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239 Outre la parution, en 1994, d'un nouveau fascicule du coniugium-consolor),

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239 Outre la parution, en 1994, d'un nouveau fascicule du coniugium-consolor),
CHRONIQUES ET COMPTES RENDUS
239
Outre la parution, en 1994, d'un nouveau fascicule du Mittellateinisches
Wörterbuch (vol . II, 10 : coniugium-consolor), il faut signaler, cette fois
pour la lexicographie du médio-latin et du néo-latin, la parution de plusieurs volumes intéressants, et tout d'abord celle du Firmini Verris Dictionarius / Dictionnaire latin-français de Firmin Le Ver. — éd. Brian
MERRILEES et William EDWARDS . Turnhout, Brepols, 1994, XXXV543 p . (Corpus Christianorum).
Le considérable instrument lexicographique dont B . Merrilees et
W . Edwards nous donnent aujourd'hui l'édition est à la fois le résultat du
travail d'un seul homme, qui l'a seul conçu, réalisé et achevé en 1440, et
le produit des efforts de toute une lignée de lexicographes, évoqués par
l'auteur dans l'énumération de ses sources . Firmin Le Ver, ancien prieur
du couvent cartusien de Saint-Honoré à Thuison près d'Abbeville, reconnaît en effet sa dette envers tous ses grands prédécesseurs : Isidore de
Séville, Papias, Hugutio, Guillaume Brito, Jean de Gênes, même si l'auteur
le plus mis à contribution, en l'occurrence Jean de Gênes dont le monumental Catholicon a fourni la base de l'ouvrage, n'est cité que 62 fois et
semble à première vue éclipsé par les 1189 références explicites à Papias.
La formulation de cette énumération de sources, qui se conclut par
eciam in pluribus aliis libris granunaticalibus repperire potui, mérite peutêtre d'ailleurs qu'on s'y attarde, les lexiques étant explicitement rangés ici
parmi les libri grammaticales . Le contexte grammatical se retrouve d'ailleurs dans la composition du manuscrit (Paris BNF n .a .fr . 1120), qui contient outre le Dictionnaire de Firmin Le Ver de nombreux petits traités ou
extraits à caractère grammatical : Donat, Ars minor (fragment non répertorié par Bursill-Hall dans son Census), les conjugaisons des verbes amo,
doceo, lego, audio, sum et volo, l'Art mineur, adaptation française de
Donat, avec en annexe les déclinaisons du nom et du pronom, une adaptation française du traité Quot modis incipitur latinum (Bursill-Hall ne donne
qu'un ms . pour l'original latin, celui de Paris, Mazarine lat . 3794 [578],
ff. 52-69), enfin des notes grammaticales.
Le DLV constitue un maillon important dans l'histoire de la lexicographie médiévale : il est le premier dictionnaire de cette ampleur à être bilingue, ce qui marque le glissement vers les futurs dictionnaires unilingues
français, et il inaugure d'autre part un système de classement des lemmes
inédit, équilibré entre l'alphabétisation pure et la dérivation étymologique,
un classement en lemmes et en sous-lemmes qui permet à l'auteur de restructurer totalement, et dans un cadre clair, la matière puisée dans les Derivationes d'Hugutio et dans le Catholicon de Jean de Gênes, avec beaucoup
de simplification et de tri dans les définitions et les exemples de ce dernier . Il faut cependant rappeler que ce merveilleux instrument de travail
240
ANNE GRONDEUX
est aujourd'hui dans un état de conservation parfaite, signe qu'il n'a pratiquement jamais servi . Il semble avoir toutefois permis l'élaboration du
glossaire français-latin Paris BNF lat . 7684 (qui sera publié prochainement,
avec le glossaire contenu dans le ms . Montpellier École de médecine
H236, dans la même collection).
Le DLV bénéficie d'une présentation en colonnes extrêmement claire,
les lemmes principaux étant signalés par des majuscules en couleur, et le
reste de l'article se trouvant distingué par un deuxième alinéa . Les lemmes
principaux suivent l'ordre alphabétique, les sous-lemmes se classent selon
leur différent degré de dérivation . Le dictionnaire de Le Ver se signale en
outre par une métalangue lexicographique riche et précise : marques relationnelles pour introduire définitions et étymologies, marques attributionnelles pour les informations grammaticales, sans oublier les marques de
renvoi, à un autre passage du dictionnaire ou à une référence externe, et
les marques d'usage qui fournissent énormément d'informations sur l'état
de la langue et sur les différents niveaux de langage.
Du point de vue de la langue française et des traductions, le Dictionnaire de Le Ver fait apparaître de nombreux néologismes et hapax, la langue vulgaire acquérant ici le statut de langue complémentaire du latin : les
lemmes sont glosés en latin, et reçoivent en plus une interprétation et un
équivalent en français.
Concernant la lexicographie du néo-latin, est à noter la parution du
Lexique de la prose latine de la Renaissance, par René HOVEN (Leiden,
Brill, 1994 ; XXXII-427 p .).
Volontairement limité dans ses sources à la prose de la Renaissance, ce
nouvel instrument de travail, bienvenu vu le manque de lexiques concernant cette période de la latinité, se présente comme un complément aux
dictionnaires qui traitent le vocabulaire de la latinité antique, et plus précisément au plus répandu d'entre eux en domaine francophone, celui de Gaffot . Celui-ci constitue donc la base première sur laquelle le tri, entre termes attestés et termes nouveaux, acceptions anciennes et acceptions tardives a été opéré, avec recours ensuite au ThLL, au Lexicon de Forcellini,
et à d'autres lexiques (les 20 cas d'omissions relevés chez Gaffiot ont ainsi
été corrigés par recours au ThLL et au Lexicon de Forcellini) . Le travail
a d'autre part été fait à partir du dépouillement des oeuvres de 150 auteurs,
de Pétrarque à Juste Lipse, ce qui permet au dictionnaire de couvrir des
champs très étendus, aussi bien géographiques (toute l'Europe occidentale
est représentée pour le XVI" s .), que sémantiques (le choix des textes
englobe, outre les oeuvres strictement littéraires, beaucoup de traités scientifiques, philosophiques, théologiques, mais aussi des recueils de correspondance, des ouvrages scolaires, et des traductions latines de textes grecs
de l'Antiquité), et de fournir 8 550 notices . Parmi celles-ci 7 100 sont des
CHRONIQUES ET COMPTES RENDUS
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mots «nouveaux », c'est-à-dire non signalés par Gaffiot, et 1 400 environ
apportent le témoignage de sens nouveaux.
Les notices, si elles sont faites de façon habituelle (le mot, ses variantes
graphiques, ses sens, les références aux textes où il figure, son origine),
apportent en outre, le cas échéant, d'autres éléments de valeur, comme les
réserves des utilisateurs eux-mêmes quant à la correction du terme qu'ils
emploient, les critiques émises par des spécialistes contemporains de la
langue, des notes bibliographiques enfin renvoyant à des parutions récentes
concernant le mot en question . Des signes conventionnels permettent aussi
de repérer les cas où le mot a déjà été employé dans un sens donné, soit
en latin « classique » (avant 200), « tardif » (entre 200 et 600) ou médiéval . Le lexique est complété par trois ensembles de récapitulatifs, pour les
mots d'origine non-latine, les diminutifs, les mots classés selon leur tenninaison.
Un des premiers enseignements du Lexique porte sur la survivance du
latin médiéval à l'époque étudiée : R. HOVEN signale ainsi près de
1 600 mots provenant directement de la latinité médiévale, en général termes de la vie courante, termes techniques, juridiques, ou issus du latin
chrétien ; ce sont d'ailleurs ces mots qui font l'objet des critiques mentionnées plus haut.
À l'heure où paraissait le Lexique, certains fascicules récents du Novum
Glossariurn mediae latinitatis étaient encore sous presse ou en préparation,
c'est pourquoi nous croyons devoir apporter ces quelques remarques complémentaires :
— parsimonizo, utilisé par Pétrarque est déjà présent à la fin du Xi e s .,
dans la Vie de saint Bernard de Menton (NGML fasc . Pars-passerulus,
450, 7).
— parthenius n'apparaît pas sous cette forme au Moyen Âge ; on trouve
en revanche le substantif parthenia, -e rn . et f. chez Vincent Kadlubek
(NGML fasc . Passibilis-pazzu, 450, 38).
— parvificentia et parvificus, sous la plume de Pétrarque, s'écartent du sens
proposé par Hugutio (faire peu de cas de, mépriser) (ibid. 501, 49).
— pascuarius apparaît dans une charte de 1020 avec le sens peut-être plus
juridique de «lié au droit de pâture » (ibid. 544, 21).
— passula (raisin sec) et passulus (séché au soleil) se rapprochent de
l'adj . passulus (séché au soleil, en parlant précisément du raisin),
employé en 1182 dans les Documents commerciaux de Venise (ibid.
589, 43).
— pastoratus, au sens de ministère pastoral, est bien attesté avant 1200
(ibid. 620, 21).
— pastoreulus est déjà proposé par Hugutio comme diminutif de pastor,
mais sans précision de l'emploi (ibid. 620, 47) .
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ANNE GRONDEUX
pastoreus, au sens de pastoral (sens chrétien) est attesté vers 1050 dans
la Vie de sainte Hiltrude (ibid. 620, 50).
patiens, au sens philosophique, opposé à agens, est attesté dès Jean
Scot, sans qu'on en relève toutefois d'emploi au neutre (ibid. 701, 33).
— patriarcha est signalé par R . HOVEN comme désignant un supérieur de
couvent ; dans le même registre, le Cartulaire de l'évêché de Bâle l'applique en 1105 à l'abbé de Cluny, et le titre est aussi donné à de simples évêques (ibid. 714, 13 sq.).
— patricialis est attesté au Moyen Âge, mais au sens de « de patrice des
Romains », donc dans un sens différent de celui signalé par R . l:-IovEN
(ibid. 719, 29).
— patrocinatio (protection, d'un peuple) est relevé dans la traduction de
Hilduin des oeuvres de Denys (ibid. 740, 6).
— peccabilis, au sens de «porté au péché» est attesté dans des Séquences
de la mi XI' s . (NGML fasc . sous-presse Pea-pepticus).
— pedum, désignant la crosse, est de même attesté avant 1200 (ibid.)
— peierator, subst . m . signifiant un parjure, apparaît sous la plume d'André de Fleury et de Raoul Tortaire (ibid.)
— pelargus n'apparaît pas sous une forme aussi latinisée au Moyen Âge,
du moins avant 1200 ; le Novum Glossarium enregistre seulement la
forme pelargos, -i (ibid.)
— pensiculatio n'est pas attesté avant 1200 ; en revanche, le Novum Glossarium signale la reprise, dans la Vie de Thomas Becket due à Guillaume (BHL 8176), du verbe pensiculare, attesté clans la langue antique (ibid.).
— pensionarius, que R . HOVEN relève avec le sens de pensionnaire, n'apparaît au Moyen Age qu'avec le sens de censitaire (ibid.).
penuriosus enfin apparaît dès avant 1200 (ibid.).
—
Toujours en rapport avec la lexicographie de ce néo-latin, il faut signa1er la publication de Reijo PTTKÄRANTA, Neulateinische Wörter und Neologismen in den Dissertationen Finnlands des 17 . Jahrhunderts . Personenbezeichnungen und Sachabstrakta auf
Helsinki, 1992 (213 p .) Cette
recherche concerne un domaine encore peu exploré de la lexicographie
latine, les quelque 1500 « dissertations » enregistrées comme examens à
l'Université de Turku (Abo) en Finlande au XVII' s . Fondée en 1640, cette
université est à l'origine de 4433 dissertations à caractère scientifique pour
la période comprise entre 1642 et 1828, la majorité de ces textes étant en
latin . Le matériau étudié ici représente 1474 textes latins pour le XVII s .,
et couvre des domaines variés, allant de la théologie aux sciences, en passant par la philosophie, le droit, la politique (particulièrement représentée
dans l'effort terminologique de description des différents types de pou-
CHRONIQUES ET COMPTES RENDUS
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voir), et la linguistique . Un travail comparable avait été mené par G . VANPAEMEL (Echo's van een wetenschappelijke revolutie . De mechanistische
natuurwetenschap aan de Leuvense Artesfaculteit [1650-1797], Brussel,
1986), qui mettait également au jour, à partir de l'étude de cinquante et
une thèses présentées à Louvain en 1732, quantité de néologismes scientifiques.
Les deux champs de recherche choisis concernent les substantifs, et
parmi ceux-ci d'une part les désignations de personnes (noms en -toi•, -trix,
-io et -o, -ista, -ta et -tes, -archa, -issa, -ides, -gena, -cola, -cida) traitées
dans la première partie, d'autre part les termes désignant des abstractions
(noms en -antia, -entia, -itia, -archia, -cratia, -doxia, -graphia, -latrie,
-logia) traités dans la seconde . Ces secteurs sont sans doute parmi les plus
productifs en néologismes, mais les résultats obtenus sur ces champs inciteront probablement à chercher aussi du côté des verbes (cf . les formations
en -izare, très représentées chez R. HovEN) ou des adverbes.
Cette recherche livre au total deux cents mots néo-latins pour les deux
secteurs d'étude choisis . Parmi ces termes il faut distinguer :
— les « hapax » ou créations n'ayant pas survécu : 57 au total, comme
Abrahamitides en 1678, antisyncretista en 1674, inculcatrix en 1682,
etc.
— les premières attestations : 32 au total, panni lesquelles exegeta en
1697 (mais Budé donnait déjà la forme exegetes, cf. R. HOVEN 132),
lexicographie en 1646, monocratia en 1645, noctambulus en 1681 (qui
fait penser à 1'ambulonocturnus de Milton, cf. E. HAAN, «Milton's In
quintum Novembris and the Anglo-latin Gunpower Epic », [lumenistica
Lovaniensia 41, 1992, p . 266, v . 204), polycratia en 1645, ou encore
zoologia en 1645.
les emplois de mots préexistants depuis peu de temps, en tous cas toujours postérieurs à 1500 : ce sont et les plus nombreux, et ceux qui ont
le mieux résisté, comme dialectologie (1650 pour sa première attestation, 1694 dans le corpus étudié par R. PITKÄRANTA), hydrographia
(1579/1688), ornithologia (1599/1697), anthropologia (1506/1655),
ichtyologia (1540/1646), methodologia (1643/1671), mineralogia
(1636/1673), molecula (1675/1698), ontologie (1613/1668), phraseologia (1558/1662), psychologia (1520/1646), etc.
les latinisations de termes préexistants dans les langues vernaculaires,
que ce soit en italien (meteorologia, moralista, papizare, etc .), en français (Calvinista, déjà signalé sous cette forme par R . Hoven, chez Th . de
Bèze, deista, également relevé chez le même auteur, gymnasta, etc .), en
anglais (atomiste, Calvinismus, prosopographie, attesté chez Calvin, par
Hoven, avec le sens de personnification, regicida, separatista, etc .), ou en
allemand (crypto-Calvinista, interimista, ludimoderator, etc .) .
244
ANNE GRONDEUX
R. PITKÄRANTA note également que la moitié de ces nouveautés viennent du grec, mais que dans les trois-quarts de ces exemples, en général
des compositions, il est impossible de trouver un vocable grec qui serait
réellement à l'origine de cette filiation (deux sections du chapitre traitant
des termes ayant pour suffixe -logis sont d'ailleurs spécialement consacrées à distinguer les cas où il existe un antécédent grec, et les cas où il
n'en existe pas [pp . 76-98]) . De la vingtaine de mots subsistants, c'est-àdire dérivant d'un terme grec identifié, il faudrait d'ailleurs à la limite
soustraire, ou au moins distinguer, les cas où le mot grec n'existe que dans
les glossaires, et où, après avoir existé si longtemps à l'état de virtualité,
le mot est enfin employé et ceci en retrouvant son sens, et non le sens
approximatif que lui donnaient les compilateurs de lexiques . L'évolution
en domaine latin de pathologia est particulièrement éclairante à ce titre :
le ThLL le signale (t . X, 1, col. 704, 71-74), et on le retrouve, repris par
Papias et Hugutio, avec la « définition » immuable et étymologique de
rr passionis ratio » (cf. NGML fasc. Passibilis-pazzu 679, 38) . II apparaît
vraiment pour la première fois en français en 1550, avant de passer en
1554 en latin, pour désigner, aux côtés de physiologia et therapeutica une
partie de la médecine.
L'étude est complétée de quatre index, dont un consacré au vocabulaire, et subdivisé en trois sections (mots latins, mots grecs, termes d'autres
langues) .
Anne
GRONDEUX
Petrus de Ebulo, Liber ad honorem Augusti sive de rebus Siculis (codex
120 II der Burgerbibliothek Bern) . Eine Bilderchronik der Stauferzeit,
éd. comm. Theo KÖLZER et Marlis STÄHLT, rev . trad. Gereon
7ÖRDENS, Sigmaringen, 1994, 304 p.
BECHT-
Le ms, 120 II de la bibliothèque de Berne, issu de la collection Bongars, contient l'épopée d'Henri VI . Ce poème, en trois livres, cinquante
deux chapitres et 1670 distiques, prend pour base chronologique le couronnement de celui-ci comme roi de Sicile en 1194, événement qui marque
le sommet de la puissance des Hohenstaufen . Les deux premiers livres
relatent l'histoire de la construction de cette puissance — le premier, en
36 chapitres couvre la période 1120-1194, le second traite en huit chapitres
les années 1194-1195 —, le troisième, composé plus tard, se présente
comme un panégyrique de Henri VI, dont il raconte le couronnement.
L'ensemble est dû à Petrus de Ebulo, Pietro d'Eboli, fidèle de l'empereur,
CHRONIQUES ET COMPTES RENDUS
245
clerc, poète et médecin, et a vraisemblablement été écrit entre 1195 et
1197.
Un des intérêts du manuscrit tient à son illustration, puisque le texte est
enrichi de 52 dessins à pleine page, faits à la plume et en couleurs, soit
un par chapitre, qui sont d'ailleurs magnifiquement rendus par l'édition
que nous avons aujourd'hui . L'illustration du f . 1, qui n'est pas la mieux
conservée, présente ainsi les trois grands prédécesseurs de Petrus de Ebulo,
à savoir Virgile, Lucain et Ovide, chacun déroulant un rouleau contenant
le début de leur oeuvre la plus célèbre (Arma virumque cano . . ., Bella per
Emathios. . ., In nova fert animus . . .) ; ces trois débuts symboliques ont été
suppléés par des mains plus tardives qui ont ajouté sur chaque rouleau le
début d'une autre oeuvre du même auteur.
L'autre intérêt du texte réside dans le vocabulaire extrêmement choisi
et diversifié qu'emploie l'auteur, fait de mots rares ou de néologismes . On
notera en particulier (l'astérisque signale les mots qui ne se trouvent dans
aucun dictionnaire usuel) :
— apodixa* (49, 1565 ; 41, 1322), désignant une preuve de paiement,
sans doute dérivé d'apodixis, preuve dans le vocabulaire de la rhétorique
— archilevita (11, 304 ; 17, 472), «archidiacre », rare mais attesté aussi
chez Nigel Wireker, Gérard de Csanad et Rudolf de Liebegg
— archoticon* (15, 396), qui désigne ici un messager
— celestio, -ire* (1, 29), au sens d'apparaître dans le ciel
— cinesco, -ere* (3, 81), avec le même sens que cinerescere, devenir cendre
— enso, -are* (30, 904), armer d'une épée, refait sur galeare (non opus
est armare viros . . ./ non ensare manus, non galeare caput)
— grypheus (49, 1566), adj ., dans la locution giyphea avis, équivalente de
gryps, pour désigner un griffon
— gutta (32, 996), au sens médical de goutte et dans l'expression gutta
pedum
— hastifer (27, 788 : in nos astiferas cernitis esse mantis), porteur de
lance, dont le ThLL ne donne qu'un exemple d'emploi comme adjectif
— myrrhistica*, -e (10, 264), pour désigner la myrrhe
— natifrco* (43, 1368 : senior ad fructus tanto constantior arbor / natificat tandem sicut oliva parens) en parlant d'un arbre, porter des fruits
— neuter (41, 1321), substantif, au sens d'eunuque
— nubesco (14, 352 : nubescit ut aer), attesté chez Jean d'Altavilla, cf.
Novum Glossarium N 1473, 41
— olivesco* (48, 1519 : omnis olivescit Phebeis frondibus arbor) porter
des olives
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ANNE GRONDEUX
— preredirnio et son participe preredimitus (10, 263 ; 8, 205) couronné
— putifar (41, 1317 : putifares omnes claves et scrinia portant) par antonomase, pour désigner ici un trésorier
— vicepastor* (38, 1203) .
Anne
GRONDEUX
Irène ROSIER, La parole comme acte. Sur la grammaire et la sémantique
au XIIlr siècle, Paris, Vrin, 1994 ; 369 p . (Sic et Non).
La parole com pte acte présente une dimension peu connue de la grammaire médiévale, l'exploration, par des grammairiens du XIII e s ., de tout
ce qui est acte de langage, de tout ce qui fait la communication . Le corpus
de cette étude, qui fournit plusieurs textes traduits en annexe, est constitué
par une partie de la production universitaire du XIIP P s ., production majoritairement anonyme, hormis les deux grands auteurs anglais que sont Roger
Bacon et Robert Kilwardby.
L'auteur caractérise ce courant doctrinal par plusieurs critères, importants à avoir en mémoire pour identifier par la suite d'autres auteurs
influencés par ce courant de pensée, le premier critère étant la prise en
compte du locuteur et de l'auditeur. Le langage est vécu comme un code,
avec la notion d'imposition, et il peut être modifié par les figures : La
parole comme acte souligne le lien profond entre les transferts de sens et
les figures (chap . IV : Imposition et profération, et texte 6 : Robert Kifwardby, Sophismata gramrnaticalia : Figure de construction et transfert de
sens).
Un second critère est fourni par l'importance accordée à la notion d'intention, c'est-à-dire à ce que le locuteur a pour intention d'énoncer : la correction de l'énoncé ne se mesure plus seulement à la simple correction
grammaticale, il faut aussi prendre en compte la réalisation du projet de
l'interlocuteur (chap . I : Complétude et acceptabilité) . A ceci se rattache
aussi l'analyse des énoncés elliptiques comme ceux qui sont composés
d'une interjection (chap . II).
Ce qui permet aussi de repérer ce courant, c'est l'intégration des énoncés déviants dans un nouveau modèle à côté des énoncés canoniques, et
l'enregistrement, parmi les énoncés déviants, d'un nouveau type : les énoncés qui ne sont pas là pour signifier, mais qui permettent d'effectuer des
actes (chap . V : Actes signifiés et actes exercés, et texte 8 : Roger Bacon,
Summa grammatica : Acta signifié et acte exercé. La construction de l'adverbe de vocation), qu'il s'agisse de décliner un mot, comme dans l'exemple Nominativo hic magister, de compter (exemple Unus, duo, tres), ou de
CHRONIQUES ET COMPTES RENDUS
247
conférer un sacrement . Ces types d'énoncés sont rapprochés des formules
magiques, étudiées au chapitre VI (Le pouvoir magique des mots) et dans
un extrait de Roger Bacon (texte 9).
La Parole comme acte fait enfin apparaître de façon marquante les connexions qui existent entre différentes disciplines, en particulier avec la tradition logique, les ponts entre ces modes d'analyse du langage et la
réflexion des théologiens sur les sacrements .
Anne
GRONDEUX
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