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Comment la bande dessinée tisse du lien social en Afrique

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Comment la bande dessinée tisse du lien social en Afrique
03_P3_H54.fm Page 189 Mardi, 28. juillet 2009 1:47 13
Comment la bande dessinée tisse du lien social en Afrique
La bande dessinée participe à la création du lien
social en Afrique de deux manières au moins :
Elle permet de créer des communautés
artistiques
Pour mieux promouvoir le neuvième art tant en
Afrique qu’à l’étranger, certains bédéistes, bédéphiles ou « bédélogues » se sont regroupés dans des
associations ayant comme objectif principal de faire
connaître la BD africaine et initier les jeunes aux
techniques et langage de la BD.
À Madagascar, on peut citer : l’association A-Mi
ou Arista Miaray (les artistes associés) animée par
R. Rabesandratana, en collaboration avec des spécialistes de la narration graphique comme R. Max,
Roddy et Barry ; Abédéma (Association des
bédéistes malgaches) créée en 1985 sous la direction
de Zazaly et d’A. Ramiandrisoa, après le festival de
Nairobi ; Soimanga (petit passereau malgache dont
le mâle porte un plumage à reflets bleu), une association créée en 1987 par A. Ramiandrisoa, dont
l’objectif est la promotion de la BD et de l’image. En
1993, la jeune génération a créé Mada-BD, une association de dessinateurs de bande dessinée de Madagascar dont l’objectif principal est la redynamisation
de la BD malgache en déclin depuis 1990.
En RDC (Congo Kinshasa), l’Atelier de création, recherche et initiation à l’art (Acria) a été fondé
en 1990 par Barly Baruti. Cette association a publié le
magazine Afro-BD et elle a organisé à partir de 1991
cinq éditions du Salon africain de la BD et de la
lecture pour la jeunesse. La toute dernière association est Kin Label, créée en 2008. Celle-ci regroupe
HERMÈS 54, 2009
une dizaine de jeunes artistes autour d’Asimba Bathy
et publie le magazine Kin Label qui en est
aujourd’hui à son sixième numéro.
En Côte d’Ivoire, signalons l’existence de Tache
d’encre. Créée le 11 décembre 1999, par Zohore et
Mendozza, Tache d’encre publie l’hebdomadaire
Gbich ! Le Journal d’humour et de BD qui frappe fort.
Au Cameroun, il y a eu le Mouvement d’auteurs
camerounais de bande dessinée (Mac BD), basé à
Douala, et Coup d’Crayon qui est un collectif des
dessinateurs de presse du Cameroun. Le dernier né
est Trait Noir, Association des illustrateurs et auteurs
de bande dessinée. Il a vu le jour au mois de juin 2005
et publié le Bulletin de Trait Noir qui essaye de
répondre aux questions que l’on se pose aujourd’hui
sur la BD camerounaise.
À signaler également les associations créées dans
d’autres pays : Bénin Dessin (Bénin) et Association
Farafin’c (Burkina Faso) dont l’objectif reste et
demeure la promotion de la BD africaine.
Les bédéistes africains, vivant en Europe, se sont
eux aussi regroupés au sein d’associations : Afrobulles, créée en 2001 par Alix Fuilu, a déjà organisé
plusieurs manifestations, notamment Les Rencontres
de la BD africaine et publie la revue Afro-bulles.
Afrique Dessinée a été créée en 2001 par des dessinateurs et des scénaristes sensibles aux réalités africaines. Il s’agit d’une plateforme internationale
d’échanges pour les artistes (dessinateurs et scénaristes) dont les membres ont publié quelques albums,
notamment : Une éternité à Tanger, de Faustin Titi
(Côte d’Ivoire), Imboa, de Didier Randriamanantena
(Madagascar), édités par Laï Momo (Sasso
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Hilaire Mbiye Lumbala
Marconi) ; Rwanda 1994, Descente aux enfers, de Pat
Masioni (République Démocratique du Congo),
chez Albin Michel.
C’est un média au service de la société
En tant que langage, la BD africaine entretient
un rapport avec les médias. D’abord, la presse écrite
(quotidienne, hebdomadaire, magazine) est restée le
lieu d’éclosion de la BD africaine. Beaucoup de dessinateurs y ont publié leurs premières planches et
d’autres y ont commencé comme caricaturistes.
Ensuite, bien qu’ayant eu ses débuts dans les
médias, la BD elle-même est à comprendre aussi
comme média au service de la société. Elle remplit les
trois fonctions traditionnelles des médias : informer,
former et divertir ses lecteurs. Elle explique parfois
aux lecteurs ce qui se passe dans leur société ; elle
éduque en leur montrant ce qu’il ne faut pas faire ou
les attitudes à adopter ; elle divertit, en tant que
moyen ludique.
En Afrique la BD est « un médium pour toutes
les couches de la population, y compris pour celles
qui n’ont pas la culture de la lecture ou qui n’ont pas
la télé »1. C’est ainsi que dès ses origines en Afrique,
situées au début des années 1950, la BD était utilisée
par les missionnaires comme média éducatif, comme
moyen pour édifier, éveiller les vocations et évangéliser. En tant que média éducatif, elle a une portée
pédagogique et elle utilise la vertu persuasive pour
sensibiliser et vulgariser.
Ceci justifie le développement de la bande
dessinée éducative ces dernières années en Afrique.
Elle est souvent financée par des organismes
travaillant dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la culture ou des droits de l’homme, car ils
sont conscients de l’importance que les jeunes attachent à la bande dessinée. Sans prétendre à l’exhaustivité, les thèmes suivants sont développés : la lutte
contre le Sida, l’excision ou la toxicomanie ; les
personnages historiques ; l’immigration et les
problèmes liés à l’environnement et à l’urbanisme.
NOTE
1. « La BD peut être un grand médium pour toutes les couches
sociales », Africultures, n° 32, 2000, p. 27.
Hilaire Mbiye Lumbala
Université Catholique de Kinshasa
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HERMÈS 54, 2009
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