces tours, on fait le
briques
hauteur,
L'HABITATION INDIGÈNE EN AFRIQUE DU NORD
ces tours à
Figuig et dans l'Aurès.
Au Mzab, on observe une disposi­
tion assez
Mzab
particulière ;
ont
trois
les cités du
enceintes
concentri­
ques : dans l'une, la plus extérieure,
habitent
les
musulmans
non-moza­
bites, les chrétiens et les juifs;
la
seconde,
les
mozabites
dans
laïques;
dans la troisième, les clercs ou azza­
sans
châteaux,
Sud-Ouest
du
on
557
trouve
Maroc,
où
dans
ce
le
qu'on
appelle assez improprement la grande
féodalité est très dé"."eloppé,
teaux
ou
kasbas
très
des châ­
nombreux et
d'une architecture ass�z remarquable.
Ces
châteaux,
appele§ tirremt
(dimi­
nutif d'irrem, forteresse), dérivent du
type primitif de l'enci�s carré flanqué
de
tours.
Telles soht
les
forteresses
ben ; un minaret triangulaire placé
au sommet surmonte cette forte­
resse ecclésiastique, à laquelle on
les châteaux
tortueuse, qu'il est facile d'intercepter.
architecture se perfectionne, plus
pagne sont rares.
On en trouve ce­
tation des fenêtres et des créneaux.
les
Chiadma,
n'accède que par une rue étroite et
Les
maisons
isolées
dans la cam­
pendant dans certaines régions :
Haha
et
les
·
chez
dans le
Haut-Sous, dans le Rif, dans l'île de
Djerba.
A
Djerba,
les
dispersées sont fortifiées.
IV.
-
fermes ainsi
Châteaux et magasins.
Tandis que la Kabylie est, comme
l'a
dit
Masqueray,
un
moyen âge
du Mtougui, du Goundafi, du Glaoui,
de la région du Sous.
Plus on s'avance vers le Sud, plus cette
elle
montre de recherche dans l'ornemen­
Ces
enceintes
portance
très
fortifiées
variable,
sont
simples
d'im­
rec­
tangles de murailles en pisé ou véri­
tables châteaux forts, dont les hautes
courtines
crénelées
et
flanquées
tours encadrent la maison du
de
caïd,
les habitations de ses serviteurs, le loge­
ment des
hôtes,
quelques
et boutiques, parfois
Une Kasba de caid dans le Haut-Altas marocain.
une
magasins
mosquée;
Cl. Rûidence G'nirak du Maroc.
Taroudant (:\laroc).
-
Les remparts.
Cl. Rtrid<ntt Gtniralt du Maroc.
L'HABITATION INDIGÈNE EN AFRIQUE DU NORD
de vastes
cours
kasbas
et
espaces vides
servent
de
d'écuries. Certaines de ces
forment
le
centre
d'agglo-
559
pas strictement sédentaires. Lorsqu'ils
quittent leurs demeures et leurs cul­
tures pour reprendre la vie nomade
Ul. Rtlrilh""" Gé•iiral• du Maroc.
Une kasba de caïd à Skoura (Sud-Marocain).
mérations
assez
importantes,
vant à plusieurs milliers
s'éle­
d'individus;
d'autres ne renferment que
quelques
centaines de personnes. Ces
châteaux
avec
leurs
troupeaux,
ils emmaga­
sinent leurs récoltes dans
tructicns
fortifiées.
des cons­
C'est· en somme
une variété de silos : au lieu de pla­
ont été décrits et étudiés par M. An­
cer leurs
dré Paris et par M. Robert Montagne ;
abritent dans des constructicns éle­
ils ont grande allure dans leur cadre
vées au-dessus du sol.
de sommets neigeux; ils sont d'ail­
leurs
encore
plus
beaux
réserves
sous terre, ils les
Dans tout le Moyen et le Haut­
en photo­
Atlas, du Tadla et des Aït-Youssi aux
graphie qu'en réalité. On ne connaît
. Glaoua, et dans les régions de "l'oued
pas de châteaux de ce genre dans le
Dra et de l'oued Ziz, chaque yillagc,
reste de l'Afrique du Nord et il ne
chaque
semble pas qu'il y en ait jamais eu.
lequel les habitants entreposent leurs
Pour achever
de
passer
en
revue
les différentes sortes d'habitations
la
Berbérie,
catégorie
il
assez
reste
à
de
parler d'une
singulière,
elle
aussi
des châ­
fraction
a
un tirremt dans
provisions et leurs richesses, chacun
dans un local particulier dont il a la
clef. Ces tirremt sont
tions
carrées
qu'à
12
s'élevant
des
construc­
souvent jus­
localisée, celle
teaux-magasins, appelés tirremt et aga­
dir au Maroc, guelaâ dans l'Aurès,
quatre angles de tours également car­
ghor/a dans le Sud-Tunisien. Ces châ­
d'étroites
teaux-magasins correspondent en
gé­
dans les murs, qui sont obliques, parce
néral à des faits de semi-nomadisme.
que le pisé n'aurait pas assez de solidité
De même que tous les habitants de
s'ils étaient verticaux, de sorte que le
la tente ne sont pas nomades, tous
bâtiment a la forme d'un tronc de py­
les habitants de la maison
ramide à parois légèrement inclinées.
étroitement
ne sont
mètres
et
flanquées aux
rées. Une seule porte en permet l'accès;
meurtrières
sont
percées
LA
560
TERRE
Au Sud-Ouest, chez les Chleuh, une
organisation
analogue
est celle des
agadir, villages fortifiés dans lesquels
la
tribu
tout
entière
emmagasine
ET
LA
des
VIE
nomades;
il
avoir pendant la
y
enferment
période
leur
de l'année
où ils se déplacent avec leurs trou­
peaux. Chaque fraction de tribu
pos­
ses réserves. Chaque usager y a son
sède
magasin dont il a la clef. De larges
famille a sa
pierres
met ses grains, ses figues, ses dattes,
débordantes, solidement en­
sa
cour,
dans
laquelle chaque
cellule.
C'est là qu'elle
castrées dans le mur, facilitent l'accès
son
des
chées dans le mur servent d'escalier
chambres supérieures et jouent
le rôle de marches d'escalier.
huile.
Des
pierres
en
saillie fi­
et ce n'est pas chose facile dans ces
Les guelaâ de l'Aurès ont le même
conditions que de monter une jarre
caractère d'entrepôt que les tirremt
d'huile au cinquième
et les agadir du Sud-Marocain. Elles
cour a son gardien payé par les intéres­
s'élèvent
en
général
au-dessus
du
sés.
En temps
de
étage.
Chaque
paix, les ghorfas
village,, pour lequel dies constituent
sont à
peu près inhabitées, les pro­
le réduit de la défense, l'équivalent
priétaires n'y résident pas.
Ainsi, on trouve chez les popula­
du donjon de nos châteaux.
Enfin, dans le Sud-Tunisien, notam­
tions
de
l'Extrême-Sud-Tunisien
à
ment à Médenine et à Métameur, des
la fois des grottes, des ghorfas, et des
entrepôts du même genre sont connus
maisons à terrasses perchées sur des
sous le nom de ghorfas. Ce sont des
sommets
tonstructions carénées à flancs cour­
elles, comme le dit Pervinquière, des
bes, longues et étroites. Les indigènes
fouisseurs
élèvent une série de voûtes de ce genre
divers
l'une
à
côté
de
l'autre; les
terminées, ils ferment une des
voûtes
extré­
premier
édifice
est-il
des
y
a chez
grimpeurs.
de
Les
construc tian ont
d'ailleurs toujours le même objectif
V.
une porte massive, et voilà la ghorfa
Ce
et
procédés
Il
la sécurité.
mités par une maçonnerie, l'autre par
constituée.
inaccessibles.
On
---
La maison urbaine.
passe
par
des
transitions
in­
rempli et insuffisant, ils construisent
sensibles du gros village à la petite
au-dessus un autre étage
ville, de l'habitation rurale à l'ha­
bitation urbaine. Les ksours du Dje­
de voûtes
de même longueur et de même largeur,
puis u� autre sur celui-là, et souvent
rid, du Mzab, de Figuig, bien qu'ha­
ainsi
bités par
quatre
à cinq· étages qui for­
ment une manière de rocher creusé
d'alvéoles. Ces galeries parallèles qui
s'ouvrent les unes au-dessus des autres
au flanc d'un mur vertical rappellent
les grottes des Matmata; elles sem­
blent dériver de ces cavernes, dont
elles ont conservé l'architecture en
les projetant en quelque sorte à l'air
libre.
Les ghorfas répondent aux mêmes
nécessités et servent aux mêmes usa­
ges que les guelaâ de l' Aurès et les
tirremt du Maroc; ce sont des maga­
sins et des greniers, les coffres-forts
par
des
cultivateur
. s, ont déjà
certains
côtés
un
caractère
urbain.
La vie urbaine
dans
l'Afrique
est
du
très
Nord,
ancienne
mais
elle
ne paraît pas être_ d'origine indigène.
Les vraies grandes �illes ont été sur­
tout,
suivant
ciennes,
les
époques,
romaines,
arabes,
phéni­
turques,
andalouses, rarement berbères.
D'un bout à l'autre
de la Berbé­
rie, on retrouve, avec de très légères
nuances,
les
urbaine. Ce
Fès
à Tunis
mêmes
n'est
pas
formes
de Yie
seulement de
que se remarquent ces
L'HABITATION 11\'DIGÈNE EN AFRIQUE DU !\OHD
similitudes
:
c'est
jusqu'à Brousse,
jusqu'à Damas, jusqu'à Samarcande.
accès.
561
Quand on a franchi la porte
de la rue, on entre dans un vestibule
Ces ressemblances sont dues aux con­
garni
ditions du climat, à soleil ardent et à
sguifla.
pluies
rares,
s'assoit en attendant que le maître
ciales
qui
et
aux
habitudes
imposent
so­
notamment la
de . bancs
C'est
des
là
de la maison ait
deux côtés,
que
«
le
la
visiteur
fait le chemin
n,
Cl. Ri�nœ Gbtirok du Jlfaroe.
Art-ben-Addou (Sud-Marocain).
claustration
de
la
femme.
Il faut
c'est-à-dire
remarquer que cette claustration n'a
femmes.
ait
fait
disparaître
les
On arrive ensuite dans la
nullement été introduite par l'Islam ;
cour,
elle lui est bien antérieure; c'est une
galeries soutenues par
coutume du plus vieil Orient.
en pierre ou en marbre. Les chambres,
L'aménagement
baine
de la
répond à un
maison ur­
double besoin :
autour
de
indépendantes
donnent sur
laquelle
les
sont
des
des colonnes
unes
des
autres,
les quatre faces
de la
en premier lieu, dérober aux passants
cour
et
rement blanchies à la chaux ; le
p\afon<L est formé par des poutrelles
même
l'intimité
aux
du
visiteurs
maître
et
la
vue
de
surtout
de
intérieure.
EJJes
sont
ordinai­
ses femmes ; en second lieu, se garan­
en bois de cèdre ou de thuya. Dans
tir de la. chaleur, du soleil et de la
les
poussière, s'assurer le
ornés de carreaux de faïence et divers
fraîcheur.
La
maximum de
maison
n'a
pas
de
maisons
riches,
les
murs
détails témoignent d'un
sont
souci d'art
façade ni d'ouverture sur l'extérieur.
et
Elle ne peut jamais être trop laide,
compose
trop pauvre, trop informe au dehors,
couvertures,
trop délicieuse au dedans. Toutes sont .
de glaces; à l'extrémité de la chambre,
bâties sur le même modèle, la
seule
différence consiste dans les dimensions.
L'entrée
est
toujours
placée
de
de
décoration.
un divan
de
tapis,
de
Le
mobilier
se
de
matelas,
de
coffres,
servant
de
d'étagères,
siège le jour,
de lit la nuit ; de grands coffres cle
bois peint renfermant les
vêtements
manière à masquer aux regards l'in­
et les bijoux
térieur
jets de provenance européenne, d'un
de
la
cour,
dans
laquelle
un couloir coudé à angle droit donne
des femmes.
parfait mauvais goût,
Des ob­
se mêlent de
4
56�
LA
plus en
On
plus
aux objets
retrouve
organes
partout
essentiels
intérieure
à
·
TERRE
ET
des
indigènes.
les
VIE
avant-corps
en
encorbellement
sur la rue. La campagne est parse­
mêmes
sguiffa,
ciel ouvert,
LA
mée
cour
de
villas
charmantes,
car
les
Musulmans qnt toujours été de grands
bordée de
galeries et limitée par des construc­
amateurs de jardins, les femmes
tions sur les quatre côtés. Au Maroc,
et
d'habita­
le parfum· des fleurs leur paraissant
être les deux choses les plus souhai­
tions urbaines : la maison sans jardin
tables qu'il y ait au monde. A Tunis,
ou dar, où la cour, pavée de cérami­
certaines maisons ont de belles portes
on
distingue
ques,
s'orne
deux
le
sortes
plus
souvent
en fer à cheval décorées de clous ;
de
. quelques
vasques et de bassins ; le riadh,,•oo
fger,
annoncent
planté d'arbres et de fleurs. A A
la maison de ville, ordinairement'·-1fr'
deux étages,
se fait remarquer par
fenêtres
ont
des
grilles
ouvragées en saillie sur la rue, qui
le patio est remplacé par un terrain
·
les
moucharabiehs
du
Caire.
La maison
moghrebine
gue des
se distin­
maisons an­
tiques et des maisons
orientales par la pro­
portion des chambres
peu profondes et très
larges. Elle se rattache,
par sa distribution gé­
nérale et par son plan,
à la maison hellénis­
tique plutôt qu'à la
maison romaine, où
l'atrium était une salle
couverte percée d'une
baie. C'est en somme,
à quelques détails près,
la
maison
tradition­
nelle de l'Orient.
La c i té i n d ig è ne
comprend
ment
trois
ordinaire­
parties :
la kasba, résidence du
gouverneur de la ville
ou du souverain, quar­
tier des casernes et des
bureaux, généralement
située
sur
un
culminant et un
à
point
peu
part de l'agglomé­
ration ;
ghetto,
Je mellah ou
réservé
aux
juifs; enfin, la medina
proprement dite. Dans
Alger.
-
Rue arabe
la medina, le quartier
L'HABITATION INDIGÈNE EN AFRIQUE DU NORD
563
des affaires, le souk ou
bazar, où l'on ne circule
qu'à pied, est souvent
formé de galeries cou­
vertes,
sur
lesquelles
s'ouvrent des boutiques,
chaque corps de métier
ayant son emplacement
particulier. Les fortifi­
cations
qui
entourent
les villes sont flanquées
de tours
et interrom­
pues par des portes plus
ou moins nombreuses.
Ces portes sont,
avec
les mosquées et les fon­
taines, les
principaux
monuments
que
ren­
ferment les villes indi­
gènes de
l'Afrique du
Nord.
VI.
-
L'évolution
de l 'habit�tion
indigène.
En même temps que
les indigènes de l 'Afri­
que du Nord ont évo­
lué
et
les
jours
évoluent
au
tous
contact
Une rue de la ville indigène à Alger.
de la population euro­
péenne,
leurs
d'habitation
A
modes
se
l'époque
s9nt
de
transformés.
la
conquête
de
hie que si elle est graduelle et dans
une certaine mesure
spontanée. Au­
l'Algérie, certains officiers invitèrent
jourd'hui,
les nomades à se construire des mai­
française a singulièrement modifié les
sons. Ceux-ci s'empressèrent d'obéir à
conditions et les transformations se
un conseil qu'ils considéraient comme
produisent d'elles-mêmes.
un ordre.
Ils bâtirent des maisons,
un siècle de domination
Les modes d'habitation qui n'avaient
mais dressèrent leurs tentes à côté,
pour
et les chèvres, qui aiment à grimper,
sont appelés à disparaître .. Les indi­
prirent possession
gènes
où l'on
les fenêtres.
même
de
D'autres
genre
n'ont
meilleurs résultats,
qu'elles
ces ·demeures,
voyait leurs ·têtes 'à toutes
étaient
transformation
tentatives du
pas
donné
de
sans doute parce
prématurées.
sociale
n'est
raison
d'être
descendent
sortent
de
leurs
leurs
leurs
défendre
ne
contre
trous
guelaâs,
grottes, abandonnent ceux de
qui
leurs
l'insécurité
et de
ksours
de
que
servaient
les
qu'à
pillages.
se
Dans
Une
la zone intermédiaire entre le Tell et
dura-
la steppe, le nomadisme se restreint
LA
564
TERRE
et la culture reprend possession de
ET
LA
Les
VIE
habitations
isolées
dans
la
multiplient ; autrefois,
territoires qui lui avaient été enlevés
campagne
dans les époques troublées.
les kanoun kabyles interdisaient for­
Si la
transhumance
dispensable,
il n'est
demeure
in­
plus nécessaire
que toute la tribu en armes se déplace
pour
assurer
la
sécurité
des
trou­
se
mellement
d'habiter
en
village; aujourd'hui,
dehors
cette
du
interdic­
tion n'est plus observée; le peintre
Mammeri, par exemple,
gène
on
dont le public parisien a pu apprécier
«
divise la tente
»,
selon l'expres­
qui
n'est
sion consacrée, ce qui est une inno­
les œuvres,
vation
atelier
pas
artiste indi­
peaux ; on les confie à des bergers,
sans
mérite et
fixer
s'est fait construire un
à l'écart de l'agglomération
de son village. Bon nombre d'indi­
à remplacer la tente par
le gourbi, le gourbi par la maison.
nes, construites par des maçons euro-
d'une
portée
considérable.
Les indigènes tendent à
au
se
sol,
gènes habitent des maisons européen­
péens, et pourvues d'une
cheminée. D'autres s'éta­
blissent dans des villages
européens
et
dans
les
fermes des colons.
D'autres en fin affluent
vers
les
v il l e s
e u ro­
péennes.
Ces transformations ne
sont
pas
toutés
égale­
ment heureuses. Le rem­
placement
de
la
tente
p a r l a ma i s o n e s t un
progrès, mais il
pas de
même
n'en est
du
rem­
placement de la tente par
le
gourbi.
II
n'y a pas
lieu non plus de s'applau­
dir de ce que les fellahs
marocains,
pôts
trop
écra.sés d'im­
lourds,
aban­
donnent leurs terres pour
venir grossir dans les villes
le nombre d es prolétaires
et
des
chômeurs.
Dans l'ensemble, cepen­
dant,
il
ne
paraît
pas
douteux que la condition
sociale
des
indigènes et
leurs habitations se sont
améliorées.
Beaucoup d'entreprises
agricoles et minières ont
Une ruelle à El Kantara.
fait
construire des logt'-
L'HABITATION INDIGÈNE EN AFRIQUE DU NORD
ments
pour
gènes.
Certains
les
travailleurs
colons
ont
indi­
installé
L'amélioration
du
565
logement
en­
traînera des progrès de toutes sortes,
des habitations, des infirmeries, des
en
gouttes de lait.
la femme. Sans doute le pittoresque
A Kourigha, l'Office
particulier dans la condition
de
chérifien des Phosphates a fait bâtir
y perdra, mais nous ne sommes pas
des
venus dans l'Afrique du
habitations,
un
café
un
maure
bain
avec
maure,
cmema.
La
Nord
uni­
quement pour y faire de la littéra­
Compagnie des Phosphates de Cons­
ture,
tantine en a fait
y promener des touristes. Les popu­
A
Sétif,
gué
du
autant
au Kouif.
sous l'inspiration
financier,
maire,
Giraud,
M.
du
délé­
Charles Lévy,
M.
un
et
joli vil­
y
restaurer
des
mosquées
et
lations rurales, trop souvent négligées
au profit des populations des villes,
plus bruyantes et
plus promptes
à
lage indigène a remplacé une agglo­
faire valoir leurs revendications poli­
mération d'ignobles gourbis;
tiques,
ce vil­
méritent toute
notre sollici­
lage est composé de maisons louées
tude; leurs besoins et leurs
10 francs par mois ; elles sont éclairées
à l'électricité moyennant 8 francs de
tions sont beaucoup plus intéressants
plus;
au
bout
de
cinquante .;:ms
aspira­
que ceux de quelques citadins grisés
de
phraséologie
creuse.
En
amélio­
les indigènes deviennent propriétaires.
rant la condition des paysans indi­
En d'autres points de lAlgérie, des
gènes de l'Afrique
essais de même genre sont entrepris
vaniteux, moins imperméables à notre
du
Nord,
moins
L'adminis­
influence que les citadins, nous assu­
tration s'efforce d'encourager ce mou­
rerons de plus en plus notre emprise
et
couronnés
de
succès.
vement ; le gouvernement
général a
sur
ces
beaux
pays
et
nous leur
programme
préparerons un avenir de prospérité
d'habitations indigènes et en a com­
par la collaboration des populations
mencé l'exécution.
diverses qui vivent sur leur sol.
conçu
tout
un
vaste
Cl. Ag. Economique d• l'.tlgiri•.
Un coin du port d'Alger, avec maisons à terrasses.
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